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06/05/2010

Animaux domestiques, animaux dénaturés?

Garçonnet tué par son chien :
la mère dressait l'animal dans un club canin

AFP | 06.05.10 | 00h35

"La mère dont l'enfant d'un an et demi a été attaqué mortellement par son berger malinois, mardi dans l'appartement familial à Lucé (Eure-et-Loir), est membre d'un club d'éducation canine, a indiqué la direction du club, dans un entretien à paraître jeudi dans l'Echo républicain.


La jeune femme entraînait son chien, notamment au mordant, dans ce club du Loir-et-Cher, selon la même source. "La mère venait régulièrement au club avec son chien de onze mois qui était très sociable. Je suis très surpris de cet accident. Le chien était en phase d'apprentissage", a expliqué Pascal Connan, le président du club.


L'entraînement au mordant consiste à apprendre à un chien à attaquer une cible au commandement de son maître, et à lâcher cette même cible dès que le maître l'ordonne, selon un dresseur parisien, qui affirme que cette technique est assez controversée dans le milieu canin. Certains éleveurs estiment que cette méthode rend docile les chiens, tandis que d'autres affirment que cela les rend agressifs.


Le garçonnet, couvert de morsures, a succombé aux graves blessures infligées par le chien, en dépit de l'intervention rapide des pompiers et du Samu. Le drame s'est déroulé mardi entre 08H30 et 9H00 dans l'appartement familial, alors que la maman était partie accompagner son fils aîné à l'école, à quelques pas de là. Le petit garçon était alors seul avec son jeune frère, un bébé de quatre mois, qui n'a pas été blessé par le chien.


Il s'agit 5e décès survenu à la suite de morsures de chiens depuis juin 2008, date de la loi instituant le permis "de détention" des chiens dangereux.


En juin 2008 en Alsace, un homme de 77 ans avait été tué par son chien de chasse. Cinq mois plus tard, une quinquagénaire était mortellement blessée par deux chiens errants près de Montpellier.


En mars 2009, une fillette de six ans a été tuée par les deux dogues allemands de la famille dans la Marne. En juin, une éleveuse de bull terrier de 44 ans a été tuée par l'une de ses chiennes qui venait d'avoir des chiots."



Pourquoi posséder des animaux domestiques ?

Cela me rappelle la polémique ouverte en septembre 2005 dans « La décroissance, le journal de la joie de vivre[1] » N° 28 au sujet de la possession des chiens par les Français.

(Pour agrandir les images, appuyer sur la touche Ctr et tourner la molette de votre souris)




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Transcription du billet :

 

"La saloperie que nous n'achèterons pas ce mois-ci : Le chien"

"II fut un temps où pour trouver sa place dans la société humaine, le chien devait être utile. Les chiens gardaient les troupeaux en France ou tiraient les traîneaux chez Les Esquimaux. Aujourd'hui, il est devenu un des objets de la panoplie de la société de consommation.

Il ya environ 9 mi­llions de chiens en France, qui passent la moitié de leur vie à lécher toutes les merdes qu'ils trouvent et l'autre moitié à lécher le visage de leur maître.

En France, le marché des animaux de com­pagnie représente 4.4 milliards d'eu­ros[1], soit le double du Produit national brut du Niger, pays de 11 millions d'ha­bitants en proie à une grave famine.

D'un côté, on nourrit une affection déplacée et maladive pour les animaux domestiques, de l'autre, la souffrance des animaux livrés au système indus­triel pour nous alimenter nous laisse indifférents.

Le chien sert pour étan­cher notre soif de domination : le « debout-assis-couché, Médor» adressé au par le maître, venge les humiliations quotidiennes subies par le sous-chef du chef, quand le sous-chef n'a personne d'autre (sa femme, ses enfants ou un sous-sous-chef à humi­lier.

Pourquoi les humains tiennent-ils à ce point à détenir prisonnier des ani­maux?

On n'est jamais plus mal accueilli que dans une maison ou un appartement dotés d'un chien. Dring ! ouah ! ouah ! ouah ! C’est l'assurance, dans le meilleur des l'as, d'un grand coup de langue (voir plus haut), au pire, d’être mordu jusqu'à l'os. On enregistre chaque année en France plus de 600 000 morsures de chiens : l’âge moyen des victimes est de 5 ans[2].

Car le chien sert aussi à protéger toutes les saIoperies de la société de consomma­tion (téléviseur, lecteur de DVD, auto­mobile...) qu'on a accumulées chez soi. Mais les cambrioleurs, pas bêtes, n'emportent jamais le chien.

Le 4 x 4 du chien, c'est le pit-bull : le rêve de tous ceux qui ne peuvent plus se sentir exister que grâce à la terreur qu'ils lisent dans le regard du piéton croisé.

En France, les chiens « errants» font 300 000 victimes  parmi les animaux[3].

Deux choses dégoûtent les étrangers quand ils viennent en France : premièrement les  panneaux publicitaires qui défigurent nos paysages, deuxième­ment les crottes de chiens sur les trottoirs, dans les parcs et les bacs à sable pour enfants. « C’est vraiment immonde ! ». C’est vrai, mais nos politiques ont démissionné et ne  veulent plus remplir leur fonction, celle de poser des limites, par  clientélisme face à l’électorat des possesseurs de toutous.

Je suis allé – en train -  dans la ville de Fès, au Maroc, et me suis promené dans la Medina. Il n'y a là-bas ni alcool ni automobile ni chiens. Un début de civilisation ?"

Raoul Anvélaut

 



[1] Syndicat professionnel des fabricants et distributeurs de produits et animaux familiers, chiffre 1998

[2] - En France, 15 enfants sont tués chaque année par des chiens, et 15 jeunes garçons sont émasculés. Une fois sur deux, l'enfant est mordu au visage ou au cou. Une morsure sur cinq nécessite une intervention chirurgicale et est à l’origine de séquelles inesthétiques et parfois invalidantes. Dans 70 % des cas, l’animal vit au domicile de l’enfant ou dans son entourage proche. Seules 10 % des morsures sont le fait de chiens errants.

Source : Institut de préventions des accidents domestiques


[3] Programme Life-Loup, Commission de Bruxelles et ministère de l’Ecologie


Ce billet assez provocateur avait d’ailleurs suscité des réactions très vives des lecteurs de ce journal dont de larges extraits avaient été publiés dans le n° suivant. Par exemple :


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Cependant, au-delà de son aspect polémique ce billet avait l’intérêt de rappeler un certain nombre de vérités aux sujets du rapport entre l'homme et l'animal domestique :

- ambiguïté de la relation maître – animal domestique (possession ou dépendance ?)

- dangerosité de certains animaux domestiques

- budget effarant dépensé par des foyers parfois modestes[2] et qui pose question quand on en fait le bilan national (4,5 milliards d’euros en moyenne par an, dont 1,5 pour le coût d’achat).

- nuisances liées (les fameuses crottes de chien mais aussi de chats, les aboiements, les miaulements nocturnes, les allergies et autres problèmes sanitaires)

- et bien sûr le problème des mauvais traitements, abandons saisonniers et trafics de tout genre

Alors, pourquoi possède-t-on un animal domestique ?

Parmi les arguments cités, les principaux sont :

- L’animal tient lieu de compagnie, notamment pour lutter contre la solitude. L`animal remplace le contact humain normal, dans nos sociétés individualistes et anonymes.

- l`animal est joli, amusant et intéressant,

- l’animal est symbole de prestige,

- l’animal est un passe-temps

Combien d’animaux domestiques en France ?

En 2008, la FACCO a réalisé avec TNS Sofres sa 14ème étude sur la place des animaux de compagnie en France. Les résultats de cette étude, effectuée tous les deux ans, permettent d’actualiser les données sur la population d’animaux familiers et sur leurs possesseurs.

L’enquête a été menée sur le terrain en octobre/novembre 2008 à l’aide d’un questionnaire adressé à 14.000 foyers français, issus de la base de sondage TNS Postal Access Panel, représentatifs en terme de taille du foyer, âge, catégorie socio-professionnelle, taille d’agglomération et région d’habitat.

Les points-clés sont les suivants :

- Près de 73% des foyers français aiment les animaux de compagnie,

- Ils sont 51.2% à posséder au moins un animal familier, chiffre en légère hausse par rapport à l’enquête de 2006,

- 61.6 millions d’animaux partagent la vie des familles françaises (chiens, chats, poissons, oiseaux et petits mammifères),

- Toujours moins de chiens (-270.000 en deux ans, -696.000 en quatre ans) mais davantage de chats (+650.000 en deux ans, +750.000 en quatre ans),

- Une population de poissons et de petits mammifères en hausse, accompagnée d’une légère augmentation de la possession,

- Une population d’oiseaux qui régresse avec une possession stable, population qui n’a donc pas retrouvé le niveau antérieur à la crise de l’influenza aviaire et des contraintes alors imposées.

Mais où est l’intérêt de l’animal dans la domesticité ?

L’homme est à l’évidence au centre de la relation de domesticité. La domestication est une relation anthropocentrique. Les animaux de compagnie ont été depuis des siècles sélectionnés, transformés par la proximité de l’homme. Ils ont été coupés de leur milieu naturel, ce sont des animaux dénaturés. Ils sont de plus en plus traités comme des objets de consommation que l’on crée, commercialise et jette au rebus en fonction du seul désir de leurs propriétaires consommateurs.[3]

Dans son rapport avec l'animal domestique qu'il "possède" ou qu'il"détient", l'homme ne cherche-t-il pas à combler son déficit d'affection ou de domination ? Aime-t-il l'animal ou bien s'aime-t-il à travers l'animal ?

Il est intéressant de noter que les civilisations les plus respecteuses du monde animal (hindouisme, boudhisme) n'ont quasiment pas d'animaux domestiques. A contrario, ils proliférent dans nos civilisations judeo chrétiennes, où la soumission de l’animal à l’homme est considérée à la fois comme divine et naturelle. (cf: Animalité - Humanité, dans la rubrique Café philo).




[1] http://www.ladecroissance.net/?chemin=accueil

[2] Etant donné les tendances actuelles, il s'avère que le coût de la nourriture, les jouets et les frais vétérinaires de notre cher Médor avoisinent les 1700 euros par an, soit 500 euros de plus que pour Minou. (source : http://www.waliboo.com/chiens/le-budget-consacre-aux-animaux-de-compagnie-double-en-une-decennie/22558)

[3] Voir à ce propos le site http://www.animalfreedom.org/francais/opinion/pets/animal_domestique.html

02/05/2010

"La malédiction d'Edgar" de Marc Dugain

Marc Dugain signe là une enquête sur le fonctionnement du FBI pendant les quelques 50 ans qu'Edgar Hoover a passé à sa direction.

51Q2F3H399L._SL500_AA300_.jpgC'est à donner froid dans le dos : écoutes systématiques de tous les politiques, chantage vis à vis des présidents, méthodes mafieuses, déni systématique de la démocratie. Tous les moyens sont bons pour sauvegarder ce que Edgar Hoover et ses quelques proches considèrent comme le fondement du pouvoir Etats-unien : intérêt supérieur de l'Etat, anticommunisme, morale puritaine, mission quasiment divine des Etats-Unis à diriger le monde.

«Edgar aimait le pouvoir mais il en détestait les aléas. Il aurait trouvé humiliant de devoir le remettre en jeu à intervalles réguliers devant des électeurs qui n'avaient pas le millième de sa capacité à raisonner. Et il n'admettait pas non plus que les hommes élus par ce troupeau sans éducation ni classe puissent menacer sa position qui devait être stable dans l'intérêt même du pays. Il était devenu à sa façon consul à vie. Il avait su créer le lien direct avec le Président qui le rendait incontournable. Aucun ministre de la Justice ne pourrait désormais se comporter à son endroit en supérieur hiérarchique direct. Il devenait l'unique mesure de la pertinence morale et politique.»

 

Ce roman nous plonge dans les arcanes du pouvoir aux USA. Dugain a voulu explorer une période de l’histoire où se côtoyaient la paranoïa, la schizophrénie, la misogynie, le racisme et l’antisémitisme à l’ombre de la pudibonderie. La face cachée de ce pays est ici dévoilée dans les mémoires de Clyde Tolson, l’adjoint et l'amant d'Edgar Hoover que Dugain présente comme l'homme le plus puissant outre-Atlantique car il sut tenir sous sa coupe les hommes politiques et le destin de tout un pays.

Le prologue tend à nous faire penser que le roman est une extrapolation du manuscrit biographique de Clyde Tolson. Le livre s'attarde particulièrement sur la montée en puissance puis la présidence de John Fitzgerald Kennedy.

Les Kennedy y sont dépeints comme des manipulateurs portés au pouvoir par l'argent de leur famille et de la mafia. Le livre s'attarde aussi sur les frasques sexuelles du président, qui y est décrit comme un éjaculateur précoce multipliant les aventures sans jamais les rompre totalement. Toujours selon les faits relatés dans le roman, John Edgar Hoover aurait privilégié la lutte contre le communisme à celle contre la corruption et la mafia, laissant ainsi se gangrener une situation déjà assez dramatique. Enfin, Hoover n'a de cesse d'espionner et de violer la vie privée de tous les hommes importants du pays, légitimant presque ses actes par la nécessité d'en savoir plus sur ceux susceptibles d'accéder au pouvoir suprême, quitte à porter des jugements arbitraires sur leur conduite morale en dépit du choix du peuple, conduisant dans certains cas à des actions visant à les écarter du pouvoir.

Et la cause profonde de ce comportement serait à chercher dans la fameuse malédiction d'Edgar, son homosexualité non assumée et sa culpabilité refoulée. C'est, suggère Dugain, l'explication de son zèle moral effréné qui le conduit à pourchasser (en dehors du cercle du pouvoir) toutes les formes de non conformité à la doxa Nord américaine. Et le plus grave, c'est qu'Edgar aurait été lui-même l'objet du chantage de la Mafia qui déténait "la photo", preuve de ses relations homosexuelles avec Clyde.

Sont évoqués aussi les sombres manipulations de la présidence et de la CIA pour tenter de faire assassiner Fidel Castro avec l'aide de la mafia et de l'émigration anti-castriste. Terrible portrait aussi que celui de Lindon Johnson, inculte et grossier aux ordres des pétroliers et grands propriétaires texans, et qui aurait trempé dans l'assassinat des Kennedy.

Le roman prend fin au moment du scandale du Watergate, à la mort de John Edgar Hoover, alors que Nixon est ironiquement accusé du crime que commettait régulièrement Hoover tout au long du mandat qui l'occupa toute sa vie.

On ferme le livre avec la gueule de bois, tant l'image de la démocratie aux Etats-Unis en sort écornée et la légende des Kennedy détruite! ll serait intéressant de se repencher aujourd'hui sur le fonctionnement du FBI et du ministère de la Justice Etats-unien afin d'éclairer la vraie nature de ce pouvoir et de son rôle international.


La Malédiction d'Edgar est paru en BD chez Casterman : (Marc Dugain, Didier Chardez, Véronique Gourdin)

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10:36 Publié dans Débats, Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : usa, fbi, cia, kennedy, mafia, roosevelt

23/04/2010

Voile ou foulard islamique (2)

Au moment où le gouvernement veut faire passer en urgence la loi sur l'interdiction du"voile intégral", il n'est pas inutile de revenir sur les différents types de voile musulman. Le journal Le Monde a publié le 24 avril le petit article suivant qui permet de faire la différence entre les différents types de voiles.

 

Les différents types de voile musulman

21/03/2010

Darwin, le singe et l'homme

 

Faisant référence à la théorie de l’évolution, à Darwin et à "L’Origine des espèces" il était courant jusqu’à ces derniers temps d’affirmer :

L’homme descend du singe !


Or ne voilà-t-il pas que depuis fin 2009, on voit fleurir l’affirmation contraire : dans son n° 35 de décembre 2010, PHILOSOPHIE MAGAZINE en faisait même sa une de façon un peu racoleuse :

Le singe descend de l'homme !

« Scoop ! La découverte de notre ancêtre Ardi est venue confirmer ce que nombre de paléontologues pressentaient : le redressement des hominidés sur leurs deux jambes a précédé l'apparition des grands singes. Rendu public, cet automne, par la revue américaine Science, ce constat bouleverse la vision de nos origines. Et ouvre un chantier philosophique nouveau. Car si la station debout ne nous caractérise pas, pas plus que les outils ou la taille du cerveau, qu'est-ce qui fait le propre de l'homme ? Les préhistoriens Yves Coppens et Marc Groenen, les éthologues Frans de Waal et Dominique Lestel, et les philosophes Robert Legros, Peter Singer, Étienne Bimbenet et Pascal Engel s'engagent dans ce débat crucial et passionnant. »

 

Evidemment les deux affirmations sont fausses. Et la réalité est beaucoup plus simple mais moins médiatique :

L’homme et le singe ont un ancêtre commun

Je ne ferai pas l’injure à ces préhistoriens, éthologues et philosophes de croire qu’ils ignorent cette évidence. Alors se pose la question : pourquoi se laissent-ils enfermer dans ces formules réductrices et inexactes ? Essayons de creuser un peu cette controverse, car derrière ces querelles de formules, n’y a-t-il pas la question de la place de l’homme dans le monde du vivant et du rôle que certains voudraient faire jouer à Dieu dans l’évolution ?



1. Ce qu’a écrit Darwin

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Dans L'Origine des espèces[1] , Darwin ne parle pas des origines de l'homme, ni de l’évolution. Ces thèses lui paraissaient trop sujettes à controverse pour être abordées. Ce sont ses adversaires qui ont caricaturé le débat en s’opposant bec et ongle aux thèses de Darwin et à leurs conséquences non exprimées, comme le fait que les hommes descendent d’un ancêtre quadrumane proche des Grands Singes.

Ce n’est que dans un autre ouvrage bien plus tardif, « La filiation de l’homme et la sélection lié au sexe[2] » que Darwin, pressé de prendre parti, a abordé la question des origines de l’homme. Laissons donc parler Darwin :

« L’homme, dit-il, descend d’un quadrupède velu, ayant une queue et des oreilles pointues, vraisemblablement grimpeur (arboreal) en ses habitudes, et appartenant au vieux continent. Cette créature, si un naturaliste avait pu en examiner la structure, eût été classée parmi les quadrumanes aussi sûrement que l’aurait été l’ancêtre commun, et encore plus ancien, des singes du vieux et du Nouveau-Monde. Les quadrumanes et tous les mammifères supérieurs dérivent probablement d’un marsupial ancien, et celui-ci, par une longue filière de formes variées, soit d’une espèce de reptile, soit d’un animal amphibie, lequel à son tour a pour souche un poisson. Dans les brumes du passé, nous pouvons voir distinctement que l’ancêtre de tous les vertébrés a dû être un animal aquatique, à branchies, réunissant les deux sexes dans le même individu, et chez lequel les organes principaux, tels que le cerveau et le cœur, n’étaient développés que d’une manière imparfaite. Cet animal a dû, semble-t-il, se rapprocher des larves de nos ascidiacés marins plus que de toute autre forme connue. »


« L’homme est excusable, dit en terminant M. Darwin, d’éprouver quelque orgueil à se voir au sommet de l’échelle organique, et, puisqu’il y est arrivé lentement, il peut espérer de monter plus haut encore ; mais nous ne cherchons pas ce qu’il faut espérer ou craindre, il nous suffit d’envisager la réalité. J’ai exposé les faits aussi fidèlement que j’ai pu, et voici, je crois, ce qu’il nous faut reconnaître : l’homme, avec toutes ses nobles qualités, avec sa sympathie pour les êtres les plus dégradés, avec sa charité qui s’étend non-seulement à ses pareils, mais aux plus humbles créatures, avec sa divine intelligence qui pénètre les mystères de la mécanique céleste, ― l’homme enfin avec toutes ses admirables facultés porte encore dans la structure de son corps le sceau indélébile de sa basse origine. »


En résumé sur l’origine de l’homme, Darwin dit trois choses :
- L’homme et le singe ont un ancêtre commun, plus proche du singe que de l’homme

- L’homme est au sommet de l’échelle organique
- L’homme garde les traces de son origine animale.



2. Les anthropocentriques : L’homme descend du singe !

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Darwin avait bien compris le côté révolutionnaire de sa théorie qui remet en cause le dogme d’un monde créé par Dieu.

« Je ne puis me dissimuler, dit à ce propos M. Darwin, que les conclusions de mon livre seront dénoncées par certaines gens comme profondément irréligieuses. Que celui qui les dénoncera ainsi prouve donc qu’il est plus irréligieux d’expliquer l’origine de l’espèce humaine en la faisant descendre par variation progressive de quelque forme inférieure que d’expliquer la naissance de l’individu par les lois de la reproduction ordinaire. La naissance de l’individu et celle de l’espèce sont au même titre des anneaux de cette chaîne d’événemens que l’esprit se refuse à considérer comme le résultat d’un aveugle hasard. La raison se révolte contre une telle conclusion, qu’il nous soit possible ou non de croire que la moindre variation de structure, l’union de chaque couple d’êtres animés, la production de chaque germe, aient été ordonnées en vue d’un but spécial. »

En simplifiant le message de Darwin, l’affirmation « l’homme descend du singe » est alors proposée par les évolutionnistes pour faire passer le discours darwinien. Si l’on a fini par accepter que l’homme avait des origines animales, c’est en partie parce que le discours darwinien, tel qu’il était vulgarisé par certains évolutionnistes, portait en lui une notion de complexification, menant des formes les plus simples aux plus abouties - l’homme étant au sommet.

Ainsi on est passé d’un « homme créé par Dieu à son image » à un homme placé par l’évolution au sommet du processus de complexification. Et cette place privilégiée a aussi permis la récupération de la théorie de l'évolution par les tenants du créationnisme sous la forme de la fameuse thèse de « L’Intelligent Design », selon laquelle l’homme est au sommet d’une évolution dont le dessein est guidé par Dieu.



3. Les théocentriques : Le singe descend de l’homme !

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Donnons donc la parole au créationniste, heureusement peu connu, Jean-François Péroteau, qui a publié en 1995 un livre dont le titre est justement : LE SINGE DESCEND DE L’HOMME, OU LA CRÉATION PROGRESSIVE ET L’ÉVOLUTION REGRESSIVE

L’auteur déclare dans son introduction :

« Bien sûr, ce livre n’a pas la prétention de prouver scientifiquement la descendance d’anthropoïdes à partir d’un homme parfait mais représente une invitation à travailler différemment, à chercher dans une autre direction, celle de la perfection originelle et de l’évolution régressive qui lui fait suite. Tout ce que Dieu crée est parfait, donc toutes les imperfections constatées dans le cosmos et la biosphère n’ont pu apparaître qu’après l’œuvre des six jours. Les imperfections physiques et biologiques ne sont pas les accidents fatals d’un processus tâtonnant vers un état plus perfectionné, car cela ne ressemble pas à Dieu dont les œuvres sont d’emblée parfaites, mais les étapes successives d’une dégénérescence universelle, d’une évolution régressive généralisée »

La thèse « Le singe descend de l’homme » est donc pain béni pour les créationnistes de tous poils et ceci a été souligné par Philosophie magazine dans son fameux dossier du n° de décembre.



4. Pourquoi cette controverse aujourd’hui ?

Dès les années 1920 la communauté scientifique a commencé, même à propos de l’homme, à concevoir que l’arbre de l’évolution est buissonnant, plein de branches qui se ramifient et poussent en parallèle. L’homme et les différents singes sont des ramures qui ont divergé à partir d’un ancêtre commun. Et nous partageons avec nos plus proches parents, les chimpanzés, des traits communs hérités de l’ancêtre à partir duquel nous avons divergé en Afrique, il y a 6 ou 7 millions d’années. Peut importe à quoi ressemblait cet ancêtre commun, qui était probablement aussi différent de l’homme que des Grands Singes actuels.

Depuis les années 1990, suite aux découvertes de Lucy, Ardi, Orrorin et Toumaï, paléontologues, éthologues, préhistoriens et philosophes ont pris en compte une nouvelle complication de l’humain : l’homme n’est plus cet être exceptionnel qui s’arrache à l’animalité en se dressant debout.

L’ancêtre commun des Grands Singes (Paninés) et des Homo (Homininés) serait beaucoup plus ancien (7MA) qu’on ne le pensait et il serait déjà bipède. La bipédie reste une compétence décisive, car en se redressant les hominidés auraient vu se délier leur mains (outil), leur langue (langage) et grossir la taille de leur cerveau.

Pour les paléoanthropologues et les préhistoriens les frontières entre animalité et humanité sont plus floues que jamais et ils font appel au philosophe pour éclairer la question.

 

 

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5. Que peut-on en conclure ?


Cette controverse doit nous incite à repenser la place de l’homme dans le monde du vivant. L’homme n’est pas la référence et il n’est au centre de rien. Cela est vrai pour sa place dans l’espace, mais aussi pour sa place dans l’évolution. Il n’a aucune place privilégiée dans l’univers.

Et c'est l'occasion de relire ce qu'a écrit Jacques Monod en conclusion de son essai « Le Hasard et la Nécessité. Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne [3]» paru en 1970.

« L'ancienne alliance est rompue ; l'Homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. »



[1] Sur l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie, Londres, John Murray, 1859

[2] The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex, Londres, John Murray, 2 volumes, 1871.

[3] Essai dont le titre est tiré d’une citation attribuée à Démocrite, philosophe grec né en 460 av. J.-C

« Tout ce qui existe dans l'Univers est le fruit du hasard et de la nécessité »

 

13/03/2010

Hans Küng, ou la liberté de pensée

Une fois de plus, la pédophilie dans l'église catholique fait la une de la presse. Après les Etats-Unis, le Canada, L'Espagne, la France, l'Irlande, l'Allemagne, c'est maintenant le tour de l'Autriche

 

C'est l'occasion de relire le Point de Vue de Hans Küng, publié par LE MONDE le  04.03.10

"Pour lutter contre la pédophilie, abolissons le célibat des prêtres"

http://abonnes.lemonde.fr/opinions/article/2010/03/04/pour-lutter-contre-la-pedophilie-abolissons-le-celibat-des-pretres-par-hans-kung_1314399_3232.html


Hans Küng y dénonce trois contre-vérités affirmées par la hiérarchie Catholique :

Première contre-vérité : les abus sexuels dus à des prêtres n'ont rien à voir avec le célibat.

Deuxième contre-vérité : il est "totalement erroné" de rapporter ces cas d'abus sexuel à une faille dans le système de l'Eglise.

Troisième contre-vérité : les évêques ont suffisamment endossé de responsabilités.

 

L'histoire de la pédophilie au sein de l'église catholique est suffisamment établie (enfin !) pour permettre d'affirmer que c'est un probléme qui la concerne dans son ensemble, qu'elle est liée au célibat des prêtres, qu'elle a été cachée voire protégée par la hiéarchie catholique, y compris au plus haut niveau et que c'est donc une faille majeure de son fonctionnement.


Mais Hans Küng a fort à faire, car il a devant lui un pape "infaillible".


A plus de 80 ans, ce théologien suisse, qui fit le Concile de Vatican II comme expert, est un pionnier du dialogue théologique avec les religions non-chrétiennes et avec les sciences. Il est partisan d'une plus grande place des femmes dans l'Eglise, et surtout très critique envers le dogme de l'infaillibilité pontificale. Pour toutes ces raisons, Rome accusera Hans Küng de s'être «écarté de la vérité de la foi catholique», et il sera interdit d'enseignement à l'université pontificale grégorienne, la prestigieuse institution qui forme les cadres intellectuels de l'Eglise catholique.


A noter que les prêtres ont pu se marier jusqu'en 1074. Suite à un concile tenu à Rome à cette date, une bulle papale de Grégoire VII oblige les prêtres au célibat. Le pape veut imposer le célibat au clergé pour des raisons politiques et économiques dans le cadre de sa lutte contre le simonisme (l’achat et la vente de biens spirituels, et des charges ecclésiastiques). Les prêtres mariés étaient, en effet, tentés de s'enrichir et de constituer une rente au profit de leurs descendants.

 

"La schizophrénie en bandoulière"

Très décapant, ce billet de Michel Onfray dans Le Monde du 20.02.10

http://abonnes.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offr...

"Notre époque est réjouissante ! Nous avons un PCF qui ne défend plus la dictature du prolétariat, un PS qui célèbre le marché, des chrétiens qui ne croient pas dans la résurrection de la chair, des philosophes qui occupent le devant de la scène en commentant des livres qu'ils n'ont pas lus, un président de la République fasciné par Georges Bush qui ne voit que par Jaurès et Guy Môquet, quand ça n'est pas Albert Camus, un gouvernement de droite avec des ministres de gauche, des journalistes qui citent à tout bout de champ Guy Debord, des sportifs transformés en intellectuels, et autres joyeusetés de nos temps nihilistes !

A ce défilé de mode digne d'une cour des miracles, il nous faut désormais ajouter des féministes qui estiment que la maternité est le destin de toute femme, que la prostitution relève de l'exercice libre, sinon libéral, de son propre corps, que l'allaitement procure des sensations qui dispensent d'en chercher ailleurs - merci, chère Elisabeth Badinter, de résister à ce « féminisme »-là !

Désormais, il nous faudra également compter avec une femme voilée, laïque et féministe, qui défend l'avortement et la cause homosexuelle ! Cherchez l'erreur... Car le voile signifie la soumission à une religion dont la première qualité n'est pas la séparation du théologique et du politique, mais leur confusion."


Au delà de la dénonciation des contorsions du Nouveau Parti Anticapitaliste à propos de sa candidate portant le foulard dans le Vaucluse, ce qui intéressant dans l'article de Michel Onfray, c'est son analyse de l'utilisation des symboles en "régime médiatique".


A rappocher des critiques de Régis Debray sur la "télécratie" dans son dernier essai "Dégagements".

Ses flèches, Régis Debray les réserve à la société de fric et de frime où nous évoluons, et qu'il déteste. Après l'ère de la parole, puis celle de l'écrit, nous vivons dans celle de l'image. "En vidéosphère, le bougisme est un must, et l'urgentiste, notre héros préféré." La méritocratie y a été remplacée par la télécratie. Le dessus du panier, la véritable élite, ce sont "les people", ceux qu'on voit à la télé et dans les magazines. Leur prestige, ils ne le tiennent ni de leur naissance ni de leurs diplômes, mais de leur audience. "Vous voulez devenir quelque chose ? Faites-vous d'abord une gueule, le nom suivra." Si vous avez réussi dans la chanson, on viendra vous interroger sur l'Afghanistan ou la peine de mort. "Je suis, donc je pense."


Et pour en revenir au NPA, n'est-ce pas sous cet angle qu'il faut comprendre le passage de relai de Krivine à Besancenot et le remplacement de la faucille et du marteau par le mégaphone ?

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08/03/2010

Voile ou foulard islamique?

La présentation aux élections régionales d'une candidate portant un foulard islamique par le Nouveau Parti anticapitaliste a provoqué la controverse.

Personnellement je fais la différence entre voile et foulard. Le voile cache le visage, le foulard cache les cheveux.Cela me paraît important. Dans nombre de cultures on porte des couvre-chefs, des parures ou des coiffures qui couvrent les cheveux.

Du Béret basque au Borsalino en passant par le foulard Hermès, quelle est la signification de ces couvre-chefs ?

J'ai remarqué que dans la presse et sur Internet, on distingue rarement voile et foulard islamique. Mais peut-être est-ce un problème de traduction ? Le terme حِجَاب, hijâb désigne le voile. Mais existe-t-il un autre terme pour foulard ?

Le foulard islamique est-il un voile ou une parure ? A-t-il pour objet de cacher de protéger ou de parer le visage de la femme ?