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27/03/2010

Expériences de pensée

Comment ne pas être fasciné par les « Expériences de pensée » ? Quel pouvoir d'imagination, quelle économie de moyens et quelle liberté de créativité !


Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Une expérience de pensée (Thought experiment, ou Gedankenexperiment) est une méthode pour résoudre un problème scientifique ou philosophique en utilisant la seule puissance de l'imagination et de la pensée humaine, afin de substituer à l’expérimentation réelle une expérimentation accomplie par l’imagination.


Cette méthode remonte initialement à Galilée, mais a été utilisé par de nombreux scientifiques de Newton à Einstein. Elle a été étudiée en détail par Ernst Mach, dans La Mécanique[1], puis dans La Connaissance et l’erreur, Paris, 1919, où il en retrace le développement historique et lui donne une justification épistémologique.


La démarche générale qui préside aux expériences de pensée se formule par la question : que se passerait-il si... ? De nombreuses expériences de pensée portent sur les paradoxes de notre connaissance, mais elles peuvent porter sur des situations réelles, possibles physiquement.


Illustrons cela par l’exemple bien connu de la poussée d’Archimède :

« Considérons un fluide au repos. Délimitons, par une expérience de pensée, un certain volume de forme quelconque au sein de ce fluide. Ce volume est lui aussi au repos : malgré son poids, ce volume ne tombe pas. Cela signifie donc que son poids est rigoureusement équilibré par une force opposée, qui le maintient sur place, et qui provient du fluide extérieur. Remplaçons maintenant, toujours dans notre expérience de pensée, ce volume par un corps quelconque. Comme la force qui maintenait le fluide en équilibre est une force de pression agissant à la surface du volume, il est possible de supposer que cette même force s'applique encore au corps immergé : elle est toujours opposée au poids de fluide déplacé. C'est la poussée d'Archimède. »


Une expérience de pensée est généralement composée de trois étapes :


1. L’expérimentateur conçoit un scénario imaginaire dans son esprit afin de répondre à une question définie qui est généralement liée à une théorie spécifique.
2. Suite à l’exploration du scénario, il obtient par la seule pensée un résultat.
3. Enfin, de ce résultat, il tire les conclusions de son expérience de pensée.


Les modes de raisonnement impliqués peuvent être :
- pré factuel : Que se passerait-il si A arrivait ?
- contrefactuel : Que se passerait-il si A arrivait eu lieu de B ?

- de substitution : Que se passerait-il si on remplaçait B par A ?
- semi factuel : Est-ce qu’Y arriverait toujours si on avait X au lieu de A ?
- plus généralement le mode de raisonnement peut être prédictif, par simulation après coup, ou analytique des différentes étapes qui conduisent à un résultat.



Quelques exemples d’expériences de pensée


Le seau de Newton

Il n'est pas fréquent qu'un seau d'eau occupe le cœur d'un débat long de trois cents ans. Mais un seau ayant appartenu à sir Isaac Newton n'est pas un seau ordinaire, et la petite expérience qu'il décri­vit en 1689 a eu depuis une influence considérable sur les plus grands physiciens du monde, de Newton et Leibniz à Einstein en passant par Ernst Mach.

Voici l'expérience en question : prenons un seau rempli d'eau, pendons-le par une corde, faisons tourner le seau pour torsader la corde au maximum, puis lâchons le tout. Au début, le seau commence à tourner mais l'eau qu'il contient reste à peu près immobile; la surface de l'eau reste plate. Lorsque le seau commence à prendre de la vitesse, petit à petit, par le biais des frottements, son mouvement se communique à l'eau, qui commence elle aussi à tourner. Comme il se doit, la surface de l'eau prend une forme concave, plus haute sur les bords et plus basse au centre.

Voilà donc l'expérience - pas de quoi nous faire tourner la tête. Mais, en y réfléchissant un peu plus, nous prenons conscience que ce seau d'eau en rota­tion est surprenant. Et comprendre ce qui entre en jeu, bien qu'après trois siècles nous n'y soyons pas encore parvenus, est l’une des étapes les plus importantes pour la compréhension de la structure de l’univers.

Newton pose en effet la question du référentiel absolu. En examinant le seau en rotation, il observe que la surface du liquide forme une parabole due aux forces d’inertie. En effet, le liquide étant soumis à une rotation, subit une accélération. Il en conclue que la parabole indique une accélération absolue. Mais une accélération par rapport à quoi ? Par rapport aux étoiles lointaines supposées fixes, c’est à dire par rapport à une certaine distribution globale de matière prise comme référence ? Oui sans doute, mais dans l’hypothèse où l’univers entier serait en rotation et le seau resterait fixe, les mêmes forces apparaîtraient ; parler d’accélération absolue n’a pas plus de sens que de parler de vitesse absolue.

Mach, poursuivra sa réflexion en ce sens : sans masse dans l’univers autour du seau (et notamment en l’absence des masses lointaines qui définissent le champ global de gravitation), l’accélération ne pourrait pas être définie, il n’existerait pas d’inertie et la surface du liquide ne subirait pas une parabole de révolution; l’inertie est due à l’influence des masses de l’univers sur l’objet en mouvement dans le champ de gravité global de l’univers.

Ainsi, l’inertie, phénomène intrinsèque pour Galilée, relatif à un espace absolu pour Newton, devient un phénomène lié à la cosmologie pour Mach. Ce sera aussi le point de vue d’Einstein, mais le débat est toujours ouvert.



Géométrie non euclidienne

Qu’en serait-il du monde, par exemple, si on postulait que les parallèles se rejoignent ? On sait qu’en réponse à cette question, on a pu construire un monde entièrement cohérent dont la principale caractéristique est l’espace courbe ; est ainsi née la géométrie non-euclidienne.

 


La disparition de la Lune

Que se passerait-il si tout à coup, la Lune disparaissait ? L’effet gravitationnel sur la Terre serait-il immédiat ? Ou faudrait-il un certain temps pour que cet effet se fasse ressentir sur Terre ? Si oui quelle en serait la vitesse de propagation ?

De nombreux physiciens répondront que cette propagation est instantanée et la controverse durera jusqu'à Einstein qui, en application de la théorie de la Relativité Générale, montrera que cette propagation se fait à la vitesse de la lumière.



Le bateau de Thésée

D'après la légende grecque, rapportée par Plutarque, Thésée serait parti d'Athènes combattre le Minotaure. À son retour, vainqueur, son bateau fut préservé par les Athéniens : ils retiraient les planches usées et les remplaçaient - de sorte que le bateau resplendissait encore des siècles plus tard. Alors, deux points de vue s'opposèrent : les uns disaient que ce bateau était le même, les autres que l'entretien en avait fait un tout autre bateau. Le problème est de savoir si le changement de matière implique un changement d'identité, ou si l'identité serait conservée par la forme, ou encore d'une autre façon?

Il y a une autre question, corollaire : si on avait gardé les planches du bateau et qu'on l'avait reconstruit plus tard, serait-ce encore le même bateau ?

Pour les uns, le bateau de Thésée n'aurait pu rester identique à lui même que s'il était resté à quai, constamment entretenu, et dans ce cas, même si aucune pièce d'origine ne subsistait du bateau d'origine, c'est bien ce bateau-là qui aurait été le témoin de l'aventure de Thésée.



Le principe anthropique (Cet article ou cette section doit être recyclé. Sa qualité devrait être largement améliorée en le réorganisant et en le...)

Dans le domaine de la recherche d’autres forme de vies dans l’univers, il est particulièrement intéressant de mener des expériences de pensée à partir du principe anthropique qui peut s’énoncer de la façon suivante :

« Le principe anthropique (Cet article ou cette section doit être recyclé. Sa qualité devrait être largement améliorée en le réorganisant et en le...) (du grec anthropos, homme) est un principe métaphysique qui énonce que si nous observons l'univers (On nomme univers l'ensemble de tout ce qui existe, comprenant la totalité des êtres et des choses (celle-ci comprenant...) tel que nous le connaissons, c'est avant toute autre chose parce que... nous nous y trouvons ! Car, si nous n'y étions pas, nous ne serions pas là pour le constater. Il a été formulé et développé par Brandon Carter de l'observatoire de Meudon mais on en trouve le principe au premier livre du Monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer où il montre d'une part l'impossibilité pour toute science (La science (du latin scientia, connaissance) relève Historiquement de l'activité philosophique, et fut pendant...) d'atteindre une réalité en soi, d'autre part la confusion que font les hommes entre l'univers conçu et un supposé univers objectif indépendamment du sujet qui le conçoit. »

Ceci nous mènera à étudier le paradoxe de Fermi et l’équation de Drake, mais ce sera pour un autre article.

 

Liste de leins utiles sur les Expériences de pensée :

 

Petites expériences de pensée - Wikipédia

Thought experiment - Wikipedia, the free encyclopedia

Poussée d'Archimède - Wikipédia

expérience de pensée mach - Recherche Google

plaud.pdf (Objet application/pdf)

plaud.html





[1] La mécanique, exposé historique et critique de son développement, tr. E. Picard, Paris, Hermann, 1904

21/03/2010

Darwin, le singe et l'homme

 

Faisant référence à la théorie de l’évolution, à Darwin et à "L’Origine des espèces" il était courant jusqu’à ces derniers temps d’affirmer :

L’homme descend du singe !


Or ne voilà-t-il pas que depuis fin 2009, on voit fleurir l’affirmation contraire : dans son n° 35 de décembre 2010, PHILOSOPHIE MAGAZINE en faisait même sa une de façon un peu racoleuse :

Le singe descend de l'homme !

« Scoop ! La découverte de notre ancêtre Ardi est venue confirmer ce que nombre de paléontologues pressentaient : le redressement des hominidés sur leurs deux jambes a précédé l'apparition des grands singes. Rendu public, cet automne, par la revue américaine Science, ce constat bouleverse la vision de nos origines. Et ouvre un chantier philosophique nouveau. Car si la station debout ne nous caractérise pas, pas plus que les outils ou la taille du cerveau, qu'est-ce qui fait le propre de l'homme ? Les préhistoriens Yves Coppens et Marc Groenen, les éthologues Frans de Waal et Dominique Lestel, et les philosophes Robert Legros, Peter Singer, Étienne Bimbenet et Pascal Engel s'engagent dans ce débat crucial et passionnant. »

 

Evidemment les deux affirmations sont fausses. Et la réalité est beaucoup plus simple mais moins médiatique :

L’homme et le singe ont un ancêtre commun

Je ne ferai pas l’injure à ces préhistoriens, éthologues et philosophes de croire qu’ils ignorent cette évidence. Alors se pose la question : pourquoi se laissent-ils enfermer dans ces formules réductrices et inexactes ? Essayons de creuser un peu cette controverse, car derrière ces querelles de formules, n’y a-t-il pas la question de la place de l’homme dans le monde du vivant et du rôle que certains voudraient faire jouer à Dieu dans l’évolution ?



1. Ce qu’a écrit Darwin

Darwin.jpg

Dans L'Origine des espèces[1] , Darwin ne parle pas des origines de l'homme, ni de l’évolution. Ces thèses lui paraissaient trop sujettes à controverse pour être abordées. Ce sont ses adversaires qui ont caricaturé le débat en s’opposant bec et ongle aux thèses de Darwin et à leurs conséquences non exprimées, comme le fait que les hommes descendent d’un ancêtre quadrumane proche des Grands Singes.

Ce n’est que dans un autre ouvrage bien plus tardif, « La filiation de l’homme et la sélection lié au sexe[2] » que Darwin, pressé de prendre parti, a abordé la question des origines de l’homme. Laissons donc parler Darwin :

« L’homme, dit-il, descend d’un quadrupède velu, ayant une queue et des oreilles pointues, vraisemblablement grimpeur (arboreal) en ses habitudes, et appartenant au vieux continent. Cette créature, si un naturaliste avait pu en examiner la structure, eût été classée parmi les quadrumanes aussi sûrement que l’aurait été l’ancêtre commun, et encore plus ancien, des singes du vieux et du Nouveau-Monde. Les quadrumanes et tous les mammifères supérieurs dérivent probablement d’un marsupial ancien, et celui-ci, par une longue filière de formes variées, soit d’une espèce de reptile, soit d’un animal amphibie, lequel à son tour a pour souche un poisson. Dans les brumes du passé, nous pouvons voir distinctement que l’ancêtre de tous les vertébrés a dû être un animal aquatique, à branchies, réunissant les deux sexes dans le même individu, et chez lequel les organes principaux, tels que le cerveau et le cœur, n’étaient développés que d’une manière imparfaite. Cet animal a dû, semble-t-il, se rapprocher des larves de nos ascidiacés marins plus que de toute autre forme connue. »


« L’homme est excusable, dit en terminant M. Darwin, d’éprouver quelque orgueil à se voir au sommet de l’échelle organique, et, puisqu’il y est arrivé lentement, il peut espérer de monter plus haut encore ; mais nous ne cherchons pas ce qu’il faut espérer ou craindre, il nous suffit d’envisager la réalité. J’ai exposé les faits aussi fidèlement que j’ai pu, et voici, je crois, ce qu’il nous faut reconnaître : l’homme, avec toutes ses nobles qualités, avec sa sympathie pour les êtres les plus dégradés, avec sa charité qui s’étend non-seulement à ses pareils, mais aux plus humbles créatures, avec sa divine intelligence qui pénètre les mystères de la mécanique céleste, ― l’homme enfin avec toutes ses admirables facultés porte encore dans la structure de son corps le sceau indélébile de sa basse origine. »


En résumé sur l’origine de l’homme, Darwin dit trois choses :
- L’homme et le singe ont un ancêtre commun, plus proche du singe que de l’homme

- L’homme est au sommet de l’échelle organique
- L’homme garde les traces de son origine animale.



2. Les anthropocentriques : L’homme descend du singe !

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Darwin avait bien compris le côté révolutionnaire de sa théorie qui remet en cause le dogme d’un monde créé par Dieu.

« Je ne puis me dissimuler, dit à ce propos M. Darwin, que les conclusions de mon livre seront dénoncées par certaines gens comme profondément irréligieuses. Que celui qui les dénoncera ainsi prouve donc qu’il est plus irréligieux d’expliquer l’origine de l’espèce humaine en la faisant descendre par variation progressive de quelque forme inférieure que d’expliquer la naissance de l’individu par les lois de la reproduction ordinaire. La naissance de l’individu et celle de l’espèce sont au même titre des anneaux de cette chaîne d’événemens que l’esprit se refuse à considérer comme le résultat d’un aveugle hasard. La raison se révolte contre une telle conclusion, qu’il nous soit possible ou non de croire que la moindre variation de structure, l’union de chaque couple d’êtres animés, la production de chaque germe, aient été ordonnées en vue d’un but spécial. »

En simplifiant le message de Darwin, l’affirmation « l’homme descend du singe » est alors proposée par les évolutionnistes pour faire passer le discours darwinien. Si l’on a fini par accepter que l’homme avait des origines animales, c’est en partie parce que le discours darwinien, tel qu’il était vulgarisé par certains évolutionnistes, portait en lui une notion de complexification, menant des formes les plus simples aux plus abouties - l’homme étant au sommet.

Ainsi on est passé d’un « homme créé par Dieu à son image » à un homme placé par l’évolution au sommet du processus de complexification. Et cette place privilégiée a aussi permis la récupération de la théorie de l'évolution par les tenants du créationnisme sous la forme de la fameuse thèse de « L’Intelligent Design », selon laquelle l’homme est au sommet d’une évolution dont le dessein est guidé par Dieu.



3. Les théocentriques : Le singe descend de l’homme !

péroteau.jpg

Donnons donc la parole au créationniste, heureusement peu connu, Jean-François Péroteau, qui a publié en 1995 un livre dont le titre est justement : LE SINGE DESCEND DE L’HOMME, OU LA CRÉATION PROGRESSIVE ET L’ÉVOLUTION REGRESSIVE

L’auteur déclare dans son introduction :

« Bien sûr, ce livre n’a pas la prétention de prouver scientifiquement la descendance d’anthropoïdes à partir d’un homme parfait mais représente une invitation à travailler différemment, à chercher dans une autre direction, celle de la perfection originelle et de l’évolution régressive qui lui fait suite. Tout ce que Dieu crée est parfait, donc toutes les imperfections constatées dans le cosmos et la biosphère n’ont pu apparaître qu’après l’œuvre des six jours. Les imperfections physiques et biologiques ne sont pas les accidents fatals d’un processus tâtonnant vers un état plus perfectionné, car cela ne ressemble pas à Dieu dont les œuvres sont d’emblée parfaites, mais les étapes successives d’une dégénérescence universelle, d’une évolution régressive généralisée »

La thèse « Le singe descend de l’homme » est donc pain béni pour les créationnistes de tous poils et ceci a été souligné par Philosophie magazine dans son fameux dossier du n° de décembre.



4. Pourquoi cette controverse aujourd’hui ?

Dès les années 1920 la communauté scientifique a commencé, même à propos de l’homme, à concevoir que l’arbre de l’évolution est buissonnant, plein de branches qui se ramifient et poussent en parallèle. L’homme et les différents singes sont des ramures qui ont divergé à partir d’un ancêtre commun. Et nous partageons avec nos plus proches parents, les chimpanzés, des traits communs hérités de l’ancêtre à partir duquel nous avons divergé en Afrique, il y a 6 ou 7 millions d’années. Peut importe à quoi ressemblait cet ancêtre commun, qui était probablement aussi différent de l’homme que des Grands Singes actuels.

Depuis les années 1990, suite aux découvertes de Lucy, Ardi, Orrorin et Toumaï, paléontologues, éthologues, préhistoriens et philosophes ont pris en compte une nouvelle complication de l’humain : l’homme n’est plus cet être exceptionnel qui s’arrache à l’animalité en se dressant debout.

L’ancêtre commun des Grands Singes (Paninés) et des Homo (Homininés) serait beaucoup plus ancien (7MA) qu’on ne le pensait et il serait déjà bipède. La bipédie reste une compétence décisive, car en se redressant les hominidés auraient vu se délier leur mains (outil), leur langue (langage) et grossir la taille de leur cerveau.

Pour les paléoanthropologues et les préhistoriens les frontières entre animalité et humanité sont plus floues que jamais et ils font appel au philosophe pour éclairer la question.

 

 

hominidés.jpg

 


5. Que peut-on en conclure ?


Cette controverse doit nous incite à repenser la place de l’homme dans le monde du vivant. L’homme n’est pas la référence et il n’est au centre de rien. Cela est vrai pour sa place dans l’espace, mais aussi pour sa place dans l’évolution. Il n’a aucune place privilégiée dans l’univers.

Et c'est l'occasion de relire ce qu'a écrit Jacques Monod en conclusion de son essai « Le Hasard et la Nécessité. Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne [3]» paru en 1970.

« L'ancienne alliance est rompue ; l'Homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. »



[1] Sur l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie, Londres, John Murray, 1859

[2] The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex, Londres, John Murray, 2 volumes, 1871.

[3] Essai dont le titre est tiré d’une citation attribuée à Démocrite, philosophe grec né en 460 av. J.-C

« Tout ce qui existe dans l'Univers est le fruit du hasard et de la nécessité »

 

20/03/2010

"Avril rouge" de Santiago Roncagliolo

Coup de cœur !

Santiago Roncagliolo, jeune auteur péruvien né en 1975, est scénariste pour la télévision et le cinéma ainsi que traducteur et romancier. "Avril rouge" a obtenu le prix Alfaguara en 2006.

avril rouge.jpegPérou, Printemps 2000.

Au centre du roman, le conflit sanguinaire entre le Sentier Lumineux et l'armée péruvienne. En toile de fond la réélection du président "el chino"[1] (Alberto Fujimori).

Le personnage principal : Félix Chacaltana Saldívar tout jeune substitut du procureur dans la ville péruvienne d'Ayacucho. Fonctionnaire tranquille et solitaire, il se voit confier l'enquête sur la mort d'un homme sauvagement assassiné dont le cadavre a été retrouvé calciné et dépecé.

Homme profondément honnête, timide, traditionnel et naïf, Chacaltana mènera son enquête envers et contre tout. Sa force tient à son inconscience du danger et à son irrésistible conscience du devoir.

Ce que j’ai vraiment aimé dans ce livre c’est l’image de cet anti-héros au milieu de la jungle et des manipulations d’une violence extrême (spirale du terrorisme et contre-terrorisme). Cela permet à Roncagliolo de garder une légèreté de ton et beaucoup d’humour malgré le récit des traumatismes individuels et collectifs liés à cette guerre civile sans merci.



[1] Le 7 avril 2009, au terme d’un procès-fleuve – cent soixante et une audiences en seize mois –, la justice péruvienne a reconnu l’ancien président Alberto Fujimori, 70 ans, coupable de violations des droits de l’homme et l’a condamné à vingt-cinq ans de prison.

Les faits reprochés à « El Chino » – il doit ce surnom à ses origines japonaises – remontent aux années 1990-2000, durant lesquelles il a dirigé le Pérou. Il s’agit essentiellement de l’exécution, en novembre 1991, de quinze civils par les services secrets, à Barrios Altos, un quartier de Lima, la capitale. Et du massacre, en juillet 1992, de neuf étudiants et d’un professeur sur le campus de l’université La Cantuta. À l’époque, le gouvernement péruvien livrait une guerre acharnée aux groupes maoïstes du Sentier lumineux et aux guévaristes du mouvement révolutionnaire Túpac Amaru.

 

13/03/2010

Hans Küng, ou la liberté de pensée

Une fois de plus, la pédophilie dans l'église catholique fait la une de la presse. Après les Etats-Unis, le Canada, L'Espagne, la France, l'Irlande, l'Allemagne, c'est maintenant le tour de l'Autriche

 

C'est l'occasion de relire le Point de Vue de Hans Küng, publié par LE MONDE le  04.03.10

"Pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres"

http://abonnes.lemonde.fr/opinions/article/2010/03/04/pour-lutter-contre-la-pedophilie-abolissons-le-celibat-des-pretres-par-hans-kung_1314399_3232.html


Hans Küng y dénonce trois contre-vérités affirmées par la hiérarchie Catholique :

Première contre-vérité : les abus sexuels dus à des prêtres n'ont rien à voir avec le célibat.

Deuxième contre-vérité : il est "totalement erroné" de rapporter ces cas d'abus sexuel à une faille dans le système de l'Eglise.

Troisième contre-vérité : les évêques ont suffisamment endossé de responsabilités.

 

L'histoire de la pédophilie au sein de l'église catholique est suffisamment établie (enfin !) pour permettre d'affirmer que c'est un probléme qui la concerne dans son ensemble, qu'elle est liée au célibat des prêtres, qu'elle a été cachée voire protégée par la hiéarchie catholique, y compris au plus haut niveau et que c'est donc une faille majeure de son fonctionnement.


Mais Hans Küng a fort à faire, car il a devant lui un pape "infaillible".


A plus de 80 ans, ce théologien suisse, qui fit le Concile de Vatican II comme expert, est un pionnier du dialogue théologique avec les religions non-chrétiennes et avec les sciences. Il est partisan d'une plus grande place des femmes dans l'Eglise, et surtout très critique envers le dogme de l'infaillibilité pontificale. Pour toutes ces raisons, Rome accusera Hans Küng de s'être «écarté de la vérité de la foi catholique», et il sera interdit d'enseignement à l'université pontificale grégorienne, la prestigieuse institution qui forme les cadres intellectuels de l'Eglise catholique.


A noter que les prêtres ont pu se marier jusqu'en 1074. Suite à un concile tenu à Rome à cette date, une bulle papale de Grégoire VII oblige les prêtres au célibat. Le pape veut imposer le célibat au clergé pour des raisons politiques et économiques dans le cadre de sa lutte contre le simonisme (l’achat et la vente de biens spirituels, et des charges ecclésiastiques). Les prêtres mariés étaient, en effet, tentés de s'enrichir et de constituer une rente au profit de leurs descendants.

 

"La schizophrénie en bandoulière"

Très décapant, ce billet de Michel Onfray dans Le Monde du 20.02.10

http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offr...

"Notre époque est réjouissante ! Nous avons un PCF qui ne défend plus la dictature du prolétariat, un PS qui célèbre le marché, des chrétiens qui ne croient pas dans la résurrection de la chair, des philosophes qui occupent le devant de la scène en commentant des livres qu'ils n'ont pas lus, un président de la République fasciné par Georges Bush qui ne voit que par Jaurès et Guy Môquet, quand ça n'est pas Albert Camus, un gouvernement de droite avec des ministres de gauche, des journalistes qui citent à tout bout de champ Guy Debord, des sportifs transformés en intellectuels, et autres joyeusetés de nos temps nihilistes !

A ce défilé de mode digne d'une cour des miracles, il nous faut désormais ajouter des féministes qui estiment que la maternité est le destin de toute femme, que la prostitution relève de l'exercice libre, sinon libéral, de son propre corps, que l'allaitement procure des sensations qui dispensent d'en chercher ailleurs - merci, chère Elisabeth Badinter, de résister à ce « féminisme »-là !

Désormais, il nous faudra également compter avec une femme voilée, laïque et féministe, qui défend l'avortement et la cause homosexuelle ! Cherchez l'erreur... Car le voile signifie la soumission à une religion dont la première qualité n'est pas la séparation du théologique et du politique, mais leur confusion."


Au delà de la dénonciation des contorsions du Nouveau Parti Anticapitaliste à propos de sa candidate portant le foulard dans le Vaucluse, ce qui intéressant dans l'article de Michel Onfray, c'est son analyse de l'utilisation des symboles en "régime médiatique".


A rappocher des critiques de Régis Debray sur la "télécratie" dans son dernier essai "Dégagements".

Ses flèches, Régis Debray les réserve à la société de fric et de frime où nous évoluons, et qu'il déteste. Après l'ère de la parole, puis celle de l'écrit, nous vivons dans celle de l'image. "En vidéosphère, le bougisme est un must, et l'urgentiste, notre héros préféré." La méritocratie y a été remplacée par la télécratie. Le dessus du panier, la véritable élite, ce sont "les people", ceux qu'on voit à la télé et dans les magazines. Leur prestige, ils ne le tiennent ni de leur naissance ni de leurs diplômes, mais de leur audience. "Vous voulez devenir quelque chose ? Faites-vous d'abord une gueule, le nom suivra." Si vous avez réussi dans la chanson, on viendra vous interroger sur l'Afghanistan ou la peine de mort. "Je suis, donc je pense."


Et pour en revenir au NPA, n'est-ce pas sous cet angle qu'il faut comprendre le passage de relai de Krivine à Besancenot et le remplacement de la faucille et du marteau par le mégaphone ?

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12/03/2010

"La tendresse des loups, Stef Penney, Belfond

ltdl.jpgComme décor, le grand nord canadien, le traffic de la fourrure, les trappeurs indiens, la Compagnie de la baie d'Hudson dans les années 1860.

Comme intrigue, la recherche  du meurtrier d'un trappeur retrouvé mort dans sa cabane, égorgé et scalpé.

Les pistes se croisent et s'entrecroisent entre le village de Dove River créé par des colons écossais, et le petit hameau de Himmelvanger, qui abrite une communauté religieuse norvégienne.

Et en toile de fond la recherche de la culture indienne à travers une mystérieuse tablette couverte de signes étranges qui aurait pu être écrite dans une langue iroquoise.

Un roman où l'on ralentit à 50 pages de la fin pour le faire durer !

10:47 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0)

09/03/2010

"Le Nouvel Ordre écologique", Luc Ferry

Le Nouvel Ordre écologique : L'arbre, l'animal et l'homme », Luc Ferry, Biblio essais, 2002


lnoe.jpgJe ne suis pas un fan de Luc Ferry, mais il présente dans ce livre une autre vision de l'écologie.


Il y aurait trois types d’écologies :

- Une écologie humaniste ou anthropocentriste (centrée sur l’homme) qui vise à protéger l’environnement au bénéfice de l’humain.
- Une écologie « utilitariste » centrée sur le règne animal
- Une écologie centrée sur le cosmos qui prend en compte les droits de la nature y compris dans le règne végétal.


Luc Ferry distingue ainsi la shallow ecology (écologie réformiste) de la deep ecology (écologie profonde) qui prête à la nature une "intelligence" de l'équilibre, supérieure à l'intelligence humaine, lui conférant des droits : la nature, dont le projet serait d'assurer le triomphe du vivant, poursuivrait un but moral. Ainsi, la notion de "crimes contre l'environnement" a pu voir le jour et être reprise, par exemple, dans un rapport de la Commission de réforme des lois du Canada.

Régression sans précédent dans l'Histoire, cette écologie qui élève la nature au rang de sujet juridique porte atteinte, selon Ferry, à l'idéal humaniste hérité des Lumières.

Selon Luc Ferry, les écologies utilitaristes mais surtout profondes prennent racine dans des idéologies d'extrême droite et d'extrême gauche. Les écologies radicales dénoncent l'anthropocentrisme et revendiquent les valeurs du sang et du sol, le retour à une vie authentique et aux origines. Certains des thèmes revendiqués ont une résonance avec l'écologie nazie.


Luc Ferry choisit sans hésiter la défense de l'Humanisme, c'est à dire l'écologie au bénéfice de l'Homme.

Et on ne sera pas étonné de voir qu'il est vivement soutenu par Claude Allègre.

 

08/03/2010

Voile ou foulard islamique?

La présentation aux élections régionales d'une candidate portant un foulard islamique par le Nouveau Parti anticapitaliste a provoqué la controverse.

Personnellement je fais la différence entre voile et foulard. Le voile cache le visage, le foulard cache les cheveux.Cela me paraît important. Dans nombre de cultures on porte des couvre-chefs, des parures ou des coiffures qui couvrent les cheveux.

Du Béret basque au Borsalino en passant par le foulard Hermès, quelle est la signification de ces couvre-chefs ?

J'ai remarqué que dans la presse et sur Internet, on distingue rarement voile et foulard islamique. Mais peut-être est-ce un problème de traduction ? Le terme حِجَاب, hijâb désigne le voile. Mais existe-t-il un autre terme pour foulard ?

Le foulard islamique est-il un voile ou une parure ? A-t-il pour objet de cacher de protéger ou de parer le visage de la femme ?

 

 

 

"Agora" de Alejandro Amenábar

agora.jpgIntéressant, ce peplum philosophique, par les deux personnages principaux qu'il met en scène à Alexandrie au 4eme siècle après JC.

D'un côté Hypathie, femme philosophe et astronome, tente de préserver les richesses de la bibliothèque. Elle est belle (très belle interprétation de Rachel Weisz!), païenne, c'est à dire non monothéiste et anime un petit cercle de fidèles auxquels elle dispense son enseigenement dans la tradition platonicienne. Elle tient sous influence le pâle Oreste, préfet romain qui, sans elle, aurait disparu dans les poubelles de l'histoire.

De l'autre côté Cyrille, évèque d'Alexandrie qui va lâcher ses hordes de chrétiens fanatiques pour faire la chasse aux hérésies,  anéantir les juifs de la cité et lapider cette pauvre Hypathie.

Vénéré comme saint aussi bien en Orient qu'en Occident, saint Cyrille fut proclamé docteur de l'Eglise en 1882 par le Pape Léon XIII, et a fait l'objet d'un vibrant hommage par le pape Benoît XVI dans une audience du 3 octobre 2007, pour son importante contribution au culte marial.

 

Malgré ses côtés grand spectacle, ce film permet une saine réflexion sur le fondamentalisme et le fanatisme religieux !

07/03/2010

"Je suis une boucle étrange" de Douglas Hofstadter - Dunod.

jesuisuneboucleetrange.gifPour tous ceux qui ont aimé "Gödel Escher Bach, les brins d'une guirlande éternelle", Douglas Hofstadter n'est plus ce qu'il était.

Ce nouveau livre, censé traquer les mécanismes de la conscience jusque dans la matière, commence de façon brillante par un dialogue socratique qu'Hofstadter avait écrit dans sa jeunesse.

Puis le sujet (qu'est-ce que le Je ?) est abordé grâce à la notion d'autoréférence, ce qui nous entraîne vers de multiples boucles étranges et notamment le théorème de Gödel. Une bonne partie du livre est centré sur ce sujet, mais c'était déjà celui de "Gödel Escher Bach".

Puis la suite n'est qu'un simple vagabondage sans beacoup de cohérence le long des thèmes préférés d'Hofstadter. Et les illustrations ternes et sans intérêt nous font regretter les dessins d'Escher. C'est bien dommage.

Pour une critique plus détaillée, lire ErMa dans Circa Diem : http://britedevil.over-blog.com/article-26314913.html