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12/04/2013

Faut-il tout déconstruire ?

Café-philo d'Apt, le 12 avril 2013

 

Que reste-t-il de l'humanisme et des droits de l'homme après les philosophies  de la déconstruction, qui ont proclamé la fin de la métaphysique ?


  1. « Etre et temps » et Heidegger
  2. Qu’est-ce que la déconstruction ? La métaphysique ? L’humanisme ?
  3. L’homme, fruit du hasard et de la nécessité
  4. Peut-on encore penser aujourd’hui l’homme comme une valeur absolue ?
  5. Une tentative de reconstruction d’un humanisme athée

 

 

1. Etre et temps

« Un jour qu'il traversait le fleuve, le «souci » vit de la terre glaise : il en prit, en songeant, un morceau et se mit à le modeler. Tandis qu'il est tout à la pensée de ce qu'il avait créé, survient Jupiter. Le «souci» le prie d'insuffler l'esprit au morceau d’argile façonné: il y consent volontiers. Mais lorsque le « Souci » voulut imposer à la créature son propre nom, Jupiter le lui interdit, exigeant que son nom à lui, lui fût donné. Tandis qu’ils disputaient de ce nom, la Terre surgit à son tour, désirant que l’image reçût son propre nom, puisqu’elle lui avait prêté une parcelle de son corps. Les querelleurs prirent Saturne pour arbitre, qui leur signifia cette décision apparemment équitable : « Toi, Jupiter, qui lui as donné l’esprit, tu dois à sa mort recevoir son esprit; toi, Terre, qui lui as offert le corps, tu dois recevoir son corps. Mais comme c’est le "Souci" qui a le premier formé cet être, alors, tant qu’il vit, que le "Souci" le possède. Comme cependant il y a litige sur son nom, qu’il se nomme homo, puisqu’il est fait d’humus (de terre). »

 

Heidegger, Etre et Temps (1929), § 42 « Confirmation de l’interprétation existentiale du Dasein comme souci, à partir d’une auto-explicitation pré-ontologique du Dasein »

 

A partir de cette fable du poète romain  Hygin, de cette parabole, Heidegger cherche un  « témoignage » ante scientifique et s’oppose à la définition philosophique de l’homme comme « animal rationnel », comme un être composé (animal + raison).

 L’homme est l’animal qu’il n’est plus. L’homme est un être de relation. Un existant et non un vivant.

 L’homme est souci de soi et des autres. Le souci c’est notre capacité à nous préoccuper du monde.

 

  

Pourquoi démarrer avec Heidegger ?

 C’est que le grand projet de Heidegger a été d’abord, jusqu’à « Etre et Temps »(1929), la refondation de la métaphysique. Puis, cette tentative ayant échoué, le renversement, voire l’abandon complet de la métaphysique.

 Mais aussi parce que l’auteur de « Sein un Zeit », ce « chef d’œuvre du 20e siècle », a soutenu le nazisme. Il a voté pour Hitler en 1932, a adhéré au NSDAP en 1933 et a été recteur de l’université de Fribourg-en-Brisgau de 1933 à 1934 (démission).

 Peut-on séparer l’homme du philosophe ? Et quel regard porter sur l’œuvre d’un homme qui a été au mieux un annonciateur puis un suiveur de l’idéologie nazi, au pire un partisan enthousiaste puis honteux de Hitler et de son régime. Qu'y avait-il dans le nazisme de si fort, de si entraînant, pour faire croire, même à un admirateur des Grecs, qu'il y avait de ce côté quelque solution à la crise gravissime qui affectait le monde à ce moment ? 

  « Mais encore, vu la place qu'occupe Heidegger dans l'histoire de la philosophie, et l'importance qui lui a été accordée par certains, son engagement nazi exige qu'on aille voir dans sa philosophie même ce qui permet pareil accord avec celui-ci : quelle philosophie, quelles idées et positions cherche à récuser Heidegger quand il engage sa propre philosophie au service de ce mouvement destructeur et barbare dans lequel il voit la renaissance de la civilisation ? »

 Wikipedia « Heidegger et le nazisme »

  

«Certains voient dans ses propos les traces d'un nationalisme (incontestable) mettant par conséquent en cause, philosophiquement, l'universalisme. Rien cependant dans l'analytique du Dasein de Être et Temps n'existe, qui permettrait de dire que ces existentiaux dégagés par Heidegger ne sont pas universels. Mais si la question se pose à partir du moment de l'engagement en faveur du nazisme et tout ce qui va être formulé sur le « destin historial du peuple », et le « Dasein d'un peuple », là, les discours politiques que Heidegger prononce s'écrivent dans la langue de sa philosophie. Et là est le plus grand reproche qui peut lui être fait : avoir mis sa philosophie, sa pensée, son vocabulaire, au service de ce mouvement sur la voie de la destruction barbare. Il a compromis sa philosophie, avant de se reprendre et se réfugier dans le silence (dont il a fait la théorie). Il a, ce faisant, compromis la philosophie en l'engageant du mauvais côté de l'histoire, incontestablement… /..  Son style, obscur et de plus en plus sophistiqué, lui permet aussi de ne pas se laisser situer aisément, ni politiquement, ni philosophiquement, et ainsi d'en jouer non sans habileté jusqu'à être insaisissable, insituable. »        

 Wikipedia « Heidegger et le nazisme »

 

2. Qu’est-ce que la déconstruction, qu’est-ce que la métaphysique, qu’est-ce que l’humanisme  ?

 Questionnons d’abord la question :  Qu’est-ce que la déconstruction ?  Qu’est-ce que la métaphysique et qu’est-ce que l’humanisme ? Et pourquoi ce questions sont-elles importantes aujourd’hui ?

   

2.1 « La déconstruction est une méthode, voire une école, de la philosophie contemporaine. Cette pratique d'analyse textuelle s'exerce sur de nombreux types d'écrits (philosophie, littérature, journaux), pour révéler les décalages et confusions de sens qu'ils font apparaître par une lecture centrée sur les postulats sous-entendus et les omissions dévoilés par le texte lui-même.

 Ce concept, participant à la fois de la philosophie et de la littérature, a eu un grand écho aux États-Unis, où il est assimilé à la philosophie postmoderne, et plus globalement à l'approche divergente de la philosophie continentale d'Europe. Si le terme « déconstruction » a d'abord été utilisé par Heidegger, c'est l'œuvre de Derrida qui en a systématisé l'usage et théorisé la pratique. »

 Wikipedia « Heidegger et le nazisme »

 

  

2.2  « La métaphysique est une branche de la philosophie et de la théologie qui porte sur la recherche des causes, des premiers principes. Elle a aussi pour objet la connaissance de l'être absolu comme première cause, des causes de l'univers et de la nature de la matière. Elle s'attache aussi à étudier les problèmes de l’origine de l’homme, de la connaissance, de la vérité et de la liberté» 

 Wikipedia, métaphysique

 La métaphysique est le savoir de l'agencement sous-jacent qu'il y a en-deçà des manifestations de la nature et en fait l'unité. L'ontologie est la partie de la métaphysique qui s'occupe de l'être en tant qu'être. La doctrine des Idées de Platon est une métaphysique. L'atomisme de Démocrite est une ontologie (et aussi une métaphysique matérialiste).


La déconstruction semble s'attaquer de manière privilégiée à la métaphysique qui justifie une place éminente de l'homme dans la nature : l'homme seul être qui se définit lui-même doit parachever l’œuvre de Dieu (Pic de la Mirandole) ; l'homme, le seul être raisonnable est la finalité de la nature (Kant). Ce sont des formulation de l'humanisme.

  

2.3. L’humanisme

 L'humanisme classique

 L'humanisme est un mouvement de pensée qui s'est développé en Italie pendant la Renaissance, en réaction au dogmatisme rigide du Moyen Age. Il propose de renouer avec les valeurs, la philosophie, la littérature et l'art de l'Antiquité classique qu'il considère comme le fondement de la connaissance. 


L'humanisme propose de nouvelles valeurs fondées sur la raison et le libre-arbitre.

 Quelques humanistes :

Pétrarque (1304-1374), Boccace (1313-1375), Léonard de Vinci (1452- 1519), Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), Erasme (v. 1466-1536), Guillaume Budé (1467-1540), Thomas More (1478-1535)...


 L'humanisme moderne

 Par extension, dans son sens moderne, l'humanisme désigne tout mouvement de pensée idéaliste et optimiste qui place l'homme au-dessus de tout, qui a pour objectif son épanouissement et qui a confiance dans sa capacité à évoluer de manière positive. L'homme doit se protéger de tout asservissement et de tout ce qui fait obstacle au développement de l'esprit. Il doit se construire indépendamment de toute référence surnaturelle.

Philosophies parfois antagonistes pouvant êtres qualifiées d'humanistes : la philosophie des Lumières, l'existentialisme, le libéralisme, le marxisme...

 L’humanisme débouche sur les « droits de l’homme », considérés comme universaux.

 

 La déconstruction de la métaphysique et ses conséquences

 La déconstruction de la métaphysique, incluant une mise en question radicale de toute pensée du propre de l’homme, des droits, de l’autonomie et de la subjectivité démocratique ne débouche-t-elle pas sur la négation de l’humanisme et des droits de l’homme ?

 Heidegger était sur ce point cohérent sa critique de l’humanisme l’ayant conduit vers le nazisme et non vers la démocratie.

 Dans les années 60, l’intelligentsia universitaire française était dominé par la philosophie de la déconstruction, dans le sillage de Nietzsche et de Heidegger, laquelle dénonçait l’illusion d’un sujet libre, soutenu sur ce point par les courants marxiste et freudo-lacanienne.

 L’humanisme bêlant (Foucault contre Sartre) était considéré soit comme une idéologie petite-bourgeoise, soit comme l’illusion suprême de la métaphysique occidentale.

 

 

 

3. Le hasard et la nécessité

 Avant la théorie de Darwin, la science et la religion n'était pas en opposition : les savants, et notamment les biologistes, admiraient le Créateur dans l'harmonie des lois qui président l'univers ; chaque nouvelle découverte scientifique était présentée comme un preuve de l'existence de Dieu.

La première source de conflit entre les scientifiques et les religieux fut à propos des données géologiques. Celles-ci nécessitaient un âge pour la Terre, de plusieurs millions d'années, qui ne s'accordaient pas avec le récit biblique de la genèse. Quelques années plus tard, la théorie de Darwin allait entraîner une rupture nette entre science et religion ; des disputes emportées et virulentes éclatèrent entre religieux et scientifiques, ces derniers devenant encore plus matérialistes et anti-religieux sous l'effet des attaques de l'Eglise.

 Quels désaccords opposaient les religieux aux partisans de la théorie de Darwin ? Celle-ci, affirmant que toutes les espèces descendent d'un ancêtre commun, était en contradiction avec le récit de la création écrit dans la genèse. Mais ce n'est pas là que portait le principal point de dissension qui allait provoquer le divorce entre science et religion ; on peut, en effet, rester croyant et voir, dans le récit de la genèse, une image qui n'est pas à prendre à la lettre. Si Dieu est tout-puissant, il a tout aussi bien pu créer la vie en 7 jours comme en plusieurs milliards d'années par le biais de l'évolution. Le véritable sujet de discorde portait sur le processus de l'évolution.

 Selon la théorie de Darwin, les modifications précédant la sélection naturelle, sont le fruit d'un processus aléatoire entièrement aveugle. Le hasard, et le hasard seul est à l'origine de l'évolution. Celle-ci ne peut pas avoir de but, et il ne peut pas exister de plan divin. Aucune intelligence surnaturelle n'agit sur le mécanisme de l'évolution, et l'homme ne serait plus l'aboutissement d'une volonté créatrice, mais le résultat d'une immense loterie. « L'homme est le résultat d'un processus naturel et sans but, qui ne l'avait pas prévu. » écrira George Gaylord Simpson, darwiniste convaincu.

 L'évolution darwinienne, exclusivement matérialiste, est inconciliable avec l'idée d'un Créateur qui aurait dirigé l'évolution. La diversité de la vie n'est due qu'à la sélection des formes de vie les mieux adaptées à leur environnement, par suite de modifications accidentelles. Il n'y aurait donc ni créateur, ni révélation. Le prix Nobel Jacques Monod  a écrit dans son livre le hasard et la nécessité : « L'ancienne alliance est rompue ; l'homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'univers dont il a émergé par hasard. »

 La découverte de l'ADN et des gènes au 20e siècle expliqua comment pouvait s'opérer les modifications des caractères, on ne parla plus alors de modifications mais de mutations ; la génétique fut alors intégrée au darwinisme sous le nom de théorie synthétique de l'évolution ou néo-darwinisme.

 Le triomphe du darwinisme, et du matérialisme sous-jacent, fut alors éclatant. Le zoologiste d'Oxford, Richard Dawkins, écrira dans son livre l'horloger aveugle, véritable apologie de l'athéisme : « Darwin nous donne les moyens d'être des athées intellectuellement comblés. »

  

 

4. Peut-on encore penser aujourd’hui l’homme comme une valeur absolue ?

 Luc Ferry dresse dans plusieurs de ses livres un tableau synthétique de l’histoire de la philosophie pour tenter de comprendre où nous en sommes.

 Luc Ferry commence son histoire par les sagesses antiques reposant sur un cosmos ordonné et où le but de chacun est de trouver sa place dans ce cosmos en développant ses vertus naturelles.

Ce programme de sagesse est remis en cause par le christianisme qui offre à chacun un espoir immense à savoir la résurrection des corps. La sagesse antique ne peut lutter contre un tel programme et s’efface.

Le Christianisme va lui-même être remis en cause par le mouvement des sciences en particulier à partir du XVIIème siècle. L’objectif des philosophes est alors de maintenir les valeurs chrétiennes mais en les fondant sur la raison et non plus sur la foi. Kant est le plus grand représentant de ce mouvement. Les lumières viennent parachever ce programme en mettant l’homme au centre du système et le progrès et le bonheur comme objectifs et valeurs suprêmes. Nul besoin de Dieu pour fonder ces valeurs.

Ce mouvement va lui-même s’épuiser avec l’arrivée des philosophes du soupçon : Nietzche, Marx, Freud, Heidegger. Leur objectif est de faire tomber la raison de son socle et aussi toutes les valeurs issues des lumières. C’est le processus de déconstruction très bien décrit par Luc Ferry : les valeurs chrétiennes/bourgeoises sont remises en cause, l’inconscient vient obscurcir le royaume de la raison, le progrès fait place à un « process sans sujet » (l’histoire n’a pas de sens et ne va nulle part), le monde de la technique nous domine loin de l’être.

L’homme n’est plus au centre du monde, il est déterminé de toute part, par sa classe sociale (marxisme), son histoire familiale (freudisme) voir ses déterminants biologiques (neurosciences).

Luc Ferry souhaite offrir une alternative à cette situation en proposant un nouvel humanisme fondé sur des valeurs comme l’amour, la place de la famille, le souci d’autrui.

Pour ma part, j’ai du mal adhérer à cette approche en tout cas d’un point de vue théorique et c’est pourquoi je parle d’antihumanisme théorique.

Si l’homme est la valeur ultime de nos sociétés, alors comment expliquer la violence, le meurtre voir la torture d’un innocent du fait de sa religion. Comment expliquer que la politique ne soit fondée que sur les seuls rapports de force et que l’homme puisse être souvent sacrifié face à la nécessaire adaptation à la mondialisation par exemple ?

 

5. Tentative de reconstruire un humanisme athée

  En octobre 1945, Sartre tient une conférence , « l’existentialisme est un humanisme », sorte de condensé des thèses présentées dans L'Etre et le néant, pour répondre aux critiques que l'on adressait à la philosophie existentialiste. Les uns disaient  qu'elle plongeait les hommes dans le désespoir car elle enlevait tout sens au monde et à l'existence individuelle. Les autres disaient qu'en niant Dieu et les valeurs supérieures, elle conduisait à l'immoralité et à l'anarchie.

 Sartre lui, montre qu'il n'en est rien. L'existentialisme met avant tout l'accent sur la liberté humaine. Il ne dit pas que la vie n'a pas de sens, mais que l'individu seul peut lui en donner un. Ainsi, l'homme n'est plus soumis à des normes qui viennent de l'extérieur. Il peut s'inventer librement, en laissant les choix que la vie lui propose à chaque instant.

 

 [L'existence précède l'essence] [L'existentialisme athée]

 Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir.

 

[L'homme est ce qu'il se fait] [L'homme est pleinement responsable]

 L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait.

 Et, quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes.

  

[L'angoisse] L'existentialiste déclare volontiers que l'homme est angoisse. Cela signifie ceci: l'homme qui s'engage et qui se rend compte qu'il est non seulement celui qu'il choisit d'être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soi l'humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité.

 Tout se passe comme si, pour tout homme, toute l'humanité avait les yeux fixés sur ce qu'il fait et se réglait sur ce qu'il fait.

 

  [La morale laïque] L'existentialiste est très opposé à un certain type de morale laïque qui voudrait supprimer Dieu avec le moins de frais possible. Dieu est une hypothèse inutile et coûteuse, nous la supprimons, mais il est nécessaire cependant, pour qu'il y ait une morale, une société, un monde policé, que certaines valeurs soient prises au sérieux et considérées comme existant a priori;

 L'existentialiste, au contraire, pense qu'il est très gênant que Dieu n'existe pas, car avec lui disparaît toute possibilité de trouver des valeurs dans un ciel intelligible; il ne peut plus y avoir de bien a priori, puisqu'il n'y a pas de conscience infinie et parfaite pour le penser; il n'est écrit nulle part que le bien existe, qu'il faut être honnête, qu'il ne faut pas mentir, puisque précisément nous sommes sur un plan où il y a seulement des hommes.

 Dostoïevsky avait écrit: «Si Dieu n'existait pas, tout serait permis.»

 

 [L'homme est liberté] Si, en effet, l'existence précède l'essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée; autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté.

 Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait.

 

[L'homme invente l'homme] Il pense donc que l'homme, sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l'homme.

  

 [Il n'y a pas de morale générale] Aucune morale générale ne peut vous indiquer ce qu'il y a à faire; il n'y a pas de signe dans le monde. Les catholiques répondront: mais il y a des signes. Admettons-le; c'est moi-même en tout cas qui choisis le sens qu'ils ont.

 

  [L'homme est ce qu'il fait] [L'homme n'est rien d'autre que sa vie]

 Or, en réalité, pour l'existentialiste, il n'y a pas d'amour autre que celui qui se construit, il n'y a pas de possibilité d'amour autre que celle qui se manifeste dans un amour; il n'y a pas de génie autre que celui qui s'exprime dans des œuvres d'art: le génie de Proust c'est la totalité des œuvres de Proust.

  Un homme s'engage dans sa vie, dessine sa figure, et en dehors de cette figure il n'y a rien.

  

[La condition humaine] En outre, s'il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition.

 

[Universalité de l'homme] En ce sens nous pouvons dire qu'il y a une universalité de l'homme; mais elle n'est pas donnée, elle est perpétuellement construite. Je construis l'universel en me choisissant; je le construis en comprenant le projet de tout autre homme, de quelque époque qu'il soit. Cet absolu du choix ne supprime pas la relativité de chaque époque. 

  

 [L'homme choisit sa morale] L'homme se fait; il n'est pas tout fait d'abord, il se fait en choisissant sa morale, et la pression de circonstances est telle qu'il ne peut pas ne pas en choisir une. 

 [Le choix n'est pas gratuit] Nous ne définissons l'homme que par rapport à un engagement. 

  

[Les valeurs] Avant que vous ne viviez, la vie, elle, n'est rien, mais c'est à vous de lui donner un sens, et la valeur n'est pas autre chose que ce sens que vous choisissez. Par là vous voyez qu'il y a possibilité de créer une communauté humaine.

 

[L'humanisme classique] Cet humanisme est absurde, car seul le chien ou le cheval pourraient porter un jugement d'ensemble sur l'homme et déclarer que l'homme est épatant, ce qu'ils n'ont garde de faire, à ma connaissance tout au moins. Mais on ne peut admettre qu'un homme puisse porter un jugement sur l'homme. L'existentialisme le dispense de tout jugement de ce genre: l'existentialiste ne prendra jamais l'homme comme fin, car il est toujours à faire. Et nous ne devons pas croire qu'il y a une humanité à laquelle nous puissions rendre un culte, à la manière d'Auguste Comte. Le culte de l'humanité aboutit à l'humanisme fermé sur soi de Comte, et, il faut le dire, au fascisme. C'est un humanisme dont nous ne voulons pas.

 

[L'humanisme existentialiste] Mais il y a un autre sens de l'humanisme,  qui signifie au fond ceci: l'homme est constamment hors de lui-même, c'est en se projetant et en se perdant hors de lui qu'il fait exister l'homme et, d'autre part, c'est en poursuivant des buts transcendants qu'il peut exister; l'homme étant ce dépassement et ne saisissant les objets que par rapport à ce dépassement, est au cœur, au centre de ce dépassement. Il n'y a pas d'autre univers qu'un univers humain, l'univers de la subjectivité humaine. 

 [La transcendance] Cette liaison de la transcendance, comme constitutive de l'homme - non pas au sens où Dieu est transcendant, mais au sens de dépassement -, et de la subjectivité, au sens où l'homme n'est pas enfermé en lui-même mais présent toujours dans un univers humain, c'est ce que nous appelons l'humanisme existentialiste. 

 

[Conclusions] L'existentialisme n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt: même si Dieu existait, ça ne changerait rien; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyions que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action, et c'est seulement par mauvaise foi que, confondant leur propre désespoir avec le nôtre, les chrétiens peuvent nous appeler désespérés.

 

06/04/2013

L'atelier Corduant, conception, création, sculpture

Voici un lieu intéressant à visiter : un lieu virtuel, certes, puisque c'est un site Web, mais un lieu fort intéressant, où l'on peut faire des rencontres singulières entre sculpture classique et sculpture animalière, entre décors de théâtre et décors de cinéma.

Où l'on peut aussi mieux comprendre comment les formes surgissent de la matière, quelles sont les savoir-faire pour modeler, mouler, sculpter des objets de toutes dimensions.

Quelles sont aussi les matières, de la terre au bronze en passant par le staff, le plâtre, mais aussi le polystyrène et la résine.

De ma rencontre avec Benoît Corduant est né ce site web que je vous invite à parcourir et à faire visiter :

http://ateliercorduant.fr/

 

Et si le coeur vous en dit, pourquoi ne pas commander un lion monumental, un dinosaure, ou bien votre buste ou bien encore un chapiteau ionique ou un coussin d'armoirie ?