Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/02/2012

Appartenance subie, appartenance volontaire ?

 

Le système des Castes en Inde

La société indienne est divisée en castes, depuis la naissance de l’hindouisme en Inde. Les castes sont des groupes hiérarchisés, endogames et héréditaires. Ce système de castes trouve son origine dans le Rig Veda, l’un des ouvrages fondateurs de l’hindouisme. Celui-ci définit quatre castes, natives de Brahmâ, de la plus élevée à la plus basse.

Chaque partie du corps de Brahmâ confère une fonction à la caste :

 - les brahmanes, sortis de la bouche du créateur, il s’agit des prêtres et des enseignants. C’est la caste la plus élevée.

 - les kshatriyas, nés des bras du dieu, ce sont les guerriers, les princes et les rois.

 - les vaishyas, issus des cuisses de Brahmâ, sont les commerçants, les agriculteurs et les artisans.

 - la dernière caste est celle des serviteurs, sortis des pieds du dieu, ce sont les shudras.

 - La cinquième classe de la société indienne est constituée par les intouchables, ou hors-castes. Ils sont appelés ainsi car ils ne seraient pas nés du corps de Brahmâ, mais de la terre. Ils portent aussi le nom de "dalit", signifiant opprimés. Gandhi les surnommait "harijans" Hari est un des noms de Vishnu. Ils représentent 25% de la population indienne, soit 160 millions de personnes.

L’explication historique du système des castes est la suivante : vers 1700 av J.C., les aryens envahirent le sous continent indien, asservissant les peuples autochtones. Ils imposèrent leur religion, le védisme, qui évolua progressivement vers l’hindouisme. Les trois premières castes correspondent aux groupes issus des envahisseurs aryens, la quatrième, aux peuples de la vallée de l’Indus. Quant aux intouchables, il s’agit des descendants des aborigènes non hindous du sud de l’Inde (les dravidiens)

On découvre ici que la carnation est liée aux castes à l’origine. Les castes les plus élevées ont traditionnellement la peau claire, les castes les plus basses ont la peau plus foncée, car issues des populations aborigènes. C’est pourquoi on donne aux castes le nom de "varna" signifiant couleur en sanskrit.

Les castes aujourd’hui

Bien que les castes aient été abolies en 1950 par Nehru, le concept d’appartenance à une caste est toujours très présent dans les esprits en Inde. Il est d’ailleurs tout à fait courant dans les petits annonces matrimoniales de préciser la caste et la couleur désirées du ou de la futur(e).

Signe de ces contradictions, le prochain recensement qui doit avoir lieu cet été 2011, se fera par caste. En effet , après un débat houleux au Parlement, le gouvernement indien a approuvé en septembre dernier, l'organisation du premier recensement complet des castes depuis la fin de la colonisation britannique. Il espère ainsi pouvoir mieux adapter les politiques de développement en faveur des groupes les plus démunis. Certains craignent que ce comptage ne renforce les inégalités et ne conforte un système fondé sur la division.

Le dernier véritable recensement par castes avait été organisé en 1931 par les Britanniques, même si des questions sur les castes ont été occasionnellement posées lors des recensements que le pays effectue tous les dix ans depuis son indépendance.

 Le système des castes rend la condition des intouchables particulièrement injuste. Considérés comme impurs, ils sont méprisés par les castes supérieures et sans possibilité de s’élever dans la société. De nombreux combats ont été menés pour les droits des intouchables, durant le XXè siècle.

 Sous l’impulsion de Nehru et du Dr Ambedkar, la Constitution indienne de 1950 a aboli officiellement le système de caste. L’éducation, qui leur était interdite avant l’Indépendance, leur donne un espoir de promotion sociale. Un intouchable, Kocheril Raman Narayanan, a pu se hisser jusqu’à la présidence de l’Inde entre 1997 et 2002. Enfin, grâce à une politique de discrimination positive, 24,5% des postes dans la fonction publique, dans les collèges et dans les universités leur sont réservés.

 Malgré l’abolition des castes, la ségrégation liée à la pureté demeure bien présente dans les esprits. Encore aujourd’hui, les dalits sont victimes de violences, de viols et frappés d’ostracisme. L’entrée de certains temples leur est toujours interdite. A la suite du Dr Ambedkar, des intouchables se sont convertis en masse au bouddhisme, d’autres au christianisme pour tenter d’échapper à leur condition.

 Reste à savoir si l’hindouisme peut continuer d’exister sans le système des castes. Améliorer son karma, atteindre le nirvana, sans pour autant rester confiné dans sa caste est-il possible ? Il appartient aux hindous d’en décider.

 

Pour évoquer le poids des castes, le poids des appartenances subies, ce poème en prose de Charles Baudelaire :

Chacun sa chimère

 « Sous un grand ciel gris, dans une grande plaine poudreuse, sans chemins, sans gazon, sans un chardon, sans une ortie, je rencontrai plusieurs hommes qui marchaient courbés.


Chacun d'eux portait sur son dos une énorme Chimère, aussi lourde qu'un sac de farine ou de charbon, ou le fourniment d'un fantassin romain.

Mais la monstrueuse bête n'était pas un poids inerte; au contraire, elle enveloppait et opprimait l'homme de ses muscles élastiques et puissants; elle s'agrafait avec ses deux vastes griffes à la poitrine de sa monture et sa tête fabuleuse surmontait le front de l'homme, comme un de ces casques horribles par lesquels les anciens guerriers espéraient ajouter à la terreur de l'ennemi.

Je questionnai l'un de ces hommes, et je lui demandai où ils allaient ainsi. Il me répondit qu'il n'en savait rien, ni lui, ni les autres; mais qu'évidemment ils allaient quelque part, puisqu'ils étaient poussés par un invincible besoin de marcher.

Chose curieuse à noter : aucun de ces voyageurs n'avait l'air irrité contre la bête féroce suspendue à son cou et collée à son dos; on eût dit qu'il la considérait comme faisant partie de lui-même. Tous ces visages fatigués et sérieux ne témoignaient d'aucun désespoir; sous la coupole spleenétique' du ciel, les pieds plongés dans la poussière d'un sol aussi désolé que ce ciel, ils cheminaient avec la physionomie résignée de ceux qui sont condamnés à espérer toujours.

Et le cortège passa à côté de moi et s'enfonça dans l'atmosphère de l'horizon, à l'endroit où la surface arrondie de la planète se dérobe à la curiosité du regard humain.

Et pendant quelques instants je m'obstinai à vouloir comprendre ce mystère; mais bientôt l'irrésistible Indifférence s'abattit sur moi, et j'en fus plus lourdement accablé qu'ils ne l'étaient eux-mêmes par leurs écrasantes Chimères. »

 

Concluons sur une vision plus optimiste de l’appartenance à une caste, celle que donne Madame Bâ dans le livre de Erik Orsenna. Madame Bâ, qui habite le cercle de Kayes, dans l'Ouest du Mali, écrit une longue lettre au président de la république française pour lui demander un visa. En effet c'est le seul moyen de sauver son petit fils, apprenti footballer blessé et abandonné par son club et qui végète en France car il n'ose pas affronter la honte de revenir au pays sans avoir réussi.

"Que sauriez-vous de moi si je me contentais de l’état civil et de sa maigre exactitude : je m’appelle Marguerite Dyumasi, épouse Bâ, née le 10 août 1947 à Médine, cercle de Kayes ?

Il vous manquerait l’essentiel, ma relation familiale avec le patriarche Abraham, les pouvoirs nyama de ma caste des Nomous, les folies incontrôlables de mon fleuve Sénégal et bien d’autres révélations propres à vous éclairer sur la nature véritable de cette Africaine qui se présente à vous, fille, femme, mère et grand’mère. Comment, sans me connaître, pouvez-vous décider de me fermer ou de m’ouvrir les portes de la France ?

Quant à mon sexe (rubrique n°004), comment le résumer à une simple croix griffonnée dans le carré M ou F ? Comme la suite vous le prouvera, il garde en lui des mystères qui débordent largement ces classifications sommaires.

La vie est une, Monsieur le Président. Qui la découpe en trop petits morceaux n’en peut saisir le visage. Que sait du désert celui qui ne regarde qu’un grain de sable ?"

Commentaires

J'aime vous lire tout le temps.
Vos avis et informations sont toujours agréables. Très bon article.
Merci beaucoup pour les informations et liens. J'adhère entièrement votre point de vue.
Un grand merci donc
Continuez à écrire sur votre site.

Écrit par : epilation nice | 04/04/2011

Merci ! C'est très motivant d'avoir le retour de lecteurs enthousiastes

Écrit par : marto | 04/04/2011

Les commentaires sont fermés.