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27/11/2014

Le Royaume d'Emmanuel Carrère

Pourquoi ce livre ?

« À un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C’est passé. » 

 « Je suis devenu celui que j’avais si peur de devenir. Un sceptique. Un agnostique – même pas assez croyant pour être athée. Un homme qui pense que le contraire de la vérité n’est pas le mensonge mais la certitude. Et le pire, du point de vue de celui que j’ai été, c’est que je m’en porte plutôt bien.

Affaire classée, alors ? Il faut qu’elle ne le soit pas tout à fait pour que, quinze ans après avoir rangé dans un carton mes cahiers de commentaire évangélique, le désir me soit venu de rôder à nouveau autour de ce point central et mystérieux de notre histoire à tous, de mon histoire à moi. De revenir aux textes, c’est-à-dire au Nouveau Testament.

 Ce chemin que j’ai suivi autrefois en croyant, vais-je le suivre aujourd’hui en romancier ? En historien ? Je ne sais pas encore, je ne veux pas trancher, je ne pense pas que la casquette ait tellement d’importance.

Disons en enquêteur. »

  « Non, je ne crois pas que Jésus soit ressuscité. Je ne crois pas qu'un homme soit revenu d'entre les morts. Seulement, qu'on puisse le croire, et de l'avoir cru moi-même, cela m'intrigue, cela me fascine, cela me trouble, cela me bouleverse [...]. J'écris ce livre pour ne pas me figurer que j'en sais plus long, ne le croyant plus, que ceux qui le croient et que moi-même quand je le croyais. J'écris ce livre pour ne pas abonder dans mon sens. »

E. Carrère

 

Le livre de Carrère

Raconter la naissance de l'Eglise à travers l'histoire des premières communautés chrétiennes, au lendemain de la mort de Jésus, et spécialement les destins de l'apôtre Paul et de l'évangéliste Luc ; tenter de saisir de quelle nouveauté inouïe était porteur le message chrétien pour l'homme d'il y a deux mille ans, et de comprendre l'extraordinaire écho qu'a rencontré ce message. Tout cela enchâssé dans une réflexion personnelle, Carrère l'agnostique, aujourd'hui plutôt versé dans le yoga et la méditation, ayant traversé il y a vingt-cinq ans une crise mystique qui lui est aujourd'hui très énigmatique, voire contrariante — « que des gens normaux, intelligents, puissent croire à un truc aussi insensé que la religion chrétienne, un truc exactement du même genre que la mythologie grecque ou les contes de fées », voilà qui le sidère d'autant plus qu'il fut, durant quelques années, un de ces crédules prêts à avaler cette sombre histoire d'un Dieu sacrifiant son fils pour mieux lui permettre de ressusciter...

 

Trois personnages, trois grandes questions

3 personnages :

Carrère le croyant, Carrère l’agnostique et Le nouveau Testament (vu à travers Paul et Luc)

 3 questions :

- la question des sources: quel est exactement le message originel du Nouveau Testament, comment s'est-il constitué ?

- comment expliquer l'extraordinaire écho qu'a rencontré  ce message ? Comment une petite secte de Palestine, une région perdue de l'empire romain, est-elle devenue la principale église de l'empire, à l'origine des principales religions du monde occidental ?

- Que signifie "Le Royaume" aujourd'hui ? Que reste-t-il du message originel ?

Quelques repères chronologiques

Événement

Année avant J-C

Année AM

La création du monde

4004

1

Le déluge global

2348

1657

L'appel d'Abraham

1921

2083

L'exode d'Égypte

1491

2513

 

 - 1000

 - 587

 -530 à -515

 -63

 -19

 Entre –6 et –4

Construction du 1er temple (Salomon)

 Destruction du temple

 Construction du 2e temple

 Occupation romaine

 Construction du temple d’Hérode 1er

 Naissance de Jésus de Nazareth

–4

Mort du roi Hérode le Grand

Vers 27-30

Prédication de Jésus en Judée et en Galilée

30 ou 33

Mort de Jésus

Vers 35-36

Martyre d’Etienne, persécution contre les hellénistes

Vers 37

Conversion de Paul

Vers 49-50

Premier concile de Jérusalem. La circoncision n’est plus obligatoire pour les païens convertis

58

Arrestation de Paul

62

Martyre de Jacques le juste, frère du Seigneur et chef de l’Eglise de Jérusalem

64

Persécution de Néron contre les chrétiens

Entre 64 et 68

Mort de Pierre et de Paul à Rome

66-70

Insurrection juive contre l’occupant romain

70

Chute de Jérusalem, destruction du Temple par Titus

70-80

Rédaction finale des Evangiles selon Marc et selon Matthieu

90-100

Rédaction finale des Evangiles selon Luc et selon Jean

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1. Les Sources

Les évangiles canoniques : déclarés au 2eme siècle  « selon Matthieu, Marc, Luc et Jean »

Ecrits entre 65 et 110.

Synoptiques : les 3 premiers similitudes et relations.

Source Q : serait à l’origine d’éléments communs entre Mt et Lc

Langue : probablement écrits en grec à partir de sources dont certaines en araméen ?

l’Évangile de Marc a été terminé à Rome;

 l’Évangile de Luc a été écrit à Achaïe en Grèce;

l’Évangile de Matthieu aurait été écrit à Antioche de Syrie;

l’Évangile de Jean aurait été écrit à Éphèse

 L'évangile selon  Marc : disciple évangéliste des apôtres Pierre et Paul. Son évangile est le premier, le + court, centré sur la biographie du christ, probablement le plus ancien.

 L'évangile selon  Matthieu : l’un des douze apôtres, ancien publicain. Attribution douteuse, hypothèses d’écriture non par le dénommé Matthieu mais par un disciple de Pierre. (Tu es Pierre »)

Débute par le « sermon sur la montagne » et les béatitudes. « Sermon dans la Plaine » chez Luc.

 L'évangile selon Luc  pour auteur Luc (médecin ), disciple de Paul.  Il raconte en historien la vie du Christ, Il a composé également les Actes des Apôtres, qui sont la suite de son évangile et narrent les débuts de l'Église chrétienne. Les deux ouvrages furent rédigés probablement dans les années 60, avant la destruction du Temple (en 70), et avant le martyre des apôtres Pierre et Paul (en 64 ou 67).

 Evangile selon St Jean, attribué traditionnellement à l'un des disciples deJésus, l'apôtre Jean, fils de Zébédée. Cette aujourd'hui rejetée par la plupart des historiens, qui l'attribuent à une communauté johannique au sein de laquelle il aurait été composé à la fin du ier siècle ;

l'évangile selon Jean est un des plus importants en matière de christologie, car il énonce la divinité de Jésus en faisant explicitement de Jésus le logos incarné.

«  Au commencement était le verbe, le verbe était en Dieu et le verbe était dieu »

 

Autres sources : autres évangiles et épîtres, Flavius Josèphe, Suétone, Tacite,  leTalmud.

 Carrère  a travaillé sur 3 évangiles :

 - Marc : projet de traduction

- Luc à qui Carrère s’identifie par son approche d’historien

- Jean du fait de sa période mystique.

 

4 sens dans les évangiles selon l’église :

1. le sens littéral, relatif à la réalité et à la signification historique des événements décrits, qui relève les éléments historiques contenus dans le texte ;

 2. le sens allégorique ou spirituel, relatif à la signification religieuse, qui énonce ce que le texte apporte à la foi, au dogme ;

 3. le sens moral, relatif à la relation entre le texte et le croyant ;

 4. le sens  mystique, relatif à la symbolique des faits rapportés dans les Écritures, qui leur donne une dimension prophétique.

 

2. L’émergence du christianisme à partir du judaïsme

 Naissance lente et douloureuse . Le christianisme a mis longtemps à se dégager du judaïsme. Les premiers chrétiens vont prier au Temple, prêchent dans les synagogues et tentent de convertir des juifs.

 A l’époque de Jésus, le judaïsme apparaît très diversifié et plusieurs groupes – comme les sadducéens, les pharisiens, les esséniens et plus tard les zélotes – dialoguent entre eux, se méprisent ou s’ignorent, voire se combattent

- Les Sadducéens,  membres de la classe sacerdotale liés au Grand Prêtre et gardiens de la théologie

- les Pharisiens sont en fait responsables de la structuration du judaïsme tel qu’on l’a connu pendant des siècles. Ils donneront le rôle essentiel d’enseignants et de commentateurs de la Torah aux Rabbins et qui développèrent les Synagogues comme lieu privilégié d’enseignement de cette Torah.

- Les Esséniens se développèrent une centaine d’années avant l’ère chrétienne. Des hommes et des femmes se regroupèrent pour vivre en communauté un idéal de vie religieuse dans le silence, la prière, la pauvreté, l’obéissance et la pureté.

 Occupant la Palestine depuis -63, les romains laissent généralement les juifs s’administrer eux-mêmes mais sont polythéistes et pour les juifs, l’entrée d’idoles sur le territoire sacré (la Terre sainte) est certainement inadmissible. De plus, écrasés par les impôts qu’ils arrivent difficilement à payer, les juifs vont se révolter. A côté du pharisaïsme et souvent avec lui se développe un "parti" prônant la lutte armée, les Zélotes, et la résistance s’organise lentement

 Contrairement aux apôtres, aux judéo-chrétiens, les hellénistes-chrétiens, des juifs de langue grecque venus de la diaspora, ont une conception offensive de l’évangélisation, et s’attaquent à l’autorité du Temple. Mal leur en prend: Etienne, un de leurs chefs, est lynché, sans doute avant l’an 35. Chassés de Jérusalem, les hellénistes se dispersent.

 Mais ils ne resteront pas inactifs: ils fonderont des communautés à Antioche, à Chypre, en Phénicie, à Damas. Ils seront les premiers à annoncer la bonne nouvelle aux païens. Après sa conversion, Paul va devenir leur porte-parole.

 Paul de Tarse élargit la prédication aux païens, et amorce ainsi une séparation définitive, entre christianisme et judaïsme, mais qui ne sera effective qu’au IIe siècle.

 En +66 éclate la première guerre entre juifs et romains. En 70, Jérusalem tombe et le Temple est détruit. En 73, Massada, la dernière forteresse, tombe aux mains de l’ennemi. Beaucoup de juifs seront alors dispersés à travers le monde, plusieurs resteront aux alentours, mais plus aucun n’a désormais de pays.

 

Frédéric Lenoir : « Comment Jésus est devenu Dieu »

 « La question de l’identité de Jésus est le fil rouge qui permet de comprendre le développement du christianisme au cours des premiers siècles de son histoire. C’est l’histoire stupéfiante d’un petit groupe de croyants convaincus qui, en l’espace de quelques décennies, passe du statut de secte réprimée et méprisée par la majorité des élites intellectuelles, à celui de principale religion de l’empire, absorbant et reformulant tout l’héritage intellectuel de l’Antiquité pour donner naissance à une nouvelle civilisation fondée sur la foi en Jésus.

 Cette histoire se joue en trois actes :

 Acte 1 : Ier siècle. Vie et mort de Jésus, naissance de l’Église primitive composée tout d’abord uniquement de juifs, puis de convertis venus du paganisme. Jésus apparaît comme un homme à part, envoyé par le Dieu unique pour sauver l’humanité.

 

Acte 2 : IIe et IIIe siècles. Le temple de Jérusalem est détruit, et la rupture entre juifs et chrétiens est consommée ; le christianisme se développe dans tout l’empire et les théologiens s’interrogent sur l’identité profonde de Jésus : est-il homme ou Dieu ? Les chrétiens sont méprisés et font l’objet de persécutions.

 

Acte 3 : IVe siècle et première moitié du Ve siècle. Le christianisme devient la religion officielle de l’empire et tente, sous la pression des empereurs, de trouver son unité doctrinale. Plusieurs grands conciles œcuméniques élaborent une orthodoxie et condamnent les hérésies.

Entre le premier concile, qui réunit les apôtres à Jérusalem autour de l’an 50 pour débattre du rapport de la foi chrétienne à la Loi juive, et le concile de Chalcédoine, en 451, qui apporte la formule dogmatique trinitaire définitive, quatre siècles s’écoulent. Quatre siècles d’intenses débats, de querelles d’interprétation, mais aussi de mise à l’épreuve et de maturation de la foi. Quatre siècles qui ont forgé le christianisme et lui ont donné tous les visages – humble, charitable, persécuté, mais aussi intolérant et persécuteur – que l’on retrouvera par la suite dans toute sa longue histoire. Quatre siècles qui, compte tenu du destin ultérieur de la civilisation chrétienne occidentale, ont changé la face du monde. »

 

3. Le Royaume aujourd’hui

 Extraits de Répliques du où Alain Fickelkraut recevait Emmanuel Carrère :

 AF cite EC : « Toute la doctrine de Paul, si on peut appeler doctrine quelque chose d’aussi intensément vécu, repose là-dessus : la résurrection est impossible, or un homme est ressuscité. En un point précis de l’espace et du temps s’est produit cet événement impossible, qui coupe l’histoire du monde en deux : avant, après, et coupe aussi en deux l’humanité : ceux qui ne le croient pas, ceux qui le croient, et pour ceux qui le croient, qui ont reçu la grâce incroyable de croire cette chose incroyable, rien de ce qu’ils croyaient auparavant n’a plus de sens. »

Et  d’ajouter : « Une majorité de gens n’a pas reçu cette grâce ; ils ne croient ni à la résurrection , ni à la vie éternelle. Rien pour eux ne peut retirer le dard venimeux de la mort. Ce ne sont pas des athées triomphants. « Là où il y avait Dieu, il y a maintenant de la mélancolie » ». (gerchom cholem)

 Et d’ajouter la citation d’Alfred Loisy

(abbé début 20e, excommunié pour son approche historienne de, Prof au Collège de France)

« Jésus annonçait le Royaume, et c'est l'Église qui est venue. »

 

Le christianisme a-t-il su transmettre le message du Royaume ?

Est-ce que le cœur du christianisme est la résurrection ? Et qu’est-ce que la résurrection ?  (Faut-il l’entendre de façon littérale).

 Pour Carrère la résurrection et l’au-delà ne sont pas le coeur du Royaume.

 Qu’est donc que le Royaume ? (Le Royaume des cieux ,Le Royaume de dieu, ou plus simplement Le Royaume )

L’au-delà ? La vie après la mort ? La vie éternelle ?

Dimension sous-jacente de la réalité ? Le plan de dieu

Pour Carrère c’est la réalité de la réalité (école de Palo Alto).

« Le règne de Dieu est justice, paix, joie dans l’Esprit Saint » et devrait pouvoir s’établir sur Terre.

 Mais le Royaume c’est aussi : Folie pour les païens, scandale pour les juifs.

Judaïsme naissant : Monde messianique, où sont les accomplissements ?

 Pour Carrère, l’essentiel du message n’est-il pas le Sermon sur la montagne de Matthieu, le sermon dans la plaine de Luc ?

 « Vous me demandez : mais ce royaume, il viendra quand ? On ne peut pas le saisir, on ne peut pas dire : le voici ! Le voilà ! Il est parmi vous. Il est en vous. Pour y entrer, il faut passer par la porte étroite.

Les derniers seront les premiers, les premiers seront les derniers. Celui qui s’élève sera abaissé, celui qui s’abaisse sera élevé. »

 

Jésus subversif et révolutionnaire

« Aucun homme n’a jamais parlé comme cet homme ».

Au jeune homme riche, il dit : « Observe les commandements » puis « Si tu veux rentrer dans le Royaume, vends tes biens et distribue les aux pauvres »

 

Mais cela ne mène-t-il pas à l’extrémisme moral ?

Citation de  (G. K. Chesterton) Cité par AF et par E. Zemmour !

« Le monde moderne n’est pas méchant ; sous certains aspects, le monde moderne est beaucoup trop bon. Il est plein de vertus désordonnées et décrépites. Quand un certain ordre religieux est ébranlé (comme le fut le christianisme à la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices que l’ont met en liberté. Les vices, une fois lâchés, errent à l’aventure et ravagent le monde. Mais les vertus,
elles aussi, brisent leur chaînes, et le vagabondage des vertus n’est pas moins forcené et les ruines qu’elles causent sont plus terribles.
 Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles.»

 Carrère répond : Les valeurs chrétiennes sont folles depuis le début. Ce sont des valeurs inapplicables en société, elles ne peuvent être appliquées que par exception (sœur Emmanuelle, …)

 

Du côté de la faiblesse

Max Weber

Morale de conviction = Sermon sur la montagne

Morale de responsabilité se pose la question des conséquences Egalitarisme àsociété beaucoup plus dure, société de confrontation

 Nietzsche

« Le christianisme, au contraire, en posant l'égalité absolue entre les hommes, interdit tout désir de distinction, et, partant, abaisse l'homme et empêche le processus de sublimation des pulsions condamnées par la morale : il tend alors à maintenir l'homme dans la barbarie. Le christianisme, en se fondant sur la pitié, met en valeur un sentiment qui entretient la misère humaine et rend l'existence humaine plus malheureuse que ce qu'elle pourrait être »

 

De l’autre côté des idées folles, nous avons le capitaliste occidental triomphant, qui a pris en otage le « Royaume » pour assurer la bonne conscience d’une société de prospérité égoïste et dominante.

« In god we trust » est  inscrit sur le dollar. Une société qui a intégré à la lettre la morale de la parabole des talents.

 Parabole des talents,  Mat 25 : 14-30 : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

 

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 Annexe

Les paraboles dans la controverses entre les judéo-chrétiens et les pagano-chrétiens

« Et, apparemment, les paraboles de Jésus telles qu’elles sont rédigées dans nos Evangiles, semblent voler au secours des options de Paul et préconiser l’accueil sans condition des pagano chrétiens dans l’Eglise, même si cela scandalise Pierre et les judéo-chrétiens.

Prenons l’exemple de la parabole du fils prodigue de Luc 15. Le fils prodigue représente les pagano chrétiens : il a vécu fort longtemps loin de la maison du père (c’est-à-dire loin de la terre d’Israël et du Dieu d’Israël et de Jésus-Christ) dans un pays païen puisqu’on y élève des cochons, et il a fréquenté des prostituées (image de l’idolâtrie païenne). Et c’est sur le tard qu’il rejoint la maison du Père, c’est-à-dire l’Eglise du Dieu d’Israël et de Jésus-Christ. En revanche, le fils aîné, lui, représente les chrétiens d’origine juive qui, depuis leur naissance, sont restés fidèles à la maison du Père. Et la parabole montre que les pagano chrétiens, tout comme le fils prodigue, doivent être accueillis dans l’Eglise et participer à la fête du veau gras (image peut-être du repas eucharistique) même si les judéo-chrétiens, tout comme le fils aîné, s’en offusquent et menacent de refuser de communier à la même table.

De même, dans la parabole des ouvriers de la onzième heure (Mat. 20, 1-16), les ouvriers de la onzième heure représentent les pagano chrétiens qui se sont ralliés sur le tard à la « vigne » du Dieu d’Israël et de Jésus-Christ. Les ouvriers de la première heure, eux, représentent les judéo chrétiens dont les ancêtres étaient depuis la « première heure » au service de Dieu. Et le parabole montre que les nouveaux venus (les chrétiens d’origine païenne) reçoivent la même grâce (le même salaire) que les chrétiens d’origine juive.

Et la parabole de l’intendant malhonnête, ou plutôt habile (Luc 16,1-8) ? Elle paraît tout à fait scandaleuse sauf si on la lit comme une justification de la position de Paul. L’intendant représente l’Eglise de Paul et les métayers les païens qui souhaitent se convertir au Christ. L’intendant diminue la dette des métayers, c’est-à-dire les exigences auxquelles ils devraient être soumis, tout comme Paul atténue les exigences de la loi juive vis-à-vis des païens convertis, puisqu’ils n’ont ni à se faire circoncire, ni à respecter le sabbat, ni à manger kascher. Et le maître (qui représente Dieu) loue l’intendant, justifiant ainsi la position du courant de Paul.

Un message hostile au Judaïsme ?

Dans la parabole des vignerons révoltés (Mat. 21, 33-46), ces vignerons représentent les juifs qui mettent à mort le fils du maître (autrement dit les juifs ayant crucifié le Christ). Du coup le maître donne la vigne en fermage à d’autres vignerons, c’est-à-dire à des non-juifs. 
Conclusion : dans l’Eglise, les païens convertis doivent prendre le relais des juifs et de la mission du peuple juif.

Et la parabole du Grand Banquet (Mat. 22 1-14) ? Le roi appelle à son banquet d’abord les juifs, et ceux-ci se récusent ; le roi envoie alors ses serviteurs pour aller chercher « tous ceux qu’ils trouveront, méchants et bons ». Dans le contexte des années 60 à 90, ces serviteurs représentent Paul et ses disciples qui parcourent le monde gréco-romain pour appeler les païens au banquet de la bonne nouvelle du Christ. Ces paÏens sont ainsi appelés à remplacer les juifs qui ont refusé d’y participer.

Et la parabole des talents (Mat. 25, 14-30 ; Luc 19,12-27) ? Dans le contexte des années 60 à 90, les deux premiers serviteurs représentent les missionnaires du courant de Paul. Ils mettent les talents qu’ils ont reçus (le trésor de la Parole de Dieu) dans le commerce du monde païen et, du coup, ils rapportent de nouveau talents en gagnant à l’Evangile de nombreux convertis d’origine païenne. En revanche, le troisième serviteur représente le judaïsme et sans doute aussi le courant de Pierre qui refuse, de faire fructifier le talent qu’ils ont reçu en terre païenne. Et le Maître de la vigne conclut« retirez son talent à ce troisième serviteur et donnez le à celui qui a dix talents », autrement dit, retirez leur mission aux juifs et au courant de Pierre au profit du courant missionnaire de Paul. »

 

Alain Houziaux

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