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24/10/2010

Pourquoi tant de haine ?

« Pourquoi tant de haine ? », c’est le titre d’un pamphlet, écrit par Elisabeth Roudinesco en 2005 pour essayer de contrer le « Livre noir de la psychanalyse », ouvrage collectif qui venait de paraître,  sous la direction de Catherine Meyer et qui avait l’audace de dresser un bilan critique d’un siècle de freudisme.

51V1D8WPJPL._SS500_.jpgLaissons parler Elisabeth Roudinesco :

« La longue histoire de la détestation de Freud vient, d'être réactualisée avec la publication d'un brûlot, Le livre noir de la psychanalyse, qui réunit des historiens anglophones et des thérapeutes comportementalistes. Les premiers entendent dénoncer les mythes fondateurs d'un mensonge freudien qui n'aurait été que la face cachée d'une conspiration visant à livrer la civilisation occidentale au triple pouvoir d'une sexualité coupable, d'une corruption par l'argent et d'une mystification intellectuelle. Quant aux seconds, ils cherchent à évincer de l'Université et des institutions de soins les représentants d'un Establishment psychanalytique jugé hégémonique afin de remplacer les cures classiques par des techniques de normalisation des conduites humaines. Comme bien d'autres avant lui, cet ouvrage n'aurait été connu que des spécialistes s'il n'avait pas été présenté sous un jour favorable, en septembre 2005, à la une du plus grand hebdomadaire de la gauche française. Pour cette Anatomie d'un " livre noir ", j'ai rassemblé, outre mes propres interventions, des textes de Pierre Delion, Roland Gori, Jack Ralite et Jean-Pierre Sueur qui permettent de comprendre pourquoi, à l'aube du XXIe siècle, l'œuvre freudienne continue de susciter une telle haine. »

 

285.jpgEvidemment, la gardienne du temple freudien ne pouvait laisser passer la publication du dernier livre de Michel Onfray « Le crépuscule d’une idole. L'affabulation freudienne »

Comme l’imagination ne semble pas être son fort, Elisabeth Roudinesco a réitéré son opération de 2005 en recyclant son titre « Pourquoi tant de haine ? », dans un article virulent dont elle a inondé la presse.

Ce qui est intéressant dans ce titre et dans les commentaires d’Elisabeth Roudinesco, c’est que, pour éviter un débat de fond sur l’actualité du freudisme, elle se place délibérément au niveau des affects : « haine, détestation, destruction ». Elle déchaine elle-même ses propres affects vis à vis de Michel Onfray.

J’ai moi-même constaté à quel point Onfray suscite en effet la détestation, le dénigrement et les insultes de la part de gens qui,  la plupart du temps ne l’ont pas lu, mais qui en ont entendu parler ou ont assisté à des débats sur leur chaine préférée, et qui surtout évitent tout débat sur le fond.

On peut donc retourner la question. « Pourquoi tant de haine ? » de la part des détracteurs de Michel Onfray qui se répandent dans la presse, sur Internet et sur les chaîne télévisées ?

François Busnuel, qui a lu Onfray, apportait dès 2006 une explication intéressante :

« Michel Onfray sent le soufre. Son Traité d'athéologie a ulcéré les tenants des cultes monothéistes - qui, d'ailleurs, n'ont toujours pas répondu autrement que par l'insulte ou l'idéologie: lire, si l'on y tient, sur ce sujet les deux très décevants ouvrages de Matthieu Baumier, L'antitraité d'athéologie (Presses de la Renaissance), et d'Irène Fernandez, Dieu avec esprit (Philippe Rey). Si on l'étudiait de près, plutôt que de la révoquer au nom de sa radicalité, on découvrirait que la philosophie de Michel Onfray (eh oui, il y a bien une philosophie qui lui est propre et qu'il développe dans un système cohérent, livre après livre) peut apporter une réponse au désarroi français. Passons sur les insultes dont Onfray est constamment l'objet; elles n'ont jamais constitué une pensée: pour discréditer une philosophie, on le sait, rien de mieux que de la caricaturer et la calomnier. Onfray serait donc un «bouffeur de curés», un «pur démagogue», et même un «indigent graphomane» (dixit Houellebecq, nouveau phare de la pensée contemporaine). Si l'on s'en tient aux textes dudit Onfray, ces accusations sont à peu près aussi fondées que celles qui font encore passer Diogène pour un dépravé, Epicure pour un pourceau et Nietzsche pour un cinglé et un nazi! » …/…

« Si l'on se donnait la peine de lire Onfray, on trouverait donc un philosophe au travail. Qui récuse les approches classiques de la philosophie, toutes de technicité et de jugements dépassionnés. Qui fait office d'historien de la pensée lorsqu'il fouille la cave et le grenier, exhumant, dans la Contre-histoire de la philosophie qui vient de paraître, des philosophes fondamentaux et occultés (les hédonistes antiques ou les gnostiques licencieux, Montaigne ou La Mettrie...) qu'il enseigne dans son Université populaire, sorte de Jardin d'Epicure des temps modernes, où les savoirs alternatifs priment le corpus classique sans pour autant le disqualifier. Cette Contre-histoire de la philosophie est un document capital: toutes les histoires de la philosophie, si bonnes soient-elles, présentent les mêmes pensées; en voici enfin une qui évoque les «continents» perdus et envisage la philosophie sous l'angle du bonheur et de l'hédonisme plutôt que sous celui de la raison et de la métaphysique. On peut ne pas aimer ces philosophies, mais on ne peut en nier la réalité et l'importance. Sans doute y a-t-il une forme de vanité à prétendre saisir seul trente siècles de philosophie (surtout lorsqu'il s'agit de celle qui fut reléguée dans les limbes), mais cette vanité est compensée - ô combien - par le travail accompli: colossal et en profondeur. »

 

Pour les articles complets de François Busnuel, lire :

- Ci-gît Sigmund, par François Busnel, publié le 22/04/2010

http://www.lexpress.fr/culture/livre/francois-busnel-a-lu...

- Pourquoi il faut lire Michel Onfray, par François Busnel (Lire), publié le 01/02/2006

http://www.lexpress.fr/culture/livre/pourquoi-il-faut-lir...

 

Pour rappel, ma note de lecture sur le "Crépuscule d'une idole" :

http://seulsdanslecosmos.hautetfort.com/archive/2010/05/i...


Ecouter aussi le débat Michel Onfray / Boris Cyrulnik

http://www.dailymotion.com/video/xdb8nl_laffabulation-freudienne-debat-1-de_news


Commentaires

Bon article... Je connaissais pas ce Busnel.
Mais, bien sûr, on aurait aussi pu intituler cet article "pourquoi tant d'amour?": il suffit de voir les commentaires des articles qui parlent d'Onfray. Les pro-Onfray sont également dans une affection qui dépasse la raison et l'entendement (ce qui n'est pas ton cas, je le sais). C'est vrai que, généralement, eux connaissent Onfray, et ont donc une corde de plus à leur arc, vis-à-vis des anti-Onfray.
Peut-être cela tient-il à la façon dont Onfray fait de la philo: c'est un passionné-passionnant, et son hédonisme le pousse peut-être à aimer les auteurs ou à les détester (approche qu'un prof de philo classique doit rejeter). L'épicurisme fonctionnait un peu sur le même mode, avec le culte du fondateur.
Au final, c'est cohérent avec ce que dit Busnel: Onfray "envisage la philosophie sous l'angle du bonheur et de l'hédonisme plutôt que sous celui de la raison et de la métaphysique". Et c'est une bonne chose je crois: il a réussit à me faire aimer la philo!

Écrit par : Docteur Solex | 29/10/2010

Buna treaba Pourquoi tant de haine ? : Seuls dans le Cosmos, par hasard et par nécessité! Super site: ora exacta.

Écrit par : Adriana | 27/01/2014

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