29.01.2012

Espèce humaine, espèce nuisible ?

De l'Homo sapiens à l' Homo faber

En philosophie, la notion d'Homo faber fait référence à l'homme en tant qu'être susceptible de fabriquer des outils.

Ces outils, signe de l’intelligence d’Homo Sapiens, associés à sa capacité de langage ont permis à l’Homo faber de prendre le contrôle de l’ensemble des activités terrestres et de dominer toutes les autres espèces.

Evidemment l’espèce Homo a été confortée dans cette prise de pouvoir par un soutien moral de poids : celui de Dieu, du moins celui de la Bible !

Lisons en effet la Genèse : par deux fois Dieu a donné à Homo Sapiens la totale disposition de la création terrestre : 

A l’intention des premiers hommes, Dieu dit : « faisons un adam à notre image comme notre ressemblance, pour commander au poisson de la mer, à l’oiseau du ciel, aux bêtes et à toute la terre, à toutes les petites bêtes ras du sol. » Genèse 1, 26-31

Plus tard, après l’épisode du déluge, « Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit : Soyez féconds, multipliez, et remplissez la terre. Vous serez un sujet de crainte et d'effroi pour tout animal de la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour tous les poissons de la mer: ils sont livrés entre vos mains. Tout ce qui se meut et qui a vie vous servira de nourriture: je vous donne tout cela comme l'herbe verte. »Genèse 9,1-10,32

 

Evidemment, il fallait bien un coup de main pour repeupler la Terre, car toute l’humanité, à l’exception de Noé et sa famille venait d’être anéantie par L’Eternel :

« L'Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur coeur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. L'Éternel se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre, et il fut affligé en son coeur. Et l'Éternel dit : J'exterminerai de la face de la terre l'homme que j'ai créé, depuis l'homme jusqu'au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel ; car je me repens de les avoir faits. Mais Noé trouva grâce aux yeux de l'Éternel. " Genèse 6:5-8:22

 

 

De l'Homo faber à l'Homo nocibilis

L'espèce humaine a donc prospéré, a établi son emprise sur tout l'écosystème terrestre et ses outils sont devenus de plus en plus puissants, au point de pouvoir porter gravement atteinte à l'équilibre de la planète elle-même et donc à la vie qui s'y est développée, grâce à une période de stabilité de quelque 4 milliards d'années.

L'espèce humaine serait-elle devenue une espèce nuisible ?

Après Homo faber et Homo economicus, faudrait-il dénoncer l’advenue d’Homo nocibilis ?

 

 

Mais qu’est-ce qu’une espèce nuisible ?

Un organisme nuisible est un organisme dont l'activité est considérée comme négative pour l'homme ou ses activités. Il peut s'agir de plantes, d'animaux, de virus, de bactéries, de mycoplasmes ou autres agents pathogènes.

Plus généralement, une espèce devient nuisible lorsqu'elle est susceptible de causer des dégâts importants à la flore et la faune, aux activités agricoles, forestières, d'élevages et aquacoles ou pouvant porter atteinte à la santé ou à la sécurité publique.

Le problème de ces définitions est qu'elles n'envisagent le caractère nuisible que par rapport à l'espèce humaine. Après avoir cru qu'il était le centre du monde, Homo sapiens croit toujours qu'il est le centre de la terre.

D'ailleurs la notion d'animal nuisible n'est pas utilisée en écologie, tous les êtres vivants jouant un rôle dans leur écosystème. Le problème ne se poserait que pour les animaux introduits artificiellement ou ceux dont le milieu a été modifié par l'homme (par l'élimination de prédateurs par exemple).

Homo sapiens reste un animal, mais il est plus qu'un animal.

Par l'advenue de sa conscience, par son langage, par ses outils, il est sorti du règne animal. Il est sorti du cadre de l'évolution décrite par Darwin. Homo sapiens sait maitriser sa reproduction, sait modifier le génome des espèces vivantes ; Homo sapiens peut transformer, a commencé à transformer son environnement en un gigantesque artefact.

Dans ce sens on peut retenir pour Homo faber, la notion d'espèce nuisible, ou dangereuse car il a la capacité de modifier artificiellement et de façon massive son environnement ainsi que celui des autres espèces.

 

 

Et une espèce nuisible pour qui ?

Intéressante question qui délimite d'ailleurs trois types d’écologie :

- face au danger pour l'espèce humaine elle-même, s'est développée une écologie humaniste ou anthropocentriste (centrée sur l’homme) qui vise à protéger l’environnement au bénéfice de l’espèce humaine.
- face au danger pour les autres espèces, s'est développé une écologie « utilitariste » centrée sur protection du règne animal
- face au danger pour la planète en général, s'est développé une écologie plus radicale qui voudrait prendre en compte les droits de la "nature" y compris du règne végétal, voire minéral.

Mais bien sur, toutes ces entreprises écologiques sont le fait de l'espèce humaine !

 

 

Homo faber : les mythes

Mais revenons à Homo faber : il a fait l’objet de nombreux mythes, aussi bien chez les grecs que chez les judéo-chrétiens : 

Extraits de Wikipedia : Prométhée

« En philosophie, le mythe de Prométhée est admis comme métaphore de l'apport de la  connaissance aux hommes. C'est un des mythes récurrents dans le monde proto indo-européen (mais on le retrouve également chez d'autres peuples):

§  Il rapporte comment ce messager divin ose se rebeller, pour voler -contre l'avis des dieux- le Feu sacré de l'Olympe (invention divine symbole de la connaissance) afin de l'offrir aux humains et leur permettre de s'instruire .

§  Il est aussi évocateur de l’hybris -la force démesurée-, la folle tentation de l'homme de se mesurer aux dieux et ainsi de s'élever au-dessus de sa condition.

 

Selon certaines versions grecques ou latines, Prométhée fut puni de son audace et enchaîné sur un rocher (ou crucifié selon d'autres). Ce mythe peut également être mis en parallèle avec le récit biblique d'Adam et Ève, chassés du Paradis pour avoir goûté le fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal.

On le trouve la trace de ce mythe chez de nombreux auteurs qui en font des extrapolations diverses:

§  Chez Platon : le sophiste Protagoras en fait le récit dans son dialogue avec  Socrate pour défendre l'idée que la vertu peut s'enseigner.

§  Sous le nom de « complexe de Prométhée »,  Gaston Bachelard définit « toutes les tendances qui nous poussent à savoir autant que nos pères, plus que nos pères, autant que nos maîtres, plus que nos maîtres. » Selon ses termes, « le complexe de Prométhée est le complexe d'Œdipe de la vie intellectuelle7. »

§  Le philosophe de la technique, Günther Anders, forge le concept de "honte prométhéenne" exprimant ainsi la honte qu'a l'homme vis-à-vis de sa finitude au regard de la perfection des machines.

§  le philosophe Hans Jonas le reprend dans le Principe responsabilité (1979), pour faire allusion aux risques inconsidérés liés aux conséquences de certains comportements humains et de certains choix techniques, par rapport à l'équilibre écologique, social, et économique de la planète.

Certains voient dans le mythe prométhéen, une partie des fondements de ce qui devient ensuite le christianisme. Selon cette optique, Lucifer ( en latin : le porteur de lumière ), descend du Ciel pour sauver l'Humanité. Au départ ange favori de Dieu, le fait d'apporter aux hommes «lumière et instruction» explique que Lucifer, personnification du « Mauvais » reçoive en retour une éternelle rancune céleste. Par la suite, le Christ aurait été le « Bon Lucifer », le « Bon porteur de lumière », le porteur du véritable message divin aux hommes et aurait remplacé l'ange déchu. »

 

 

Dans son article, « Énergie : réenchaîner Prométhée ? Une approche conceptuelle », Fabrice Flipo constate la polarisation du débat contemporain sur la technique autour du mythe de Prométhée. Il y a d’une part ceux qui veulent laisser Prométhée agir librement, de manière à ce que les Hommes disposent de pouvoirs aussi grands que possible pour agir sur la nature, et d’autre part ceux qui voudraient plutôt " ré enchaîner " Prométhée, jugeant que ces pouvoirs sont devenus trop grands.  

Mais il fait remarquer que l'essentiel du mythe est dans sa seconde partie souvent oubliée : le désordre provoqué par le trop grand pouvoir des Hommes sur la nature, conduisit Zeus à envoyer Hermès pour remettre Dikè, la justice, entre leurs mains, ce qui permit de ramener la paix.

La question n’est donc pas de savoir s'il faut libérer ou enchaîner Prométhée mais de tirer parti des leçons de ce mythe pour analyser la géopolitique de l'énergie contemporaine. A la suite des analyses d'Ivan Illich, Fabrice Flipo entend montrer que la sobriété, ou juste mesure, par opposition à l'hybris, l'illimité, est l'une des conditions nécessaires de tout projet global ayant la paix pour objectif. Ce qui est mis en jeu avec le débat sur l'énergie n'est autre que la question de la répartition du pouvoir.  


« Il y a trois leçons à retenir de ce mythe, à notre sens.

La première est que l'être humain peut être si fasciné par le pouvoir immédiat des techniques qu’il en vient à oublier les conséquences de ses actions. Et cela n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui : nous parvenons à modifier la planète à des échelles sans précédent, mais nous ne maîtrisons pas les conséquences de l’usage de ce pouvoir.

La seconde leçon à retenir est que le pouvoir n'est pas le pouvoir de tous au seul motif que les quelques-uns qui le détiennent affirment le mettre au service de tous, ou promettent de le faire dans un proche avenir. Ainsi, affirmer que l’homme pourrait un jour coloniser l’espace oublie de dire qu’en l’état actuel des lois élémentaires de la physique et des ressources naturelles, cela ne pourra jamais concerner qu’une extrême minorité de l’humanité, puisque nous ne sommes même pas certains qu’il y ait assez de place dans la biosphère pour que tout le monde ait ne serait-ce qu’une mobylette. 

L’absence de participation aux décisions collectives qui déterminent l’espace quotidien des personnes est très exactement ce qu’on appelle l’exclusion, qu’elle soit énergétique, numérique ou autre. L’exclusion génère de la division et de l’affrontement.

La troisième leçon est que, contrairement à ce que Hans Jonas affirme (Jonas, 1979), ce n'est pas d'une seulement d'éthique dont la civilisation technologique a besoin mais d'une justice, parce qu'il ne s'agit pas d'un problème soluble à l'échelle personnelle. Une éthique s’adresse seulement au comportement individuel, alors qu’une justice suppose de considérer l’ordre social dans son entier. La justice demande que l’on respecte ce qui est dû à chacun, actuel ou à venir, au Nord ou au Sud. L’approche économique orthodoxe fait très largement l’impasse sur ces questions. Elle n’a pas de vision de l’avenir au-delà d’une décennie, sinon sous la forme d’une promesse d’abondance qu’elle ne se presse pas d’étayer, alors que pourtant les signes de rareté et de croissance des inégalités, y compris au sein des pays industrialisés, se multiplient.

L’hybris, la démesure, la course sans fin au pouvoir, était un danger bien connu des Grecs. C’est pour cette raison qu’ils faisaient de l’arêtê, la juste mesure, l’équilibre, la vertu suprême du politique. Le système actuel est basé sur un raisonnement inverse : au lieu de faire de la juste mesure une question centrale, il postule qu’un supplément de pouvoir, un supplément d’appropriation, permettra d’éviter de poser le débat proprement politique de la répartition du pouvoir. Nous assistons donc à une fuite en avant généralisée

La théorie de la croissance infinie ne repose donc pas sur un projet conscient, scientifique ou rationnel, mais sur une conception de la nature, et en particulier de la nature humaine. Elle repose sur un ensemble de croyances non démontrables sur la nature ultime du monde, et ces croyances sont tenues pour vraies. Elles affirment que l’homme est homo faber et que son milieu est analogue à un entrepôt inerte et inépuisable de matériaux mis à sa disposition. Les ressources et les environnements sont inépuisables, soit qu’ils puissent être remplacés les unes après les autres, soit qu’ils soient effectivement épuisables. Si l’homme continue à suivre les normes mises en évidence par l’économie, la nature sera « remise à l’endroit » et nous connaîtront l’abondance et la fin de l’histoire.

L’espace écologique (Flipo, 2002) global n’est pas plus infini que l’espace sur une chaussée : il faut choisir, et les choix qui sont faits actuellement sont lourds de sens. D’aucuns craignent un apartheid global, un néo-colonialisme écologique (Agarwal et al. , 1999) : une minorité industrialisée continuant à utiliser les ressources en empêchant le reste du monde de consommer afin de ne pas remettre en cause son mode de vie. 

Fabrice Flipo, Extraits de Énergie : réenchaîner Prométhée ? Une approche conceptuelle 

 

 

Contingence[1], relativité et subjectivité d’Homo Sapiens

 Protagoras, Nietzsche, Jacques Monod nous rappellent, chacun à sa manière, la contingence, la relativité et la subjectivité de l’intelligence humaine :


 Protagoras, Veme siècle avant JC, extrait de Traité des Dieux

« De toutes les choses, la mesure est l’Homme : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas du fait qu’elles ne sont pas. »

 

Nietzsche, 1873, extrait de Vérité et mensonge au sens extra-moral,

« Dans un recoin éloigné de l’univers répandu en un scintillement d’innombrables systèmes solaires, il y eut une fois un astre où des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fût la minute la plus arrogante et la plus mensongère de l’« histoire du monde » : mais une seule minute. La nature frémit encore de quelques respirations puis l’astre se figea et ce fut la mort de ces animaux intelligents. – Telle est la fable que quelqu’un pourrait inventer mais qui ne pourrait néanmoins suffisamment illustrer la façon misérable, fantomatique et éphémère, insensée et fortuite, dont se comporte l’intellect humain au sein de la nature ; il y a eu des éternités où il ne fut pas ; quand il aura de nouveau disparu, il ne se sera rien passé. Car, pour ce fameux intellect, il n’existe pas de mission allant au-delà de la vie humaine. Il n’est qu’humain, et seul celui qui le possède et l’engendre le considère avec pathos, comme s’il contenait l’axe sur lequel tourne le monde. Mais si nous pouvions comprendre le moustique, nous saurions que lui aussi volette dans les airs avec le même pathos, se sentant porteur du centre volant de ce monde ».

 

J. Monod, 1970, extrait de Le hasard et la nécessité

« Nous nous voulons nécessaires, inévitables, ordonnés de tout temps. Toutes les religions, presque toutes les philosophies, une partie même de la science, témoignent de l'inlassable, héroïque effort de l'humanité niant désespérément sa propre contingence ».

 

Depuis Darwin, l’Homme n’est plus un être supranaturel. L’espèce Homo Sapiens n’est plus le centre du Monde, ni même le centre de la Terre. Elle est une émanation de la nature, tout comme le sont les végétaux et les animaux. Son intelligence est le fruit d’une évolution et non d’un souffle divin. Dieu est mort, son supposé rôle dans la création humaine n’a plus cours.

Le jeune Nietzsche se passionne pour ce nouveau paradigme mais ne s’arrête pas là. Il s’interroge sur les conséquences de ce nouveau rapport défini avec le réel que la science attribue à l’homme. Celui-ci a-t-il gagné à se représenter seul face à lui-même ? La connaissance, dont la révélation est désormais exclue, peut-elle prétendre atteindre une vérité objective ? Autrement dit, l’homme n’est-il pas définitivement enfermé dans la subjectivité ?

Mais surtout, ces trois auteurs insistent sur l’absolue contingence de l’Homme. Non seulement l’espèce humaine n'a pas décidé de venir au monde, mais elle aurait très bien pu ne pas émerger. L’espèce humaine n’est le résultat d’aucun dessein, elle est le résultat du hasard.

La contingence est l'absence de nécessité, c'est-à-dire le fait qu'une chose, qu’une espèce puisse ne pas être. Homo Sapiens est, mais sa présence sur Terre n'est rendue nécessaire par aucune essence préalable. Son existence n'a pas de raison absolue d'être, et son émergence n’étant pas de son fait, ni de celui d'un dieu qui aurait auparavant déterminé son essence – aurait pu ne pas avoir eu lieu.



[1] La contingence est le fait de pouvoir ou non être ou de pouvoir ou non avoir été, tout en pouvant être déterminé, cela ne s'oppose pas forcément à la causalité.

04.01.2012

Calculer son bilan carbone ou son empreinte écologique

Savez-vous combien d'eau vous consommez par an ? Ou par jour ?
Combien de Km vous parcourez par an, en voiture, en train, en avion ?
Et combien cela génère de Kg équivalent carbone ?
Et combien de planètes il faudrait pour produire ce que vous consommez x 7 milliards (population terrestre) ?

Pas évident de trouver un site permettant de calculer intelligemment son bilan carbone ou son empreinte écologique.

En effet beaucoup de sites vous proposent des questionnaires plutôt naïfs ou culpabilisants, qui placent sur le même plan l'eau qu'on laisse couler en se lavant les dents et l'arrosage de son jardin, l'utilisation de lampes basses consommation et la température de son logement ...

L'important, me semble-t-il, c'est de bien caractériser le type d'impact que nous pouvons avoir sur l'environnement et de hiérarchiser le niveau de ces impacts.

 

Mais d'abord que calculer ?

1. Notre bilan Carbone : C'est sans doute le sujet le plus urgent, car il s'agit du réchauffement climatique avec des impacts dans les quelques décennies à venir.

Je vous recommande le site  http://www.bilancarbonepersonnel.org/ 

Ses qualités:
- catégories bien définies : Logement-Transport-Alimentation-Consommation
- très clair dans les périmètres pris en compte dans les calculs
- très souple : on peut ajouter un véhicule, un logement, un vol, ...
- permet de rentrer ses consommations de façon quantitatives (kWh, Km, kg) ou qualitatives
- présente une vision synthétique du questionnaire, permettant à tout moment de revenir sur un point particulier
- offre la possibilité d'archiver chaque bilan, ce qui permet les comparaisons dans le temps
- incite à archiver nos différents types de consommation (électricité, gaz, déplacements, équipements...), ce qui permet de mieux les suivre donc de mieux les contrôler

- les résultats sont particulièrment intéressants. Le site vous fournit vos émissions par poste en Kg equ.Carbone ou en Kg equ CO2. Preuve de sérieux, les calculs sont affectés d'incertitudse qui sont indiquées dans les histogrammes et les diverses tables.
- une barre horizontale rouge représente la hauteur moyenne que les barres des histogrammes devraient ne pas dépasser pour que notre mode de vie puisse être qualifié de durable du point de vue des émissions de gaz à effet de serre.
 

2. Notre bilan Eau : près d'un milliard d'êtres humains n'ont pas accès à l'eau potable. Et le problème de l'eau risque de devenir de plus en plus critique du fait des pollutions et du réchauffement climatique. Raison de plus de réfléchir sur la façon dont nous utilisons cette ressource vitale.

Deux moyens simples de calculer notre consommation :

- Archiver ses factures annuelles qui nous donne la consommation en M3
- utiliser cette  petite calculette (en anglais, malheureusement) qui permet d'évaluer rapidement sa consommation annuelle d'eau. 
http://goblue.zerofootprint.net/one_minute/unilever/count...

 

3. Notre empreinte écologique (surface nécessaire pour produire ce que l'on consomme et traiter nos déchets)
Le site de WWF est assez naïf pour le calcul mais simple et comportant une partie recommandations assez utile : 
http://www.wwf.fr/s-informer/calculer-votre-empreinte-eco...

 

Il ne s"agit pas de revenir à l'époque des diligences, mais de prendre conscience de ce que nous consommons, de tirer le meilleur de chaque ressource et d'agir dans la durée pour réduire notre consommation globale qui n'est pas supportable par la planète.

27.12.2011

Science et réalité : Objet et Sujet

 

Le réel, c’est ce qui m’entoure, ce que je perçois, c’est le monde tel que je le connais et tel que je m’attends à ce qu’il fonctionne.

Le matin, le soleil se lève, cela me parait normal, quand je prends ma voiture, elle démarre, cela me parait normal aussi, c’est quand elle ne démarre pas que cela me parait anormal. Il y a une réalité instinctive, naïve, c’est celle que je perçois, c’est le monde de tous les jours, le monde dans lequel je vis ici et maintenant.

 

Mais les choses se compliquent un peu lorsque je me pose certaines questions  relatives à des aspects plus ou moins bizarres de la réalité : objets non observables, objets du passé ou du futur, objets prédits par la science, objets très distants, objets très petits, objets abstraits, objets très complexes.

Ce qui conduit à des questions du type :

-          Qu’est-ce qu’un objet naturel ?

-      Les objets non observables existent-ils ? (Par exemple Namaka,  satellite naturel de la planète naine (136108) Haumea, découvert en 2005, à l'aide du télescope à optique adaptative de l'observatoire Keck)

-          Les objets prédits par la science existent-ils ? Par exemple les trous noirs existent-ils ?

-          Qu’est-ce qu’un électron : Est-ce une particule, une onde, un vecteur d'état dans un espace de Hilbert ?

-          Comment mesure-t-on la vitesse d’un neutrino ?

-          Quel est l’âge de la terre : 6000 ans ou 4 milliards d’année ?

-          Que penser des théories négationnistes ? (qui nient la shoah)

-          Peut-on dire du climat qu’il est réel ?

-          La science est-elle la source exclusives des connaissances ?

 

 

Le problème de la réalité pose d’emblée la question du rapport de l’observateur et du monde observé, du sujet et de l’objet.

 

Définir la réalité est une tâche loin d’être facile. La réalité est un concept philosophique porteur de multiples sens et  qui a, depuis au moins vingt-cinq siècles, été au centre de multiples débats autant  philosophiques que scientifiques. Débats autour de la nature de la réalité, mais aussi des notions de croyance, de connaissance et de vérité.

 

 

1.    Un débat d’abord métaphysique

La réalité est une catégorie ontologique, c’est à dire qu’elle concerne l’existence des objets du monde et des sujets qui les observent ainsi que la nature des rapports entre ces objets et ces sujets.

 

Le débat a d’abord porté sur la nature du monde vis à vis de l’observateur  et a opposé deux grands courants : les réalistes et les anti-réalistes

 

1.1 Le réalisme

Pour les réalistes (Héraclite, Aristote), le monde est une réalité objective qui existe indépendamment de la pensée humaine. C'est un monde d'objets, de propriétés et de faits que l'on doit découvrir au moyen de recherches empiriques (au moyen de l’expérience) et théoriques.  Le réalisme métaphysique n'est pas une thèse sur la nature de ce qui est. C'est une thèse sur le rapport de ce qui est à notre connaissance.

Le réalisme à propos de X affirme que :

-           X existe

-          X  a les propriétés qu'il a, indépendamment de la connaissance que nous avons de lui.

 

 

Le réalisme scientifique est plus restreint: il applique cette thèse aux objets qui apparaissent dans les théories scientifiques.  Le réalisme scientifique est venu sur le devant de la scène historique et philosophique avec la révolution scientifique initiée par Copernic et Galilée.

 

 

1.2 L’anti-réalisme

Pour les anti-réalistes, un monde qui existe indépendamment du sujet n’a pas de sens. Pas d’objet si il n’y a pas de sujet pour le penser.

Les anti-réalistes comportent beaucoup de courants dont les Idéalistes, les Nominalistes, et à l’extrême les Solipsistes.

 

Pour les Idéalistes (Platon), la raison est au dessus des sens et de l’expérience. La nature ultime de la réalité repose sur l'esprit, sur des formes abstraites ou sur des représentations mentales dont les sens n’ont qu’une vision partielle et non pérenne.

 

La caricature des anti-réalistes sont les Solipsistes (Pyrrhon, Berkeley), pour qui le monde n’existe que dans notre esprit :

« Donc, le monde n’existe pas en soi, mais en moi. Donc, la vie n’est que mon rêve. Donc, je suis à moi seul toute la réalité. Si je dis en effet : chacun est seul au monde et l'origine de tout, je nous divise et je me contredis. Mais si je dis : je suis moi seul le monde et l'origine de tout, non seulement je suis d'accord avec moi-même, mais encore toute personne qui répétera ma proposition pourra bien en convenir pour elle.»

Extraits de La secte des égoïstes de Eric-Emmanuel Schmitt

 

 

1.3 L'opposition entre le réalisme et l'idéalisme

« L'idéalisme et le réalisme sont des points de vue opposés et irréconciliables. Mais ils sont aussi indémontrables l'un que l'autre. En effet, ces points de vue sont à la base de toute démonstration: on ne peut donc pas les démontrer eux-mêmes, ce sont des positions métaphysiques. Généralement les philosophes peuvent être classés en deux camps, idéalistes ou réalistes, selon qu'ils manifestent une plus ou moins grande propension à privilégier les idées ou les faits, les idéaux ou les observations, le monde invisible ou le monde visible. Bien sûr, il y a des degrés divers dans chacune de ces positions et certains, comme Kant, ont tenté de se situer au milieu, à mi-chemin entre réalisme et idéalisme, bien que Kant se soit avéré être finalement plus idéaliste que réaliste.

Sauf exception, les idéalistes et les réalistes admettent tous deux l'existence des faits matériels et des idées. Ils admettent, par exemple, que l'être humain comporte une dimension purement physique et une dimension intérieure, une âme ou un esprit. La différence entre les deux n'est pas dans la négation d'une de ces dimensions, mais dans la définition de chacune d'elles. Pour les idéalistes, le monde des idées et l'âme humaine sont d'une nature spirituelle et existent dans une sphère différente du monde matériel. Pour les réalistes, au contraire, les idées sont une partie du monde matériel, elles sont intimement liées à lui et, parallèlement, l'âme (ou plutôt l'esprit) ne peut pas être vraiment distingué du corps, car l'un et l'autre sont les deux faces d'une même pièce.

 

Objections réciproques

Les idéalistes reprochent au réalisme son manque de vision. Ne constate-on pas tous les jours que nos perceptions sont des idées et non de simples sensations sans aucune signification: le chaud, le froid, le dur, le mou, etc.? D'ailleurs, le monde de l'observation est multiple, comment la similitude et la reproduction de caractères formels identiques seraient-elles possibles sans l'existence d'idées abstraites indépendantes de ces observations?

Par contre, les réalistes reprochent à l'idéalisme son caractère arbitraire. Rien ne prouve l'existence de ce monde d'idées parfaites indépendant de notre monde matériel. Au contraire, notre seule source d'information est le monde de nos perceptions et nul autre. Les objets en soi n'existent tout simplement pas, tout ce qui existe est particulier. D'ailleurs, bien des créations humaines ne reposent sur aucun modèle idéel qui lui préexisterait. »

Extraits de Réalisme et idéalisme par Raymond-Robert Tremblaydu cégep du Vieux Montréal

http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/ARTICLES/realidea.htm

 

 

1.4 La position de Kant

« L'idéalisme consiste à affirmer qu'il n'y a pas d'autres êtres que des êtres pensants ; le reste des choses que nous croyons percevoir dans l'intuition ne seraient que des représentations dans les êtres pensants, auxquelles ne correspondrait en fait aucun objet situé à l'extérieur. Je dis au contraire : il nous est donné des choses, en tant qu'objets de nos sens, situés hors de nous, mais de ce qu'elles peuvent bien être en soi, nous ne savons rien, nous ne connaissons que leurs phénomènes, c'est-à-dire les représentations qu'elles produisent en nous en affectant nos sens. Par conséquent je conviens sans doute qu'il y a des corps hors de nous, c'est-à-dire des choses qui, tout en nous demeurant totalement inconnues quant à ce qu'elles peuvent être en soi, sont connues de nous par les représentations que nous procure leur influence sur notre sensibilité, et auxquelles nous donnons le nom de corps, mot qui désigne ainsi simplement le phénomène de cet objet inconnu de nous, mais qui n'en est pas moins effectif. Peut-on appeler cela de l'idéalisme ? Mais c'en est exactement le contraire. »

KANT Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science " 

 

Autrement dit, la théorie kantienne de la connaissance est " exactement le contraire " de l'idéalisme. Bien que nous ne connaissions de la chose que son phénomène, son existence en dehors de nous, indépendamment de notre conscience est la présupposition fondamentale de toute connaissance. Il y a des " corps " et ils sont ce qui est effectif. Le " réalisme " de Kant ne peut pas être plus clairement affirmé. Et par la même occasion l'incompatibilité de Kant avec toutes les formes modernes d'anti-réalisme en matière de connaissance scientifique.

Cela conduit Kant vers ce qu’on pourrait appeler un réalisme critique. La réalité n'est pas donnée: vérité et réalité se construisent dialectiquement.  Mais alors, ce qui est tenu pour réel  à un moment donné du temps dépend en partie des croyances collectives du moment.

 

« On trouve chez Kant un certain héritage du réalisme, notamment à travers la distinction des concepts de matière et de forme ou d'entendement et de sensibilité. L'idéalisme kantien laisse de fait une place au réalisme dans une opposition dualiste classique du sujet et de l'objet : la pensée et l'être sont deux choses bien distinctes. Toutefois Kant se montre aussi largement critique d'un certain point de vue dogmatique qu'il qualifie lui-même de réalisme transcendental : l'espace et le temps, ainsi que toutes choses ou phénomènes perçus seraient des choses en soi. Or Kant s'y oppose fermement à travers sa propre définition d'un réalisme empirique, ou réalisme critique. La chose en soi, qu'il qualifie ici de noumène est le réel tel qu'il se présente hors de toute faculté de percevoir, et l'espace et le temps qui ne sont que les conditions subjectives qui nous sont nécessaires pour structurer au sein de l'entendement les phénomènes (littéralement « ce qui apparaît », et qui devient ici l'objet d'expérience possible). La réalité nue, prise comme noumène nous serait donc impossible, car toute perception prise sous le rapport d'espace et de temps n'est perception que de phénomènes. Ceux-ci ne sont toutefois pas réduit à l'état de simples apparences, car ce qui détermine les formes a priori de la connaissance (l'espace et le temps) constitue pour Kant le « pays de la vérité ». 

Extraits de Wikiedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alisme_(philosophie)

 

1.5 La position de Popper

Popper juge évident qu’il existe une réalité que nous n’avons pas nous-même créée, et dont nous sommes une partie. C’est une position non démontrable, c’est celle du réalisme métaphysique.

 

Popper combat L’Idéalisme sous deux formes, il combat l’affirmation que le monde n’est qu’un rêve, tout comme l’affirmation que la science ne vise pas à connaitre la réalité.

 

Avec constance, Popper défend une position réaliste stricte, une position qui affirme que notre connaissance vise l'existence d'une réalité extérieure à la conscience, une connaissance objective et épistémologie indépendante du sujet.

 

Popper soutient que la connaissance est objective : c’est du monde réel que parle la science, la connaissance est distincte du sujet, elle a une réalité objective, parmi les autres réalités de l’univers.

 

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Ainsi Kant et Popper nous permettent de sortir de l’opposition irréconciliable entre réalistes et anti-réalistes entre le réalisme et l’idéalisme, entre le sujet et l’objet.

 

 Comment ? En créant un troisième élément, un médiateur entre le sujet et l’objet. Le phénomène chez Kant, la connaissance objective chez Popper.

 

Dans cette relation triangulaire,  l’objet existe indépendamment du sujet, mais un rapport dialectique s’établit entre les deux. En effet le sujet et l’objet ont des interactions : l’objet émet des signes, l’expression de ses caractères, que le sujet peut percevoir. Le sujet peut aussi tester l’objet par une action en retour. Le sujet peut ainsi construire une représentation de l’objet, qui lui est propre. Et de proche en proche, le sujet construit sa représentation du monde.

 

A quoi ressemble cette représentation du monde qu’établit le sujet ? A un immense réseau sémantique, c’est-à-dire à une collection d’objets ayant chacun ses attributs, ses caractères. Ces objets sont réliés par des relations porteuses de sens, des relations sémantiques.

 

L’apprentissage pour le sujet est la construction de ce réseau sémantique, la construction d’un isomorphisme entre ce réseau sémantique et les objets du monde.  Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que le langage suppose une représentation du monde. En efffet, c'est à travers les langages que les sujets peuvent tenter aussi de mettre en phase, en isomorphie, leurs propres réseaux sémantiques.

 

Lacan disait que l’inconscient est structuré comme un langage, mais on pourrait étendre cette proposition : l’inconscient, comme le conscient sont stucturés comme le réseau sémantique sur lequel est bâti notre langage.

 

Chaque être humain a son réseau sémantique. La communication entre sujets n’est possible que si leurs réseaux sont isomorphes au moins pour l’essentiel .

 

Qu’est-ce la connaissance, qu’est-ce que la science dans ce schéma ? C’est la construction d’un réseau sémantique commun à plusieurs sujets à travers des langages (langues naturelles parlées ou écrites, mais aussi langages formels logiques et mathématiques). Un réseau sémantique vrai, c’est-à-dire conforme aux interactions que chaque sujet peut avoir avec le monde.  Un réseau sémantique vérifié, ou plutôt vérifiable par chacun des sujets.

 

Mais ceci nous amène au deuxième débat sur le concept philosophique de réalité, celui de nos modes d’accès à la réalité, débat sur ce qu’est la connaissance, sur les sciences et les notions de vérité et de preuve.

 

Mais ce sera l’objet d’un prochain post ….

 

26.12.2011

De l’influence de la pleine lune sur les accouchements

L’autre jour en sortant du café philo de Cucuron, nous sommes allés terminer la soirée au resto.

Je ne me souviens plus pourquoi, mais la conversation est partie sur la divination, puis sur l’influence de la pleine lune sur les accouchements ...

 

Et le scénario habituel s’est reproduit : je me suis trouvé désarmé face à des amis que j’estime, mais qui affirmaient de façon véhémente, des faits incontestables pour eux :

-          la capacité d’une femme d’origine hindoue de prédire l’avenir

-          l’influence réelle des astres sur notre vie quotidienne et notamment l’influence de la pleine lune sur le déclenchement des accouchements (« tu ne peux pas le nier, en période de pleine lune,  les maternités sont pleines ! »)

 

Le scénario habituel, disais-je, s’est reproduit. Il s’est déjà déroulé de nombreuses fois, à propos de sujets aussi divers que les sourciers, les ovnis, les devins, les magnétiseurs, les marabouts, l’homéopathie et autres médecines parallèles.

 

 

Croyant et incroyant

Ce scénario fait intervenir deux personnages, le croyant et l’incroyant et  se déroule à peu près de la façon suivante :

Le croyant : « j’ai été le témoin d’une expérience incroyable, je n’y croyais d’ailleurs pas au début, mais j’ai été obligé d’admettre la réalité. Et d’ailleurs tout le monde reconnaît que c’est vrai, et même de grands scientifiques ... »

L’incroyant : « Tout cela est du domaine de l’irrationnel, du non rationnel. Il n’y a aucune preuve que cela marche ou que cela soit vrai. Ce sont des croyances populaires .Tout cela n’a aucune base scientifique. Et d’ailleurs regarde sur Internet, toutes les expériences en « double aveugle » ont montré que[1] ...  Je n’y crois pas et je crois même que c’est faux. »

En général, chacun reste sur sa position et la conversation devient un peu tendue, voire s’envenime. Cela peut se terminer sur des échanges du type :

« Tu nies l’évidence, la science ne peut tout expliquer. Il y a des phénomènes vrais qu’on ne peut expliquer.  Tu ne croies à rien. C’est du nihilisme »

« Bien sûr que je crois à quelque chose, je crois à la démarche scientifique, je crois à la raison. En l’absence de preuve, la seule position raisonnable est le doute. Croire sans preuve est au mieux de la naïveté, au pire de l’obscurantisme, voire de la superstition. »

 

Pour tenter d’éviter de tomber dans ce piège de la conversation bloquée, n’est-il pas utile d’introduire une réflexion sur ce qu’est la croyance et d’admettre que dans les domaines où l’être humain n’a pas de preuve, il ne peut que s’en remettre à son degré de croyance ?

Dans ces domaines, n’est-il pas préférable de jeter un regard conscient sur l’origine de ses opinions et de s’affirmer comme croyant ou incroyant. Avoir le courage de dire « Je crois .. » ou « je ne crois pas ».

A partir du moment où je dis «  je crois en la divination » ou bien « je ne crois pas en la divination », tout est dit, personne ne peut trouver à y redire, c’est du domaine de l’irrationnel, c’est ma croyance ou mon incroyance personnelle, je n’ai à apporter aucune preuve, mais je n’ai pas non plus à tenter d’imposer ma croyance ou mon incroyance aux autres ...

 

 

Croyance et niveau de preuves

On voit bien, dans cette confrontation, apparaître deux dimensions : d’une part le niveau de croyance, d’autre part le niveau de preuve.

 Mais définissons d ‘abord ces termes :

 La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité.

Une preuve est un fait ou un raisonnement propre à établir solidement la vérité.
- Les preuves basées sur la déduction qui ont un caractère absolu ou certain pour autant que l'on respecte leurs  hypothèses de départ.
- Les preuves basées sur l'induction qui ne sont vraies qu'avec une certaine probabilité dont l'estimation dépend des connaissances disponibles

La vérité,  c'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel.

La réalité désigne le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif.

 

Ainsi on pourra sans doute clarifier les positions en introduisant le schéma suivant :

 

croyance,preuve,vérité,réalité,dénialisme,pseudosciences,vérités révélées,religions,idéologies,négationnisme,créationnisme

 

Vous pouvez cliquer sur le schéma pour l'agrandir

Schéma qu’on peut détailler en tentant de positionner sur ce quadrant les divers courants de la pensée humaine : sciences exactes, sciences expérimentales, sciences humaines, religions, idéologies, pseudosciences,  ...

 

croyance,preuve,vérité,réalité,dénialisme,pseudosciences,vérités révélées,religions,idéologies,négationnisme,créationnisme

 


Vous pouvez cliquer sur le schéma pour l'agrandir

Evidemment, ce classement peut paraître arbitraire. Sans doute, mais se poser la question du placement de tel ou tel courant de pensée dans ces quadrants introduit un débat qui ne manque pas d’intérêt.

 

Quadrant 1 (en haut à droite)

C’est le quadrant de la raison, de la méthode, de la science.

 

Quadrant 2 (en haut à gauche)

Le « dénialisme » - est le domaine du déni du savoir scientifique, de la négation des théories ou des faits établis. C’est le domaine des négationnismes, du refus de la théorie de l’évolution,  des multiples révisionnismes mais aussi de l’Index Librorum Prohibitorum (liste des livres interdits par l’église catholique depuis l’inquisition). C’est aussi celui la censure et des autodafés.

 

Quadrant 3 (en bas à gauche)

C’est le domaine du doute, du scepticisme, de l’agnosticisme et de la pensée critique.

On peut résumer cette position par la maxime : Plutôt douter que de se tromper !

 

Quadrant 4 (en bas à droite)

C’est celui des vérités révélées, des mythes, des croyances intuitives ou  « populaires », c’est aussi le domaine sans fin de la cosmogonie, de la métaphysique et du surnaturel, mais aussi des pseudosciences et des idéologies.

 

Quelques questions et réflexions sur ce schéma :

Science et croyance ne sont-ils pas antinomiques ?

La science vise notamment à produire des connaissances à partir d'une démarche méthodique et détachée des dogmes. Les connaissances scientifiques se différencient donc fondamentalement des croyances par leur mode de production. La science est une production collective bâtie sur l'expérimentation, l'épistémologie, et constitue une unité, grâce à une liaison et à une confrontation permanentes avec la « réalité » empirique. La science se doit de remettre régulièrement en doute son contenu et entretient un réseau cohérent de connaissances, par la publication des travaux de recherche. L'adhésion aux théories scientifiques, par les scientifiques compétents, est basée sur la possession de moyens de vérification et de réfutation fournis par les publications. Il s'agit donc d'un mécanisme totalement différent de celui de l'adhésion aux croyances, dans la mesure où la position, certes idéale, du scientifique, n'est pas de croire en sa théorie mais au contraire de l'admettre en recherchant en permanence ses possibilités de fausseté. 

Cependant, pour le commun des mortels, l’adhésion aux théories et aux faits scientifiques relève bien de la croyance car les preuves sont hors de portée de la plupart. Cette adhésion se fait sur la base d’un consensus qui relève de la croyance. J’accepte la théorie de l’atome parce qu’elle est enseignée dans les programmes scolaires, qu’elle semble admise par tout le monde et que les preuves théoriques et pratiques sont disponibles, même si je ne les consulte pas ou n’ai pas le niveau scientifique pour les comprendre.

En ce qui concerne les scientifiques eux-mêmes, il suffit de les placer devant des négationnistes pour constater qu’ils croient réellement en leur théories et quelquefois jusqu’au bûcher (Giordano Bruno) ...  Galilée, condamné, n’aurait-il pas dit : « Et pourtant, elle tourne ! »

 

Où placer l’athéisme ?

S'il paraît évident que "ne pas croire en Dieu" n'est pas une croyance, le problème peut se poser si l'on reformule la question en "croire que Dieu n'existe pas [...]".

Il est important de noter où on place la négation ... Ce n’est pas la même chose de dire

« Je ne crois pas en l’existence de Dieu »
et
« Je crois que Dieu n’existe pas »

 

Il ne faut pas confondre incroyant et athée ! L’athée est un croyant si il fait de l’affirmation de la non existence de Dieu une cause à défendre.

Mais il s'agirait d'une croyance un peu particulière, la croyance en la non existence de quelque chose ! Or, pour le dictionnaire Larousse "croire", c'est tenir pour certain l'existence de quelqu'un, de quelque chose. Derrière croire, il ne peut y avoir qu'une formulation positive. L'expression "croire en la non existence de quelque chose" n'aurait donc pas de sens, ce serait même absurde. Au mieux, elle serait équivalente à "ne pas croire en Dieu", qui n'est pas une croyance. Etre athée, ne peut donc être, au sens propre, une croyance, ou même une foi. Ce serait une adhésion, une confiance une loyauté envers la non existence de quelque chose.

 

Dénialisme et idéologies

Le dénialisme est la plupart du temps promu par idéologie, par l’impossibilité d’accepter les évidences contraires à ses croyances. 

Le négationnisme de la théorie de l'évolution vient en soutien du créationnisme.

Les révisionnismes ont été produits par les idéologies totalitaires.

L’index a été mis en place pour lutter contre les hérésies et pensées contraires aux dogmes et aux vérités révélées du christianisme.

 

Les axes de pensée complémentaires

Il est intéressant de noter les deux grands axes de pensée complémentaires.

Axe 1-3 :  Le scepticisme est complémentaire de la démarche méthodique. Ne pas affirmer sans preuve conduit à douter en l’absence de preuve.

Axe 2-4 : Au contraire, le dénialisme s’appuie sur la pensée non rationnelle,  sur l’acceptation de vérités révélées et vient en soutien des idéologies, des religions, et des pseudosciences.

 

Les quadrants adjacents  s’opposent :

  • Science <--> Dénialisme
  • Science <--> Vérités révélées ou intuitives
  • Scepticisme <--> Dénialisme
  • Scepticisme <--> Vérités révélées ou intuitives

 

 

Concluons par un exemple : l’âge de la Terre et son mouvement

Hubert Krivine, physicien, ancien enseignant-chercheur au laboratoire de Physique nucléaire et des hautes énergie vient de publier un livre qui illustre bien les propos du présent post :

« La Terre du mythe au savoir »

Extraits de la 4eme de couverture :

 "Cet ouvrage relève de la philosophie des sciences, mais son thème a des résonances actuelles puisqu'il aborde la résurgence des fondamentalismes religieux.

A notre époque, le rejet de la vérité scientifique a deux sources. L'une est la lecture littéraliste des textes sacrés, l'autre est un relativisme en vogue chez certains spécialistes des sciences humaines, pour qui « la science est un mythe au même titre que les autres ».

Le philosophe Jacques Bouveresse résume ainsi le propos de l'ouvrage :

Un des objectifs principaux de ce travail était, par conséquent, de « réhabiliter la notion réputée naïve de vérité scientifique contre l'idée que la science ne serait qu'une opinion socialement construite ». Sur l'exemple qui y est traité avec une maîtrise et une autorité impressionnantes, le lecteur qui aurait pu en douter se convaincra, je l'espère, qu'il peut y avoir et qu'il y a eu réellement, dans certains cas, un passage progressif du mythe au savoir, ou de la croyance mythique à la connaissance scientifique, qui a entraîné l'éviction de la première par la seconde, pour des raisons qui n'ont rien d'arbitraire et ne relèvent pas simplement de la compétition pour le pouvoir et l'influence entre des conceptions qui, intrinsèquement, ne sont ni plus ni moins vraies les unes que les autres.

Hubert Krivine veut donc expliquer sur un exemple précis : la datation de l'origine de la Terre, et la compréhension de son mouvement, comment, à la différence des vérités révélées, s'est construite une vérité scientifique.

Ce livre a comme public privilégié les enseignants du primaire au supérieur, que des pressions venant de divers côtés amènent parfois à douter de la validité et de l'intérêt du savoir qu'ils dispensent. Des notions élémentaires d'astronomie et de physique sont expliquées pour le lecteur sans formation scientifique".

Huber Krivine parle de sa démarche dans l’émission Continent Sciences du 24 octobre 2011 :

http://www.franceculture.fr/emission-continent-sciences-c...

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4331891

 

 



[1] Pour ceux que l’influence de la pleine lune sur les accouchements intéresse particulièrement, cliquer sur le lien suivant : Recherche Google

15.12.2011

Mallarmé, les dés et le hasard

Le hasard, la contingence, pourquoi ne pas lire ou relire le fameux poème de Stéphane Mallarmé, 

"Un coup de dés jamais n’abolira le hasard" ?

Evidemment, comme c'est une poésie grahique, il vaut mieux la lire dans sa mise en page de 1914, par exemple sur le lien suivant : 
http://writing.upenn.edu/library/Mallarme-Stephen_Coup_19..., ou bien
http://coupdedes.com/images/coupdedes.pdf

 

Dernière oeuvre de Mallarmé, écrit en 1897, c'est sans doute la première poésie visuelle ou graphique, typographique, annonciatrice du mouvement dada et des surréalistes.

Mallarmé a intéressé pas mal de philosophes. Il y a eu le Mallarmé d’Albert Thibaudet, celui de Sartre. Puis le Mallarmé de Rancière, celui de Jean-Claude Milner et de bien d’autres encore : il y aura dorénavant le Mallarmé de Quentin Meillassoux.

 "Quentin Meillassoux, enseignant à l'École normale supérieure né en 1967, n'avait jusqu'ici publié qu'un seul et bref essai, en 2006, "Après la finitude". Mais c'est un livre si ambitieux qu'il a suscité en Grande-Bretagne la naissance d'une nouvelle école philosophique : le « réalisme spéculatif ». Car Meillassoux ne s'intéresse pas à « ce qui est mais à ce qui peut possiblement être ». Cet admirateur de Descartes et disciple de Badiou, relance ainsi une philosophie de l'absolu. La seule nécessité, dit-il, c'est qu'il n'y a aucune nécessité, aucune loi qui ne puisse s'effondrer. L'absolu serait donc la contingence même. Il s'agit d'assumer le chaos radical, mais avec une rigueur rationnelle sans pareille. Afin de reconquérir un « grand dehors » que la philosophie depuis Kant (pour qui il est impossible de connaître les choses en soi) a perdu.

Son nouveau livre pourrait défrayer la chronique : "Le Nombre et la Sirène" livre un scoop décisif concernant la pensée de Mallarmé. De quoi s'agit-il ? Meillassoux a découvert que le grand poème testamentaire de Mallarmé, "Jamais un coup de dés n'abolira le hasard", est en fait codé. Et que le code n'est autre que 707. Le philosophe démontre que ce nombre est présent dans ce poème si difficile sous la forme d'une charade : les deux « comme si », étant à entendre comme la septième note de la gamme, encadrent le « proche tourbillon » que représente idéalement le « 0 ». Le code est également présent dans le compte même des mots : le poème déployant 707 mots jusqu'au verbe « sacre », est complété par une morale de sept mots :« Toute pensée est un coup de dés. »

Extrait d'un ARTICLE PARU DANS PHILOSOPHIE MAG N°53, Le 01 Octobre 2011

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A écouter aussi l'émission du 30/09/2011 des Nouveaux chemins de la connaissance sur le même sujet :

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins...

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"Toute pensée émet un coup de dé", "Un coup de dé jamais n'abolira le hasard", n'est-ce pas l'intuition de la contingence de l'homme, mais aussi du monde ?

Cela rejoint Monod : « Nous nous voulons nécessaires, inévitables, ordonnés de tout temps. Toutes les religions, presque toutes les philosophies, une partie même de la science, témoignent de l'inlassable, héroïque effort de l'humanité niant désespérément sa propre contingence » J. Monod, Le hasard et la nécessité

Les partisans du principe anthropique feraient bien de relire ce poème.


UN COUP DE DÉS

JAMAIS

QUAND BIEN MÊME LANCÉ DANS DES CIRCONSTANCES ÉTERNELLES

DU FOND D’UN NAUFRAGE

SOIT que

l’Abîme

blanchi
étale
furieux
sous une inclinaison
plane désespérément

d’aile

la sienne

par

avance retombée d’un mal à dresser le vol
et couvrant les jaillissements
coupant au ras les bonds

très à l’intérieur résume

l’ombre enfouie dans la profondeur par cette voile alternative

jusqu’adapter
à l’envergure

sa béante profondeur en tant que la coque

d’un bâtiment

penché de l’un ou l’autre bord

LE MAÎTRE
hors d’anciens calculs
où la manoeuvre avec l’âge oubliée
surgi
inférant
jadis il empoignait la barre
de cette conflagration
à ses pieds
de l’horizon unanime

que se
prépare
s’agite et mêle
au poing qui l’étreindrait
comme on menace
un destin et les vents
l’unique Nombre qui ne peut pas
être un autre

Esprit
pour le jeter
dans la tempête
en reployer la division et passer fier

hésite
cadavre par le bras
écarté du secret qu’il détient
plutôt
que de jouer
en maniaque chenu
la partie
au nom des flots
un
envahit le chef
coule en barbe soumise
naufrage cela
direct de l’homme

sans nef
n’importe
où vaine

ancestralement à n’ouvrir pas la main
crispée
par delà l’inutile tête

legs en la disparition

à quelqu’un
ambigu

l’ultérieur démon immémorial

ayant
de contrées nulles
induit
le vieillard vers cette conjonction suprême avec la probabilité

celui
son ombre puérile
caressée et polie et rendue et lavée
assouplie par la vague et soustraite
aux durs os perdus entre les ais


d’un ébat
la mer par l’aieul tentant ou l’aieul contre la mer
une chance oiseuse

Fiançailles
dont
le voile d’illusion rejailli leur hantise
ainsi que le fantôme d’un geste

chancellera
s’affalera

folie

N’ABOLIRA

COMME SI

Une insinuation
simple
au silence
enroulée avec ironie
ou
le mystère
précipité
hurlé

dans quelque proche
tourbillon d’hilarité et d’horreur

voltige
autour du gouffre
sans de joncher
ni fuir

et en berce le vierge indice

COMME SI

plume solitaire éperdue

sauf

que la rencontre ou l’effleure une toque de minuit
et immobilise
au velours chiffonné par un esclaffement sombre

cette blancheur rigide

dérisoire
en opposition au ciel
trop
pour ne pas marquer
exigûment
quiconque

prince amer de l’écueil

s’en coiffe comme de l’héroique
irrésistible mais contenu
par sa petite raison virile
en foudre

soucieux
expiatoire et pubère
muet
rire
que

SI

La lucide et seigneuriale aigrette
de vertige
au front invisible
scintille
puis ombrage
une stature mignonne ténébreuse
debout
en sa torsion de sirène
le temps
de souffleter
par d’impatientes squames ultimes
bifurquées
un roc

faux manoir
tout de suite
évaporé en brumes

qui imposa
une borne à l’infini

C’ÉTAIT
LE NOMBRE

issu stellaire

EXISTAT-IL
autrement qu’hallucination éparse d’agonie

COMMENÇAT-IL ET CESSAT-IL
sourdant que nié et clos quand apparu
enfin
par quelque profusion répandue en rareté
SE CHIFFRAT-IL

évidence de la somme pour peu qu’une
ILLUMINAT-IL

CE SERAIT
pire
non
davantage ni moins
indifféremment mais autant
LE HASARD

Choit
la plume
rythmique suspens du sinistre
s’ensevelir
aux écumes originelles
naguères d’où sursauta son délire jusqu’à une cime
flétrie
par la neutralité identique du gouffre

RIEN

de la mémorable crise
ou se fût
l’événement
accompli en vue de tout résultat nul
humain
N’AURA EU LIEU
une élévation ordinaire verse l’absence

QUE LE LIEU
inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l’acte vide
abruptement qui sinon
par son mensonge
eût fondé
la perdition

dans ces parages
du vague
en quoi toute réalité se dissout

EXCEPTÉ
à l’altitude
PEUT-ÊTRE
aussi loin qu’un endroit
fusionne avec au delà
hors l’intérêt
quant à lui signalé
en général
selon telle obliquité par telle déclivité
de feux

vers
ce doit être
le Septentrion aussi Nord

UNE CONSTELLATION

froide d’oublie et de désuétude
pas tant
qu’elle n’énumère
sur quelque surface vacante et supérieure
le heurt successif
sidéralement
d’un compte total en formation

veillant
doutant
roulant
brillant et méditant

avant de s’arrêter
à quelque point dernier qui le sacre

Toute Pensée émet un Coup de Dés

 

17.11.2011

Les chocards du Parmelan

Parmelan, Massif de Glières, La Blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ah le Parmelan,  c'est mon Solutré. C'est magnifique, c'est grandiose. 

Mais cela se mérite. il faut aller le chercher.

Lorsque l'on parcourt la route d'Annecy à Thones, on voit apparaitre sur la gauche une impressionnante Balme, la Balme de Thuy. C'est le contrefort du massif des Glières, haut lieu de la résistance à l'occupant nazi.

Perdu au bout de la vallée de Dingy-St-Clair, on l'aperçoit peu à peu surgir et grandir jusqu'au point de départ, au fond de la combe de la Blonière.

Parmelan, Massif des Glières, La Blonière

Parmelan, Massif de Glières, La Blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

La vallée vers les dents de Lanfon est encore dans les nuages, mais ici, l'atmosphère est légère.

  

parmelan,massif des glières,la blonière

J'y accède de préférence par le Grand Montoir, un peu aérien, mais bien équipé

 

              parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

Parmelan, Massif des Glières, La Blonière

Parmelan, Massif des Glières, La Blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

On arrive bientôt en haut du Grand Montoir et là c'est l'émerveillement

parmelan,massif des glières,la blonière

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

Un panorama à 360° : Les Alpes (et bien sur le Mont Blanc), le massif des Bornes, 2 petits bouts du lac d'Annecy

parmelan,massif des glières,la blonière

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

parmelan,massif des glières,la blonière

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une vue magnifique sur le plateau des Glières

parmelan,massif des glières,la blonière

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et les chocards !

parmelan,massif des glières,la blonière

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

les chocards à bec jaune [Pyrrhocorax graculus] de la tête du Parmelan.

parmelan,massif des glières,la blonière

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils sont toujours là ; ils s'élancent, se laissent tomber le long de de la falaise ou bien viennent quasiment manger les miettes de pain dans votre main.

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On peut rester des heures, on ne se lasse pas d'observer leur vol acrobatique, symbole d'une liberté exceptionnelle.

Le Parmelan, je vous conseille de le parcourir au moins une fois par an. Cela remet les idées en place !

 

Pour en savoir plus : 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chocard_%C3%A0_bec_jaune

http://fr.wikipedia.org/wiki/Plateau_des_Gli%C3%A8res

 

 

16.11.2011

Les bricolages de Docteur Solex

C'est un scoop ! J'ai découvert qui est Docteur Solex et je l'ai vu en pleine action.

 

En effet Docteur Solex est en train de fabriquer une remorque pour son solex de voyage.

Pour les plans voir : http://drsolex.over-blog.com/article-projet-de-remorque-s...

 

Mais, vu la façon dont il s'y prend, on peut douter du résultat. Jugez en vous-même :

 

Dr Solex veut percer un trou dans une pièce en acier

 

DSCN0224.JPG

 

Il prend une perceuse/visseuse sans fil

 

 

 

DSCN0225.JPG

 

 

Il prend une mèche à béton, vous avez bien lu une mèche à béton de longueur 70 cm !

 

 

 

 

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DSCN0230.JPGIl bourrine comme un malade

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DSCN0227.JPGDSCN0228.JPG

 

 

 

Et voilà le travail. Docteur Solex est content de lui !

22.10.2011

Le cinéma, le temps, Bergson et Deleuze

Le 30 septembre, notre café-philo d’Apt avait pour thème : « Comment filmer le temps au cinéma ? ». Nous nous sommes retrouvés dans un coin perdu du Luberon, à l’auberge des Seguins, lieu propice à ce type de débat.

Comment filmer le temps ?  Sujet difficile, mais le parti pris de Philippe Mengue, notre Socrate de service, fût de nous laisser patauger joyeusement.

Et après l’ouverture par Diane Bertrand qui a témoigné de ses rapport au temps dans ses créations en tant que réalisatrice, ce fût une suite d’interventions sans véritable débat, comme le constate d'ailleurs Philippe dans son compte-rendu :

 

« Le café philo présenté par Diane Bertrand, qui répondait au titre ; « Comment filmer le temps au cinéma ? » fut à la foi riche et difficile.

Très riche de par les apports de Diane sur son travail de metteur en scène, sur la fabrication d’un film (les rapports entre cadrage, plan séquence, montage) sur la diversité des rythmes de temporalité selon les auteurs, et aussi par les apports de l’assistance.

Très difficile pour le philosophe. Je vais insister sur ce point. La philosophie est l’art des questions, des problèmes, leurs inventions, etc. Or, bien plus qu’au début de nos cafés, il nous est de plus en plus difficile d’accéder à des questions, de dégager des problèmes. On assiste à des monologues qui se succèdent sans entrer en débat ou discussion avec les autres interventions, des interventions qui ne font pas problème avec elle-même, ni, surtout, qui ne se rapportent que lointainement à la question du jour. Celle-ci semble aller de soi.

La description, la narration, le compte rendu du travail cinématographique sont absolument nécessaires, mais ils ne pouvaient être suffisants si l’on avait pas auparavant pris la mesure du problème philosophique. Qu’est-ce qui manquait et qui sur le plan philosophique nous laissait sur notre faim ? De définir le problème. Le problème surgit quand on tient compte de l’impossibilité de filmer le temps lui-même. On filme des mouvements, pas le temps. Il est indirectement exprimé par des signes et il est construit par le montage qui se rapporte au Tout (ouvert) du film, soit au temps total qu’est le film. Pas de cinéma sans image en mouvement. C’est sa matière. Si donc le temps est réductible au mouvement (ou à sa mesure, Aristote), il n’y a pas de problème. La question est d’emblée résolue : « comment filmer le temps ? », — « eh, bien ! faites des images-mouvements, n’importe lesquelles, c’est à dire du cinéma ». Soit mais c’est plus la peine de faire un café philo ! 

(Le compte-rendu complet est disponible sur : http://www.cafe-philo.fr/?p=547)

 

Filmer le temps, débat difficile en effet.

Car il est difficile de parler du temps, de le définir, de parler du présent qui nous fuit et que nous ne pouvons saisir...

 

Le temps

De quel temps parle-ton au juste ?

Le temps physique, ou le temps de la physique qui pourrait se définir comme la mesure de la transformation de l’unvivers.

Le temps psychologique ou subjectif, qui est le temps de la perception, qui est peut-être celui qu’on filme le plus.

Le temps biologique, qui est intimement lié aux phénomènes de la vie de la mort, du vieillisement.

Le temps historique, mesure des activités humaines.

 


Le cinéma

Quant au cinéma, nous sommes pour la plupart des spectateurs peu capables de nous détacher de l’emprise de l’image, de la bande son et de l’état d’hypnose dans lequel nous sommes plongés  dans les salles obscures peu capables d’analyser les diverses techniques de représentation du temps dans le cinéma.



Prendre la mesure du problème philosophique

« Prendre la mesure du problème philosophique », « Créer le problème », pas si simple !

N’aurait-il pas été utile de définir le concept «Temps » et d’éclaicir le terme « Filmer », donc de parler du cinéma ? A cette occasion puisque ce débat renvoyait à l’évidence aux travaux de Deleuze et plus loin à ceux de Bergson, n’aurait-il pas été intéressant de présenter les théses de « l’image-mouvement », de « l’image-temps », du « cristal de temps » et du « trop-tard » termes qui ont été évoqués lors du débat, mais sans qu’une explication plus détaillée ne permette d’apporter des repères pour le débat ?

Enfin la filiation Bergson Deleuze n’ imposait elle pas de plus de dire quelques mots de des deux ouvrages sur l’image et le mouvement : « Matière et mémoire » et  « L’évolution créatrice » ?

Vaste programme donc pour le philosophe : il fallait en effet « créer le problème » de la représentation du temps au cinéma et cela avec un groupe ne possédant pas, pour la plupart d'entre nous, les outils d’analyse adéquats. Mais n'est-ce pas la gageure mais aussi l'intérêt des café-philos.

En ce qui me concerne, je suis resté sur ma faim et les quelques références citées par Philippe, ne m’ont pas permis de comprendre le problème, de passer du temps de la physique au temps de la philosophie et de faire l'articulation entre image - mouvement - et temps ...

J’ai depuis pris le temps de creuser un peu les concepts de base qui auraient sans doute permis au débat d'avoir lieu. J’aimerais vous les faire partager.

 


Deleuze va au cinéma

le temps,le cinéma,deleuze,bergson,l'image-temps,l'image-mouvement,matière et mémoire,l'évolution créatrice,le trop-tard,le cristal tempsCommençons par cette émission sur « Deleuze va au cinéma », la première de cinq émissions consacrées à Deleuze par Raphaêl Enthoven dans les « Nouveaux chemins de la connaissance » en juin 2011.

Raphaël Enthoven reçoit Pierre Montebello auteur de deux études sur Deleuze  (Deleuze : la passion de la pensée, Deleuze, philosophie et cinéma). Et ils évoquent Bergson, Deleuze, le temps et le cinéma ...

Pour les écouter, il suffit de cliquer sur :

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4267351


Pour écouter les autres émissions de cette semaine sur Deleuze :http://www.franceculture.com/tags/gilles-deleuze




Cinéma 1, L’image-mouvement

Cette étude n'est pas une histoire du cinéma, mais un essai de classification des images et des signes tels qu'ils apparaissent au cinéma. On considère ici un premier type d'image, l'image-mouvement, avec ses variétés principales, image-perception, image-affection, image-action, et les signes (non linguistiques) qui les caractérisent. Tantôt la lumière entre en lutte avec les ténèbres, tantôt elle développe son rapport avec le blanc. Les qualités et les puissances tantôt s'expriment sur des visages, tantôt s'exposent dans des « espaces quelconques », tantôt révèlent des mondes originaires, tantôt s'actualisent dans des milieux supposés réels. Les grands auteurs de cinéma inventent et composent des images et des signes, chacun à sa manière. Ils ne sont pas seulement confrontables à des peintres, des architectes, des musiciens mais à des penseurs. Il ne suffit pas de se plaindre ou de se féliciter de l'invasion de la pensée par l'audio-visuel ; il faut montrer comment la pensée opère avec les signes optiques et sonores de l'image-mouvement, et aussi d'une image-temps plus profonde, pour produire parfois de grandes oeuvres

-4ème de couverture-

 

Cinéma 2, L’image-temps

Comment l'image-temps surgit-elle ? Sans doute avec la mutation du cinéma, après la guerre, quand les situations sensori-motrices font place à des situations optiques et sonores pures (néo-réalisme). Mais la mutation était préparée depuis longtemps, sous des modes très divers (Ozu, mais aussi Mankiewicz, ou même la comédie musicale).

L'image-temps ne supprime pas l'image-mouvement, elle renverse le rapport de subordination. Au lieu que le temps soit le nombre ou la mesure du mouvement, c'est-à-dire une représentation indirecte, le mouvement n'est plus que la conséquence d'une présentation directe du temps : par là même un faux mouvement, un faux raccord. Le faux raccord est un exemple de «coupure irrationnelle». Et, tandis que le cinéma du mouvement opère des enchaînements d'images par coupures rationnelles, le cinéma du temps procède à des ré-enchaînements sur coupure irrationnelle (notamment entre l'image sonore et l'image visuelle).

C'est une erreur de dire que l'image cinématographique est forcément au présent. L'image-temps directe n'est pas au présent, pas plus qu'elle n'est souvenir. Elle rompt avec la succession empirique, et avec la mémoire psychologique, pour s'élever à un ordre ou à une série du temps (Welles, Resnais, Godard...). Ces signes de temps sont inséparables de signes de pensée, et de signes de parole. Mais comment la pensée se présente-t-elle au cinéma, et quels sont les actes de parole spécifiquement cinématographiques ?

-4ème de couverture-

 

 

Et voici enfin quelques extraits de wikipedia à propos des principaux concepts deleuziens :


Action, réaction

L'analyse que Deleuze fait du Cinéma est largement fondée sur l'œuvre d'Henri Bergson, Matière et mémoire. D'un point de vue physiologique et de manière très simplifiée (mais suffisante dans le cadre présent), la perception humaine suit le schème sensori-moteur suivant :

des capteurs (œil, oreille...) reçoivent de l'information dans notre environnement. Ils captent l'action de l'environnement sur nous.

Cette information est envoyée, via des nerfs sensoriels vers le cerveau. Ce cerveau est capable de prendre une décision de réaction à l'environnement. Le signal de réaction est transmis via des nerfs moteurs vers des muscles. Ces muscles réalisent effectivement la réaction.

 


Cinéma 1 : Image-mouvement, Cinéma 2 :  image-temps

De la même manière que le cerveau fonctionne entre deux types extrêmes, on retrouve au cinéma deux grandes images correspondantes. D'un côté l'image-mouvement, qui repose sur le schème sensori-moteur (l’action donne lieu à une réaction). De l'autre l'image-temps, reposant sur la réflexion pure.

 

 Dans la première image, l'action décide du temps. Un personnage sort de la pièce - cut - le même personnage est vu en extérieur sortant de chez lui et empruntant la rue. Le plan a été coupé parce que le personnage n'avait plus rien à y faire. C'est l'action (la sortie du personnage) qui arrête le plan et décide de sa durée. Le plan suivant constitue la réaction. Le temps dépend de l’action. : « L’image-mouvement […] nous présente un personnage dans une situation donnée, qui réagit à cette situation et la modifie… Situation sensori-motrice8. »

 

 L’image-mouvement constitue une grosse majorité des images que nous voyons, et pas seulement des films d’actions. Un simple dispositif d’entrevue avec un journaliste et une personnalité, champ sur le journaliste qui pose sa question, contre-champ sur l’interviewé qui y répond, relève de l’image-mouvement pure et simple.

 

Mais prenons maintenant le plan suivant : Un père part pêcher avec son fils qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Ils s’installent sur les berges. Le contact est difficile, ils ne disent rien, ils regardent à l’horizon. Cela dure un certain temps, nettement plus long que le temps nécessaire au spectateur pour comprendre simplement qu’ils pêchent. Cut. Le plan suivant n’a rien à voir. Par exemple, la mère emmène le fils en voiture à la ville. Il n’y a pas de lien de cause à effet entre les deux plans. On ne saurait pas dire si cela se passe avant ou deux heures plus tard ou le mois suivant. Le fait d’aller pêcher n’a donné lieu à aucune réaction, et si le plan avait duré plus longtemps il ne se serait rien passé de nouveau. La durée du plan n'est plus décidée par l'action, le temps est indépendant de l'action. On ne connaît pas le résultat de la pêche et ça n’a aucune importance. Ce plan fait partie de ce que Gilles Deleuze appelle : « une situation optique et sonore pure ». Ce qu’on retrouve dans le « film ballade ». On peut penser à Minuit dans le jardin du bien et du mal de Clint Eastwood, Dead Man de Jim Jarmush par exemple.

 

Historiquement, le cinéma a commencé par utiliser essentiellement l'image-mouvement. Elle est associée à la logique, à la rationalité. Lors d’un champ-contrechamp entre deux personnages qui se parlent, on n’a pas le choix du moment des coupes : elles suivent les interventions des personnages. À toute question, on attend une réponse cohérente. « On attend », c’est-à-dire que l’on se retrouve dans le cadre de l’habitude, on anticipe non pas forcément le contenu de la réponse, mais au moins qu’une réponse va être donnée et on sait par avance qu’elle surviendra à la fin de la question.

 

Gilles Deleuze situe l’arrivée de l’image-temps après la Seconde Guerre mondiale : on ne croit plus à ce principe d’action-réaction. La guerre est une action complexe qui nous dépasse, il n’est pas possible de réagir, de modifier la situation, de la rendre claire. D’où l’apparition de l’image-temps avec le Néo-réalisme italien, puis la Nouvelle Vague française, et la remise en cause du cinéma hollywoodien auxÉtats-Unis. Les Héros de Federico Fellini (La Dolce Vita) ou de Luchino Visconti (Mort à Venise) sont désenchantés, ils refusent d’agir, de choisir. Et c'est déjà beaucoup dire qu'ils refusent d'agir. Le schème sensori-moteur se rompt parce que le personnage a vu quelque chose de trop grand pour lui. Deleuze revient constamment sur une image de Europe 51 de Rossellini : la femme passe devant une usine, s'arrête. « J'ai cru voir des condamnés ». La souffrance est trop forte pour qu'elle continue sa route « comme d'habitude ».

 

L'image-temps vient rompre avec l'Habitude et fait entrer le personnage dans la dimension du temps : « un morceau de temps à l'état pur ». Et c'est cela qui intéresse Deleuze pour son propre compte dans le cinéma, à savoir la manière dont l'image cinématographique peut exprimer un temps qui soit premier par rapport au mouvement. Ce concept de temps est construit par rapport au concept bergsonien de temps et se développe selon deux modalités.

 


Le trop tard

Le temps, c'est d'abord le temps présent, ici et maintenant.  Mais, selon une seconde modalité, le temps ne cesse pas de se déployer dans deux directions, passées et futures. C'est pourquoi Deleuze insiste dans son analyse de Visconti sur le « trop tard ». Dans Mort à Venise, l'artiste comprend trop tard ce qui a manqué à son œuvre. Alors qu'il est ici et maintenant en train de pourrir, de se décomposer au présent, le personnage comprend en même temps, mais comme dans une autre dimension, dans la lumière aveuglante du soleil sur Tadzio, que la sensualité lui a toujours échappée, que la chair et la terre ont manqué à son œuvre.

 

Cette conception de l'image-temps amène Deleuze à poser l'assertion suivante : « l'image de cinéma n'est pas au présent ». En effet, si le temps ne cesse pas d'insister, de revenir sur lui-même, et de constituer une mémoire en même temps qu'il passe, alors ce que nous montrent les films, ce sont des zones de la mémoire, des « nappes de passé », qui occasionnellement se concentrent et convergent dans des « pointes de présent ».

 

A cet égard, Orson Welles est bien un des plus grands réalisateurs modernes en tant qu'il a saisi cette dimension mnésique de l'image. Citizen Kane est un film construit en mémoire, où chaque section, chaque zone apparaît comme une couche stratifiée qui vient converger ou diverger avec d'autres zones. Chaque « nappe de mémoire » apparaît grâce à l'utilisation de la profondeur de champ faite par Welles : celle-ci, à l'image du temps lui-même, permet d'agencer, dans la même image différents mouvements, différents événements qui forment comme un monde à soi, à l'image du souvenir proustien, duquel Deleuze tire l'expression propre de l'image-temps : « un petit morceau de temps à l'état pur ».

 


Cristal de temps

 Dans L’Image-temps, Deleuze décrit le fonctionnement de ce qu’il appelle "l’image-cristal". Il s’agit de la prolifération d’images virtuelles au sein du plan, comme en un circuit qui unirait images actuelles et images souvenirs. Image-cristal dont les éclats projettent les scintillements du possible. Dans un geste bergsonien, Deleuze congédie le temps comme successivité afin de le présenter comme interpénétration continuelle : "Le passé ne succède pas au présent qu’il n’est plus, il coexiste avec le présent qu’il a été" .

L’image-cristal est donc le lieu d’un dédoublement, d’un déploiement des temporalités et des virtualités contenues dans l’image. Deleuze (avec Bergson) et Lanzmann (avec Leibniz) en viennent à décrire une sorte de vérité du temps. Le cristal, écrit Deleuze, révèle le fondement caché du temps, sa différenciation en deux jets. Le temps fait passer le présent tout en conservant les passés . Ici réside précisément la puissance de Shoa. Les bras du temps s’y empoignent en une étreinte inouïe.


Et on peut aussi écouter directement les cours donnés par Gilles de Deleuze  à Paris 8, notamment sur le cinéma :

http://www2.univ-paris8.fr/deleuze/article.php3?id_articl...

Qule trésors ne trouve-t-on pas sur Internet !