12/04/2013
Faut-il tout déconstruire ?
Café-philo d'Apt, le 12 avril 2013
Que reste-t-il de l'humanisme et des droits de l'homme après les philosophies de la déconstruction, qui ont proclamé la fin de la métaphysique ?
- « Etre et temps » et Heidegger
- Qu’est-ce que la déconstruction ? La métaphysique ? L’humanisme ?
- L’homme, fruit du hasard et de la nécessité
- Peut-on encore penser aujourd’hui l’homme comme une valeur absolue ?
- Une tentative de reconstruction d’un humanisme athée
1. Etre et temps
« Un jour qu'il traversait le fleuve, le «souci » vit de la terre glaise : il en prit, en songeant, un morceau et se mit à le modeler. Tandis qu'il est tout à la pensée de ce qu'il avait créé, survient Jupiter. Le «souci» le prie d'insuffler l'esprit au morceau d’argile façonné: il y consent volontiers. Mais lorsque le « Souci » voulut imposer à la créature son propre nom, Jupiter le lui interdit, exigeant que son nom à lui, lui fût donné. Tandis qu’ils disputaient de ce nom, la Terre surgit à son tour, désirant que l’image reçût son propre nom, puisqu’elle lui avait prêté une parcelle de son corps. Les querelleurs prirent Saturne pour arbitre, qui leur signifia cette décision apparemment équitable : « Toi, Jupiter, qui lui as donné l’esprit, tu dois à sa mort recevoir son esprit; toi, Terre, qui lui as offert le corps, tu dois recevoir son corps. Mais comme c’est le "Souci" qui a le premier formé cet être, alors, tant qu’il vit, que le "Souci" le possède. Comme cependant il y a litige sur son nom, qu’il se nomme homo, puisqu’il est fait d’humus (de terre). »
Heidegger, Etre et Temps (1929), § 42 « Confirmation de l’interprétation existentiale du Dasein comme souci, à partir d’une auto-explicitation pré-ontologique du Dasein »
A partir de cette fable du poète romain Hygin, de cette parabole, Heidegger cherche un « témoignage » ante scientifique et s’oppose à la définition philosophique de l’homme comme « animal rationnel », comme un être composé (animal + raison).
L’homme est l’animal qu’il n’est plus. L’homme est un être de relation. Un existant et non un vivant.
L’homme est souci de soi et des autres. Le souci c’est notre capacité à nous préoccuper du monde.
Pourquoi démarrer avec Heidegger ?
C’est que le grand projet de Heidegger a été d’abord, jusqu’à « Etre et Temps »(1929), la refondation de la métaphysique. Puis, cette tentative ayant échoué, le renversement, voire l’abandon complet de la métaphysique.
Mais aussi parce que l’auteur de « Sein un Zeit », ce « chef d’œuvre du 20e siècle », a soutenu le nazisme. Il a voté pour Hitler en 1932, a adhéré au NSDAP en 1933 et a été recteur de l’université de Fribourg-en-Brisgau de 1933 à 1934 (démission).
Peut-on séparer l’homme du philosophe ? Et quel regard porter sur l’œuvre d’un homme qui a été au mieux un annonciateur puis un suiveur de l’idéologie nazi, au pire un partisan enthousiaste puis honteux de Hitler et de son régime. Qu'y avait-il dans le nazisme de si fort, de si entraînant, pour faire croire, même à un admirateur des Grecs, qu'il y avait de ce côté quelque solution à la crise gravissime qui affectait le monde à ce moment ?
« Mais encore, vu la place qu'occupe Heidegger dans l'histoire de la philosophie, et l'importance qui lui a été accordée par certains, son engagement nazi exige qu'on aille voir dans sa philosophie même ce qui permet pareil accord avec celui-ci : quelle philosophie, quelles idées et positions cherche à récuser Heidegger quand il engage sa propre philosophie au service de ce mouvement destructeur et barbare dans lequel il voit la renaissance de la civilisation ? »
Wikipedia « Heidegger et le nazisme »
«Certains voient dans ses propos les traces d'un nationalisme (incontestable) mettant par conséquent en cause, philosophiquement, l'universalisme. Rien cependant dans l'analytique du Dasein de Être et Temps n'existe, qui permettrait de dire que ces existentiaux dégagés par Heidegger ne sont pas universels. Mais si la question se pose à partir du moment de l'engagement en faveur du nazisme et tout ce qui va être formulé sur le « destin historial du peuple », et le « Dasein d'un peuple », là, les discours politiques que Heidegger prononce s'écrivent dans la langue de sa philosophie. Et là est le plus grand reproche qui peut lui être fait : avoir mis sa philosophie, sa pensée, son vocabulaire, au service de ce mouvement sur la voie de la destruction barbare. Il a compromis sa philosophie, avant de se reprendre et se réfugier dans le silence (dont il a fait la théorie). Il a, ce faisant, compromis la philosophie en l'engageant du mauvais côté de l'histoire, incontestablement… /.. Son style, obscur et de plus en plus sophistiqué, lui permet aussi de ne pas se laisser situer aisément, ni politiquement, ni philosophiquement, et ainsi d'en jouer non sans habileté jusqu'à être insaisissable, insituable. »
Wikipedia « Heidegger et le nazisme »
2. Qu’est-ce que la déconstruction, qu’est-ce que la métaphysique, qu’est-ce que l’humanisme ?
Questionnons d’abord la question : Qu’est-ce que la déconstruction ? Qu’est-ce que la métaphysique et qu’est-ce que l’humanisme ? Et pourquoi ce questions sont-elles importantes aujourd’hui ?
2.1 « La déconstruction est une méthode, voire une école, de la philosophie contemporaine. Cette pratique d'analyse textuelle s'exerce sur de nombreux types d'écrits (philosophie, littérature, journaux), pour révéler les décalages et confusions de sens qu'ils font apparaître par une lecture centrée sur les postulats sous-entendus et les omissions dévoilés par le texte lui-même.
Ce concept, participant à la fois de la philosophie et de la littérature, a eu un grand écho aux États-Unis, où il est assimilé à la philosophie postmoderne, et plus globalement à l'approche divergente de la philosophie continentale d'Europe. Si le terme « déconstruction » a d'abord été utilisé par Heidegger, c'est l'œuvre de Derrida qui en a systématisé l'usage et théorisé la pratique. »
Wikipedia « Heidegger et le nazisme »
2.2 « La métaphysique est une branche de la philosophie et de la théologie qui porte sur la recherche des causes, des premiers principes. Elle a aussi pour objet la connaissance de l'être absolu comme première cause, des causes de l'univers et de la nature de la matière. Elle s'attache aussi à étudier les problèmes de l’origine de l’homme, de la connaissance, de la vérité et de la liberté»
Wikipedia, métaphysique
La métaphysique est le savoir de l'agencement sous-jacent qu'il y a en-deçà des manifestations de la nature et en fait l'unité. L'ontologie est la partie de la métaphysique qui s'occupe de l'être en tant qu'être. La doctrine des Idées de Platon est une métaphysique. L'atomisme de Démocrite est une ontologie (et aussi une métaphysique matérialiste).
La déconstruction semble s'attaquer de manière privilégiée à la métaphysique qui justifie une place éminente de l'homme dans la nature : l'homme seul être qui se définit lui-même doit parachever l’œuvre de Dieu (Pic de la Mirandole) ; l'homme, le seul être raisonnable est la finalité de la nature (Kant). Ce sont des formulation de l'humanisme.
2.3. L’humanisme
L'humanisme classique
L'humanisme est un mouvement de pensée qui s'est développé en Italie pendant la Renaissance, en réaction au dogmatisme rigide du Moyen Age. Il propose de renouer avec les valeurs, la philosophie, la littérature et l'art de l'Antiquité classique qu'il considère comme le fondement de la connaissance.
L'humanisme propose de nouvelles valeurs fondées sur la raison et le libre-arbitre.
Quelques humanistes :
Pétrarque (1304-1374), Boccace (1313-1375), Léonard de Vinci (1452- 1519), Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), Erasme (v. 1466-1536), Guillaume Budé (1467-1540), Thomas More (1478-1535)...
L'humanisme moderne
Par extension, dans son sens moderne, l'humanisme désigne tout mouvement de pensée idéaliste et optimiste qui place l'homme au-dessus de tout, qui a pour objectif son épanouissement et qui a confiance dans sa capacité à évoluer de manière positive. L'homme doit se protéger de tout asservissement et de tout ce qui fait obstacle au développement de l'esprit. Il doit se construire indépendamment de toute référence surnaturelle.
Philosophies parfois antagonistes pouvant êtres qualifiées d'humanistes : la philosophie des Lumières, l'existentialisme, le libéralisme, le marxisme...
L’humanisme débouche sur les « droits de l’homme », considérés comme universaux.
La déconstruction de la métaphysique et ses conséquences
La déconstruction de la métaphysique, incluant une mise en question radicale de toute pensée du propre de l’homme, des droits, de l’autonomie et de la subjectivité démocratique ne débouche-t-elle pas sur la négation de l’humanisme et des droits de l’homme ?
Heidegger était sur ce point cohérent sa critique de l’humanisme l’ayant conduit vers le nazisme et non vers la démocratie.
Dans les années 60, l’intelligentsia universitaire française était dominé par la philosophie de la déconstruction, dans le sillage de Nietzsche et de Heidegger, laquelle dénonçait l’illusion d’un sujet libre, soutenu sur ce point par les courants marxiste et freudo-lacanienne.
L’humanisme bêlant (Foucault contre Sartre) était considéré soit comme une idéologie petite-bourgeoise, soit comme l’illusion suprême de la métaphysique occidentale.
3. Le hasard et la nécessité
Avant la théorie de Darwin, la science et la religion n'était pas en opposition : les savants, et notamment les biologistes, admiraient le Créateur dans l'harmonie des lois qui président l'univers ; chaque nouvelle découverte scientifique était présentée comme un preuve de l'existence de Dieu.
La première source de conflit entre les scientifiques et les religieux fut à propos des données géologiques. Celles-ci nécessitaient un âge pour la Terre, de plusieurs millions d'années, qui ne s'accordaient pas avec le récit biblique de la genèse. Quelques années plus tard, la théorie de Darwin allait entraîner une rupture nette entre science et religion ; des disputes emportées et virulentes éclatèrent entre religieux et scientifiques, ces derniers devenant encore plus matérialistes et anti-religieux sous l'effet des attaques de l'Eglise.
Quels désaccords opposaient les religieux aux partisans de la théorie de Darwin ? Celle-ci, affirmant que toutes les espèces descendent d'un ancêtre commun, était en contradiction avec le récit de la création écrit dans la genèse. Mais ce n'est pas là que portait le principal point de dissension qui allait provoquer le divorce entre science et religion ; on peut, en effet, rester croyant et voir, dans le récit de la genèse, une image qui n'est pas à prendre à la lettre. Si Dieu est tout-puissant, il a tout aussi bien pu créer la vie en 7 jours comme en plusieurs milliards d'années par le biais de l'évolution. Le véritable sujet de discorde portait sur le processus de l'évolution.
Selon la théorie de Darwin, les modifications précédant la sélection naturelle, sont le fruit d'un processus aléatoire entièrement aveugle. Le hasard, et le hasard seul est à l'origine de l'évolution. Celle-ci ne peut pas avoir de but, et il ne peut pas exister de plan divin. Aucune intelligence surnaturelle n'agit sur le mécanisme de l'évolution, et l'homme ne serait plus l'aboutissement d'une volonté créatrice, mais le résultat d'une immense loterie. « L'homme est le résultat d'un processus naturel et sans but, qui ne l'avait pas prévu. » écrira George Gaylord Simpson, darwiniste convaincu.
L'évolution darwinienne, exclusivement matérialiste, est inconciliable avec l'idée d'un Créateur qui aurait dirigé l'évolution. La diversité de la vie n'est due qu'à la sélection des formes de vie les mieux adaptées à leur environnement, par suite de modifications accidentelles. Il n'y aurait donc ni créateur, ni révélation. Le prix Nobel Jacques Monod a écrit dans son livre le hasard et la nécessité : « L'ancienne alliance est rompue ; l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'univers dont il a émergé par hasard. »
La découverte de l'ADN et des gènes au 20e siècle expliqua comment pouvait s'opérer les modifications des caractères, on ne parla plus alors de modifications mais de mutations ; la génétique fut alors intégrée au darwinisme sous le nom de théorie synthétique de l'évolution ou néo-darwinisme.
Le triomphe du darwinisme, et du matérialisme sous-jacent, fut alors éclatant. Le zoologiste d'Oxford, Richard Dawkins, écrira dans son livre l'horloger aveugle, véritable apologie de l'athéisme : « Darwin nous donne les moyens d'être des athées intellectuellement comblés. »
4. Peut-on encore penser aujourd’hui l’homme comme une valeur absolue ?
Luc Ferry dresse dans plusieurs de ses livres un tableau synthétique de l’histoire de la philosophie pour tenter de comprendre où nous en sommes.
Luc Ferry commence son histoire par les sagesses antiques reposant sur un cosmos ordonné et où le but de chacun est de trouver sa place dans ce cosmos en développant ses vertus naturelles.
Ce programme de sagesse est remis en cause par le christianisme qui offre à chacun un espoir immense à savoir la résurrection des corps. La sagesse antique ne peut lutter contre un tel programme et s’efface.
Le Christianisme va lui-même être remis en cause par le mouvement des sciences en particulier à partir du XVIIème siècle. L’objectif des philosophes est alors de maintenir les valeurs chrétiennes mais en les fondant sur la raison et non plus sur la foi. Kant est le plus grand représentant de ce mouvement. Les lumières viennent parachever ce programme en mettant l’homme au centre du système et le progrès et le bonheur comme objectifs et valeurs suprêmes. Nul besoin de Dieu pour fonder ces valeurs.
Ce mouvement va lui-même s’épuiser avec l’arrivée des philosophes du soupçon : Nietzche, Marx, Freud, Heidegger. Leur objectif est de faire tomber la raison de son socle et aussi toutes les valeurs issues des lumières. C’est le processus de déconstruction très bien décrit par Luc Ferry : les valeurs chrétiennes/bourgeoises sont remises en cause, l’inconscient vient obscurcir le royaume de la raison, le progrès fait place à un « process sans sujet » (l’histoire n’a pas de sens et ne va nulle part), le monde de la technique nous domine loin de l’être.
L’homme n’est plus au centre du monde, il est déterminé de toute part, par sa classe sociale (marxisme), son histoire familiale (freudisme) voir ses déterminants biologiques (neurosciences).
Luc Ferry souhaite offrir une alternative à cette situation en proposant un nouvel humanisme fondé sur des valeurs comme l’amour, la place de la famille, le souci d’autrui.
Pour ma part, j’ai du mal adhérer à cette approche en tout cas d’un point de vue théorique et c’est pourquoi je parle d’antihumanisme théorique.
Si l’homme est la valeur ultime de nos sociétés, alors comment expliquer la violence, le meurtre voir la torture d’un innocent du fait de sa religion. Comment expliquer que la politique ne soit fondée que sur les seuls rapports de force et que l’homme puisse être souvent sacrifié face à la nécessaire adaptation à la mondialisation par exemple ?
5. Tentative de reconstruire un humanisme athée
En octobre 1945, Sartre tient une conférence , « l’existentialisme est un humanisme », sorte de condensé des thèses présentées dans L'Etre et le néant, pour répondre aux critiques que l'on adressait à la philosophie existentialiste. Les uns disaient qu'elle plongeait les hommes dans le désespoir car elle enlevait tout sens au monde et à l'existence individuelle. Les autres disaient qu'en niant Dieu et les valeurs supérieures, elle conduisait à l'immoralité et à l'anarchie.
Sartre lui, montre qu'il n'en est rien. L'existentialisme met avant tout l'accent sur la liberté humaine. Il ne dit pas que la vie n'a pas de sens, mais que l'individu seul peut lui en donner un. Ainsi, l'homme n'est plus soumis à des normes qui viennent de l'extérieur. Il peut s'inventer librement, en laissant les choix que la vie lui propose à chaque instant.
[L'existence précède l'essence] [L'existentialisme athée]
Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir.
[L'homme est ce qu'il se fait] [L'homme est pleinement responsable]
L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait.
Et, quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes.
[L'angoisse] L'existentialiste déclare volontiers que l'homme est angoisse. Cela signifie ceci: l'homme qui s'engage et qui se rend compte qu'il est non seulement celui qu'il choisit d'être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soi l'humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité.
Tout se passe comme si, pour tout homme, toute l'humanité avait les yeux fixés sur ce qu'il fait et se réglait sur ce qu'il fait.
[La morale laïque] L'existentialiste est très opposé à un certain type de morale laïque qui voudrait supprimer Dieu avec le moins de frais possible. Dieu est une hypothèse inutile et coûteuse, nous la supprimons, mais il est nécessaire cependant, pour qu'il y ait une morale, une société, un monde policé, que certaines valeurs soient prises au sérieux et considérées comme existant a priori;
L'existentialiste, au contraire, pense qu'il est très gênant que Dieu n'existe pas, car avec lui disparaît toute possibilité de trouver des valeurs dans un ciel intelligible; il ne peut plus y avoir de bien a priori, puisqu'il n'y a pas de conscience infinie et parfaite pour le penser; il n'est écrit nulle part que le bien existe, qu'il faut être honnête, qu'il ne faut pas mentir, puisque précisément nous sommes sur un plan où il y a seulement des hommes.
Dostoïevsky avait écrit: «Si Dieu n'existait pas, tout serait permis.»
[L'homme est liberté] Si, en effet, l'existence précède l'essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée; autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté.
Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait.
[L'homme invente l'homme] Il pense donc que l'homme, sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l'homme.
[Il n'y a pas de morale générale] Aucune morale générale ne peut vous indiquer ce qu'il y a à faire; il n'y a pas de signe dans le monde. Les catholiques répondront: mais il y a des signes. Admettons-le; c'est moi-même en tout cas qui choisis le sens qu'ils ont.
[L'homme est ce qu'il fait] [L'homme n'est rien d'autre que sa vie]
Or, en réalité, pour l'existentialiste, il n'y a pas d'amour autre que celui qui se construit, il n'y a pas de possibilité d'amour autre que celle qui se manifeste dans un amour; il n'y a pas de génie autre que celui qui s'exprime dans des œuvres d'art: le génie de Proust c'est la totalité des œuvres de Proust.
Un homme s'engage dans sa vie, dessine sa figure, et en dehors de cette figure il n'y a rien.
[La condition humaine] En outre, s'il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition.
[Universalité de l'homme] En ce sens nous pouvons dire qu'il y a une universalité de l'homme; mais elle n'est pas donnée, elle est perpétuellement construite. Je construis l'universel en me choisissant; je le construis en comprenant le projet de tout autre homme, de quelque époque qu'il soit. Cet absolu du choix ne supprime pas la relativité de chaque époque.
[L'homme choisit sa morale] L'homme se fait; il n'est pas tout fait d'abord, il se fait en choisissant sa morale, et la pression de circonstances est telle qu'il ne peut pas ne pas en choisir une.
[Le choix n'est pas gratuit] Nous ne définissons l'homme que par rapport à un engagement.
[Les valeurs] Avant que vous ne viviez, la vie, elle, n'est rien, mais c'est à vous de lui donner un sens, et la valeur n'est pas autre chose que ce sens que vous choisissez. Par là vous voyez qu'il y a possibilité de créer une communauté humaine.
[L'humanisme classique] Cet humanisme est absurde, car seul le chien ou le cheval pourraient porter un jugement d'ensemble sur l'homme et déclarer que l'homme est épatant, ce qu'ils n'ont garde de faire, à ma connaissance tout au moins. Mais on ne peut admettre qu'un homme puisse porter un jugement sur l'homme. L'existentialisme le dispense de tout jugement de ce genre: l'existentialiste ne prendra jamais l'homme comme fin, car il est toujours à faire. Et nous ne devons pas croire qu'il y a une humanité à laquelle nous puissions rendre un culte, à la manière d'Auguste Comte. Le culte de l'humanité aboutit à l'humanisme fermé sur soi de Comte, et, il faut le dire, au fascisme. C'est un humanisme dont nous ne voulons pas.
[L'humanisme existentialiste] Mais il y a un autre sens de l'humanisme, qui signifie au fond ceci: l'homme est constamment hors de lui-même, c'est en se projetant et en se perdant hors de lui qu'il fait exister l'homme et, d'autre part, c'est en poursuivant des buts transcendants qu'il peut exister; l'homme étant ce dépassement et ne saisissant les objets que par rapport à ce dépassement, est au cœur, au centre de ce dépassement. Il n'y a pas d'autre univers qu'un univers humain, l'univers de la subjectivité humaine.
[La transcendance] Cette liaison de la transcendance, comme constitutive de l'homme - non pas au sens où Dieu est transcendant, mais au sens de dépassement -, et de la subjectivité, au sens où l'homme n'est pas enfermé en lui-même mais présent toujours dans un univers humain, c'est ce que nous appelons l'humanisme existentialiste.
[Conclusions] L'existentialisme n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt: même si Dieu existait, ça ne changerait rien; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyions que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action, et c'est seulement par mauvaise foi que, confondant leur propre désespoir avec le nôtre, les chrétiens peuvent nous appeler désespérés.
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06/04/2013
L'atelier Corduant, conception, création, sculpture
Voici un lieu intéressant à visiter : un lieu virtuel, certes, puisque c'est un site Web, mais un lieu fort intéressant, où l'on peut faire des rencontres singulières entre sculpture classique et sculpture animalière, entre décors de théâtre et décors de cinéma.
Où l'on peut aussi mieux comprendre comment les formes surgissent de la matière, quelles sont les savoir-faire pour modeler, mouler, sculpter des objets de toutes dimensions.
Quelles sont aussi les matières, de la terre au bronze en passant par le staff, le plâtre, mais aussi le polystyrène et la résine.
De ma rencontre avec Benoît Corduant est né ce site web que je vous invite à parcourir et à faire visiter :
Et si le coeur vous en dit, pourquoi ne pas commander un lion monumental, un dinosaure, ou bien votre buste ou bien encore un chapiteau ionique ou un coussin d'armoirie ?
11/01/2013
La fin du monde, croyance ou déraison ?
En introduction au thème de la fin du monde, ce texte de Kant, qui reste d’une actualité étonnante !
La fin de toutes choses, Emmanuel KANT, 1794
« Pourquoi les hommes s’attendent-ils au juste, à une fin du Monde ?Et, celle-ci étant admise, pourquoi, précisément, à une fin dans la terreur, pour la plus grande partie de l’humanité ?
La première de ces attente semble s’expliquer par le fait que la raison leur dit que le monde ne mérite de durer, que dans la mesure où les êtres raisonnables qui le peuplent, sont conformes au but final de leur existence.
Dès l’instant que ce but risque de ne pas être atteint, la création elle-même leur paraît sans objet, comme une pièce de théâtre dépourvue de tout dénouement et qui ne permet pas de reconnaître une intention rationnelle.
La seconde se fonde sur l’idée de la corruption de l’espèce humaine, trop profonde pour laisser place à l’espoir, si bien que la seule mesure digne de la sagesse et de la justice suprême, à l’égard de la plus grande partie de l’humanité, serait d’y mettre fin, et une fin qui fût terrible. C’est pourquoi les signes annonciateurs du dernier jour, …, sont tous du genre terrifiant.
Certains les reconnaissent dans le triomphe de l’injustice, dans l’oppression des pauvres, sous la débauche insolente des riches et dans la disparition générale de la loyauté et de la confiance, ou encore dans les guerres sanglantes déchaînées, à tous les coins du monde, et cætera , bref, … dans la dissolution morale et la montée rapide de tous les vices avec leur cortège de calamités, choses inconnues, à ce qui leur semble, des époques précédentes.
D’autres les voient dans les changements inhabituels de la nature, comme des tremblements de terre, des tempêtes, des inondations, des comètes et des météores. »
Le mythe de la fin du Monde
Pour Kant, la notion de fin du monde est inhérente au rapport de l’homme au monde.
Explorer le mythe de la fin du Monde, c’est se questionner sur les grands mystères de la vie, sur le sens de l’Histoire, la direction du temps, le mystère de la mort et les rapports de l’Homme avec Dieu. La fin du monde est annoncée depuis la nuit des temps, c’est l’annonce de la fin du temps.
Dans « Monde », il y a les choses et il y a l’Homme. Le monde est plus que la nature, un monde c’est au moins la nature + l’homme. Le Monde = réel + sens.
Crainte et Espoir. Ce mythe est inhérent à l’histoire de l’Humanité. Prévoir le cataclysme final est lié à l’angoisse latente face aux tourments du temps présent. Loin de le craindre, les devins, les voyants, le souhaitent. La fin du Monde est ici envisagée libératrice et salvatrice.
D’après Michael Foëssel, la fin du monde est la version fantasmatique d’expériences quotidiennes de «pertes en monde». Expérience psychiques ou sociales de « Perte en Monde », moments sensibles où s’impose l’idée que rien n’est possible, que le réel ne répond plus à aucune de nos attentes - et que nous sommes dépossédés du réel. A l’image des troubles de Claire dans le film Melancholia de Lars von Trier.
La fin du Monde est aussi pour certains, liée au Jugement dernier, lequel est le préambule à l’avènement d’un monde meilleur.
Cette fin, pour Kant, n’a de sens que dans le cadre de la morale. Mal, péché, souffrance.
Mais aussi l’extinction de l’Humanité présuppose l’existence d’un dieu transcendant au dessus du Monde. Créateur de l’Univers, il en serait aussi le destructeur.
L’apocalypse finale est un thème récurrent des religions monothéistes, elle est inextricablement liée au châtiment divin. À chaque fléau ou à chaque guerre, des voix s’élèvent pour dénoncer la folie et le péché des hommes en annonçant que la colère de Dieu va bientôt s’abattre sur le Monde … Il s’agit de démolir un monde impie et souillé par le péché des hommes pour mieux le reconstruire sur des bases plus saines. C’est l’annonce de l’avenue du royaume de Dieu, le devenir de l’Humanité.
Mais tous les prophètes ne croient pas en la fin du monde
"Certains faux gourous en répandant ce genre de prophétie cataclysmique ont envie de manipuler les foules en maintenant les gens dans la peur. Le fait que les Mayas aient arrêté leur calendrier au 21 décembre 2012 n’annonce pas l’apocalypse, mais l’entrée dans une nouvelle ère.
Cette nouvelle période est pleine d’espoir. J’espère qu’elle nous permettra d'accéder à des facultés nouvelles, de répondre à des questions que nous nous posons depuis longtemps et à progresser dans nos relations avec les autres. J'encourage chacun à co-créer un monde meilleur où nous pourront marcher main dans la main. Au contraire des faux gourous, je préfère libérer les gens, leur montrer qu'ils peuvent construire ensemble leur vie et leur liberté."
On peut bien sûr considérer au nom de la raison, que ces 2 discours sont exotiques, délirants voire absurdes.
Les Croyances sont-elles déraison ?
Analysés du seul point de vue de la rationalité, les croyances sont fondées sur la crédulité et la naïveté, exploitant des facteurs psychologiques reposant sur l’affectif, le désir, la peur, et non sur la raison. Elle peuvent conduire à la superstition et au fanatisme qu’il soit politique, moral ou religieux.
Selon cette approche, les opinions et croyances populaires, voire même les religions seraient la marque de l’archaïque, de l’ancestral et qu’après le siècle des lumières, l’heure serait venue de la raison et des sciences.
« La religion serait l’opium du peuple » et ce serait l’homme qui aurait créé Dieu et non l’inverse.
Ecoutons Gustave Lebon (anthropologue, sociologie du début du 20e) dans , « Les Opinions et les Croyances »
« Les lois régissant la psychologie de la croyance ne s'appliquent pas seulement aux grandes convictions fondamentales laissant une marque indélébile sur la trame de l'histoire. Elles sont applicables aussi à la plupart de nos opinions journalières sur les êtres et les choses qui nous entourent.
L'observation montre facilement que la majorité de ces opinions n'ont pas pour soutien des éléments rationnels, mais des éléments affectifs ou mystiques, généralement d'origine inconsciente.»
Nietzsche : Le Gai savoir, III, 108
« Après que Bouddha fut mort, on montra encore des siècles durant son ombre dans une caverne - ombre formidable et effrayante. Dieu est mort : mais telle est la nature des hommes que des millénaires durant peut-être, il y aura des cavernes où l’on montrera encore son ombre. Et quant à nous - il nous faut vaincre son ombre aussi ! »
Son Ombre, ce sont les raisons de croire …
Gustave Lebon , « Les Opinions et les Croyances »
« Ce serait donc une erreur de croire qu'on sort du champ de la croyance en renonçant à des convictions ancestrales. »
« Sans doute, la foi en un dogme quelconque n'est généralement qu'une illusion. Il ne faut pas la dédaigner pourtant. Grâce à sa magique puissance, l'irréel devient plus fort que le réel. Une croyance acceptée donne à un peuple une communauté de pensée génératrice de son unité et de sa force. »
Parlons donc des croyances, au pluriel d’abord
Vu de l’extérieur ce sont des « croyances populaires, ancestrales » avec un jugement péjoratif.
Mais vu par le croyant, c’est la réalité même.
Le sens premier du mot lui est donc conféré par le jugement condescendant de la raison critique ou du point de vue descriptif, de l’ethnologie. Les croyances sont des représentations qui habitent l’imaginaire individuel et collectif. Leur rôle social est réel : elles scellent le lien communautaire, elles organisent les rites, rythment le temps, structurent l’espace. Mais leur visée cognitive est quasi-nulle ; elles apparaissent le plus souvent exotiques, voire absurdes à ceux qui les examinent hors contexte
Si l’on veut sauver les croyances du point de vue rationnel, il est possible de leur attribuer une fonction herméneutique : elles permettent de donner un sens au donné.
Toutefois, même sous l’angle de l’interprétation, les croyances ont un caractère primitif ou archaïque : pour donner sens à un donné quelconque, il n’est pas nécessaire de croire au principe par lequel le sens advient. Le mythe, par exemple, qui joue ce rôle herméneutique, peut parfaitement ordonner, par la narration, le fait brut sans qu’il soit nécessaire de croire à la réalité de ce qu’il raconte.
En résumé, les croyances, c’est ce qui permet de donner un sens à notre présence dans ce monde, qui sans elles, serait incompréhensible, voire insupportable.
Au singulier, la croyance : le « Tenir pour vrai »
1 : le tenir- pour-vrai. C’est ce qui constitue le noyau de la croyance. Croire, c’est toujours pour l’esprit donner son adhésion, accorder sa confiance à une proposition ou à un énoncé qui revêt pour lui valeur de vérité.
2 : le tenir pour vrai sans raisons contraignantes. L’absence de preuves constitue un critère de différenciation capital permettant de distinguer la croyance d’autres attitudes mentales. Voilà pourquoi la croyance a quelque chose d’incantatoire.
3 : L’acte mental que constitue la croyance est indissociable d’un acte de langage. Il est lié à une certaine forme de représentation du monde partagée entre les sujets qui partagent la même croyance. Il se structure comme un langage, comme une représentation du monde.
Croyance – Vérité
Difficile de définir la vérité !
« Ceux qui prétendent détenir la vérité sont ceux qui ont abandonné la poursuite du chemin vers elle. La vérité ne se possède pas, elle se cherche. »
Albert Jacquard
Vérité
Est vrai ce qui est conforme à la réalité = Théorie de la vérité-correspondance.
La vérité, c'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel. L’autorité est la nature.
Est vrai ce qui est la conclusion d'une inférence valide = Théorie de la vérité-cohérence
Critère de la vérité = la non contradiction (vérité formelle). L’autorité est la logique.
Est vrai ce qui est efficace = Théorie pragmatiste de la vérité. Une théorie est vraie si elle est féconde sur le plan pratique. L’autorité est la pratique.
Est vrai ce que tout le monde croit = Théorie conformiste de la vérité
Critère de vérité = unanimité ou majorité. L’autorité est la société humaine.
Croyance- Raison
Faut-il oppose croyance et connaissance ?
La Connaissance est une croyance, réfutable mais non réfutée, justifiée par suffisamment de preuves.
On aurait une croyance rationnelle (la connaissance) et une croyance non rationnelle (Le tenir pour vrai)
Gustave Lebon , « Les Opinions et les Croyances »
« Dégagée de plus en plus de la croyance, la science en demeure cependant très imprégnée encore. Elle lui est soumise dans tous les sujets mal connus, les mystères de la vie ou de l'origine des espèces par exemple. Les théories qu'on y accepte sont de simples articles de foi, n'ayant pour eux que l'autorité des maîtres qui les formulèrent. »
La croyance rationnelle s’adresse aux objets. Le savoir, les sciences impliquent une croyance en l’intelligence de l’homme en vue d’une action sur les objets.
La croyance non rationnelle, le tenir pour vrai, implique une croyance de type spirituelle, (Croyance dans les Esprits, croyance en Dieu, croyance dans les Idées et les Mythes), en vue d’une action sur les sujets.
Croyance – Désir
Désir : de la passion à l’idéal en passant par l’intérêt, la croyance est toujours liée à la tension vers un manque : elle est un moyen essentiel de satisfaction ; elle est ce par quoi la vie s’éprouve et se donne les moyens de surmonter ce qui s’oppose à elle.
Le « tenir pour vrai » est donc pris dans le jeu du désir : il est suscité par le désir ; il est capable de le susciter en retour. Il est inscrit aussi dans les méandres de la crainte : produit par l’ignorance des causes, il substitue l’effroi à la raison.
Croyance –Action
Les degrés de la croyance concernent aussi bien son aspect subjectif que son aspect objectif. L’aspect subjectif concerne les degrés d’engagement du sujet dans sa croyance, de même que les degrés de certitude de la conscience. L’aspect objectif concerne le degré de réalité s’attachant à l’objet de la croyance,
D’une certaine manière, la croyance est la vie en acte. Il faut agir, et pour cela il faut croire, faire confiance.
« On ne peut croire en soi que si on croit en l’homme » écrit Alain. Sartre lui-même, qui critique pourtant avec sévérité l’humanisme classique, revendiquera fermement dans sa conférence L’existentialisme est un humanisme une telle croyance en l’homme,
Conclusion
L’homme ne peut se passe de Croyance, du « Tenir pour vrai ».
C’est sur la Croyance que se construisent le sens et le ciment des sociétés humaines.
Mais les croyances du 21eme siècle ne peuvent être celles du passé. L’Humanité a vécu 4 ruptures (Copernic, Darwin, Freud, Physique quantique) qui ont profondément changé sa représentation du monde. Sa Croyance, ses croyances doivent se renouveler.
Gustave Lebon , « Les Opinions et les Croyances »
« Les seules vraies révolutions sont celles qui renouvellent les croyances fondamentales d'un peuple. Elles ont toujours été fort rares. Seul, ordinairement, le nom des convictions se transforme. La foi change d'objet, mais ne meurt jamais.
Elle ne pourrait mourir, car le besoin de croire constitue un élément psychologique aussi irréductible que le plaisir ou la douleur. L'âme humaine a horreur du doute et de l’incertitude. L'homme traverse parfois des phases de scepticisme, mais n'y séjourne jamais. Il a besoin d'être guidé par un credo religieux, politique ou moral qui le domine et lui évite l'effort de penser. Les dogmes détruits sont toujours remplacés. Sur ces nécessités indestructibles, la raison est sans prise.»
Mais afin d’éviter de retomber dans l’esclavage des dogmes et dans l'illusion de l'ésotérisme, ce renouvellement du sens par les croyances ne doit-il pas se faire que sous l’œil critique de la raison, sous la critique de la philosophie ?
15:37 Publié dans Café Philo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fin du monde, croyance, superstition, tenir pour vrai, vérité
Et les tachyons, vous connaissez les tachyons ?
Les tachyons, cela ne vous dit rien ? Pourtant on en a parlé récemment à propos de l'expérience Opéra, dont l'équipe prétendait (à tort) avoir découvert des neutrinos allant plus vite que la vitesse de la lumière, et dont le principal résultat a été la démission de son directeur*
Consultons notre cher Wikipedia :
"En physique des particules, on nomme tachyon une particule (ou plutôt une classe de particules) satisfaisant aux équations de la relativité restreinte mais qui, si elle existait, se déplacerait à une vitesse supraluminique, c'est-à-dire supérieure à c, vitesse de la lumière dans le vide. Un tel type de particule n'a cependant pas de réalité physique avérée en 2013, et constitue donc plutôt une indication formelle d'une forme d'instabilité de la théorie (ce qui peut arriver pour toute théorie effective) qui prédit ce type de particule.
Le terme tachyon a été pour la première fois utilisé en 1964 par le physicien Gerald Feinberg. Il vient du grec ancien tachus signifiant en français rapide."
Mais écoutons plutôt la poésie du Tachyon :
Le Tachyon
Que ne suis-je un tachyon –
Ces particules qui ont
D’être en leur vertu première
Plus vites que la lumière ?
Si je partais un matin
De Rome ou Romorantin
Pour Romorantin ou Rome,
Nul besoin d’aérodrome :
J’arriverais (garanti)
Bien avant d’être parti
À mon but : quelle avancée !
Quant au jeu de la pensée,
On aurait, à peine lu
Son énoncé, résolu
Le plus délicat problème.
Enfin l’existence même,
Ses tourments et ses appeaux,
Ses déboires, quel repos :
Sans que l’on nous évacue
On l’aurait déjà vécue.
Mais où donc réside-t-il
Le tachyon si subtil
Que le savant le plus sage
N’a pas su le mettre en cage ?
A-t-il l’électricité,
Lui qui dans l’obscurité
Sans répit se dévergonde,
Couvrant à chaque seconde
Beaucoup plus que le trajet
Entre Terre et Lune ? J’ai
Le fort soupçon qu’il détale
Mû par une loi fatale
L’obligeant à battre encor
Et de nouveau ce record
Qui jamais ne l’exténue.
Une lumière inconnue
Brille-t-elle tout au bout
De son galop ? – un tabou
(Le grand Albert dans sa tombe
En frémirait) alors tombe,
Tout s’en trouve culbuté
Dans la relativité;
Le tachyon va trop vite
Pour ce monde qui gravite.
Cependant nous ballottons
Parmi d’indolents photons
Et nos jours en caravane,
Au soleil qui se pavane,
Repartant chaque matin
Pour Rome ou Romorantin
À l’allure coutumière
Dont nous berce la lumière.
Ses sources peuvent tarir :
Toujours elle caracole
Mais découvre à notre école
Que rien ne sert de courir.
Jacques Reda, La Physique amusante
* Extrait du Monde du 13/04/2012 "Neutrinos : retour sur une annonce trop rapide"
"L'expérience avait fait grand bruit à la fin de septembre: selon ses résultats, les neutrinos allaient plus vite que la lumière. La théorie de la relativité d'Einstein, qui fait de la lumière une limite infranchissable, semblait alors révolutionnée. Mais les conclusions de l'étude ont finalement été infirmées par une autre expérience.
Une motion a alors été présentée pour réclamer le départ de M. Antonio Ereditato, à la tête de la première expérience, l'expérience "Opera". Elle n'a pas été adoptée mais, selon des sources informées, les divisions qu'elle a provoquées entre les chercheurs a rendu la situation ingérable : le physicien italien a démissionné, a annoncé l'Institut italien de physique nucléaire, INFN, vendredi 30 mars.
"LE PHYSICIEN DU FLOP"
M. Ereditato, que leCorriere della Serasurnomme impitoyablement sur son site"le physicien du flop", n'a pas souhaité faire de commentaires. Le vice-président de l'INFN, Antonio Masiero, a pris acte dans un communiqué de la démission de M. Ereditato tout en confirmant que de nouvelles mesures sur la vitesse des neutrinos étaient prévues au printemps pour vérifier les résultats étonnants enregistrés par "Opera".
Ces mesures seront faites à partir d'un nouveau faisceau qui sera envoyé fin avril du CERN (Centre européen de recherches nucléaires), à Genève, vers le laboratoire souterrain du Gran Sasso, en Italie.
L'INFN"espère qu''Opera' retrouvera l'unité et un nouveau leadership pour poursuivre son principal objectif, celui d'observer l'apparition de neutrinos d'un nouveau type à partir de neutrinos de type mu provenant du CERN", pour illustrer un phénomène appelé"oscillation des neutrinos".
A la fin de février, des physiciens qui ont étudié le fonctionnement d'"Opera" ont émis l'hypothèse que ses résultats aient été faussés pa rune mauvaise connexion
entre un GPS et un ordinateur servant à la mesure, entraînant un léger décalage."
11:59 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : tachyon, supraluminique, jacques reda
07/01/2013
Gravitons, gravitons
Je reviens sur le sujet des gravitons. Qu'est-ce, en effet qu'un graviton ? et quel est son rapport exact avec le fameux boson de Higgs.
A ma droite, le boson de Higgs, quantum d'excitation du champ de Higgs. A ma gauche, le quantum d'excitation du champ gravitationnel, j'ai nommé le graviton.
Le premier donne la masse aux particules. Le deuxième provient de la déformation de l'espace-temps sous l'influence des objets massifs.
Ces deux particules sont donc toutes les deux liées au concept de masse. Mais quel type de relation peut-on avoir entre ces particules, y a-t-il une interaction entre elles ?
Tout cela paraît très simple, mais d'abord qu'est-ce qu'un boson et qu'est-ce que le boson de Higgs ?
"Un boson est une particule de spin entier, il obéit à la statistique de Bose-Einstein. Les photons, les gluons, les W, le Z0 et le Higgs sont des bosons.
A une température proche du zéro absolu, les bosons peuvent se trouver dans le même état quantique, formant ainsi un gaz quantique parfait dans un phénomène appelé condensation de Bose-Einstein."
Le boson de Higgs est une particule associée au mécanisme de Brout-Englert-Higgs supposé être à l'origine des masses des quarks, des leptons et surtout des bosons W et Z du modèle électrofaible. Le 4 juillet 2012, leCern a annoncé avoir découvert un boson dont la masse est d'environ 126gigaélectronvolts (GeV), ressemblant beaucoup au boson de Higgs.
(d'après Futura-Sciences)
Et qu'est-ce qu'un graviton ?
"Le graviton est une particule élémentaire hypothétique qui transmettrait la gravité dans la plupart des systèmes de gravité quantique. Il serait donc le quantum de la force gravitationnelle" Ce serait aussi un boson, mais de Spin 2
(d'après Wikipedia)
Bon, tout cela ne nous avance pas beaucoup et c'est même un peu indigeste.
Alors, si vous voulez en savoir plus :
Ecoutez donc cet énigmatique scientifique prénommé Gérard http://www.youtube.com/watch?v=lE_g3APGYfU
Plus sérieusement, je vous recommande ces quelques liens qui permettent de mieux comprendre tout cela en video et en image :
Etienne Klein, la masse des particules
http://www.universcience.tv/video-la-masse-des-particules-3101.html
Comprendre le boson de Higgs en trois minutes
BD de Lison Bernet sur le boson de Higgs :
Chasse au Bison de Higgs (1ère partie)
Chasse au Bison de Higgs (2e partie)
Les tribulations intestines des accélérateurs du LHC
A vos neurones ...
12:00 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : boson, graviton, champs de higgs
04/01/2013
2013 : du boson de Higgs aux gravitons
En2012,
Nous, êtres humains, avons découvert le boson de Higgs
Nous pourrions donc commencer 2013 par le chant des gravitons,
Nous, modestes gravitons,
Sans répit nous gigotons
Pour que ta planète évite
D’oublier qu’elle gravite
Autour de l’astre Soleil
Et qu’il demeure en éveil,
Guide et pivot de la ronde
Qu’avec tout son petit monde
(Terre, Jupiter, Vénus,
Pluton, Neptune, Uranus,
Saturne, Mars et Mercure)
À travers la nue obscure
Il mène, ainsi balançant
L’effet de cinquante, cent,
Mille, dix mille, innombrables
Autres systèmes semblables.
Cependant nous orchestrons,
Mieux que dans les synchrotrons
Occupés du minuscule,
Ce bal géant qui circule
En valsant par l’infini
Dancing. Ni le proton ni
Le gluon qui nous copie
(Sinon, le quark en charpie
Tomberait) ni l’électron
Quelque jour n’égaleront
Notre tâche en importance.
On dit que notre existence
Resterait à démontrer.
Ce sont propos d’illettré.
Tel autre, plus équivoque
Ou perfide, nous provoque :
« Qui vous meut, ô gravitons ?
— Mais vous, et vos dubitons ? »
Que ce railleur se rencogne
Sans troubler notre besogne,
Nous qui sommes le ciment
Éthéré du firmament,
le fil vibrant de la toile
Qui réunit chaque étoile
Aux autres, et les amas
entre eux, navires sans mâts
Qui vers l’inconnu font voile
Jacques Réda, La Physique amusante, Gallimard, 2009
14:51 Publié dans Astronomie, Sciences | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : boson, graviton, higgs
05/11/2012
De l’influence de la pleine lune sur les accouchements
L’autre jour en sortant du café philo de Cucuron, nous sommes allés terminer la soirée au resto.
Je ne me souviens plus pourquoi, mais la conversation est partie sur la divination, puis sur l’influence de la pleine lune sur les accouchements ...
Et le scénario habituel s’est reproduit : je me suis trouvé désarmé face à des amis que j’estime, mais qui affirmaient de façon véhémente, des faits incontestables pour eux :
- la capacité d’une femme d’origine hindoue de prédire l’avenir
- l’influence réelle des astres sur notre vie quotidienne et notamment l’influence de la pleine lune sur le déclenchement des accouchements (« tu ne peux pas le nier, en période de pleine lune, les maternités sont pleines ! »)
Le scénario habituel, disais-je, s’est reproduit. Il s’est déjà déroulé de nombreuses fois, à propos de sujets aussi divers que les sourciers, les ovnis, les devins, les magnétiseurs, les marabouts, l’homéopathie et autres médecines parallèles.
Croyant et incroyant
Ce scénario fait intervenir deux personnages, le croyant et l’incroyant et se déroule à peu près de la façon suivante :
Le croyant : « j’ai été le témoin d’une expérience incroyable, je n’y croyais d’ailleurs pas au début, mais j’ai été obligé d’admettre la réalité. Et d’ailleurs tout le monde reconnaît que c’est vrai, et même de grands scientifiques ... »
L’incroyant : « Tout cela est du domaine de l’irrationnel, du non rationnel. Il n’y a aucune preuve que cela marche ou que cela soit vrai. Ce sont des croyances populaires .Tout cela n’a aucune base scientifique. Et d’ailleurs regarde sur Internet, toutes les expériences en « double aveugle » ont montré que[1] ... Je n’y crois pas et je crois même que c’est faux. »
En général, chacun reste sur sa position et la conversation devient un peu tendue, voire s’envenime. Cela peut se terminer sur des échanges du type :
« Tu nies l’évidence, la science ne peut tout expliquer. Il y a des phénomènes vrais qu’on ne peut expliquer. Tu ne croies à rien. C’est du nihilisme »
« Bien sûr que je crois à quelque chose, je crois à la démarche scientifique, je crois à la raison. En l’absence de preuve, la seule position raisonnable est le doute. Croire sans preuve est au mieux de la naïveté, au pire de l’obscurantisme, voire de la superstition. »
Pour tenter d’éviter de tomber dans ce piège de la conversation bloquée, n’est-il pas utile d’introduire une réflexion sur ce qu’est la croyance et d’admettre que dans les domaines où l’être humain n’a pas de preuve, il ne peut que s’en remettre à son degré de croyance ?
Dans ces domaines, n’est-il pas préférable de jeter un regard conscient sur l’origine de ses opinions et de s’affirmer comme croyant ou incroyant. Avoir le courage de dire « Je crois .. » ou « je ne crois pas ».
A partir du moment où je dis « je crois en la divination » ou bien « je ne crois pas en la divination », tout est dit, personne ne peut trouver à y redire, c’est du domaine de l’irrationnel, c’est ma croyance ou mon incroyance personnelle, je n’ai à apporter aucune preuve, mais je n’ai pas non plus à tenter d’imposer ma croyance ou mon incroyance aux autres ...
Croyance et niveau de preuves
On voit bien, dans cette confrontation, apparaître deux dimensions : d’une part le niveau de croyance, d’autre part le niveau de preuve.
Mais définissons d ‘abord ces termes :
La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité.
Une preuve est un fait ou un raisonnement propre à établir solidement la vérité.
- Les preuves basées sur la déduction qui ont un caractère absolu ou certain pour autant que l'on respecte leurs hypothèses de départ.
- Les preuves basées sur l'induction qui ne sont vraies qu'avec une certaine probabilité dont l'estimation dépend des connaissances disponibles
La vérité, c'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel.
La réalité désigne le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif.
Ainsi on pourra sans doute clarifier les positions en introduisant le schéma suivant :
Vous pouvez cliquer sur le schéma pour l'agrandir
Schéma qu’on peut détailler en tentant de positionner sur ce quadrant les divers courants de la pensée humaine : sciences exactes, sciences expérimentales, sciences humaines, religions, idéologies, pseudosciences, ...
Vous pouvez cliquer sur le schéma pour l'agrandir
Evidemment, ce classement peut paraître arbitraire. Sans doute, mais se poser la question du placement de tel ou tel courant de pensée dans ces quadrants introduit un débat qui ne manque pas d’intérêt.
Quadrant 1 (en haut à droite)
C’est le quadrant de la raison, de la méthode, de la science.
Quadrant 2 (en haut à gauche)
Le « dénialisme » - est le domaine du déni du savoir scientifique, de la négation des théories ou des faits établis. C’est le domaine des négationnismes, du refus de la théorie de l’évolution, des multiples révisionnismes mais aussi de l’Index Librorum Prohibitorum (liste des livres interdits par l’église catholique depuis l’inquisition). C’est aussi celui la censure et des autodafés.
Quadrant 3 (en bas à gauche)
C’est le domaine du doute, du scepticisme, de l’agnosticisme et de la pensée critique.
On peut résumer cette position par la maxime : Plutôt douter que de se tromper !
Quadrant 4 (en bas à droite)
C’est celui des vérités révélées, des mythes, des croyances intuitives ou « populaires », c’est aussi le domaine sans fin de la cosmogonie, de la métaphysique et du surnaturel, mais aussi des pseudosciences et des idéologies.
Quelques questions et réflexions sur ce schéma :
Science et croyance ne sont-ils pas antinomiques ?
La science vise notamment à produire des connaissances à partir d'une démarche méthodique et détachée des dogmes. Les connaissances scientifiques se différencient donc fondamentalement des croyances par leur mode de production. La science est une production collective bâtie sur l'expérimentation, l'épistémologie, et constitue une unité, grâce à une liaison et à une confrontation permanentes avec la « réalité » empirique. La science se doit de remettre régulièrement en doute son contenu et entretient un réseau cohérent de connaissances, par la publication des travaux de recherche. L'adhésion aux théories scientifiques, par les scientifiques compétents, est basée sur la possession de moyens de vérification et de réfutation fournis par les publications. Il s'agit donc d'un mécanisme totalement différent de celui de l'adhésion aux croyances, dans la mesure où la position, certes idéale, du scientifique, n'est pas de croire en sa théorie mais au contraire de l'admettre en recherchant en permanence ses possibilités de fausseté.
Cependant, pour le commun des mortels, l’adhésion aux théories et aux faits scientifiques relève bien de la croyance car les preuves sont hors de portée de la plupart. Cette adhésion se fait sur la base d’un consensus qui relève de la croyance. J’accepte la théorie de l’atome parce qu’elle est enseignée dans les programmes scolaires, qu’elle semble admise par tout le monde et que les preuves théoriques et pratiques sont disponibles, même si je ne les consulte pas ou n’ai pas le niveau scientifique pour les comprendre.
En ce qui concerne les scientifiques eux-mêmes, il suffit de les placer devant des négationnistes pour constater qu’ils croient réellement en leur théories et quelquefois jusqu’au bûcher (Giordano Bruno) ... Galilée, condamné, n’aurait-il pas dit : « Et pourtant, elle tourne ! »
Où placer l’athéisme ?
S'il paraît évident que "ne pas croire en Dieu" n'est pas une croyance, le problème peut se poser si l'on reformule la question en "croire que Dieu n'existe pas [...]".
Il est important de noter où on place la négation ... Ce n’est pas la même chose de dire
« Je ne crois pas en l’existence de Dieu »
et
« Je crois que Dieu n’existe pas »
Il ne faut pas confondre incroyant et athée ! L’athée est un croyant si il fait de l’affirmation de la non existence de Dieu une cause à défendre.
Mais il s'agirait d'une croyance un peu particulière, la croyance en la non existence de quelque chose ! Or, pour le dictionnaire Larousse "croire", c'est tenir pour certain l'existence de quelqu'un, de quelque chose. Derrière croire, il ne peut y avoir qu'une formulation positive. L'expression "croire en la non existence de quelque chose" n'aurait donc pas de sens, ce serait même absurde. Au mieux, elle serait équivalente à "ne pas croire en Dieu", qui n'est pas une croyance. Etre athée, ne peut donc être, au sens propre, une croyance, ou même une foi. Ce serait une adhésion, une confiance une loyauté envers la non existence de quelque chose.
Dénialisme et idéologies
Le dénialisme est la plupart du temps promu par idéologie, par l’impossibilité d’accepter les évidences contraires à ses croyances.
Le négationnisme de la théorie de l'évolution vient en soutien du créationnisme.
Les révisionnismes ont été produits par les idéologies totalitaires.
L’index a été mis en place pour lutter contre les hérésies et pensées contraires aux dogmes et aux vérités révélées du christianisme.
Les axes de pensée complémentaires
Il est intéressant de noter les deux grands axes de pensée complémentaires.
Axe 1-3 : Le scepticisme est complémentaire de la démarche méthodique. Ne pas affirmer sans preuve conduit à douter en l’absence de preuve.
Axe 2-4 : Au contraire, le dénialisme s’appuie sur la pensée non rationnelle, sur l’acceptation de vérités révélées et vient en soutien des idéologies, des religions, et des pseudosciences.
Les quadrants adjacents s’opposent :
- Science <--> Dénialisme
- Science <--> Vérités révélées ou intuitives
- Scepticisme <--> Dénialisme
- Scepticisme <--> Vérités révélées ou intuitives
Concluons par un exemple : l’âge de la Terre et son mouvement
Hubert Krivine, physicien, ancien enseignant-chercheur au laboratoire de Physique nucléaire et des hautes énergie vient de publier un livre qui illustre bien les propos du présent post :
« La Terre du mythe au savoir »
Extraits de la 4eme de couverture :
"Cet ouvrage relève de la philosophie des sciences, mais son thème a des résonances actuelles puisqu'il aborde la résurgence des fondamentalismes religieux.
A notre époque, le rejet de la vérité scientifique a deux sources. L'une est la lecture littéraliste des textes sacrés, l'autre est un relativisme en vogue chez certains spécialistes des sciences humaines, pour qui « la science est un mythe au même titre que les autres ».
Le philosophe Jacques Bouveresse résume ainsi le propos de l'ouvrage :
Un des objectifs principaux de ce travail était, par conséquent, de « réhabiliter la notion réputée naïve de vérité scientifique contre l'idée que la science ne serait qu'une opinion socialement construite ». Sur l'exemple qui y est traité avec une maîtrise et une autorité impressionnantes, le lecteur qui aurait pu en douter se convaincra, je l'espère, qu'il peut y avoir et qu'il y a eu réellement, dans certains cas, un passage progressif du mythe au savoir, ou de la croyance mythique à la connaissance scientifique, qui a entraîné l'éviction de la première par la seconde, pour des raisons qui n'ont rien d'arbitraire et ne relèvent pas simplement de la compétition pour le pouvoir et l'influence entre des conceptions qui, intrinsèquement, ne sont ni plus ni moins vraies les unes que les autres.
Hubert Krivine veut donc expliquer sur un exemple précis : la datation de l'origine de la Terre, et la compréhension de son mouvement, comment, à la différence des vérités révélées, s'est construite une vérité scientifique.
Ce livre a comme public privilégié les enseignants du primaire au supérieur, que des pressions venant de divers côtés amènent parfois à douter de la validité et de l'intérêt du savoir qu'ils dispensent. Des notions élémentaires d'astronomie et de physique sont expliquées pour le lecteur sans formation scientifique".
Huber Krivine parle de sa démarche dans l’émission Continent Sciences du 24 octobre 2011 :
http://www.franceculture.fr/emission-continent-sciences-c...
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4331891
[1] Pour ceux que l’influence de la pleine lune sur les accouchements intéresse particulièrement, cliquer sur le lien suivant : Recherche Google
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Science et réalité : sortir de la caverne
« L'allégorie de la caverne est une allégorie renommée, exposée par Platon dans le Livre VII de La République. Elle met en scène des hommes enchaînés et immobilisés dans une demeure souterraine qui tournent le dos à l'entrée et ne voient que leurs ombres et celles projetées d'objets au loin derrière eux. Elle expose en termes imagés l'accession des hommes à la connaissance de la réalité, ainsi que la non moins difficile transmission de cette connaissance. »
Source : Article Allégorie de la caverne de Wikipédia en français (auteurs)
Connaissance et réalité
Comme on l’a vu dans un post précédent « Science et réalité : objet et sujet », la réalité est une catégorie ontologique, qui concerne l'être. Le premier débat sur la réalité a donc porté sur l’existence des objets de cette réalité et des sujets qui les observent, ainsi que sur la nature des relations entre ces objets et ces sujets.
C’est l’Ontologie qui permet de traiter la question de l’existence des objets du réel.
La Métaphysique traite des causes premières et de « l’être en tant qu’être ».
La Cosmologie traite, quant à elle, de la question : « Qu’est-ce que le monde, d’où vient-il ? »
Dans ce présent post, nous allons nous intéresser à la question de la connaissance et des sciences.
L’ Epistémologie traite de la question : « Que pouvons-nous connaître ? par quels moyens ? ». La Philosophie et la Science permettent, quant à elles, d’aborder la question de l’organisation des connaissances.
La Philosophie permet d’organiser les concepts, elle n’a pas d’objet privilégié, pas de conclusion définitive. La Philosophie travaille sur les Concepts, qui sont des classes, ou abstraction d’objets, définis par extension ou par compréhension. Aborder un problème philosophique est une activité réflexive et critique, avec une multiplicité de réponses, et qui comprend une composante historique -un problème philosophique n’échappe pas à son passé -
Les Sciences ont pour but d’expliquer les faits, les relations entre les objets, avec des champs bien définis. Un problème scientifique n’admet qu’une seule réponse, une seule solution , qui, une fois démontrée, est considérée comme acquise. Acquise au moins jusqu’à ce qu’elle soit réfutée.
1. Qu’est-ce que la connaissance ?
Vieille question puisque Platon y avait déjà répondu dans le Théétète, où la connaissance est définie comme une "Opinion droite pourvue de raison", c’est-à-dire si on utilise le langage d’aujourd’hui une
« Croyance vraie justifiée ».
« Justified True Belief » JLT, comme disent les anglophones, cette théorie a fait couler beaucoup d’encre. En effet elle repose sur les concepts de Croyance, de Vérité et de Justification qu’il s’agit d’expliciter.
2. Croyance
« Croyance vraie justifiée »
Analysons donc le premier terme de l’expression.
La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité.
La croyance, la Doxa pour les grecs, c’est toutes les opinions ce que nous avons dans la tête, c’est notre vue sur le monde, c’est la représentation que nous avons du monde. Mais qu’est-ce que « le monde » ? Sur quoi porte la croyance ? La croyance est-elle objective ou bien subjective ?
Le monde, d’après le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein, n’est pas constitué d’objets, mais de faits, c’est à dire de relations entre objets.
Est objectif ce qui se rapporte à l'objet de la connaissance. Un jugement est objectif s'il est conforme à son objet. (Accord de la pensée avec le réel).
Est objectif ce qui ne dépend pas de moi et est valable pour tous. Un jugement est objectif s'il est universel. (Accord des esprits entre eux)
Est subjectif ce qui se rapporte au sujet de la connaissance. Un jugement est subjectif s'il appartient à la conscience.
Est subjectif ce qui dépend de moi ou d'un point de vue particulier. Un jugement est subjectif s'il reflète les passions, les préjugés et les choix personnels d'un sujet. Synonyme de partialité. »
En ce sens, on peut dire que la croyance est largement subjective, car elle est profondément personnelle. Elle dépend plus de celui qui croit, que de l’objet de la croyance. Elle est du domaine de l’intuition, elle n’est pas le résultat d’un accord de la pensée avec le réel ou bien d’un accord des esprits entre eux.
3. Croyance, connaissance et science
La croyance est une simple opinion, la doxa. La connaissance est un savoir vrai.
C'est le point de vue de Platon et Aristote par exemple. Chez Descartes, la croyance est un assentiment envers une proposition plus ou moins fondée en raison, alors que la connaissance est une représentation indubitable (dont on ne peut douter). Ils s'opposent. Mais avec Hume, la situation est inversée. La connaissance n'est plus qu'une sorte particulière de croyance: croyance dans les vérités mathématiques ou dans les vérités de l'expérience.
À côté de ces formes de croyances rationnellement justifiées, on trouve aussi les propositions du sens commun, qui, sans être pleinement justifiées, ont pour elles le sens pratique et les succès de l'action. Puis toutes ces autres croyances douteuses, comme les propositions métaphysiques ou religieuses. La croyance devient affaire d'habitudes et de traditions culturelles. La croyance se différencie donc par degrés de certitude, alors que le doute est toujours présent. Il réhabilite donc une forme modérée de scepticisme.
Kant pour sa part distingue la simple croyance de la conviction: la simple croyance est subjective (je crois qu'un jugement est vrai), alors que la conviction est objective. Plus précisément, Kant distingue trois degrés de la croyance:
1. l'opinion est une croyance insuffisante
2. la foi est une croyance satisfaite d'elle-même, mais objectivement insuffisante
3. la science est une croyance vraie. La science comporte deux aspects: la conviction (pour l'individu) et la certitude (pour tous). Mais loin de régler le problème, ces distinctions introduisent une autre difficulté: celle de savoir quand je peux être justifié d'avoir la conviction. Par exemple, dans le domaine de la morale, Kant n'ira pas plus loin que la foi rationnellement justifiée. Pour la raison pure, il établira des limites au delà desquelles elle ne saurait être tout à fait crédible. À l'inverse, il réaffirmera les privilèges critiques de la raison contre la foi.
4. Vérité
« Croyance vraie justifiée »
Analysons donc le deuxième terme de l’expression.
Vraie renvoie à vérité ; qu’est-ce donc que la vérité ? Il existe de nombreuses théories de la vérité :
La vérité est une catégorie logique et gnoséologique (qui concerne le langage et la connaissance). Les choses sont réelles ou non; ce que l'on en dit est vrai ou faux.
Le lien entre la réalité et la vérité est que ce que l’on dit de la réalité est vrai ou faux en fonction de ce qui existe ou n’existe pas. Autrement dit, la réalité est un critère de vérité. On tiendra pour vraie la pensée ou la proposition dans laquelle les choses et leurs relations sont représentées telles qu'elles sont dans la réalité.
Est vrai ce qui est conforme à la réalité = Théorie de la vérité-correspondance.
La vérité, c'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel. Ce critère est important pour les sciences expérimentales (physique, chimie, biologie...).
D'où la définition de Saint Thomas d'Aquin: "veritas est adæquatio intellectus et rei", la vérité est l'adéquation de la pensée et des choses . C'est ce que l'on appelle la théorie de la vérité-correspondance.
Mais que faut-il entendre par "correspondance"? Une proposition qui représente la réalité doit, pour être vraie, en être la représentation fidèle. Mais comment en juger? La réalité ne nous étant accessible que par l'intermédiaire des représentations que nous nous en faisons, pouvons-nous comparer nos représentations à autre chose que d'autres représentations?
Est vrai ce qui est la conclusion d'une inférence valide = Théorie de la vérité-cohérence
Critère de la vérité = la non contradiction (vérité formelle). Cette conception de la vérité réduit la vérité d’une proposition à la validité du raisonnement qui y conduit. C’est le critère des sciences formelles (logique, mathématiques). Mais cela peut conduire à des fictions.
Est vrai ce qui est efficace = Théorie pragmatiste de la vérité. Une théorie est vraie si elle est féconde sur le plan pratique. Ainsi, la preuve que la physique quantique est exacte, c'est que l'on a pu construire des lasers ou des ordinateurs, même si les lois de la physique quantique nous paraissent étranges (paradoxe du chat de Schrödinger).
Est vrai ce qui est évident = Théorie rationaliste de la vérité
Critère de vérité = évidence intellectuelle, c’est le critère de Descartes : le "bon sens" ou Raison reconnaît immédiatement la vérité des idées claires et distinctes.
Est vrai ce que tout le monde croit = Théorie conformiste de la vérité
Critère de vérité = unanimité ou majorité
Le réalisme critique considère que la réalité n'est pas donnée: vérité et réalité se construisent dialectiquement. Mais alors, ce qui est tenu pour réel à un moment donné du temps dépend en partie des croyances collectives du moment:
5. Croyance justifiée : le problème de la preuve
« Croyance vraie justifiée »
Comment justifier une croyance ? Par des preuves, par suffisamment de preuves. Une preuve est un fait ou un raisonnement propre à établir solidement la vraisemblance, ou si possible la vérité d’une proposition
- Les preuves basées sur la déduction ont un caractère absolu ou certain pour autant que l'on respecte leurs hypothèses de départ.
- Les preuves basées sur l'induction ne sont vraies qu'avec une certaine probabilité dont l'estimation dépend des connaissances disponibles.
Le problème de l’induction
La démarche méthodique d’un raisonnement inductif est la suivante :
1-Point de départ : collection, par l’observation, de tous les faits
2-ensuite, généralisation des faits observés, obtenue par induction
Exemple : On chauffe à de multiples reprises du métal, et on constate qu’à chaque fois, il se dilate ; on en conclut que le métal chauffé se dilate.
Le passage des prémisses à la conclusion est rendu légitime par trois conditions :
1- le nombre de constatations formant la base de la généralisation doit être élevé (les faits doivent être collectés en grand nombre).
2- les observations doivent être répétées dans une grande variété de conditions. Il faut, pour que la généralisation soit légitime, que les conditions de l’observation soient différentes. Il faut chauffer des métaux différents, des barres de fer longues ou courtes, etc., à haute et basse pression, haute et basse température. La généralisation ne sera légitime que si le métal se dilate dans toutes ces conditions
3- aucun énoncé d’observation ne doit entrer en conflit avec la loi universelle qui en est tirée
Mais l’induction en tant que méthode de raisonnement pose problème :
La généralisation ne permet pas d’atteindre la certitude : l'observation est toujours insuffisante pour déduire la théorie. La théorie fondée sur la généralisation affirme toujours plus que ce que la simple observation montre. On dit que la théorie est sous-déterminée par l'observation.
Par exemple, nous avons observé que le soleil, jusqu'ici, se lève le matin. Mais rien ne semble justifier notre croyance au fait qu'il se lèvera encore demain. Ce problème avait été jugé insoluble par Hume, pour lequel notre croyance relevait de l'habitude consistant à voir telle cause susciter tel effet, ce qui ne présume pas que ce soit le cas dans la réalité. Cette position non réaliste fut critiquée par Kant et Popper pensant possible d'atteindre une certaine objectivité dans les théories empiriques.
Ces problèmes ont fait le jeu des sceptiques et des relativistes
Les sceptiques, avec David Hume affirment que les inférences inductives sont indispensables, mais injustifiables.
Le scepticisme de Hume repose sur l'idée suivante : puisque
- l'induction est non valide du point de vue rationnel
- et que dans les faits nous fions pour nos actions (et donc pour nos croyances) à l'existence d'une certaine réalité qui n'est pas complètement chaotique, il en découle
- que cette confiance est totalement irrationnelle
- et que donc la nature humaine est par essence irrationnelle.
Le relativisme affirme qu’il n’y a pas de vérité, les faits ne sont que le produit de notre langage. « L’avantage de cette nouvelle notion de fait, c’est qu’on n’a jamais tort » : la vérité n’est plus qu’affaire de croyance qui n’a pas à chercher à se confronter au réel.
Le subjectivisme rejoint le relativisme pour affirmer qu’il n'y a pas d'objectivité possible. "A chacun sa vérité". Le subjectivisme débouche sur le relativisme universel de Protagoras:
"L'homme est la mesure de toute chose. Telles les choses m'apparaissent, telles elles sont. Telles les choses t'apparaissent, telles elles sont."
Mais alors, comment sauver le rationalisme et les sciences ?
Nombres de philosophes s’y sont essayés :
Dans sa quête de la certitude, Descartes a tenté d’élaborer un modèle mathématique de la connaissance avec une visée rationaliste, fondationaliste, infaillibiliste. Mais l’entreprise s’est soldée par un échec.
D’une part les Sciences formelles, fondées sur l’intuition et la déduction répondent bien aux critères de certitude mais sans rapport au réel. D’autre part, les sciences physiques fondées sur l’expérience, l’induction, l’abduction, l’analogie n’offrent aucun degré de certitude.
Descartes a fini par le reconnaitre. La quête de la certitude, dès lors que l’on veut élaborer une connaissance portant sur le réel semble bien du domaine de l’utopie.
La position de Kant
Hume a eu une grande influence sur Kant et est à l’origine de « sa révolution copernicienne »
Kant pense que les inférences inductives sont indispensables et qu’elles sont justifiables grâce aux structures a priori de la pensée. La solution de l’apriorisme kantien consiste à placer le sujet au centre du processus de connaissance : les structure a priori de son esprit transforment les matériaux empiriques en monde organisé à partir des fameux principes a priori de Kant : ceux-ci correspondent aux principes que l’on retrouve dans la mécanique newtonienne : conservation de la matière, déterminisme physique, etc. … qui deviennent chez Kant les principes de permanence de la substance, de causalité, de simultanéité.
Mais l’évolution de la physique du 20eme siècle, relativisant le cadre de référence newtonien a remis en cause le cadre kantien des structures a priori qui ne peuvent plus être considérées comme un cadre universel de la pensée connaissante.
La position probabiliste
Le courant empiriste du 20e siècle (cercle de Vienne) reconnait le caractère faillible de toute proposition se rapportant à des faits. On se contente d’une probabilité extrêmement élevée.
La position de Popper
Popper rejette fermement l’induction. Il veut tester les hypothèses théoriques, en éliminant celles qui ne résistent pas à l’épreuve des faits : c’est le réfutationisme. Une théorie n’est jamais vraie, elle peut seulement être corroborée.
Pour Popper,
– Les théories ne sont pas tirées de l'expérience
– Les théories sont inventées indépendamment de l'expérience (inspirées par l'expérience, ou par des convictions métaphysiques: par l’intuition ou par le hasard, ...)
Une fois la théorie formulée, elle est confirmée si:
– 1) elle est falsifiable
– 2) elle n'est pas falsifiée (infirmée).
6. Connaissance et objectivité
Le problème philosophique de l'objectivité est de déterminer les critères et le fondement de l'objectivité de la connaissance.
Pour la philosophie antique, l'objet de la connaissance est la réalité elle-même, telle qu'elle existe indépendamment du sujet. La connaissance est pour eux la contemplation de la vérité qui se confond avec l'être lui-même : la réalité.
Kant critique la théorie de la vérité "correspondance à la réalité" et pose de façon moderne le paradoxe de l'objectivité: nous ne sortons jamais de nous-mêmes, nous n'avons jamais affaire qu'à nos propres représentations. Comment, dans ces conditions, prétendre connaître des vérités nécessaires et universelles ?
La solution kantienne s'appuie sur la distinction entre les noumènes (chose en soi) indépendants de nous mais inconnaissables et les phénomènes (choses pour nous) dépendants de nous mais connaissables.
La question moderne de l'objectivité est liée au développement de la mécanique newtonienne. L'objet de la science moderne est bien une réalité indépendante du sujet individuel, mais c'est une réalité saisie au travers de représentations construites par l'activité scientifique elle-même, et en particulier grâce aux outils mathématiques utilisés pour les modéliser. Ainsi, on ne sort jamais du monde des représentations, et pourtant certaines de ces représentations peuvent êtres dites objectives alors que les autres sont simplement subjectives. Comment alors faire la part de l'objectif et du subjectif?
Pour atteindre l'objectivité, le sujet doit être neutralisé sans être supprimé. La conformité à l'objet, donc l'objectivité, dépend de la démarche : c'est la méthode qui garantit l'objectivité. La réflexion sur l'objectivité passe donc par l'étude de l'activité scientifique. Les conditions de l'objectivité ne sont pas données une fois pour toute de toute éternité. Chaque science déterminerait au cours de son histoire ses objets et la forme d'objectivité qui lui est propre.
Conclusion
Au terme de périple, avons-nous progressé vers la sortie de la caverne ? Nous avons établi une définition plus précise de la connaissance :
Connaissance = Croyance, réfutable mais non réfutée, justifiée par suffisamment de preuves.
Nous avons aussi compris que la science n’est pas infaillible, que la science ne conduit pas à la vérité mais à la vraisemblance. Mais aussi que la science est la discipline qui décrit le mieux la réalité du monde car elle repose sur la méthode et la raison.
La méthode scientifique
Les sciences se distinguent des autres disciplines -- comme les études littéraires ou la philosophie -- et des pseudosciences -- comme l'astrologie ou l'homéopathie -- par la manière dont elles établissent la vraisemblance de leurs théories, c'est-à-dire par leur méthode. C'est justement en raison de cette méthode que les résultats scientifiques sont aussi impressionnants et que la science a un tel prestige. Non que les résultats scientifiques soient infaillibles, ils ne le sont pas, mais parce qu'ils sont aussi fiables que possibles. Quels sont les principaux éléments de cette méthode?
1- La science est systématique.
Les observations ne sont jamais faites au hasard, mais suivant un protocole précis. Tous les faits disponibles doivent être considérés. Toutes les hypothèses doivent être envisagées.
2- La science cherche à être objective.
L'observateur tente de corriger les biais dont il pourrait faire preuve: il prend toute une série de précautions pour que ses résultats ne soient pas influencés par ses désirs. Par exemple, il applique le principe du double-aveugle. Il fait vérifier ses données par des chercheurs indépendants. Il soumet son travail à la critique de ses pairs.
3- Les termes et les observations sont établis de manière rigoureuse.
Les termes scientifiques sont des concepts débarrassés de toute ambiguïté. Ces concepts s'emboîtent ou se distinguent d'une manière précise. Les observations sont obtenues à l'aide d'instruments éprouvés: elles doivent être systématiques et diversifiées.
4- La science fonctionne avec des hypothèses qui doivent être testables et testées par des chercheurs indépendants les uns des autres.
La science ne considère jamais une idée ou une théorie comme définitivement vraie. Elle formule les idées de manière à ce qu'elles soient testables, puis elle les teste de multiples fois avant de la considérer comme vérifiée, et cela jusqu'à ce qu'on la prenne en défaut. Une théorie scientifique est considérée comme établie lorsqu'elle est l'explication la plus simple et la plus probable des faits observés.
5- Les théories scientifiques doivent être cohérentes entre elles.
À moins qu'il s'agisse d'une théorie révolutionnaire qui remette une précédente théorie en question, une nouvelle théorie scientifique doit généralement être en accord avec les autres théories considérées comme vraies. De la même façon, les sciences entre elles se complètent plutôt qu'elles ne se contredisent, et forment ensemble une vaste encyclopédie ouverte de nos connaissances objectives.
Sources :
Raphaël VIDECOQ : Epistémologie
http://philog.over-blog.com/article-2365893.html
Site Philosophie Grenoble
http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/
Encéphi - Syllabus - Montréal
http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/ARTICLES/CROYANCE.HTM
Popper et la connaissance objective
denis.collin.pagesperso-orange.fr/popper.htm
La raison et le Réel
Catherine ALLAMEL-RAFFIN, Jean-Luc GANGLOFF, Ellipse
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