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11/01/2013

La fin du monde, croyance ou déraison ?

En introduction au thème de la fin du monde, ce texte de Kant, qui reste d’une actualité étonnante !

 

La fin de toutes choses, Emmanuel KANT, 1794

« Pourquoi les hommes s’attendent-ils au juste, à une fin du Monde ?Et, celle-ci étant admise, pourquoi, précisément, à une fin dans la terreur, pour la plus grande partie de l’humanité ?

La première de ces attente semble s’expliquer par le fait que la raison leur dit que le monde ne mérite de durer, que dans la mesure où les êtres raisonnables qui le peuplent, sont conformes au but final de leur existence.

 

Dès l’instant que ce but risque de ne pas être atteint, la création elle-même leur paraît sans objet, comme une pièce de théâtre dépourvue de tout dénouement et qui ne permet pas de reconnaître une intention rationnelle.

 

La seconde se fonde sur l’idée de la corruption de l’espèce humaine, trop profonde pour laisser place à l’espoir, si bien que la seule mesure digne de la sagesse et de la justice suprême, à l’égard de la plus grande partie de l’humanité, serait d’y mettre fin, et une fin qui fût terrible. C’est pourquoi les signes annonciateurs du dernier jour, …, sont tous du genre terrifiant.

 

Certains les reconnaissent dans le triomphe de l’injustice, dans l’oppression des pauvres, sous la débauche insolente des riches et dans la disparition générale de la loyauté et de la confiance, ou encore dans les guerres sanglantes déchaînées, à tous les coins du monde, et cætera , bref, … dans la dissolution morale et la montée rapide de tous les vices avec leur cortège de calamités, choses inconnues, à ce qui leur semble, des époques précédentes.

 

D’autres les voient dans les changements inhabituels de la nature, comme des tremblements de terre, des tempêtes, des inondations, des comètes et des météores. »

 

 

Le mythe de la fin du Monde

Pour Kant, la notion de fin du monde est inhérente au rapport de l’homme au monde.

Explorer le mythe de la fin du Monde, c’est se questionner sur les grands mystères de la vie, sur le sens de l’Histoire, la direction du temps, le mystère de la mort et les rapports de l’Homme avec Dieu. La fin du monde est annoncée depuis la nuit des temps, c’est l’annonce de la fin du temps.

 

Dans « Monde », il y a les choses et il y a l’Homme. Le monde est plus que la nature, un monde c’est au moins la nature + l’homme.  Le Monde = réel + sens.

 

Crainte et Espoir. Ce mythe est inhérent à l’histoire de l’Humanité. Prévoir le cataclysme final est lié à l’angoisse latente face aux tourments du temps présent. Loin de le craindre, les devins, les voyants, le souhaitent. La fin du Monde est ici envisagée libératrice et salvatrice.

 D’après Michael Foëssel, la fin du monde est la version fantasmatique d’expériences quotidiennes de «pertes en monde». Expérience psychiques ou sociales de « Perte en Monde », moments sensibles où s’impose l’idée que rien n’est possible, que le réel ne répond plus à aucune de nos attentes - et que nous sommes dépossédés du réel. A l’image des troubles de Claire dans le film Melancholia de Lars von Trier.

La fin du Monde est aussi pour certains, liée au Jugement dernier, lequel est le préambule à l’avènement d’un monde meilleur.

Cette fin, pour Kant, n’a de sens que dans le cadre de la morale. Mal, péché, souffrance.

 

Mais aussi l’extinction de l’Humanité présuppose l’existence d’un dieu transcendant au dessus du Monde. Créateur de l’Univers, il en serait aussi le destructeur.

 

L’apocalypse finale est un thème récurrent des religions monothéistes, elle est inextricablement liée au châtiment divin. À chaque fléau ou à chaque guerre, des voix s’élèvent pour dénoncer la folie et le péché des hommes en annonçant que la colère de Dieu va bientôt s’abattre sur le Monde … Il s’agit de démolir un monde impie et souillé par le péché des hommes pour mieux le reconstruire sur des bases plus saines. C’est l’annonce de l’avenue du royaume de Dieu, le devenir de l’Humanité.

 

Mais tous les prophètes ne croient pas en la fin du monde

"Certains faux gourous en répandant ce genre de prophétie cataclysmique ont envie de manipuler les foules en maintenant les gens dans la peur. Le fait que les Mayas aient arrêté leur calendrier au 21 décembre 2012 n’annonce pas l’apocalypse, mais l’entrée dans une nouvelle ère.
Cette nouvelle période est pleine d’espoir. J’espère qu’elle nous permettra d'accéder à des facultés nouvelles, de répondre à des questions que nous nous posons depuis longtemps et à progresser dans nos relations avec les autres. J'encourage chacun à co-créer un monde meilleur où nous pourront marcher main dans la main. Au contraire des faux gourous, je préfère libérer les gens, leur montrer qu'ils peuvent construire ensemble leur vie et leur liberté."

On peut bien sûr considérer au nom de la raison, que ces 2 discours sont exotiques, délirants voire absurdes.

 

Les Croyances sont-elles déraison ?
Analysés du seul point de vue de la rationalité, les croyances sont fondées sur la crédulité et la naïveté, exploitant des facteurs psychologiques reposant sur l’affectif, le désir, la peur, et non sur la raison. Elle peuvent conduire à la superstition et au fanatisme qu’il soit politique, moral ou religieux.

Selon cette approche, les opinions et croyances populaires, voire même les religions seraient la marque de l’archaïque, de l’ancestral et qu’après le siècle des lumières,  l’heure serait venue de la raison et des sciences.

« La religion serait l’opium du peuple » et ce serait l’homme qui aurait créé Dieu et non l’inverse.

 

 Ecoutons Gustave Lebon (anthropologue, sociologie du début du 20e) dans , « Les Opinions et les Croyances »

« Les lois régissant la psychologie de la croyance ne s'appliquent pas seulement aux grandes convictions fondamentales laissant une marque indélébile sur la trame de l'histoire. Elles sont applicables aussi à la plupart de nos opinions journalières sur les êtres et les choses qui nous entourent.

L'observation montre facilement que la majorité de ces opinions n'ont pas pour soutien des éléments rationnels, mais des éléments affectifs ou mystiques, généralement d'origine inconsciente.»

 

 Nietzsche : Le Gai savoir, III, 108

« Après que Bouddha fut mort, on montra encore des siècles durant son ombre dans une caverne - ombre formidable et effrayante. Dieu est mort : mais telle est la nature des hommes que des millénaires durant peut-être, il y aura des cavernes où l’on montrera encore son ombre. Et quant à nous - il nous faut vaincre son ombre aussi ! »

Son Ombre, ce sont les raisons de croire …

 

Gustave Lebon , « Les Opinions et les Croyances »

« Ce serait donc une erreur de croire qu'on sort du champ de la croyance en renonçant à des convictions ancestrales. »

« Sans doute, la foi en un dogme quelconque n'est généralement qu'une illusion. Il ne faut pas la dédaigner pourtant. Grâce à sa magique puissance, l'irréel devient plus fort que le réel. Une croyance acceptée donne à un peuple une communauté de pensée génératrice de son unité et de sa force. »

 

Parlons donc des croyances, au pluriel d’abord
Vu de l’extérieur ce sont des « croyances populaires, ancestrales » avec un jugement péjoratif.

Mais vu par le croyant, c’est la réalité même.

 

Le sens premier du mot lui est donc conféré par le jugement condescendant de la raison critique ou du point de vue descriptif, de l’ethnologie. Les croyances sont des représentations qui habitent l’imaginaire individuel et collectif. Leur rôle social est réel : elles scellent le lien communautaire, elles organisent les rites, rythment le temps, structurent l’espace. Mais  leur visée cognitive est quasi-nulle ; elles apparaissent le plus souvent exotiques, voire absurdes à ceux qui les examinent hors contexte

 

Si l’on veut sauver les croyances du point de vue rationnel, il est possible de leur attribuer une fonction herméneutique : elles permettent de donner un sens au donné.

 Toutefois, même sous l’angle de l’interprétation, les croyances ont un caractère primitif ou archaïque : pour donner sens à un donné quelconque, il n’est pas nécessaire de croire au principe par lequel le sens advient. Le mythe, par exemple, qui joue ce rôle herméneutique, peut parfaitement ordonner, par la narration, le fait brut sans qu’il soit nécessaire de croire à la réalité de ce qu’il raconte.

 En résumé, les croyances, c’est ce qui permet de donner un sens à notre présence dans ce monde, qui sans elles, serait incompréhensible, voire insupportable.

 

 Au singulier, la croyance : le « Tenir pour vrai »

1 : le tenir- pour-vrai. C’est ce qui constitue le noyau de la croyance. Croire, c’est toujours pour l’esprit donner son adhésion, accorder sa confiance à une proposition ou à un énoncé qui revêt pour lui valeur de vérité.

 2 : le tenir pour vrai sans raisons contraignantes. L’absence de preuves constitue un critère de différenciation capital permettant de distinguer la croyance d’autres attitudes mentales.  Voilà pourquoi la croyance a quelque chose d’incantatoire.

 3 : L’acte mental que constitue la croyance est indissociable d’un acte de langage. Il est lié à une certaine forme de représentation du monde partagée entre les sujets qui partagent la même croyance. Il se structure comme un  langage, comme une représentation du monde.

 

Croyance – Vérité

Difficile de définir la vérité !

« Ceux qui prétendent détenir la vérité sont ceux qui ont abandonné la poursuite du chemin vers elle. La vérité ne se possède pas, elle se cherche. »

Albert Jacquard

 

Vérité

Est vrai ce qui est conforme à la réalité = Théorie de la vérité-correspondance.

La vérité,  c'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel.  L’autorité est la nature.

 

Est vrai ce qui est la conclusion d'une inférence valide = Théorie de la vérité-cohérence

Critère de la vérité = la non contradiction (vérité formelle). L’autorité est la logique.

 

Est vrai ce qui est efficace = Théorie pragmatiste de la vérité. Une théorie est vraie si elle est féconde sur le plan pratique. L’autorité est la pratique.

 

 Est vrai ce que tout le monde croit = Théorie conformiste de la vérité

Critère de vérité = unanimité ou majorité. L’autorité est la société humaine.

 

 Croyance- Raison

Faut-il oppose croyance et connaissance ?

La Connaissance est une croyance, réfutable mais non réfutée, justifiée par suffisamment de preuves.

 

On aurait une croyance rationnelle (la connaissance) et une croyance non rationnelle (Le tenir pour vrai)

 

Gustave Lebon , « Les Opinions et les Croyances »

« Dégagée de plus en plus de la croyance, la science en demeure cependant très imprégnée encore. Elle lui est soumise dans tous les sujets mal connus, les mystères de la vie ou de l'origine des espèces par exemple. Les théories qu'on y accepte sont de simples articles de foi, n'ayant pour eux que l'autorité des maîtres qui les formulèrent. »

 

La croyance rationnelle s’adresse aux objets. Le savoir, les sciences impliquent une croyance en l’intelligence de l’homme en vue d’une action sur les objets.


La croyance non rationnelle, le tenir pour vrai, implique une croyance de type spirituelle, (Croyance dans les Esprits, croyance en Dieu, croyance dans les Idées et les Mythes), en vue d’une action sur les sujets.

 

 

Croyance – Désir

Désir : de la passion à l’idéal en passant par l’intérêt, la croyance est toujours liée à la tension vers un manque : elle est un moyen essentiel de satisfaction ; elle est ce par quoi la vie s’éprouve et se donne les moyens de surmonter ce qui s’oppose à elle.

 

Le « tenir pour vrai » est donc pris dans le jeu du désir  : il est suscité par le désir ; il est capable de le susciter en retour. Il est inscrit aussi dans les méandres de la crainte : produit par l’ignorance des causes, il substitue l’effroi à la raison.

 

Croyance –Action

Les degrés de la croyance concernent aussi bien son aspect subjectif que son aspect objectif. L’aspect subjectif concerne les degrés d’engagement du sujet dans sa croyance, de même que les degrés de certitude de la conscience. L’aspect objectif concerne le degré de réalité s’attachant à l’objet de la croyance,

 

D’une certaine manière, la croyance est la vie en acte. Il faut agir, et pour cela il faut croire, faire confiance.

« On ne peut croire en soi que si on croit en l’homme » écrit Alain. Sartre lui-même, qui critique pourtant avec sévérité l’humanisme classique, revendiquera fermement dans sa conférence L’existentialisme est un humanisme une telle croyance en l’homme,


Conclusion

L’homme ne peut se passe de Croyance, du « Tenir pour vrai ».

C’est sur la Croyance que se construisent le sens et le ciment des sociétés humaines.

 

Mais les croyances du 21eme siècle ne peuvent être celles du passé. L’Humanité a vécu 4 ruptures (Copernic, Darwin, Freud, Physique quantique) qui ont profondément changé sa représentation du monde. Sa Croyance, ses croyances doivent se renouveler.

 

Gustave Lebon , « Les Opinions et les Croyances »

« Les seules vraies révolutions sont celles qui renouvellent les croyances fondamentales d'un peuple. Elles ont toujours été fort rares. Seul, ordinairement, le nom des convictions se transforme. La foi change d'objet, mais ne meurt jamais. 

Elle ne pourrait mourir, car le besoin de croire constitue un élément psychologique aussi irréductible que le plaisir ou la douleur. L'âme humaine a horreur du doute et de l’incertitude. L'homme traverse parfois des phases de scepticisme, mais n'y séjourne jamais. Il a besoin d'être guidé par un credo religieux, politique ou moral qui le domine et lui évite l'effort de penser. Les dogmes détruits sont toujours remplacés. Sur ces nécessités indestructibles, la raison est sans prise.»

Mais afin d’éviter de retomber dans l’esclavage des dogmes et dans l'illusion de l'ésotérisme, ce renouvellement du sens par les croyances ne doit-il pas se faire que sous l’œil critique de la raison, sous la critique de la philosophie ?

 

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