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24/05/2010

Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes


A Julien, qui m’a fait découvrir  ce livre

A Raf, l’amoureux des Solex

A PHP, l’amoureux des BMW …


Zen and the Art of Motorcycle Maintenance


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Pirsig est généralement présenté comme un philosophe et écrivain américain, connu principalement pour son best-seller : « Zen and the Art of Motorcycle Maintenance » ZMM, publié en 1974. Son deuxième roman, Lila: An Inquiry into Morals a été publié en 1991.

(J’emploie le titre anglais, car difficilement traduisible. Dans la suite j’utiliserai l’abréviation ZMM. ZMM a été publié par William Morrow Publishers, après avoir été rejeté par 121 autres éditeurs)

Mais il faut s’intéresser de plus près à la biographie de  Pirsig, car ses livres sont largement autobiographiques.



Qui est en effet réellement Robert Pirsig ?

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Il y a le garçon de 9 ans avec un QI de 170 essayant de s’intégrer dans une école du Minnesota.

Il y a l’étudiant immature exclu, parce rentré trop tôt à l’université.

Il y a le paumé faisant la route dans le Montana

Il y a le GI de 18 ans en Corée, s’ouvrant à la philosophie orientale, et donnant des cours d’anglais

Il y a le passionné de motos, rédigeant des notices pour des revues techniques

Il y a le professeur d’écriture, radical dans sa recherche de la « Qualité », un autre mot pour la « Vérité » et  « l’idée du Bien » platonicienne.

Il y a le mari dangereux condamné à se faire soigner par électrochocs pour tenter de le débarrasser de ses obsessions mortifères.



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Il y a le père brisé tentant de renouer avec son fils Chris lors d’un voyage en moto

Il y a l’écrivain peinant pendant 5 ans et bouclant finalement son manuscrit en 2 mois dans un camping car

Il y a finalement l’auteur célèbre du « Zen and the Art of Motorcycle Maintenance » ZMM

Il y a le père brisé encore et toujours, à la suite de la mort son fils Chris, assassiné

Il y a enfin et pendant longtemps le marin se cachant et se réfugiant dans la réclusion de son bateau.






La Philosophie de Pirsig

J’avoue n’avoir pas compris grand-chose à la philosophie de Pirsig, je trouve même que ses interminables développements sur la « Qualité » et le Zen dont on ne peut rien dire, sont plutôt pénibles à lire et font partie de son côté pathologique. Je ne vois pas ce que cette quête de perfection apporte réellement à la philosophie.

Non, ce qui m’intéresse dans Pirsig, et ce qui est profondément humain, c’est qu’il mélange philosophie et histoire de sa propre vie. Il témoigne de son chautauka personnel. Avec le seul souci de retrouver la sérénité qu'il a perdue. Il veut comprendre ce qui, à un moment crucial de sa vie, l'a brusquement, un jour, rendu fou.


(Chautauka : « On appelait Chautauqua, autrefois, les spectacles ambulants présentés sous une tente, d'un bout à l'autre de l'Amérique, de cette Amérique où nous vivons. C'étaient des causeries populaires à l'ancienne mode, conçues pour édifier et divertir, pour élever l'esprit par la culture. »)




Zen and the Art of Motorcycle Maintenance (ZMM)

Roman philosophique, autobiographique, existentiel sur les souffrances d’un ancien professeur en quête d’un absolu mythique et indéfinissable, la « Qualité », interaction entre le sujet et l’objet.

C’est un livre sur le voyage et le vagabondage, la route et l’aventure, c’est un livre entre « Sur la route » de Jack Kerouack et « Easy Rider » de Dennis Hopper.


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On apprend qu’il sort d’un hôpital psychiatrique où son ancienne personnalité (qu’il nomme Phèdre) a été détruite à coups d’électrochocs. Dans son ancienne vie, il était un professeur d’anglais et de rhétorique passionné de philosophie. Tout va basculer quand il va se lancer dans l’étude du concept de Qualité. A la suite de ses recherches il met en place un système philosophique qui divise la pensée humaine en deux types : romantique et classique. Surtout, il voit en la Qualité la force créatrice au cœur de toute chose et qui transcende la dualité traditionnelle entre sujet et objet. Cette quête de la Qualité va l’entraîner dans la folie.


Et d'autant plus qu'il est devenu Phèdre sans le vouloir, ce disciple de Socrate qui osait tenir tête à son maître. Il est le fantôme de Phèdre, créature hideuse qui l'habite et qui hante ses nuits. Sous sa tente, il se réveille en hurlant dans son sac de couchage. «Qui es-tu, Phèdre? Où es-tu? Je vais te tuer!» Il le hait, il essaie de l'étrangler, de lui tordre son cou visqueux et de voir enfin son visage... Quel visage? Le sien, bien sûr, puisqu'il est Phèdre, puisqu'il est cette créature haïssable.


«Papa! Papa! crie son petit garçon terrorisé et en larmes, tu as voulu me tuer. Pourquoi?» Le père répond: «Non, pas toi, pas toi, c'est juste un rêve, un cauchemar.» Le fils continue: «Comme quand tu étais derrière cette porte en verre? Dans ce cercueil que tu ne voulais pas ouvrir?» Etait-ce un souvenir de l'hôpital psychiatrique? Etait-ce encore un rêve? Un rêve qu'il n'avait jamais raconté à personne, qu'il avait d'ailleurs oublié. Comment son fils en avait-il connaissance?

Le pauvre garçon - Chris - a déjà subi, lui, les premiers symptômes d'une crise psychotique et bien sûr il déteste ce voyage exécrable !


Et le zen ? On y fait à peine quelques allusions, sans plus. « Les seules pensées zen que vous puissiez trouver en haut d'une montagne sont celles que vous avez apportées avec vous. »

Quant à l’entretien des motocyclettes, l'auteur essaie de montrer qu'il obéit aux mêmes principes philosophiques qui régissent toute activité humaine. « Un moteur de motocyclette obéit point par point aux lois de la raison; et une étude de l’art de l'entretien des motocyclettes, c’est, en miniature, une étude de l’art du raisonnement. »

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Et pour continuer avec la philo et la mécanique des 2-roues,  je vous recommande chaudement un Blog d’enfer sur la création d’objets bizarres à partir de Solex, j’ai nommé :

Docteur Solex !

(Cliquer sur le titre)

 

 

 

 

Commentaires

J'ai eu le même diagnostic que toi sur ce bouquin: grand projet, mais au final, peu de zen, peu de motocyclette (sauf au début où il y a quelques analogies et anecdotes intéressantes), et beaucoup de verbiage philosophique, très kantien dans le propos, puis quasi mystique (la Qualité).
De toute façon il faut se méfier des philosophes qui parlent avec des majuscules. Totalement d'accord avec toi sur le fait qu'il s'agit d'une névrose, voire d'une psychose (et pas seulement chez Pirsig); d'ailleurs n'est ce pas ce qu'on appelle la "sublimation"?
Et Nietzsche ne dit-il pas dans la préface du Gai Savoir : "Le travestissement inconscient de besoins physiologiques sous les masques de l'objectivité, de l'idée, de la pure intellectualité, est capable de prendre des proportions effarantes - et je me suis demandé assez souvent si, tout compte fait, la philosophie n'aurait pas absolument consisté en une exégèse du corps et un malentendu du corps".

Le bouquin est bon quand même, mais manque un peu de souffle.

ps: merci pour le lien (et arrête de m'appeler Dr Rafus (Rafus c'était pour rimer avec à +)

Écrit par : Raf | 25/05/2010

Salut Marto
Savais-tu que je parcoure régulièrement ton overblog ovevarié&intéressant?
Sur Pirsig on est d'accord et Le Doc résume bien ce que j'en pense.

@+ et bonjour chez toi

Écrit par : PHP | 27/05/2010

Non, mais j'en suis très flatté et suis preneur de tes commentaires avisés.
Pour Pirsig, c'est un peu comme Hofstader, ce sont des gens originaux et qui ont des chose à dire, mais qui ont du mal à aller au delà de leur premier livre. Cela vient sans doute de leurs difficultés existentielles.

Écrit par : Marto | 28/05/2010

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