15/04/2012

Le phénomène Mélenchon

Je ne sais pas si vous avez écouté Mélenchon à Marseille.

Etonnant !
Il y a du de Gaulle, beaucoup de de Gaulle,
il y a un verbe flamboyant,
Il y a beaucoup de références à l'histoire,
il y a énormément de lyrisme,
il  y a de l'internationalisme,
il y a une énorme foule enthousiaste,
il y a la plage de Marseille
il y a des critiques très justes du monde libéral européen ou mondialisé,
il y a beaucoup de rêve et aussi beaucoup d'irréalisme,
il y a un discours très clair contre le lepénisme et autres ostracismes,
il y a un renouveau des meetings populaires de terrain,
il y a un vrai discours républicain,
il y a une remobilisation surprenante du PC,
il y a un discours proche des préoccupations quotidiennes de la "France d'en bas"
Il y a manifestement un évènement politique qui secoue la morosité de la campagne électorale,
Y a-t-il une nouvelle page de l'histoire de la gauche ?
N' y a-t-il pas quelques divagations,notamment écologique?
N' y a-t-il pas un début de culte de la personnalité ?
il y a manifestement une force en puissance,
reste à savoir dans quelle direction,
mais il y a une grande victoire, c'est celle du verbe, de la langue,

"comme il est misérable de nous accabler, à l'heure où, nous les rouges, nous avons repris pleinement la bannière tricolore de la patrie, un instant abandonnée dans des mains indignes d'elle, c'est nous qui chantons en même temps, puisque les paroles ont été inventées l'une pour l'autre, l'internationale et la marseillaise en même temps "
"nous sommes là pour être le rouge du drapeau de la patrie tout entière"
"Au printemps de quoi rêvais-tu ?"

Mélenchon + Hollande = Martine Aubry 1er ministre

Mais cela suffit-il pour nous sortir de la mouise ?

04/04/2012

Spéculations philosophiques sur la crise financière



Thème du café-philo de Cucuron du 5 avril 2012, suite à la lecture le mois dernier, de la comédie de Frédéric LORDON :

 

" D'un retournement l'autre"

Comédie sérieuse sur la crise financière, en quatre actes et en alexandrins.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Fr%C3%A9d%C3%A9ric_Lordon

http://www.fredericlordon.fr/

http://blog.mondediplo.net/-La-pompe-a-phynance-



"Economiste, Frédéric Lordon est connu pour ses essais critiques sur la mondialisation financière, qui ont rencontré un grand succès public. Il a ici choisi une forme singulière, celle du théâtre, pour mettre en scène la crise de la finance mondiale. Le rideau s’ouvre : Messieurs les Banquiers, son Altesse le président de la République française, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le Gouverneur de la Banque centrale et le petit peuple des conseillers de la Cour. La pièce peut commencer : complètement lessivés par la crise des désormais célèbres « subpraïmes » (sic), les Banquiers vont bientôt sonner à la porte de l’Etat pour lui demander de mettre la main au porte-monnaie…Frédéric Lordon se révèle un versificateur virtuose, qui a fait le choix de l’alexandrin pour raconter la déconfiture d’un système qui a tous les traits de l’Ancien Régime. Mais si la forme évoque la tragédie classique, D'un retournement l'autre est aussi une farce sinistre qui dresse un portrait dévastateur de notre élite (le lecteur reconnaîtra sans peine ses plus célèbres représentants). On rit jaune, à écouter cet aréopage de beaux parleurs affolés par l’interminable maelstrom qu’ils ont provoqué, mais qui jamais n’abjureront leur foi dans les vertus du marché. Crise de la finance, sauvetage public, Explosion de la dette et rigueur hystérique. Et comme d’habitude, à qui va l’addition ?Qui donc de la farce pourrait être le dindon ? On l’aura compris : le « retournement » à venir n’aura rien à voir avec celui d’un cours de bourse… Mais ce que ces « élites » aveuglées par leur domination, et déjà disqualifiées par l'Histoire, ne voient plus c'est qu'un retournement peut en cacher un autre. Et celui des marchés annoncer celui du peuple."

Le texte de la pièce est suivi d'un post-scriptum : « Surréalisation de la crise ».





Qu’est-ce que la Finance ? Qui sont les marchés financiers?

Bien sûr, ils sont aujourd'hui composés d'une multitude d'acteurs: entreprises, hedge funds, compagnies d'assurances, banques d'affaires, fonds de pension, investisseurs institutionnels, petits porteurs, banques centrales… Et pourtant, cette multitude se comporte comme une seule entité, qui sème le trouble chez les politiques et l'effroi dans les populations. Les marchés financiers, ce n'est pas rien. Les marchés financiers, c'est quelqu'un. Et ce quelqu'un ressemble bel et bien à un monstre rationnel. Le Golem de Wall Street sait-il ce qu'il veut, ou erre-t-il hébété? Est-il possible de le maîtriser, voire de s'en débarrasser?


L'essence de la finance

Pour le savoir, il faut s'interroger sur la nature de ce monstre, autrement dit sur l'essence de la finance. Trois hypothèses philosophiques sont possibles.

1. Si l'on considère l'Histoire avec les lunettes de Hegel, celle-ci est un processus cohérent, une suite d'événements à travers lesquels se déploie la Raison. «La seule idée qu'apporte la philosophie est cette simple idée de la Raison, l'idée que la raison gouverne le monde et que, par conséquent, l'histoire universelle s'est elle aussi déroulée rationnellement. Cette conviction, cette idée constituent un postulat à l'égard de l'histoire comme telle…..  L'Idée est le vrai, l'éternel, la puissance absolue, dit le philosophe allemand dans La Raison dans l'histoire (1837). Elle se manifeste dans le monde et rien ne se manifeste qui ne soit elle, sa majesté et sa magnificence. » Cette conception de l'Histoire comme processus ordonné, orienté vers un but – la réalisation des exigences de la Raison –, a été renouvelée récemment par  par Francis Fukuyama, dans son essai La Fin de l'Histoire et le Dernier Homme (Flammarion, 1992). Pour ce dernier, le capitalisme libéral est l'une des principales manifestations de la Raison souveraine, c'est pourquoi il s'étend partout dans le monde, sans qu'aucun autre mode d'organisation de la production ne s'y oppose durablement. La mondialisation n'est pas un hasard mais une nécessité. « Les principes libéraux de la science économique – le “marché parfait” – se sont diffusés, et ont réussi à créer des niveaux de prospérité matérielle sans précédent, à la fois dans les pays industriels développés et dans ceux qui, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, étaient relégués dans un Tiers-Monde misérable. » Si Fukuyama a vu juste, rien ne pourra s'opposer aux marchés financiers ni au commerce mondial. There is no alternative. Tel est le destin de la rationalité humaine.

 

 

C’est cette vision optimiste de la mondialisation qui apparaît dans l’article suivant :

 

  • EDITORIAL Le Monde 3 mars 2012 : Contre l'extrême pauvreté, le combat continue

« Ne boudons pas le plaisir offert par la Banque mondiale : elle vient d'annoncer que l'objectif des Nations unies de réduire de moitié l'extrême pauvreté d'ici à 2015 a été atteint avec cinq ans d'avance.

Finalement, la mondialisation et l'aide au développement - difficile d'être précis dans l'ordre des causalités - ont réussi à réduire en 2010 à un milliard de femmes et d'hommes le nombre des damnés de la terre, car il n'y a pas d'autre expression pour désigner ceux qui disposent de moins de 1,25 dollar par jour pour survivre.

Le rééquilibrage de la croissance au profit du monde en développement, qui s'est singulièrement accéléré depuis l'an 2000, a permis cette avancée. Avec des progressions fortes et soutenues de leur produit intérieur brut, la Chine, l'Inde et même l'Afrique subsaharienne, que l'on disait perdue, ont commencé à surmonter leurs handicaps économiques, éducatifs, sanitaires ou démographiques pour apporter un peu de mieux-être à leurs populations les plus démunies.

Et cela en dépit de la crise financière et d'une spéculation dont les soubresauts se révèlent meurtriers pour les plus pauvres, comme l'a prouvé le triplement du prix du riz en 2008.

Cette heureuse évolution promet de se poursuivre, si l'on en croit les augures, puisque les pays en développement devraient continuer de contribuer pour les deux tiers à la croissance planétaire, voire pour les trois quarts, si les vieilles économies industrialisées demeuraient embourbées…/.. »

 

 

 

2. Considérons maintenant le phénomène avec les lunettes de Heidegger. Ce dernier propose, dans sa conférence « La question de la technique » (1954), une définition nouvelle de l'essence de la technique moderne. Selon lui, la conception « instrumentale et anthropologique » de la technique, qui veut que celle-ci soit un moyen et une activité au service de l'homme, est juste mais incomplète. Car l'homme n'est plus en position d'extériorité par rapport à ses outils techniques et il ne peut pas décider d'interdire l'usage d'une technologie une fois qu'elle a vu le jour. Par exemple, impossible de garantir qu'on ne clonera jamais des êtres humains ou de stopper le réchauffement climatique… La technique nous échappe, en cela qu'elle nous a déjà pris pour cible, qu'elle est notre fin et que nous sommes son moyen.« Car notre attachement aux choses techniques est maintenant si fort que nous sommes, à notre insu, devenus leurs esclaves….La menace qui pèse sur l'homme ne provient pas en premier lieu des machines et des appareils de la technique, dont l'action peut éventuellement être mortelle. La menace véritable a déjà atteint l'homme dans son être. Le règne de l'Arraisonnement (processus qui soumet la nature et l'homme aux lois de la raison, NDLR) nous menace de l'éventualité qu'à l'homme puisse être refusé de revenir à un dévoilement plus originel et d'entendre ainsi l'appel d'une vérité plus initiale. » En d'autres termes, l'homme envisage désormais le monde selon les exigences de la technique. Cette analyse peut être appliquée à la finance: elle devait n'être qu'un outil, du moins dans l'esprit de ses inventeurs, et elle est devenue notre maître. Les politiciens ne sont plus capables de lui faire barrage ou de l'encadrer, car ils ont profondément intégré ses exigences: ils conçoivent eux-mêmes leurs programmes selon ses modalités.

 

 

Est-il encore possible de faire ce grand retour vers à de dévoilement plus originel ? Stephane Hessel semble le penser, sans nier l’ampleur des risques sur l’aventure humaine.

 

  • Stephane HESSEL, « Indignez-vous »

« La pensée productiviste, portée par l’Occident, a entraîné le monde dans une crise dont il faut sortir par une rupture radicale de la fuite en avant du « toujours plus », dans le domaine financier, mais aussi dans le domaine des sciences et des techniques. Il est grand temps que le souci de l’éthique, de justice, d’équilibre durable devienne prévalent. Car les risques les plus graves nous menacent. Ils peuvent mettre un terme à l’aventure humaine sur une planète qu’elle peut rendre inhabitable pour l’homme. »

 

 

 

3. Une troisième manière d'envisager le processus de l'émancipation du pouvoir financier, plus sociologique celle-ci, peut s'appuyer sur le concept de « champ » proposé par Pierre Bourdieu. La finance est un champ social – elle réunit de nombreux acteurs, partageant les mêmes valeurs et se comportant de la même manière –, c'est pourquoi elle est unifiée. L'intérêt de la pensée de Bourdieu est de se dégager de la vision trop schématique de la lutte des classes, qui résume le processus historique à l'opposition des dominants et des dominés, des capitalistes et du prolétariat. L'Histoire est au contraire une compétition entre dominants, explique Bourdieu. Plusieurs champs combattent les uns contre les autres, qui prétendent tous au pouvoir suprême – le champ politique, le champ médiatique, le champ économique, le champ financier. Dans cette bagarre instable, le champ financier vient de prendre le dessus, notamment parce qu'il tient les États sous la férule de la dette.

 

Marchés versus États: le match du siècle

Suivant le point de vue qu'on adopte, la crise actuelle revêt donc des visages très différents.

 

Si l'on souscrit à l'hypothèse de Francis Fukuyama, alors le happy end est garanti. Les spéculateurs vont continuer à attaquer l'euro, sans relâche, jusqu'à ce que l'Union européenne résolve ses contradictions internes – les marchés financiers vont donc forcer les pays du Vieux Continent à s'unir, pour devenir la première puissance au monde. La crise de la dette n'est qu'une ruse de la Raison, qui va ainsi accoucher de l'Europe politique.

 

Si l'on souscrit au pessimisme heideggérien, l'issue est bien plus sombre: la finance étant un marteau sans maître, une mécanique dont l'homme est l'objet davantage que le sujet, l'actuelle gesticulation des politiciens pour sauver l'euro doit nous faire sourire. Chaque semaine, l'euro est donné pour mort le lundi et sauvé en grande pompe par les leaders européens le vendredi. Et cette pantomime continuera longtemps. Car, en réalité, ni les chefs de l'exécutif ni la loi n'ont prise sur la rationalité financière qui façonne le monde et soumet l'humanité à ses diktats.

 

La voie prolongeant l'analyse de Bourdieu est à mi-chemin entre les lendemains qui chantent et le krach infini: on peut penser qu'aujourd'hui, les politiciens ont mis le pied en terre devant les financiers. Ils doivent alors trouver une tactique pour les renverser et reprendre le dessus. Rappelons, à cet égard, le subterfuge qui permit à Rabbi Loew de se débarrasser du Golem. Il lui demanda de lacer ses chaussures. Quand la créature s'abaissa, il effaça la première lettre de EMETH sur son front. Voilà qui donnait METH – « mort », en hébreu. Aussitôt, le monstre s'effondra. C'est un tour de cette façon que les hérauts de la politique doivent inventer pour venir à bout de l'hydre financière: car il ne tombera que si la raison n'est plus dans son camp.

 

De l’indignation à la révolte

Depuis les "printemps arabes", depuis l'essai de Stéphane Hessel, on ne parle plus que d'indignation et de révolte, comme moyen d'accès au pouvoir pour renverser les tyrannies.

Deux auteurs peuvent nous permettre de réfléchir à cette question :


  • Marcel Gauchet, Les effets paradoxaux de la crise, Journées d'études du CEVIPOF , Sciences po Paris, 1er Octobre 2009

« Nous vivons le crépuscule ou l’éclipse de l’idée de révolution. Nous sommes dans le moment de clôture d’un grand cycle historique - qui se confond en gros avec le vingtième siècle - où ce dessein révolutionnaire, qui a été organisateur du champ politique sur le plan idéologique, est en repli. L’offre idéologique par rapport à la crise que nous vivons est a peu près nulle. En fait, elle se résume à des succédanés d’idéologies du passé dont les adeptes eux-mêmes mesurent bien le caractère peu adéquat à la situation, et qu’ils brandissent plutôt comme des symboles que comme des doctrines opératoires.

Là, il faut rappeler une chose qui, dans l’espace public français, n’est apparemment pas toujours bien comprise : la protestation n’est pas la révolution. Je crois qu’il y a une importante différence parce que précisément, pour que la protestation passe à la révolution, il faut que derrière la protestation il y ait une offre idéologique qui lui donne à la fois l’intensité mobilisatrice sur le plan affectif et un progrès global plus ou moins crédible à une échelle de masse. Nous ne sommes absolument pas dans cette situation. Je crois que rien ne le traduit mieux d’une certaine façon que le recours à l’arme symbolique du suicide au travail pour exprimer un refus social. Là, on est aux antipodes absolus de ce qu’est l’espérance révolutionnaire : la désespérance individuelle transportée dans l’espace public. »

 

 

  • Stephane HESSEL, « Indignez-vous »

« Je crois effectivement que la non violence détient l’avenir. La non-violence détient le progrès de l’humanité. La violence ne les détient pas, même si on ne peut éviter la violence et par conséquent la condamner.

Et là, je rejoins Sartre, on ne peut pas condamner les terroristes qui jettent des bombes, on  peut les comprendre. Sartre écrit en 1947 : « Je reconnais que la violence sous quelque forme qu’elle se manifeste est un échec. Mais c’est un échec inévitable parce que nous sommes dans un univers de violence. Et s’il est vrai que le recours à la violence reste la violence qui risque de la perpétuer, il est vrai aussi c’est l’unique moyen de la faire cesser. » A quoi j’ajouterais que la non-violence est un moyen plus sûr de la faire cesser…/... S’il existe une espérance violente, c’est dans la poésie de Verlaine : « Que l’espérance est violente » ; pas en politique. A nouveau, je cite Sartre, ses tout derniers mots en mars 1980, à trois semaines de sa mort : « Il faut essayer d’expliquer pourquoi le monde de maintenant, qui est horrible, n’est qu’un moment dans le long développement historique, que l’espoir a toujours été une des forces dominantes des révolutions et des insurrections, et comment je ressens encore l’espoir comme ma conception de l’avenir. »

Il faut comprendre que la violence tourne le dos à l’espoir. Il faut lui préférer l’espérance, l’espérance de la non violence. C’est le chemin que nous devons apprendre à suivre. Aussi bien du côté des oppresseurs que des opprimés, il faut arriver à une négociation pour faire disparaître l’oppression ; c’est ce qui permettra de ne plus avoir de violence terroriste. C’est pourquoi il ne faut pas laisser s’accumuler trop de haine. »

Pour Marcel Gauchet, l’espérance révolutionnaire, qui a mobilisé les forces populaires tout au long du 20eme siècle, a fait place à la désespérance individuelle qui mène par exemple au suicide sur le lieu de travail ou aux violences terroristes

 Pour Stephan Hessel il y a encore une issue, une espérance dans l’action non violente. Mais n’est-ce pas une posture naïve, voire perverse que de proposer des moyens hors de proportion avec la nature même des combats à mener.

 

 

è  Stéphane Hessel : le sage et le pouvoir

Le Monde.fr | 19.01.2011 à 09h15 • Mis à jour le 19.01.2011 à 09h48

Par Nicolas Ténèze, docteur en sciences politiques et chargé de cours à l'Université Toulouse-Capitole

« Car Stéphane Hessel, 93 ans, mémoire du XXe siècle, porte beau avec son regard altier et sa chevelure d'argent. Il est le sublime, l'ange moralisateur nimbé de la légitimité d'un glorieux passé. Il est ce sage héritier des philosophes grecs (son pseudonyme de résistant n'était-il pas Gréco), auquel tout le monde baise, par pur respect, la main leste et majestueuse. Ecoutez le nouveau Platon. Il a un message : proscrivez l'indifférence et le fatalisme au profit d'un engagement existentialiste. En deux mots : Indignez-vous !

Merci du conseil. Avec la crise et la guerre contre le terrorisme qui n'en finissent plus, les scandales politiques et médicaux et la restriction des libertés privées, c'est certain, on n'y avait pas songé. Heureusement qu'Hessel, sous son chêne vieille à notre salut. S'indigner ? C'est une évidence. Mais quelle est la véritable utilité de cette pensée ?

 

Dès lors, à quoi cela sert-il de s'indigner lorsque l'on ne maîtrise pas les outils indispensables pour faire triompher ces indignations : justicearmées, polices, etc., si ce n'est accumuler les échecs sanglants. C'est pourquoi, conseiller de s'indigner lorsqu'on n'a pas la moindre opportunité de faire aboutir cette indignation relève de la plus grande perversion. Le pouvoir le sait bien. D'ailleurs il n'a jamais, pour cette raison, interdit les indignations. Bien au contraire. Ce réflexe est aussi utile d'une soupape de sécurité. Grèves et manifestations sont les bienvenues, à condition qu'elles empruntent un parcours balisé "de la Bastille à la Nations". A partir du moment où l'ordre (encore faut-il le définir) est réellement menacé, avec les moyens dérisoires mis à la disposition des révoltés, alors seulement l'indignation commence à être crédible. »

 

Alors, faut-il désespérer ? Y a-t-il une issue ? 

1. Heidegger semble en suggérer une : l’humilité 

"Mais là où il y a danger, là aussi croît ce qui sauve." (Hölderlin)

 « Ne jamais perdre de vue l’extrême danger! Voilà disqualifiés les discours enthousiastes sur la technique. Puisque l’extrême danger c’est l’aliénation irrémédiable de l’homme, son glissement irréversible dans le fonds, ce qui sauve, et qu’on aperçoit à la faveur de cet extrême danger, ne peut être que le dévoilement de l’humilité de l’homme. » Jacques Dufresne

 

2. Par sa comédie en alexandrin, « D’un retournement l’autre, Comédie sérieuse sur la crise financière », Frédéric Lordon suggère d’autre moyens. Dans sa postface, il cite Spinoza et Bourdieu pour affirmer l’impossibilité des conversions purement intellectuelles. Pour convaincre et pour mettre en branle, il faut passer par l’affect :

"Il n'y a pas de force intrinsèque des idées vraies, il n'y a pas de conversion purement intellectuelles des idées qui n'ont jamais rien mené sauf à être accompagnées d'affects."

« C'est l'art qui dispose constitutivement de tous les moyens d'affecter, parce qu'il s'adresse d'abord aux corps, auxquels il propose immédiatement des affections : des images et des sons. 


Avec l’allégorie de la caverne, Platon n’a-t-il pas eu recours à l’image, lui aussi pour être plus convainquant dans son discours sur la République ? 

Ecrit dans un contexte de crises politiques et militaires, située au cœur d'un des dialogues les plus importants de Platon, La République, l'allégorie de la caverne expose sa théorie de l'acquisition des connaissances. Platon montre que la connaissance des choses nécessite un travail, des efforts pour apprendre et comprendre. Il en vient à démontrer que les dirigeants de la cité doivent être formés pour ne venir au pouvoir que par nécessité non par l'attrait que peut représenter l'exercice de l'autorité : il ne faut pas que les amoureux du pouvoir lui fassent la cour, autrement il y aura des luttes entre prétendants rivaux.

La création d'une cité juste est la fin ultime de Platon dans la République, laquelle est elle-même la condition de la justice dans les individus. Or, cela n'est possible que si les philosophes prennent les rênes de l'État ou, selon la formule de Platon, uniquement si les rois se font philosophes ou les philosophes rois. Cette idée tient à ce que, selon Platon, seuls les philosophes disposent par leur connaissance des Idées, et plus particulièrement de l'Idée de Bien, les compétences nécessaires pour diriger la Cité.

On comprend dans ce contexte le rôle de l'allégorie de la caverne dans la République. Elle est introduite par Socrate afin de faire comprendre à ses interlocuteurs la nature de l'Idée de Bien et, malgré sa portée ontologique et épistémologique, elle est inséparable du contexte politique et éthique de la République.

 

·         Pourquoi le philosophe ne souhaite-t-il pas retourner dans la caverne ? 
Parce que l'obscurité (vivre dans l'illusion) est une source de souffrance. Dimension dramatique qui fait écho au destin de Socrate : ceux qu'il cherche à éclairer ne le croient pas et le tuent.

·         Alors pourquoi redescendre ?
Parce qu'il éprouve le besoin de dire ce qu'il sait (d'éduquer), et il ne sera pas complètement heureux tant qu'il n'aura pas transmis son savoir

 

Sources :

·         Dossier PHILOSOPHIE MAG N°56, 01 Février 2012

·         EDITORIAL Le Monde 3 mars 2012 

·         « Indignez-vous », Stephane HESSEL

·         Marcel Gauchet, Les effets paradoxaux de la crise, Journées d'études du CEVIPOF , Sciences po Paris, 1er Octobre 2009

·         « D’un retournement l’autre, Comédie sérieuse sur la crise financière », Frédéric Lordon

·         Aux urnes philosophes ! 4/4 : le Philosophe Roi selon Platon, Les nouveaux chemins de la connassance, 18 janvier 2012 avec Monique Dixsaut, professeur émérite de philosophie antique à la Sorbonne, auteur de nombreux livres sur Platon

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins...