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02/05/2010

"La malédiction d'Edgar" de Marc Dugain

Marc Dugain signe là une enquête sur le fonctionnement du FBI pendant les quelques 50 ans qu'Edgar Hoover a passé à sa direction.

51Q2F3H399L._SL500_AA300_.jpgC'est à donner froid dans le dos : écoutes systématiques de tous les politiques, chantage vis à vis des présidents, méthodes mafieuses, déni systématique de la démocratie. Tous les moyens sont bons pour sauvegarder ce que Edgar Hoover et ses quelques proches considèrent comme le fondement du pouvoir Etats-unien : intérêt supérieur de l'Etat, anticommunisme, morale puritaine, mission quasiment divine des Etats-Unis à diriger le monde.

«Edgar aimait le pouvoir mais il en détestait les aléas. Il aurait trouvé humiliant de devoir le remettre en jeu à intervalles réguliers devant des électeurs qui n'avaient pas le millième de sa capacité à raisonner. Et il n'admettait pas non plus que les hommes élus par ce troupeau sans éducation ni classe puissent menacer sa position qui devait être stable dans l'intérêt même du pays. Il était devenu à sa façon consul à vie. Il avait su créer le lien direct avec le Président qui le rendait incontournable. Aucun ministre de la Justice ne pourrait désormais se comporter à son endroit en supérieur hiérarchique direct. Il devenait l'unique mesure de la pertinence morale et politique.»

 

Ce roman nous plonge dans les arcanes du pouvoir aux USA. Dugain a voulu explorer une période de l’histoire où se côtoyaient la paranoïa, la schizophrénie, la misogynie, le racisme et l’antisémitisme à l’ombre de la pudibonderie. La face cachée de ce pays est ici dévoilée dans les mémoires de Clyde Tolson, l’adjoint et l'amant d'Edgar Hoover que Dugain présente comme l'homme le plus puissant outre-Atlantique car il sut tenir sous sa coupe les hommes politiques et le destin de tout un pays.

Le prologue tend à nous faire penser que le roman est une extrapolation du manuscrit biographique de Clyde Tolson. Le livre s'attarde particulièrement sur la montée en puissance puis la présidence de John Fitzgerald Kennedy.

Les Kennedy y sont dépeints comme des manipulateurs portés au pouvoir par l'argent de leur famille et de la mafia. Le livre s'attarde aussi sur les frasques sexuelles du président, qui y est décrit comme un éjaculateur précoce multipliant les aventures sans jamais les rompre totalement. Toujours selon les faits relatés dans le roman, John Edgar Hoover aurait privilégié la lutte contre le communisme à celle contre la corruption et la mafia, laissant ainsi se gangrener une situation déjà assez dramatique. Enfin, Hoover n'a de cesse d'espionner et de violer la vie privée de tous les hommes importants du pays, légitimant presque ses actes par la nécessité d'en savoir plus sur ceux susceptibles d'accéder au pouvoir suprême, quitte à porter des jugements arbitraires sur leur conduite morale en dépit du choix du peuple, conduisant dans certains cas à des actions visant à les écarter du pouvoir.

Et la cause profonde de ce comportement serait à chercher dans la fameuse malédiction d'Edgar, son homosexualité non assumée et sa culpabilité refoulée. C'est, suggère Dugain, l'explication de son zèle moral effréné qui le conduit à pourchasser (en dehors du cercle du pouvoir) toutes les formes de non conformité à la doxa Nord américaine. Et le plus grave, c'est qu'Edgar aurait été lui-même l'objet du chantage de la Mafia qui déténait "la photo", preuve de ses relations homosexuelles avec Clyde.

Sont évoqués aussi les sombres manipulations de la présidence et de la CIA pour tenter de faire assassiner Fidel Castro avec l'aide de la mafia et de l'émigration anti-castriste. Terrible portrait aussi que celui de Lindon Johnson, inculte et grossier aux ordres des pétroliers et grands propriétaires texans, et qui aurait trempé dans l'assassinat des Kennedy.

Le roman prend fin au moment du scandale du Watergate, à la mort de John Edgar Hoover, alors que Nixon est ironiquement accusé du crime que commettait régulièrement Hoover tout au long du mandat qui l'occupa toute sa vie.

On ferme le livre avec la gueule de bois, tant l'image de la démocratie aux Etats-Unis en sort écornée et la légende des Kennedy détruite! ll serait intéressant de se repencher aujourd'hui sur le fonctionnement du FBI et du ministère de la Justice Etats-unien afin d'éclairer la vraie nature de ce pouvoir et de son rôle international.


La Malédiction d'Edgar est paru en BD chez Casterman : (Marc Dugain, Didier Chardez, Véronique Gourdin)

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10:36 Publié dans Débats, Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, fbi, cia, kennedy, mafia, roosevelt

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