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06/05/2010

Animaux domestiques, animaux dénaturés?

Garçonnet tué par son chien :
la mère dressait l'animal dans un club canin

AFP | 06.05.10 | 00h35

"La mère dont l'enfant d'un an et demi a été attaqué mortellement par son berger malinois, mardi dans l'appartement familial à Lucé (Eure-et-Loir), est membre d'un club d'éducation canine, a indiqué la direction du club, dans un entretien à paraître jeudi dans l'Echo républicain.


La jeune femme entraînait son chien, notamment au mordant, dans ce club du Loir-et-Cher, selon la même source. "La mère venait régulièrement au club avec son chien de onze mois qui était très sociable. Je suis très surpris de cet accident. Le chien était en phase d'apprentissage", a expliqué Pascal Connan, le président du club.


L'entraînement au mordant consiste à apprendre à un chien à attaquer une cible au commandement de son maître, et à lâcher cette même cible dès que le maître l'ordonne, selon un dresseur parisien, qui affirme que cette technique est assez controversée dans le milieu canin. Certains éleveurs estiment que cette méthode rend docile les chiens, tandis que d'autres affirment que cela les rend agressifs.


Le garçonnet, couvert de morsures, a succombé aux graves blessures infligées par le chien, en dépit de l'intervention rapide des pompiers et du Samu. Le drame s'est déroulé mardi entre 08H30 et 9H00 dans l'appartement familial, alors que la maman était partie accompagner son fils aîné à l'école, à quelques pas de là. Le petit garçon était alors seul avec son jeune frère, un bébé de quatre mois, qui n'a pas été blessé par le chien.


Il s'agit 5e décès survenu à la suite de morsures de chiens depuis juin 2008, date de la loi instituant le permis "de détention" des chiens dangereux.


En juin 2008 en Alsace, un homme de 77 ans avait été tué par son chien de chasse. Cinq mois plus tard, une quinquagénaire était mortellement blessée par deux chiens errants près de Montpellier.


En mars 2009, une fillette de six ans a été tuée par les deux dogues allemands de la famille dans la Marne. En juin, une éleveuse de bull terrier de 44 ans a été tuée par l'une de ses chiennes qui venait d'avoir des chiots."



Pourquoi posséder des animaux domestiques ?

Cela me rappelle la polémique ouverte en septembre 2005 dans « La décroissance, le journal de la joie de vivre[1] » N° 28 au sujet de la possession des chiens par les Français.

(Pour agrandir les images, appuyer sur la touche Ctr et tourner la molette de votre souris)




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Transcription du billet :

 

"La saloperie que nous n'achèterons pas ce mois-ci : Le chien"

"II fut un temps où pour trouver sa place dans la société humaine, le chien devait être utile. Les chiens gardaient les troupeaux en France ou tiraient les traîneaux chez Les Esquimaux. Aujourd'hui, il est devenu un des objets de la panoplie de la société de consommation.

Il ya environ 9 mi­llions de chiens en France, qui passent la moitié de leur vie à lécher toutes les merdes qu'ils trouvent et l'autre moitié à lécher le visage de leur maître.

En France, le marché des animaux de com­pagnie représente 4.4 milliards d'eu­ros[1], soit le double du Produit national brut du Niger, pays de 11 millions d'ha­bitants en proie à une grave famine.

D'un côté, on nourrit une affection déplacée et maladive pour les animaux domestiques, de l'autre, la souffrance des animaux livrés au système indus­triel pour nous alimenter nous laisse indifférents.

Le chien sert pour étan­cher notre soif de domination : le « debout-assis-couché, Médor» adressé au par le maître, venge les humiliations quotidiennes subies par le sous-chef du chef, quand le sous-chef n'a personne d'autre (sa femme, ses enfants ou un sous-sous-chef à humi­lier.

Pourquoi les humains tiennent-ils à ce point à détenir prisonnier des ani­maux?

On n'est jamais plus mal accueilli que dans une maison ou un appartement dotés d'un chien. Dring ! ouah ! ouah ! ouah ! C’est l'assurance, dans le meilleur des l'as, d'un grand coup de langue (voir plus haut), au pire, d’être mordu jusqu'à l'os. On enregistre chaque année en France plus de 600 000 morsures de chiens : l’âge moyen des victimes est de 5 ans[2].

Car le chien sert aussi à protéger toutes les saIoperies de la société de consomma­tion (téléviseur, lecteur de DVD, auto­mobile...) qu'on a accumulées chez soi. Mais les cambrioleurs, pas bêtes, n'emportent jamais le chien.

Le 4 x 4 du chien, c'est le pit-bull : le rêve de tous ceux qui ne peuvent plus se sentir exister que grâce à la terreur qu'ils lisent dans le regard du piéton croisé.

En France, les chiens « errants» font 300 000 victimes  parmi les animaux[3].

Deux choses dégoûtent les étrangers quand ils viennent en France : premièrement les  panneaux publicitaires qui défigurent nos paysages, deuxième­ment les crottes de chiens sur les trottoirs, dans les parcs et les bacs à sable pour enfants. « C’est vraiment immonde ! ». C’est vrai, mais nos politiques ont démissionné et ne  veulent plus remplir leur fonction, celle de poser des limites, par  clientélisme face à l’électorat des possesseurs de toutous.

Je suis allé – en train -  dans la ville de Fès, au Maroc, et me suis promené dans la Medina. Il n'y a là-bas ni alcool ni automobile ni chiens. Un début de civilisation ?"

Raoul Anvélaut

 



[1] Syndicat professionnel des fabricants et distributeurs de produits et animaux familiers, chiffre 1998

[2] - En France, 15 enfants sont tués chaque année par des chiens, et 15 jeunes garçons sont émasculés. Une fois sur deux, l'enfant est mordu au visage ou au cou. Une morsure sur cinq nécessite une intervention chirurgicale et est à l’origine de séquelles inesthétiques et parfois invalidantes. Dans 70 % des cas, l’animal vit au domicile de l’enfant ou dans son entourage proche. Seules 10 % des morsures sont le fait de chiens errants.

Source : Institut de préventions des accidents domestiques


[3] Programme Life-Loup, Commission de Bruxelles et ministère de l’Ecologie


Ce billet assez provocateur avait d’ailleurs suscité des réactions très vives des lecteurs de ce journal dont de larges extraits avaient été publiés dans le n° suivant. Par exemple :


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Cependant, au-delà de son aspect polémique ce billet avait l’intérêt de rappeler un certain nombre de vérités aux sujets du rapport entre l'homme et l'animal domestique :

- ambiguïté de la relation maître – animal domestique (possession ou dépendance ?)

- dangerosité de certains animaux domestiques

- budget effarant dépensé par des foyers parfois modestes[2] et qui pose question quand on en fait le bilan national (4,5 milliards d’euros en moyenne par an, dont 1,5 pour le coût d’achat).

- nuisances liées (les fameuses crottes de chien mais aussi de chats, les aboiements, les miaulements nocturnes, les allergies et autres problèmes sanitaires)

- et bien sûr le problème des mauvais traitements, abandons saisonniers et trafics de tout genre

Alors, pourquoi possède-t-on un animal domestique ?

Parmi les arguments cités, les principaux sont :

- L’animal tient lieu de compagnie, notamment pour lutter contre la solitude. L`animal remplace le contact humain normal, dans nos sociétés individualistes et anonymes.

- l`animal est joli, amusant et intéressant,

- l’animal est symbole de prestige,

- l’animal est un passe-temps

Combien d’animaux domestiques en France ?

En 2008, la FACCO a réalisé avec TNS Sofres sa 14ème étude sur la place des animaux de compagnie en France. Les résultats de cette étude, effectuée tous les deux ans, permettent d’actualiser les données sur la population d’animaux familiers et sur leurs possesseurs.

L’enquête a été menée sur le terrain en octobre/novembre 2008 à l’aide d’un questionnaire adressé à 14.000 foyers français, issus de la base de sondage TNS Postal Access Panel, représentatifs en terme de taille du foyer, âge, catégorie socio-professionnelle, taille d’agglomération et région d’habitat.

Les points-clés sont les suivants :

- Près de 73% des foyers français aiment les animaux de compagnie,

- Ils sont 51.2% à posséder au moins un animal familier, chiffre en légère hausse par rapport à l’enquête de 2006,

- 61.6 millions d’animaux partagent la vie des familles françaises (chiens, chats, poissons, oiseaux et petits mammifères),

- Toujours moins de chiens (-270.000 en deux ans, -696.000 en quatre ans) mais davantage de chats (+650.000 en deux ans, +750.000 en quatre ans),

- Une population de poissons et de petits mammifères en hausse, accompagnée d’une légère augmentation de la possession,

- Une population d’oiseaux qui régresse avec une possession stable, population qui n’a donc pas retrouvé le niveau antérieur à la crise de l’influenza aviaire et des contraintes alors imposées.

Mais où est l’intérêt de l’animal dans la domesticité ?

L’homme est à l’évidence au centre de la relation de domesticité. La domestication est une relation anthropocentrique. Les animaux de compagnie ont été depuis des siècles sélectionnés, transformés par la proximité de l’homme. Ils ont été coupés de leur milieu naturel, ce sont des animaux dénaturés. Ils sont de plus en plus traités comme des objets de consommation que l’on crée, commercialise et jette au rebus en fonction du seul désir de leurs propriétaires consommateurs.[3]

Dans son rapport avec l'animal domestique qu'il "possède" ou qu'il"détient", l'homme ne cherche-t-il pas à combler son déficit d'affection ou de domination ? Aime-t-il l'animal ou bien s'aime-t-il à travers l'animal ?

Il est intéressant de noter que les civilisations les plus respecteuses du monde animal (hindouisme, boudhisme) n'ont quasiment pas d'animaux domestiques. A contrario, ils proliférent dans nos civilisations judeo chrétiennes, où la soumission de l’animal à l’homme est considérée à la fois comme divine et naturelle. (cf: Animalité - Humanité, dans la rubrique Café philo).




[1] http://www.ladecroissance.net/?chemin=accueil

[2] Etant donné les tendances actuelles, il s'avère que le coût de la nourriture, les jouets et les frais vétérinaires de notre cher Médor avoisinent les 1700 euros par an, soit 500 euros de plus que pour Minou. (source : http://www.waliboo.com/chiens/le-budget-consacre-aux-animaux-de-compagnie-double-en-une-decennie/22558)

[3] Voir à ce propos le site http://www.animalfreedom.org/francais/opinion/pets/animal_domestique.html

Commentaires

Si je me souviens bien, dans le bouquin de Vercors, les animaux dénaturés... ce sont les hommes, non?
à quand le dressage des maîtres?

Écrit par : Raf | 06/05/2010

En effet les hommes sont les premiers animaux dénaturés suivis de près par les animaux domestiques ...
Mais on peut faire preuve d'inventivité et faire varier les rôles, par exemple dans "L'île du docteur Moreau" (The Island of Dr. Moreau) de John Frankenheimer ou bien La Chasse du comte Zaroff (The Most Dangerous Game) de Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel ...

Écrit par : Marto | 06/05/2010

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