15.12.2011
Mallarmé, les dés et le hasard
Le hasard, la contingence, pourquoi ne pas lire ou relire le fameux poème de Stéphane Mallarmé,
"Un coup de dés jamais n’abolira le hasard" ?
Evidemment, comme c'est une poésie grahique, il vaut mieux la lire dans sa mise en page de 1914, par exemple sur le lien suivant :
http://writing.upenn.edu/library/Mallarme-Stephen_Coup_19..., ou bien
http://coupdedes.com/images/coupdedes.pdf
Dernière oeuvre de Mallarmé, écrit en 1897, c'est sans doute la première poésie visuelle ou graphique, typographique, annonciatrice du mouvement dada et des surréalistes.
Mallarmé a intéressé pas mal de philosophes. Il y a eu le Mallarmé d’Albert Thibaudet, celui de Sartre. Puis le Mallarmé de Rancière, celui de Jean-Claude Milner et de bien d’autres encore : il y aura dorénavant le Mallarmé de Quentin Meillassoux.
"Quentin Meillassoux, enseignant à l'École normale supérieure né en 1967, n'avait jusqu'ici publié qu'un seul et bref essai, en 2006, "Après la finitude". Mais c'est un livre si ambitieux qu'il a suscité en Grande-Bretagne la naissance d'une nouvelle école philosophique : le « réalisme spéculatif ». Car Meillassoux ne s'intéresse pas à « ce qui est mais à ce qui peut possiblement être ». Cet admirateur de Descartes et disciple de Badiou, relance ainsi une philosophie de l'absolu. La seule nécessité, dit-il, c'est qu'il n'y a aucune nécessité, aucune loi qui ne puisse s'effondrer. L'absolu serait donc la contingence même. Il s'agit d'assumer le chaos radical, mais avec une rigueur rationnelle sans pareille. Afin de reconquérir un « grand dehors » que la philosophie depuis Kant (pour qui il est impossible de connaître les choses en soi) a perdu.
Son nouveau livre pourrait défrayer la chronique : "Le Nombre et la Sirène" livre un scoop décisif concernant la pensée de Mallarmé. De quoi s'agit-il ? Meillassoux a découvert que le grand poème testamentaire de Mallarmé, "Jamais un coup de dés n'abolira le hasard", est en fait codé. Et que le code n'est autre que 707. Le philosophe démontre que ce nombre est présent dans ce poème si difficile sous la forme d'une charade : les deux « comme si », étant à entendre comme la septième note de la gamme, encadrent le « proche tourbillon » que représente idéalement le « 0 ». Le code est également présent dans le compte même des mots : le poème déployant 707 mots jusqu'au verbe « sacre », est complété par une morale de sept mots :« Toute pensée est un coup de dés. »
Extrait d'un ARTICLE PARU DANS PHILOSOPHIE MAG N°53, Le 01 Octobre 2011
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A écouter aussi l'émission du 30/09/2011 des Nouveaux chemins de la connaissance sur le même sujet :
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins...
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"Toute pensée émet un coup de dé", "Un coup de dé jamais n'abolira le hasard", n'est-ce pas l'intuition de la contingence de l'homme, mais aussi du monde ?
Cela rejoint Monod : « Nous nous voulons nécessaires, inévitables, ordonnés de tout temps. Toutes les religions, presque toutes les philosophies, une partie même de la science, témoignent de l'inlassable, héroïque effort de l'humanité niant désespérément sa propre contingence » J. Monod, Le hasard et la nécessité
Les partisans du principe anthropique feraient bien de relire ce poème.
UN COUP DE DÉS
JAMAIS
QUAND BIEN MÊME LANCÉ DANS DES CIRCONSTANCES ÉTERNELLES
DU FOND D’UN NAUFRAGE
SOIT que
l’Abîme
blanchi
étale
furieux
sous une inclinaison
plane désespérément
d’aile
la sienne
par
avance retombée d’un mal à dresser le vol
et couvrant les jaillissements
coupant au ras les bonds
très à l’intérieur résume
l’ombre enfouie dans la profondeur par cette voile alternative
jusqu’adapter
à l’envergure
sa béante profondeur en tant que la coque
d’un bâtiment
penché de l’un ou l’autre bord
LE MAÎTRE
hors d’anciens calculs
où la manoeuvre avec l’âge oubliée
surgi
inférant
jadis il empoignait la barre
de cette conflagration
à ses pieds
de l’horizon unanime
que se
prépare
s’agite et mêle
au poing qui l’étreindrait
comme on menace
un destin et les vents
l’unique Nombre qui ne peut pas
être un autre
Esprit
pour le jeter
dans la tempête
en reployer la division et passer fier
hésite
cadavre par le bras
écarté du secret qu’il détient
plutôt
que de jouer
en maniaque chenu
la partie
au nom des flots
un
envahit le chef
coule en barbe soumise
naufrage cela
direct de l’homme
sans nef
n’importe
où vaine
ancestralement à n’ouvrir pas la main
crispée
par delà l’inutile tête
legs en la disparition
à quelqu’un
ambigu
l’ultérieur démon immémorial
ayant
de contrées nulles
induit
le vieillard vers cette conjonction suprême avec la probabilité
celui
son ombre puérile
caressée et polie et rendue et lavée
assouplie par la vague et soustraite
aux durs os perdus entre les ais
né
d’un ébat
la mer par l’aieul tentant ou l’aieul contre la mer
une chance oiseuse
Fiançailles
dont
le voile d’illusion rejailli leur hantise
ainsi que le fantôme d’un geste
chancellera
s’affalera
folie
N’ABOLIRA
COMME SI
Une insinuation
simple
au silence
enroulée avec ironie
ou
le mystère
précipité
hurlé
dans quelque proche
tourbillon d’hilarité et d’horreur
voltige
autour du gouffre
sans de joncher
ni fuir
et en berce le vierge indice
COMME SI
plume solitaire éperdue
sauf
que la rencontre ou l’effleure une toque de minuit
et immobilise
au velours chiffonné par un esclaffement sombre
cette blancheur rigide
dérisoire
en opposition au ciel
trop
pour ne pas marquer
exigûment
quiconque
prince amer de l’écueil
s’en coiffe comme de l’héroique
irrésistible mais contenu
par sa petite raison virile
en foudre
soucieux
expiatoire et pubère
muet
rire
que
SI
La lucide et seigneuriale aigrette
de vertige
au front invisible
scintille
puis ombrage
une stature mignonne ténébreuse
debout
en sa torsion de sirène
le temps
de souffleter
par d’impatientes squames ultimes
bifurquées
un roc
faux manoir
tout de suite
évaporé en brumes
qui imposa
une borne à l’infini
C’ÉTAIT
LE NOMBRE
issu stellaire
EXISTAT-IL
autrement qu’hallucination éparse d’agonie
COMMENÇAT-IL ET CESSAT-IL
sourdant que nié et clos quand apparu
enfin
par quelque profusion répandue en rareté
SE CHIFFRAT-IL
évidence de la somme pour peu qu’une
ILLUMINAT-IL
CE SERAIT
pire
non
davantage ni moins
indifféremment mais autant
LE HASARD
Choit
la plume
rythmique suspens du sinistre
s’ensevelir
aux écumes originelles
naguères d’où sursauta son délire jusqu’à une cime
flétrie
par la neutralité identique du gouffre
RIEN
de la mémorable crise
ou se fût
l’événement
accompli en vue de tout résultat nul
humain
N’AURA EU LIEU
une élévation ordinaire verse l’absence
QUE LE LIEU
inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l’acte vide
abruptement qui sinon
par son mensonge
eût fondé
la perdition
dans ces parages
du vague
en quoi toute réalité se dissout
EXCEPTÉ
à l’altitude
PEUT-ÊTRE
aussi loin qu’un endroit
fusionne avec au delà
hors l’intérêt
quant à lui signalé
en général
selon telle obliquité par telle déclivité
de feux
vers
ce doit être
le Septentrion aussi Nord
UNE CONSTELLATION
froide d’oublie et de désuétude
pas tant
qu’elle n’énumère
sur quelque surface vacante et supérieure
le heurt successif
sidéralement
d’un compte total en formation
veillant
doutant
roulant
brillant et méditant
avant de s’arrêter
à quelque point dernier qui le sacre
Toute Pensée émet un Coup de Dés
09:43 Publié dans Café Philo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mallarmé, dés, hasard, un coup de dés jamais n’abolira le hasard, quentin meillassoux, principe anthropique



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