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24/10/2010

Pourquoi tant de haine ?

« Pourquoi tant de haine ? », c’est le titre d’un pamphlet, écrit par Elisabeth Roudinesco en 2005 pour essayer de contrer le « Livre noir de la psychanalyse », ouvrage collectif qui venait de paraître,  sous la direction de Catherine Meyer et qui avait l’audace de dresser un bilan critique d’un siècle de freudisme.

51V1D8WPJPL._SS500_.jpgLaissons parler Elisabeth Roudinesco :

« La longue histoire de la détestation de Freud vient, d'être réactualisée avec la publication d'un brûlot, Le livre noir de la psychanalyse, qui réunit des historiens anglophones et des thérapeutes comportementalistes. Les premiers entendent dénoncer les mythes fondateurs d'un mensonge freudien qui n'aurait été que la face cachée d'une conspiration visant à livrer la civilisation occidentale au triple pouvoir d'une sexualité coupable, d'une corruption par l'argent et d'une mystification intellectuelle. Quant aux seconds, ils cherchent à évincer de l'Université et des institutions de soins les représentants d'un Establishment psychanalytique jugé hégémonique afin de remplacer les cures classiques par des techniques de normalisation des conduites humaines. Comme bien d'autres avant lui, cet ouvrage n'aurait été connu que des spécialistes s'il n'avait pas été présenté sous un jour favorable, en septembre 2005, à la une du plus grand hebdomadaire de la gauche française. Pour cette Anatomie d'un " livre noir ", j'ai rassemblé, outre mes propres interventions, des textes de Pierre Delion, Roland Gori, Jack Ralite et Jean-Pierre Sueur qui permettent de comprendre pourquoi, à l'aube du XXIe siècle, l'œuvre freudienne continue de susciter une telle haine. »

 

285.jpgEvidemment, la gardienne du temple freudien ne pouvait laisser passer la publication du dernier livre de Michel Onfray « Le crépuscule d’une idole. L'affabulation freudienne »

Comme l’imagination ne semble pas être son fort, Elisabeth Roudinesco a réitéré son opération de 2005 en recyclant son titre « Pourquoi tant de haine ? », dans un article virulent dont elle a inondé la presse.

Ce qui est intéressant dans ce titre et dans les commentaires d’Elisabeth Roudinesco, c’est que, pour éviter un débat de fond sur l’actualité du freudisme, elle se place délibérément au niveau des affects : « haine, détestation, destruction ». Elle déchaine elle-même ses propres affects vis à vis de Michel Onfray.

J’ai moi-même constaté à quel point Onfray suscite en effet la détestation, le dénigrement et les insultes de la part de gens qui,  la plupart du temps ne l’ont pas lu, mais qui en ont entendu parler ou ont assisté à des débats sur leur chaine préférée, et qui surtout évitent tout débat sur le fond.

On peut donc retourner la question. « Pourquoi tant de haine ? » de la part des détracteurs de Michel Onfray qui se répandent dans la presse, sur Internet et sur les chaîne télévisées ?

François Busnuel, qui a lu Onfray, apportait dès 2006 une explication intéressante :

« Michel Onfray sent le soufre. Son Traité d'athéologie a ulcéré les tenants des cultes monothéistes - qui, d'ailleurs, n'ont toujours pas répondu autrement que par l'insulte ou l'idéologie: lire, si l'on y tient, sur ce sujet les deux très décevants ouvrages de Matthieu Baumier, L'antitraité d'athéologie (Presses de la Renaissance), et d'Irène Fernandez, Dieu avec esprit (Philippe Rey). Si on l'étudiait de près, plutôt que de la révoquer au nom de sa radicalité, on découvrirait que la philosophie de Michel Onfray (eh oui, il y a bien une philosophie qui lui est propre et qu'il développe dans un système cohérent, livre après livre) peut apporter une réponse au désarroi français. Passons sur les insultes dont Onfray est constamment l'objet; elles n'ont jamais constitué une pensée: pour discréditer une philosophie, on le sait, rien de mieux que de la caricaturer et la calomnier. Onfray serait donc un «bouffeur de curés», un «pur démagogue», et même un «indigent graphomane» (dixit Houellebecq, nouveau phare de la pensée contemporaine). Si l'on s'en tient aux textes dudit Onfray, ces accusations sont à peu près aussi fondées que celles qui font encore passer Diogène pour un dépravé, Epicure pour un pourceau et Nietzsche pour un cinglé et un nazi! » …/…

« Si l'on se donnait la peine de lire Onfray, on trouverait donc un philosophe au travail. Qui récuse les approches classiques de la philosophie, toutes de technicité et de jugements dépassionnés. Qui fait office d'historien de la pensée lorsqu'il fouille la cave et le grenier, exhumant, dans la Contre-histoire de la philosophie qui vient de paraître, des philosophes fondamentaux et occultés (les hédonistes antiques ou les gnostiques licencieux, Montaigne ou La Mettrie...) qu'il enseigne dans son Université populaire, sorte de Jardin d'Epicure des temps modernes, où les savoirs alternatifs priment le corpus classique sans pour autant le disqualifier. Cette Contre-histoire de la philosophie est un document capital: toutes les histoires de la philosophie, si bonnes soient-elles, présentent les mêmes pensées; en voici enfin une qui évoque les «continents» perdus et envisage la philosophie sous l'angle du bonheur et de l'hédonisme plutôt que sous celui de la raison et de la métaphysique. On peut ne pas aimer ces philosophies, mais on ne peut en nier la réalité et l'importance. Sans doute y a-t-il une forme de vanité à prétendre saisir seul trente siècles de philosophie (surtout lorsqu'il s'agit de celle qui fut reléguée dans les limbes), mais cette vanité est compensée - ô combien - par le travail accompli: colossal et en profondeur. »

 

Pour les articles complets de François Busnuel, lire :

- Ci-gît Sigmund, par François Busnel, publié le 22/04/2010

http://www.lexpress.fr/culture/livre/francois-busnel-a-lu...

- Pourquoi il faut lire Michel Onfray, par François Busnel (Lire), publié le 01/02/2006

http://www.lexpress.fr/culture/livre/pourquoi-il-faut-lir...

 

Pour rappel, ma note de lecture sur le "Crépuscule d'une idole" :

http://seulsdanslecosmos.hautetfort.com/archive/2010/05/i...


Ecouter aussi le débat Michel Onfray / Boris Cyrulnik

http://www.dailymotion.com/video/xdb8nl_laffabulation-freudienne-debat-1-de_news


08/10/2010

Metaphysique, croyances et religions

 

 

Dans cette note j'ai rassemblé les définitions des catégories permettant de décrypter les principales approches en matière de métaphysique, de croyances et de religions, notamment monothéistes.

 

Ces définitions sont extraites, pour l’essentiel de Wikipedia et du Dictionnaire des religions et des mouvements philosophiques associés.
http://atheisme.free.fr/Religion/Definition_ar_az.htm#ath...

 

Annonçons la couleur, ce dictionnaire est publié sur un site dédié à l’athéisme (Athéisme, l’homme debout), ce qui ne veut pas dire que ces définitions soient partiales (vous en jugerez). En exergue de ce dictionnaire, il est mentionné :

« Précision : Bien qu’il soit sur un site défendant l’athéisme, ce dictionnaire essaie, en quelques phrases, d'être le plus objectif et le plus factuel possible. Si un lecteur pense qu'un aspect essentiel d’une religion ou d'une philosophie a été omis ou, inversement, que trop d’importance a été accordée à un point de détail, qu’il veuille bien le signaler. »

 

Dans la suite, j’indiquerai l’origine des définitions utilisées, par les abréviations suivantes :
DRMP : Dictionnaire des religions et des mouvements philosophiques associés.

Wiki : Wikipedia

 

Les deux catégories primordiales pour introduire le sujet sont à mon avis les dualités Monisme/Dualisme et Transcendance/Immanence et donc je commencerai par elles.

 

Monisme

(DRMP) « Le monisme est une doctrine philosophique selon laquelle l'univers n'est composé que d'une seule substance. Il s'oppose au dualisme qui affirme l'existence de deux substances distinctes, la matière et l'esprit. On différencie le monisme matérialiste (Epicure, Marx) du monisme spiritualiste ou idéaliste de Leibniz et de Hegel, ainsi que le monisme neutre (W. James, B. Russel) selon lequel la matière et l'esprit constituent deux registres de phénomènes d'une substance sur laquelle on n'a pas à se prononcer. Le monisme supprime donc la distance qui nous paraît exister entre le monde réel et la conscience »

(Wiki) « Monisme métaphysique – Définition : Le monisme pose une seule réalité, donc une seule substance. On y distingue plusieurs variantes apparentes selon la nature donnée à cette substance unique. Essentiellement, deux grandes écoles monistes apparaissent, l'une matérialiste, l'autre spiritualiste (comme l'immatérialisme, l'ipséisme ou le solipsisme dont Berkeley a dépeint certains aspects) selon que la substance universelle est la matière ou l'esprit. Mais ces distinctions ne tiennent pas longtemps à l'analyse philosophique car s'il n'y a qu'une substance, peu importe le nom ou les attributs qu'on lui donne puisque, par définition, il n'existe qu'elle et elle possède donc tous les noms et tous les attributs existant. Par essence, au plan Métaphysique, le monisme s'oppose d'abord radicalement à tous les Dualismes (comme le platonisme ou les monothéismes) qui, tous, supposent l'existence d'un monde idéel ou idéal face à un monde matériel, ces deux mondes étant de natures différentes et dissociées. »

 

Dualisme

(DRMP) « Le dualisme est la doctrine religieuse selon laquelle la réalité, la matière et l'esprit, le corps et l'âme sont constitués de deux principes antagonistes, le Bien et le Mal, en lutte perpétuelle l'un contre l'autre, le bien finissant par l'emporter. Le zoroastrisme repose sur le dualisme.
En philosophie, le dualisme correspond à la description, pour un domaine donné, de deux entités, deux principes inséparables, nécessaire et irréductibles l'un à l'autre et qui coexistent depuis l'origine (ex: esprit et matière). »

(Encyclopédie de l’Agora) « Qu'est-ce que le dualisme? Les philosophes que l'on peut qualifier de dualistes méritent tous le reproche qu'Aristote adressait à Platon: «ils séparent.» Ils séparent tantôt la lumière et l'obscurité comme Zoroastre, tantôt l'âme et le le corps comme Platon, tantôt l'esprit et la matière comme les gnostiques, tantôt la pensée et l'étendue comme Descartes. Il y a autant de dualismes que d'expériences vraiment, personnelles de la rupture. On peut toutefois dégager quatre grandes formes de dualisme :


a) Un dualisme transcendantal qui consiste à repousser le monde dans sa totalité hors du lieu divin (par exemple, le plérôme et le monde d'en-bas chez les gnostiques).


b) Un dualisme métaphysique qui admet deux principes premiers et irréductibles des choses (par exemple, l'Idée ou le Bien et la Matière chez Platon, la Lumière et les Ténèbres, chez Mani).


c) Un dualisme moral qui consiste à séparer la nature et la grâce comme l'ont fait saint Augustin et Pascal, ou la liberté et les passions, comme l'a fait Descartes.


d) Un dualisme psychologique qui consiste à séparer la volonté de l'entendement, comme l'a fait Schopenhauer, ou l'intuition de l'intelligence, comme l'a fait Bergson. »

 

Immanence et Transcendance

(Wiki) « En métaphysique, le transcendant est ce qui est au-delà, ce qui dépasse, surpasse, en étant d'un tout autre ordre. Par exemple, l'esprit transcende la matière.

Le terme est particulièrement utilisé pour discuter la relation de Dieu au monde. La conception d'un Dieu transcendant ne signifie pas qu'il est totalement en dehors et au-delà du monde, ces notions d'en dehors et d'au-delà étant, elles, de ce monde mais bien que sa nature n'est pas limitée à l'en dedans ou l'en deçà et qu'elle les incluent et les dépassent, que Dieu se manifeste ou non. Elle naît de la conception aristotélicienne de Dieu.

À l'inverse, les philosophies de l'immanence, comme le stoïcisme ou le panthéisme de Spinoza maintiennent que Dieu se manifeste dans le monde, et est présent dans celui-ci et dans les choses qui le composent. »

 

 

 

Et voici ensuite une liste de catégories autour desquelles s'est organisé le débat métaphysique dans le monde des religions monothéistes.

Agnosticisme / agnostique

(DRMP) « Le terme agnosticisme a été créé en 1869 par Thomas Huxley, naturaliste anglais (1825-1895) qui s'est inspiré des idées de David Hume et d'Emmanuel Kant. L'agnosticisme est une philosophie qui déclare l'absolu, le divin, la métaphysique, et plus généralement ce qui ne peut être appréhendé par l'expérience, inaccessible à l'esprit humain et à la perception. En conséquence, l'existence de Dieu ne peut être prouvée. L'agnosticisme professe une complète ignorance touchant la nature intime, l'origine et la destinée des choses. C'est une forme de scepticisme appliqué à la métaphysique et à la théologie.
Déjà présent dans la Grèce Antique, l'agnosticisme s'est beaucoup développé aux XVIIIe et XIXe siècles en raison des progrès de la science qui ont fourni des résultats expérimentaux contredisant les dogmes religieux et les textes "sacrés" comme la Bible.
Dieu étant inconnaissable, l'agnostique ne peut se prononcer sur son existence et considère donc qu'il est inutile de lui rendre un culte ou de se soumettre à une morale révélée qu'il aurait dictée aux hommes.
Le bouddhisme et le jaïnisme sont des religions agnostiques. Emmanuel Kant, Auguste Comte (et sa doctrine philosophique le positivisme), William James, Herbert Spencer, les frères Goncourt, Félix Le Dantec, Albert Einstein étaient agnostiques. »

Athéisme / athée

(DRMP) « L'athéisme est une attitude qui consiste à ne pas croire en l'existence de Dieu ou de toute autre divinité.
L'athéisme ne se contente cependant pas de rejeter purement et simplement l'idée de Dieu. Il essaie de comprendre l’origine et l'universalité du phénomène religieux et d’expliquer autrement ce que les religions prétendent éclairer. Les domaines à explorer touchent à de nombreuses sciences humaines : sociologie, psychologie, neurologie, économie, politique...
Dans l'Antiquité, l'athéisme tel qu'on l'entend actuellement était peu connu. Nier l'intervention des dieux dans les affaires humaines pouvait être assimilé à de l'athéisme.
Bien plus tard, la remise en question des croyances en vigueur pouvait être qualifiée également d'athéisme. Pierre Bayle (écrivain français 1646-1707), le premier, défendit que l'athéisme n'était pas pire que l'idolâtrie.
L'athéisme fut souvent confondu par les théologiens avec le déisme, le scepticisme, la libre pensée ou la critique des superstitions. »

 

Déisme / déiste

(DRMP) « Du latin deus, dieu.
Le déisme est la croyance en un dieu unique, suprême, immanent, ordonnateur ou créateur de l'univers, mais qui, contrairement au théisme, n'interagit pas avec le monde et n'intervient pas dans la destinée des hommes. C'est une philosophie sans dogme, ni religion qui rejette toute Révélation divine. Le déiste ressent Dieu de manière intuitive et ne cherche pas à se le représenter. Pour lui, la religion est souvent ramenée à la morale.
Le terme "déiste" est plutôt utilisé dans le langage théologique pour désigner de manière péjorative ou avec mépris ceux qui se disent croyants mais ignorent les prescriptions religieuses et ne pratiquent pas de culte. 
Le déisme s'est développé chez les philosophes des XVIIe et XVIIIe siècles en Angleterre (Herbert von Cherbury, John Toland, Tindall, Thomas Woolston, Anthony Collins) et en France (Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Hugo et même Robespierre avec le culte de l'Etre Suprême).
Pour Emmanuel Kant (1724-1804), le déisme est une théologie rationnelle transcendantale dans laquelle on pense "Dieu d'après des concepts purs et vides d'intuition, comme être premier et cause du monde". »

 

Théisme / théiste

(DRMP) « Le théisme désigne la croyance en un Dieu unique (monothéisme), créateur de l'Univers, dont il est extérieur, mais qui agit sur lui et se manifeste en permanence. Il est généralement décrit de manière humaine, comme une personne animée d'une volonté propre, qui aime, récompense, punit.
La religion chrétienne s'exprime de manière théiste : Dieu y est présenté comme un Etre céleste, qui apprécie les louanges, écoute les confessions, révèle sa volonté et appelle à une vie spirituelle en communion avec lui. »

(Wiki) « Le théisme (du grec theos, dieu) est un terme qui désigne toute croyance ou doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu (ou de dieux) et son influence dans l'univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. Selon le théisme religieux, la relation de l'homme avec Dieu passe par des intermédiaires (la religion). Selon le théisme philosophique, Dieu régit l'univers directement. Le théisme est opposé à l'athéisme. Parmi les formes de théisme, on peut citer le panthéisme, le monothéisme et le polythéisme. »

 

Monothéisme / monothéiste

(Wiki) : « Un monothéisme (du grec μονός [monos], « seul, unique » et θεός [theos], « dieu ») est une doctrine religieuse ou philosophique qui affirme l'existence d'un seul Dieu[1] et la transcendance de ce Dieu, distinct du monde[2]. »

 

Mazdéisme, zoroastrisme

Le mazdéisme est une religion de l'ancienne Perse, appelée aussi zoroastrisme. Attestée depuis le 2ème millénaire avant notre ère, elle est l'une des plus anciennes religions.
Les tribus d'une région septentrionale de l'Asie (Aryens) dont elle est issue, se seraient séparées pour s'installer, l'une en Inde qui est à l'origine du védisme en accentuant le polythéisme, l'autre en Iran qui conduisit à l'Avesta, canon des Ecritures mazdéennes après les Révélations du Dieu Mazda au prophète Zarathoustra (Zoroastre).
Le mazdéisme se compose d'un univers hiérarchisé (animaux, hommes divinités), soumis à un souverain unique Ahura Mazda (Ormuzd, le Seigneur sage). Son évolution vers le monothéisme eu pour conséquence l'apparition d'un adversaire au dieu Mazda, Spenta Manyu (Esprit Cruel) aussi puissant que lui, en fit une religion dualiste où les bons vont au ciel et les mauvais en enfer. Ce dualisme ainsi que les prédications de Mani conduisirent le manichéisme, avant un retour au monothéisme où Spenta Manyu (Ahriman) fut subordonné à Mazda.
Quelques communautés d'Iran (Guèbres, plus de 10 000) et d'Inde, notamment à Bombay (Parsis, près de 200 000) pratiquent encore le mazdéisme.


Judaïsme

(DRMP) « Le judaïsme est une religion monothéiste fondée, selon la Bible, par Abraham et devenue celle de l'ancien Israël dont Dieu (Yahvé) aurait fait la Terre Promise. La Loi du judaïsme aurait été révélée à Moïse sur le Sinaï par Dieu qui aurait conclu avec le peuple juif une "alliance" engageant sa loyauté.
Les Israélites croient en l'immortalité de l'âme, au "Jugement Dernier" (où Dieu statue sur le sort de tous les hommes) et attendent la venue du Messie pour instaurer un royaume de paix, d'amour et de droit. Leur relation à Dieu est directe et personnelle. Les principales fêtes religieuses du judaïsme sont le Sabbat (repos sacré le dernier jour de la semaine), la Pâque (en mémoire de la sortie d'Egypte), le Yom Kippour, Rosh Haschana (nouvel an juif)...
Le judaïsme, dont la source est la Bible et en particulier la Torah (le Pentateuque), a été pratiqué sans interruption par les Juifs, en dépit de leur dispersion à travers le monde (Diaspora). Il fut le point de départ du christianisme, dont il se distingue par l'absence de hiérarchie cléricale, ainsi que de l'islam. Les rabbins sont les interprètes des textes et accomplissent les cérémonies religieuses, mais ils n'ont pas de fonction sacrée. Les Juifs sont aujourd'hui une quinzaine de millions dans le monde, essentiellement en Israël, aux Etats-Unis et en Europe. »

 

Christianisme / chrétien

(DRMP) « Le christianisme est une religion missionnaire à vocation universelle s'appuyant sur la reconnaissance dans Jésus de Nazareth, du Christ, c'est-à-dire du Messie annoncé par les prophètes de l'Ancien Testament. Issue du judaïsme, sa doctrine est basée sur l'immortalité de l'âme, la résurrection du corps, l'amour du prochain et le salut rendu possible par la crucifixion de Jésus. Le christianisme s'inspire de la Bible et surtout du Nouveau Testament relatant les enseignements de Jésus. Du 1er au IVe siècle, il se développe sur le pourtour méditerranéen avant de s'étendre à toute l'Europe après la conversion de l'empereur romain Constantin qui lui donne le statut de religion d'état.
Le schisme de 1054 voit la séparation définitive de l'Eglise orthodoxe de celle de Rome. La volonté de l'Eglise catholique d'aller libérer les Lieux saints engendra huit croisades entre 1096 à 1270.
Au XVIe siècle, la Réforme, conduit à un nouveau morcellement du christianisme. En réaction à la corruption et aux abus (Inquisition) de l'Eglise romaine, Martin Luther et Jean Calvin proposèrent une alternative plus proche de la Bible et de sa pratique donnant ainsi naissance à différentes Eglises dites réformées ou protestantes, dont les plus importantes sont la luthérienne et la calviniste. »

 

Islam

(DRMP) « L'Islam est la religion fondée par Mahomet (début du VIIe siècle). L'islam se veut à la fois religion, mode et système de gouvernement et règle de la vie quotidienne. Son fondement est le Coran, livre saint et parole de Dieu révélée à Mahomet, et la Sunna, enseignement et vie du prophète, qui contiennent des éléments de la tradition judéo-chrétienne.

Les cinq piliers de l'Islam sont :
1 - La profession de foi : croyance en Allah, dieu unique et créateur et en Mahomet, son prophète.
2 - La prière canonique, cinq fois par jour et à heure fixe.
3 - Le jeûne de 29 jours pour commémorer le mois du Ramadan au cours duquel fut révélé le Coran.
4 - L'aumône, devenu une «dîme» légale au profit des pauvres.
5 - Le pèlerinage à la Mecque (Hajj ou Hadj), au moins une fois dans sa vie.

Le croyant doit se référer au Coran, adhérer sincèrement à l'Islam, avoir une confiance absolue en Dieu, s'abandonner intégralement à lui et rechercher inlassablement la perfection de son comportement. La loi canonique de l'islam est contenu dans la charia.

L'islam ne se considère pas comme une religion nouvelle. En effet, elle rétablit la Révélation que Dieu avait jadis faite aux prophètes, notamment, le retour de Jésus (reconnu comme prophète) à la fin des temps et son rôle de sauveur au côté de Mohammed.
Il n'y a pas de prêtres, mais des oulémas jurisconsultes, et des imams qui dirigent la prière.

Certains des principes fondamentaux sur lesquels l'Etat islamique doit se référer, sont définis dans le Coran et la Sunna (la Djihad, "guerre sainte" en fait partie), mais sans qu'ils ne prescrivent une forme spéciale de gouvernement.

Les conquêtes arabes ont permis à l'islam de se répandre dans le monde entier. Aujourd'hui, un cinquième des musulmans est de langue arabe; la majorité réside en Indonésie, Pakistan, Inde, Bangladesh, Turquie, Iran, Egypte et Nigeria. Ils se répartissent en deux grands courants : le sunnisme (90%) et le chiisme (10%). »

 

Polythéisme / polythéiste

(DRMP) « Une religion polythéiste est une religion vénérant plusieurs dieux, réunis dans un panthéon, qui dirigent divers aspects du monde et de la vie. Les cultes égyptiens, grecs et romains sont les plus connus. »

 

Panthéisme / panthéiste

(DRMP) « Du grec pan, tous et theos dieux.
Le panthéisme est une doctrine philosophique et métaphysique qui identifie Dieu au monde, à l'univers, selon laquelle il existe dans tout, dans la nature même des choses et des êtres vivants. On dit alors que Dieu est immanent (contenu dans la nature d'un être) par opposition au Dieu transcendant (extérieur au monde) et personnel des grandes religions monothéistes.
On utilise couramment le terme "panthéisme" pour désigner un comportement ou un état d'esprit visant à diviniser la nature. Cette doctrine prend des formes religieuses en Inde et plus philosophiques en Occident avec les stoïciens et Plotin. Spinoza en a construit une théorie logique conduisant à un Dieu impersonnel : "Dieu, c'est-à-dire la nature".
Fichte, Schelling, Haeckel... étaient panthéistes. »

 

Laïcité

(DRMP) « Du grec laikos : peuple.
Dans le langage chrétien, un laïc était au Moyen Age un "baptisé" qui n’appartenait pas au clergé ; de nos jours, c’est une personne chargée de fonctions qui étaient autrefois dévolues au clergé, dans une institution catholique.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous la IIIe République, la laïcité est devenue une conception de l’organisation de la société visant à la neutralité réciproque des pouvoirs spirituels et religieux par rapport aux pouvoirs politiques, civils, administratifs. Le but était de lutter contre le cléricalisme, c’est-à-dire l’influence des clergés et des mouvements ou partis religieux sur les affaires publiques. La laïcité est aussi une éthique basée sur la liberté de conscience visant à l’épanouissement de l’homme en tant qu’individu et citoyen.
Concrètement, la laïcité est fondée sur le principe de séparation juridique des Eglises et de l’Etat (loi de 1905 en France), en particulier en matière d’enseignement.

Cette séparation a pour conséquence :

la garantie apportée par l’Etat de la liberté de conscience et du droit de d’exprimer ses convictions (droit de croire ou de ne pas croire, de changer de religion, d’assister ou pas aux cérémonies religieuses).

la neutralité de l’État en matière religieuse. Aucune religion n’est privilégiée; il n'y a pas de hiérarchie entre les croyances ou entre croyance et non-croyance.

La laïcité, en France, s’est mise progressivement en place pendant plus d’un siècle :

1789 : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen institue la liberté religieuse "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses" (article X)

1791 : la Constitution établit la liberté des cultes et accorde des droits identiques aux religions présentes alors en France : catholique, judaïque et protestante.

1881-1882 : les Lois de Jules Ferry instituent l'école publique gratuite, laïque et obligatoire.

1905 : la Loi de séparation des Églises et de l'Etat : "La République ne reconnaît, ne finance ni ne subventionne aucun culte" (article 2). L’Alsace Moselle, du fait de son rattachement à l’Allemagne lors du vote de cette loi, bénéficie d’un statut dérogatoire, fondé sur le Concordat de 1801 signé par le Consul Napoléon Bonaparte.

1946 : le principe de laïcité est inscrit dans le Préambule de la Constitution.

1959 : la Loi Debré accorde des subventions aux écoles privées qui sont sous contrat avec l’Etat.

1989 : la Loi Jospin de 1989 précise, dans son article 10, que "dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression". Cette loi va provoquer l’apparition des foulards islamiques dans les établissements scolaires.

2004 : une loi réglementant le port des signes religieux à l’Ecole est mise en place pour résoudre les conflits liés au port du voile islamique. »

 

 

 

 

31/05/2010

"Le crépuscule d'une idole" de Michel Onfray

"Le crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne"

 

285.jpgCe qui nous pousse à n'accorder aux Philosophes, dans leur ensemble, qu'un regard où se mêlent méfiance et raillerie, ce n'est pas tant de découvrir à tout bout de champ combien ils sont innocents, combien de fois et avec quelle facilité ils se trompent et s'égarent, bref, quelle puérilité est la leur, quel enfantillage; c'est de voir avec quel manque de sincérité ils élèvent un concert unanime de vertueuses et bruyants protestations dès que l'on touche, même de loin, au problème de leur sincérité. Ils font tous comme s'ils avaient découvert et conquis leurs opinions propres par l'exercice spontané d'une dialectique pure, froide et divinement impassible (à la différence des mystiques de toute classe, qui, plus honnêtes et plus balourds, parlent de leur « inspiration » ), alors que le plus souvent c'est une affirmation arbitraire, une lubie, une « intuition », et plus souvent encore un vœu très cher mais quintessencié et soigneusement passé au tamis, qu'ils défendent par des raisons inventées après coup. Tous sont, quoi qu'ils en aient, les avocats et souvent même les astucieux défenseurs de leurs préjugés, baptisés par eux « vérités ».

NIETZSCHE, Par-delà le bien et le mal, 1ere partie, § 5.

 

 

C’est par cette citation que Michel Onfray ouvre cet essai sur Freud. Fidèle à sa méthode, il déclare son projet de se livrer à une "psychobiographie nietzschéenne" de l’homme Freud, ce qui le conduit à trois types de critiques :

 

 

1. Critiques envers l’homme

Freud récuse la philosophie. Il se veut scientifique, dans la filiation de Copernic et de Darwin, mais sa méthode procède de la pensée magique. Tout au long de sa vie, il a expérimenté puis abandonné tout un capharnaüm de techniques : injection de cocaïne, traitement galvanique, électrothérapie, psychophore, hypnose, il s’est même intéressé aux sciences occultes, spiritisme, transmission de pensée.

 

Freud est obsédé par la célébrité à laquelle il aspire, il a passé sa vie à sculpter sa propre statue, à bâtir sa légende. "La consigne ontologique demeure la suivante : Freud découvre tout à partir de son seul génie, il dispose de la grâce, rien ni personne ne saurait l'influencer."

Freud a beaucoup critiqué, a usé de l’insulte, d’agressivité et de mépris. La liste est longue de ses amis qu’il a reniés, voire « excommuniés », après s’être servis d’eux.

 

Freud est un affabulateur, un menteur, un falsificateur, un manipulateur qui a beaucoup lu, beaucoup emprunté sans le reconnaître. Freud a détruit ses journaux intimes et sa correspondance, il a pratiqué le déni et la réécriture du passé.

 

Cocaïnomane dépressif, victime d’une histoire familiale chargée, Freud était en fait atteint d’une psychonévrose grave. Dans sa « découverte » de la psychanalyse, il a théorisé sa propre histoire.

 

Si la psychanalyse s'applique sans doute à Freud et à ses névroses, elle ne saurait prétendre à l'universalité. Freud a donc pris son cas... pour une généralité. Thérapeute touche-à-tout, il n’a jamais guéri que sur le papier.

Enfin, Freud n’est pas un progressiste, c’est un conservateur qui a même un penchant pour les régimes autoritaires.

 

Tout cela paraît excessif ? Et bien pas tellement au vu des références nombreuses, car Freud n’a pas pu détruire toute sa correspondance (dont ses lettres, terribles pour lui, envoyées à Wilhelm Fliess)[1]

Et ce que dénonce Michel Onfray est dans la droite ligne de nombreuses études critiques qui ont été produites par des auteurs aussi différents que Gaston Bachelard, Albert Béguin, Théodore Caplow, Robert Castel, Jean Château, Pierre Debray-Ritzen,Gilbert Durand, Henri Ey, H. J. Eysenck, Michel Foucault, Pierre-P. Grassé, Ludwig Klages, Arthur Koestler, Stéphane Lupasco, Karl Popper, Theodor Roszack, Jean-Paul Sartre, Jacques Van Rillaer, Ludwig Wittgenstein, Clara Zetkin.

On peut aussi citer "Le livre noir de la psychanalyse" publié en 2004, sous la direction de Catherine Meyer.

 

Il faut cependant reconnaître à Michel Onfray son hommage à Freud en tant que philosophe et  la gratitude qu’il lui porte pour ses écrits sur la sexualité qui ont « illuminé » son adolescence.

 

 

 

2. Critiques envers la théorie

Partant donc de cette psychobiographie, Michel Onfray s’attaque à la théorie psychanalytique elle-même. Il présente cinq thèses, bien argumentées et étayées, n’en déplaise à Elisabeth Roudinesco, sur une solide  bibliographie et de nombreuses références.

Thèse n° 1 : La psychanalyse dénie la philosophie, mais elle est elle-même une philosophie

Thèse n° 2 : La psychanalyse ne relève pas de la science, mais d’une autobiographie philosophique

Thèse n° 3 : La psychanalyse n’est pas un continuum scientifique, mais un capharnaüm existentiel

Thèse n° 4 : La technique psychanalytique relève de la pensée magique

Thèse n° 5 : La psychanalyse n’est pas libérale, mais conservatrice

 

Oui, mais reste la question essentielle : pourquoi cela a-t-il marché ? Pourquoi Freud a-t-il réussi à tromper son monde et la psychanalyse à influencer durablement le 20eme siècle ? Il y a deux types d’explications : celle d’Onfray et celle donné par Henri F. Ellenberger dans son ouvrage principal, A la découverte de l'inconscient[2]

 

Michel Onfray donne cinq raisons à la réussite de Freud :
1. Freud a fait entrer le sexe dans la pensée occidentale et ce discours était attendu

2. Freud a mis en place une organisation militante très hiérarchisée

3. Freud a créé une religion et une église

4. Le 20eme siècle a été celui de la pulsion de mort en adéquation avec le nihilisme freudien

5. Après 68, Marcuse et le freudo-marxisme ont remis Feud au goût du jour.

 

Henri F. Ellenberger, lui avance l’hypothèse de la « maladie créatrice de Freud » :

De toute évidence, l'atmosphère de légende, qui marque les origines de la psychanalyse selon Ellenberger, justifie davantage les critiques actuelles du freudisme qu'elle n’explique son succès passé. « La psychanalyse, dès ses origines, s'est développée dans une atmosphère de légende, si bien qu'une appréciation objective ne sera guère possible avant que l'on ait su dégager les données authentiquement historiques de cette brume de légendes. […] Malheureusement, l'étude scientifique des légendes, de leur structure thématique, de leur développement, de leurs causes reste une des provinces les moins explorées de la science. [...] Un coup d'œil rapide sur la légende freudienne révèle deux traits essentiels. Le premier est le thème du héros solitaire, en butte à une armée d'ennemis, subissant, comme Hamlet, ''les coups d'un destin outrageant'' mais finissant par en triompher. La légende exagère considérablement la portée et le rôle de l'antisémitisme, de l'hostilité des milieux universitaires et des prétendus préjugés victoriens. En second lieu, la légende freudienne passe à peu près complètement sous silence le milieu scientifique et culturel dans lequel s'est développée la psychanalyse, d'où le thème de l'originalité absolue de ce qu'elle a apporté: on attribue ainsi au héros le mérite des contributions de ses prédécesseurs, de ses associés, de ses disciples, de ses rivaux et de ses contemporains en général.»

 

«Mais c'est surtout, croyons-nous, de la maladie créatrice de Freud que procèdent les principes essentiels de la psychanalyse: les notions de sexualité infantile, de libido avec ses étapes successives, ses fixations et sa transformation possible en angoisse, la situation œdipienne, le roman familial, la théorie des rêves, des actes manqués et des souvenirs-écrans, la conception des symptômes comme substituts des désirs, l'idée que les phantasmes jouent un rôle essentiel dans les névroses et dans la création poétique, et que les tout premiers phantasmes, comme les premières expériences sexuelles authentiques, exercent une influence primordiale sur la destinée des individus.»

 

 

3. Critique envers la pratique

Reste enfin, et c’est sans doute l’essentiel, la critique de la pratique c'est-à-dire de la « cure psychanalytique », telle qu’elle a été pratiquée puis théorisée par Freud et telle qu’elle est encore pratiquée de nos jours par les orthodoxes freudiens.

 

La cure coûte cher et est réservée aux riches. L’acte de payer (en liquide) fait partie de la cure.

Freud n’aimait pas soigner les pauvres et ne s’en est pas caché. Il considérait même qu’il y avait contre-indication. « Le névrosé pauvre ne peut que très difficilement se débarrasser de sa névrose. Ne lui rend-elle pas en effet dans sa lutte pour la vie de signalés services ? Le profit secondaire qu’il en tire est très considérable.  La pitié que les hommes refusaient à sa misère matérielle, il la revendique maintenant au nom de sa névrose  et se libère de l’obligation de lutter par le travail contre sa pauvreté » Freud, Le début du traitement.

 

Il n’existe pas d’indication précise sur le type de trouble que peut soigner une cure. Nombre d’analystes prétendent soigner des troubles qui ne relèvent pas de la névrose.

 

Le psychanalyste, dans son déni du corps, vit dans un monde de fiction, de concepts et d’idées, qu’il se soucie peu d’expliquer à l’analysant : libido, pulsions, instincts, Œdipe, horde primitive, meurtre du père, refoulement, sublimation, Moïse, névrose, psychopathologie, …

 

Les règles édictées par Freud concernant la cure ont souvent été violées, et en premier par lui-même

 

La cure sacralise la relation analyste-analysant (où l’analyste est tout puissant), refusant toute médiation extérieure, même ponctuelle.

 

L’analyste peut n’avoir jamais fait d’étude de médecine. Le seul critère pour devenir analyste est d’avoir été analysé. Et encore Freud ne respectera pas toujours cette règle. Confronté à la question de savoir comment débusquer un charlatan en psychanalyse, Freud répond dans « La question de l’analyse » que ce n’est pas une question de diplômes mais que le charlatan est  « celui qui entreprend un traitement sans posséder les connaissances et les capacités requises ».

 

La cure n’est pas efficace. Elle peut être sans fin, car sans objectif précis. Il n’existe pas de critère clair pour décider de la fin d’une cure.

 

 

Le salon des cartes postales freudiennes

Et pour conclure avec plus de légèreté, pourquoi ne pas se promener dans le salon des cartes freudiennes que Michel Onfray nous invite à déconstruire à l’aide de ses contre-cartes postales.

 

« Qu’est-ce qu’une carte postale en philosophie ? Un cliché obtenu par simplification outrancière, une icône apparentée à une image pieuse, une photographie simple, efficace, qui se propose de dire la vérité d’un lieu ou d’un moment à partie d’une mise en scène, d’un découpage, d’un cadrage arbitrairement effectué dans une totalité vivante mutilée. Une carte postale, c’est le fragment sec d’une réalité humide, une performance scénographique qui dissimula les coulisses, un morceau du monde lyophilisé et présenté sous les meilleurs atours, un animal empaillé, un faux-semblant. »

 

 

 

 

 


Carte postale n° 1 :

Freud a découvert l'inconscient tout seul à l'aide d'une autoanalyse extrêmement audacieuse et courageuse.

Contre-carte postale n°1

Freud a formulé son hypothèse de l’inconscient dans un bain historique dix-neuviémiste, suite à de nombreuses lectures, notamment philosophique (Schopenhauer et Nietzsche pour les plus importantes), mais également scientifiques.

Carte postale n° 2 :

Le lapsus, l'acte manqué, le mot d'esprit, l'oubli des noms propres, la méprise témoignent d'une psychopathologie par laquelle on accède à l'inconscient.

Contre-carte postale n° 2 :

Les différents accidents de la psychopathologie de la vie quotidienne font effectivement sens, mais aucunement dans la perspective d'un refoulement strictement libidinal et encore moins œdipien

Carte postale n° 3 :

Le rêve est interprétable : en tant qu'expression travestie d'un désir refoulé, il est la voie royale qui mène à l'inconscient.

Contre-carte postale n° 3 :

Le rêve a bien un sens, mais dans la même perspective que dans la proposition précédente: nullement dans une configuration spécifiquement libidinale ou œdipienne.

Carte postale n° 4 :

La psychanalyse procède d'observations cliniques : elle relève de la science.

Contre-carte postale n° 4 :

La psychanalyse est une discipline qui relève de la psy­chologie littéraire, elle procède de l'autobiographique de son inventeur et fonctionne à ravir pour le comprendre, lui et lui seul.

Carte postale n° 5 :

Freud a découvert une technique qui, via la cure et le divan, permet de soigner et de guérir les psychopathologies.

Contre-carte postale n° 5 :

La thérapie analytique illustre une branche de la pensée magique: elle soigne dans la stricte limite de l'effet placebo.

Carte postale n° 6 :

La conscientisation d'un refoulement obtenue lors de l'analyse entraîne la disparition du symptôme.

Contre-carte postale n° 6 :

La conscientisation d'un refoulement n'a jamais causé mécaniquement la disparition des symptômes, encore moins la guérison.

Carte postale n° 7 :

Le complexe d'Oedipe, en vertu duquel l'enfant désire sexuellement le parent du sexe opposé et considère le parent du sexe opposé comme un rival à tuer symboliquement, est universel

Contre-carte postale n° 7 :

Loin d'être universel, le complexe d'Œdipe manifeste le souhait infantile du seul Sigmund Freud.

Carte postale n°8
La résistance à la psychanalyse prouve l’existence d’une névrose chez le sujet

Contre-carte postale n° 8 :

Le refus de la pensée magique n'oblige nullement à remettre son destin entre les mains du sorcier.

Carte postale n°9

La psychanalyse est une discipline émancipatrice

Contre-carte postale n° 9 :

Sous couvert d’émancipation, la psychanalyse a déplacé les interdits constitutifs du psychologisme, cette religion séculaire d’après la religion

 

Carte postale n°10

Freud incarne la permanence de la rationalité critique emblématique de la philosophie des lumières

Contre-carte postale n° 10 :

Freud incarne ce qui, à l’époque des Lumières historiques, se nommait l’antiphilosophie – une formule philosophique de la négation de la philosophie rationaliste.

 

 



[1] Il reste encore sans doute beaucoup à découvrir dans les archives Freud à la bibliothèque du Congrès Américain, “sous scellés”, jusqu’en l’année 2057.

[2] A la découverte de l'inconscient, SIMEP, 1974, (ISBN 285334097X), réédité sous le titre Histoire de l'inconscient, Fayard, 2001, 975 pages, (ISBN 2213610908)

24/05/2010

Traité du zen et de l'entretien des motocyclettes


A Julien, qui m’a fait découvrir  ce livre

A Raf, l’amoureux des Solex

A PHP, l’amoureux des BMW …


Zen and the Art of Motorcycle Maintenance


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Pirsig est généralement présenté comme un philosophe et écrivain américain, connu principalement pour son best-seller : « Zen and the Art of Motorcycle Maintenance » ZMM, publié en 1974. Son deuxième roman, Lila: An Inquiry into Morals a été publié en 1991.

(J’emploie le titre anglais, car difficilement traduisible. Dans la suite j’utiliserai l’abréviation ZMM. ZMM a été publié par William Morrow Publishers, après avoir été rejeté par 121 autres éditeurs)

Mais il faut s’intéresser de plus près à la biographie de  Pirsig, car ses livres sont largement autobiographiques.



Qui est en effet réellement Robert Pirsig ?

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Il y a le garçon de 9 ans avec un QI de 170 essayant de s’intégrer dans une école du Minnesota.

Il y a l’étudiant immature exclu, parce rentré trop tôt à l’université.

Il y a le paumé faisant la route dans le Montana

Il y a le GI de 18 ans en Corée, s’ouvrant à la philosophie orientale, et donnant des cours d’anglais

Il y a le passionné de motos, rédigeant des notices pour des revues techniques

Il y a le professeur d’écriture, radical dans sa recherche de la « Qualité », un autre mot pour la « Vérité » et  « l’idée du Bien » platonicienne.

Il y a le mari dangereux condamné à se faire soigner par électrochocs pour tenter de le débarrasser de ses obsessions mortifères.



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Il y a le père brisé tentant de renouer avec son fils Chris lors d’un voyage en moto

Il y a l’écrivain peinant pendant 5 ans et bouclant finalement son manuscrit en 2 mois dans un camping car

Il y a finalement l’auteur célèbre du « Zen and the Art of Motorcycle Maintenance » ZMM

Il y a le père brisé encore et toujours, à la suite de la mort son fils Chris, assassiné

Il y a enfin et pendant longtemps le marin se cachant et se réfugiant dans la réclusion de son bateau.






La Philosophie de Pirsig

J’avoue n’avoir pas compris grand-chose à la philosophie de Pirsig, je trouve même que ses interminables développements sur la « Qualité » et le Zen dont on ne peut rien dire, sont plutôt pénibles à lire et font partie de son côté pathologique. Je ne vois pas ce que cette quête de perfection apporte réellement à la philosophie.

Non, ce qui m’intéresse dans Pirsig, et ce qui est profondément humain, c’est qu’il mélange philosophie et histoire de sa propre vie. Il témoigne de son chautauka personnel. Avec le seul souci de retrouver la sérénité qu'il a perdue. Il veut comprendre ce qui, à un moment crucial de sa vie, l'a brusquement, un jour, rendu fou.


(Chautauka : « On appelait Chautauqua, autrefois, les spectacles ambulants présentés sous une tente, d'un bout à l'autre de l'Amérique, de cette Amérique où nous vivons. C'étaient des causeries populaires à l'ancienne mode, conçues pour édifier et divertir, pour élever l'esprit par la culture. »)




Zen and the Art of Motorcycle Maintenance (ZMM)

Roman philosophique, autobiographique, existentiel sur les souffrances d’un ancien professeur en quête d’un absolu mythique et indéfinissable, la « Qualité », interaction entre le sujet et l’objet.

C’est un livre sur le voyage et le vagabondage, la route et l’aventure, c’est un livre entre « Sur la route » de Jack Kerouack et « Easy Rider » de Dennis Hopper.


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On apprend qu’il sort d’un hôpital psychiatrique où son ancienne personnalité (qu’il nomme Phèdre) a été détruite à coups d’électrochocs. Dans son ancienne vie, il était un professeur d’anglais et de rhétorique passionné de philosophie. Tout va basculer quand il va se lancer dans l’étude du concept de Qualité. A la suite de ses recherches il met en place un système philosophique qui divise la pensée humaine en deux types : romantique et classique. Surtout, il voit en la Qualité la force créatrice au cœur de toute chose et qui transcende la dualité traditionnelle entre sujet et objet. Cette quête de la Qualité va l’entraîner dans la folie.


Et d'autant plus qu'il est devenu Phèdre sans le vouloir, ce disciple de Socrate qui osait tenir tête à son maître. Il est le fantôme de Phèdre, créature hideuse qui l'habite et qui hante ses nuits. Sous sa tente, il se réveille en hurlant dans son sac de couchage. «Qui es-tu, Phèdre? Où es-tu? Je vais te tuer!» Il le hait, il essaie de l'étrangler, de lui tordre son cou visqueux et de voir enfin son visage... Quel visage? Le sien, bien sûr, puisqu'il est Phèdre, puisqu'il est cette créature haïssable.


«Papa! Papa! crie son petit garçon terrorisé et en larmes, tu as voulu me tuer. Pourquoi?» Le père répond: «Non, pas toi, pas toi, c'est juste un rêve, un cauchemar.» Le fils continue: «Comme quand tu étais derrière cette porte en verre? Dans ce cercueil que tu ne voulais pas ouvrir?» Etait-ce un souvenir de l'hôpital psychiatrique? Etait-ce encore un rêve? Un rêve qu'il n'avait jamais raconté à personne, qu'il avait d'ailleurs oublié. Comment son fils en avait-il connaissance?

Le pauvre garçon - Chris - a déjà subi, lui, les premiers symptômes d'une crise psychotique et bien sûr il déteste ce voyage exécrable !


Et le zen ? On y fait à peine quelques allusions, sans plus. « Les seules pensées zen que vous puissiez trouver en haut d'une montagne sont celles que vous avez apportées avec vous. »

Quant à l’entretien des motocyclettes, l'auteur essaie de montrer qu'il obéit aux mêmes principes philosophiques qui régissent toute activité humaine. « Un moteur de motocyclette obéit point par point aux lois de la raison; et une étude de l’art de l'entretien des motocyclettes, c’est, en miniature, une étude de l’art du raisonnement. »

.




Et pour continuer avec la philo et la mécanique des 2-roues,  je vous recommande chaudement un Blog d’enfer sur la création d’objets bizarres à partir de Solex, j’ai nommé :

Docteur Solex !

(Cliquer sur le titre)

 

 

 

 

17/05/2010

Faut-il tuer le père (le jazz américain) ?

Café philo

 

Du 10 au 16 mai, a eu lieu à Apt, le 20eme festival LuberonJazz, et dans ce cadre, le café philo d’Apt avait décidé d’aborder le thème :

LE JAZZ EUROPEEN PEUT-IL TUER LE « PÈRE » ?


Café philo d’Apt animé par Philippe Mengue
Invités :
Armand Meignan - directeur-fondateur de l’Europajazz au Mans, président de l’Afijma (association des festivals innovants en jazz et musiques actuelles), directeur artistique des RDV de l’Erdre à Nantes
Jean-Alain Cayla - maire de Buoux
Philippe Porret – psychanalyste

« Il y a à peine vingt ans programmer du jazz européen dans un festival de jazz français paraissait d’une folle audace, en dehors des pionniers du genre (Europajazz Le Mans, Grenoble Jazz Festival puis Jazz à Mulhouse ou les Rencontres Internationales de Nevers…). Aujourd’hui c’est devenu presque banal, et la programmation des festivals hexagonaux (même les plus américanisés : Marciac, Vienne) s’enrichit de ces musiciens européens, nourris aux sources même de la musique afro-américaine, mais capables de produire un jazz créatif et métissé, très original, qui n’a plus de leçons à recevoir des Amériques ! Pourquoi ce changement majeur ? Est-ce que ce jazz européen, occupant désormais largement “les réseaux de diffusion” peut tuer le “Père” ? »

Armand Meignan ouvre le débat par une courte histoire du jazz, de ses origines (fin 19 eme) jusqu’à nos jours, en insistant sur quatre grandes phases : Classique, Be-bop, Free jazz et aujourd’hui Free music).

S’ensuit une discussion sur la nécessité de définir ce qu’est le jazz (thème du café philo de 2009) et à la conclusion que ce n’est pas évident de définir ce qu’est le jazz aujourd’hui.

Un accord se fait sur la définition suivante : le jazz se définit par
- Son origine
- son tempo : le swing
- un large recours à l’improvisation
- ses instruments et ses types de formation

django.jpgQuant à son histoire, elle est essentiellement américaine jusque dans les années 50. En Europe, à partir des années 30, c’est surtout Django Reinhardt et son alter ego, Stéphane Grapelli. Ce n’est qu’à partir des années 40 et l’après guerre que le jazz explose d’abord en France et les pays scandinaves puis dans toute l’Europe.

Plusieurs intervenants contestent l’idée d’opposer le jazz européens au « père » américain. Le jazz, dans ses diverses formes constitue une communauté où les musiciens se sont toujours rencontrés.

Jean-Alain Cayla insiste sur la richesse des variétés du jazz notamment dans la dernière période et il insiste sur ce qui fait vraiment le cœur du jazz : le swing.


Armand Meignan, en bon connaisseur du monde du jazz et de ses festivals a ensuite montré toute la richesse de son développement en Europe et la fait qu'il se développe aujourd'hui de façon autonome, le jazz américain étant devenu presque marginal dans la plupart des festivals.


Philippe Poret aborde alors la question de ce que signifie : Tuer le père ? Il dit avoir dans un premier temps rejeté cette formulation du thème du café philo, puis, dans un second temps l’avoir trouvée pertinente si on l’examine suivant ses deux modalités résumées à travers les deux exemples suivants :

1. Brutus tue César (son père adoptif) pour le renverser et prendre sa place. Mais il se substitue à lui dans son rôle sans rien y changer.

2. Dans Totem et Tabou, Freud, s'inspirant d'une conviction de Darwin, suppose à l'origine de l'humanité une horde primitive, groupement humain sous l'autorité d'un père tout-puissant qui possède seul l'accès aux femmes. Il présuppose alors que les fils du père, jaloux de ne pouvoir posséder les femmes, se rebellent un jour et le tue, pour le manger en un repas totémique. Ce meurtre du père est la base des liens sociaux et des nouvelles règles (interdiction de l’inceste et du parricide).

Un intervenant se demande si l’après-guerre n’a pas produit en Europe un stéréotype du jazz (symbole de libération festive, image du GI noir américain, …). Ce serait pour se libérer de ce stéréotype, que le jazz européen aurait remis en cause, à partir des années 60, la suprématie du jazz américain.

Armand Meignan précise que cette remise en cause a été contemporaine des mouvements de contestation plus politiques liés à la guerre du Vietnam et l'image dégradée des Etats-Unis en Europe dans les années 60.

Philippe Poret émet l'hypothèse que tout mouvement musical se développe sur un "capital douleur". Pour le jazz, ce fût le cri des esclaves noirs américains, (pour le rap c'est le cri des cités). Se poserait donc aujourd'hui la question du rapport du jazz moderne avec ses origines.

 

En conclusion, Philippe Mengue se pose la question de la pertinence du sujet compte tenu de la difficulté de cerner ce qu’est exactement le jazz. Mais que ce débat a en effet permis de progresser dans cette tentative.

Cela pouvait paraître singulier d'organiser un café-philo sur le Jazz, mais j'ai personnellement trouvé que c'était une bonne introduction à ce festival.

 

 

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Quelques liens

Sur l’histoire du Jazz

http://www.ambfrance.fr/article.php?ida=265

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jazz

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_du_jazz


Sur LuberonJazz
www.luberonjazz.net

http://www.myspace.com/luberonjazz1


Sur le Café philo d’Apt
www.cafe-philo.fr

13/05/2010

Lancer un café philo

 

« C’est un phénomène récent que le débat philosophique se soit installé dans des  lieux publics qui n’étaient a priori nullement destinés à cet usage : cafés, brasseries… L’émergence de ce phénomène est liée au besoin ressenti dans la population - partout dans le monde - de poser, de nouveau au coeur des villes, des questions importantes sur le sens de la vie et l’actualité.

En 1992, à Paris, au Café des Phares, place de la Bastille, un débat prend corps autour de Marc Sautet, philosophe, et de quelques amis. La conversation gagne les consommateurs… Puis elle gagnera en temps, en régularité, en participants et en animateurs. Ce premier Café philo se réunit toujours à Paris, les dimanches à 11h, et il a essaimé partout en France et dans le monde. »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Caf%C3%A9_philosophique

 

« Ni cercle pour initiés ni groupe de thérapie sauvage, le débat du Café des Phares a trouvé son « créneau » au fil des semaines et des mois. Les deux tendances ont coexisté mais se sont neutralisées mutuellement. Leur conflit laisse désormais la voie libre à quelque chose de tout différent : on ne parle pas pour faire taire les autres mais pour réfléchir avec eux ; on ne parle pas de soi pour se raconter mais pour défendre une opinion et la soumettre à l'examen de tous. Naturellement, les nouveaux, ceux qui viennent pour « la première fois » (comme cette expression est désormais suspecte!), ont tendance à retomber dans un travers ou l'autre. Mais, assez vite, ils comprennent qu'ils font fausse route et s'adaptent ou disparaissent. »

Marc Sautet, Un café pour Socrate, Éditions Robert Laffont © 1995.

http://www.philo5.com/Mes%20lectures/SautetMarc_UnCafePou...

 

Pourquoi ne pas lancer un café-philo dans votre commune ?

Pour lancer un Café philo, il faut un lieu accueillant, des organisateurs et des animateurs compétents et un minimum de règles résumées dans une charte acceptée par tous.

Les animateurs
Un modérateur qui veille à  réguler les échanges, à faire respecter la liberté d’opinion et à  faire rebondir le débat, mais aussi à assigner à celui-ci une cohérence, afin d’orienter et approfondir la problématique

Un ou plusieurs présentateurs. C’est l’occasion d’ouvrir le cercle du café philo à de nouveaux intervenant, à l’occasion des évènements de la vie locale. Mais le café-philo étant avant tout un lieu de débat, on évitera tout cours professoral, tout one-man-show. Les présentations devront être courtes (30 mn maximum) et devront essentiellement expliciter les thèmes soumis au débat, ouvrir des problématiques et éviter l’exposition de convictions, sauf en cas de présentations contradictoires.

 

 

La charte

On l’aura compris, l’attrait et la spécificité du Café Philo tiennent aussi et avant tout à l’ouverture de ses débats et à son indépendance qui peut être l’objet d’une charte.

 

Voici quelques exemples de chartes :

 

http://alderan.association.perso.neuf.fr/cariboost_files/...

http://www.cafephilo.be/charte.php

http://www.crdp-montpellier.fr/ressources/agora/D010013A....

http://cafephiloweb.free.fr/cpwt/contrib/debat10.htm

http://fr.wikipedia.org/wiki/Caf%C3%A9_philosophique

 

Un minimum de structure
Pour éviter que le café philo ne soit la chose de quelques-uns, voire l’objet d’accaparation ou de récupération, on mettra en place une structure démocratique de type association 1901. On peut faire plus léger, l’important c’est qu’il existe un noyau d’animation ouvert qui gère le pourquoi, le quoi et le comment.

Il se réunira entre chaque café-philo pour un bilan, la sélection des thèmes à venir et la préparation des prochains café-philos. Il sera ouvert à tous ceux qui veulent apporter leur contribution.

 

Une liste de cafés-philo sur Internet :

http://cafephiloweb.free.fr/cpwt/liens2.htm

21/03/2010

Darwin, le singe et l'homme

 

Faisant référence à la théorie de l’évolution, à Darwin et à "L’Origine des espèces" il était courant jusqu’à ces derniers temps d’affirmer :

L’homme descend du singe !


Or ne voilà-t-il pas que depuis fin 2009, on voit fleurir l’affirmation contraire : dans son n° 35 de décembre 2010, PHILOSOPHIE MAGAZINE en faisait même sa une de façon un peu racoleuse :

Le singe descend de l'homme !

« Scoop ! La découverte de notre ancêtre Ardi est venue confirmer ce que nombre de paléontologues pressentaient : le redressement des hominidés sur leurs deux jambes a précédé l'apparition des grands singes. Rendu public, cet automne, par la revue américaine Science, ce constat bouleverse la vision de nos origines. Et ouvre un chantier philosophique nouveau. Car si la station debout ne nous caractérise pas, pas plus que les outils ou la taille du cerveau, qu'est-ce qui fait le propre de l'homme ? Les préhistoriens Yves Coppens et Marc Groenen, les éthologues Frans de Waal et Dominique Lestel, et les philosophes Robert Legros, Peter Singer, Étienne Bimbenet et Pascal Engel s'engagent dans ce débat crucial et passionnant. »

 

Evidemment les deux affirmations sont fausses. Et la réalité est beaucoup plus simple mais moins médiatique :

L’homme et le singe ont un ancêtre commun

Je ne ferai pas l’injure à ces préhistoriens, éthologues et philosophes de croire qu’ils ignorent cette évidence. Alors se pose la question : pourquoi se laissent-ils enfermer dans ces formules réductrices et inexactes ? Essayons de creuser un peu cette controverse, car derrière ces querelles de formules, n’y a-t-il pas la question de la place de l’homme dans le monde du vivant et du rôle que certains voudraient faire jouer à Dieu dans l’évolution ?



1. Ce qu’a écrit Darwin

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Dans L'Origine des espèces[1] , Darwin ne parle pas des origines de l'homme, ni de l’évolution. Ces thèses lui paraissaient trop sujettes à controverse pour être abordées. Ce sont ses adversaires qui ont caricaturé le débat en s’opposant bec et ongle aux thèses de Darwin et à leurs conséquences non exprimées, comme le fait que les hommes descendent d’un ancêtre quadrumane proche des Grands Singes.

Ce n’est que dans un autre ouvrage bien plus tardif, « La filiation de l’homme et la sélection lié au sexe[2] » que Darwin, pressé de prendre parti, a abordé la question des origines de l’homme. Laissons donc parler Darwin :

« L’homme, dit-il, descend d’un quadrupède velu, ayant une queue et des oreilles pointues, vraisemblablement grimpeur (arboreal) en ses habitudes, et appartenant au vieux continent. Cette créature, si un naturaliste avait pu en examiner la structure, eût été classée parmi les quadrumanes aussi sûrement que l’aurait été l’ancêtre commun, et encore plus ancien, des singes du vieux et du Nouveau-Monde. Les quadrumanes et tous les mammifères supérieurs dérivent probablement d’un marsupial ancien, et celui-ci, par une longue filière de formes variées, soit d’une espèce de reptile, soit d’un animal amphibie, lequel à son tour a pour souche un poisson. Dans les brumes du passé, nous pouvons voir distinctement que l’ancêtre de tous les vertébrés a dû être un animal aquatique, à branchies, réunissant les deux sexes dans le même individu, et chez lequel les organes principaux, tels que le cerveau et le cœur, n’étaient développés que d’une manière imparfaite. Cet animal a dû, semble-t-il, se rapprocher des larves de nos ascidiacés marins plus que de toute autre forme connue. »


« L’homme est excusable, dit en terminant M. Darwin, d’éprouver quelque orgueil à se voir au sommet de l’échelle organique, et, puisqu’il y est arrivé lentement, il peut espérer de monter plus haut encore ; mais nous ne cherchons pas ce qu’il faut espérer ou craindre, il nous suffit d’envisager la réalité. J’ai exposé les faits aussi fidèlement que j’ai pu, et voici, je crois, ce qu’il nous faut reconnaître : l’homme, avec toutes ses nobles qualités, avec sa sympathie pour les êtres les plus dégradés, avec sa charité qui s’étend non-seulement à ses pareils, mais aux plus humbles créatures, avec sa divine intelligence qui pénètre les mystères de la mécanique céleste, ― l’homme enfin avec toutes ses admirables facultés porte encore dans la structure de son corps le sceau indélébile de sa basse origine. »


En résumé sur l’origine de l’homme, Darwin dit trois choses :
- L’homme et le singe ont un ancêtre commun, plus proche du singe que de l’homme

- L’homme est au sommet de l’échelle organique
- L’homme garde les traces de son origine animale.



2. Les anthropocentriques : L’homme descend du singe !

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Darwin avait bien compris le côté révolutionnaire de sa théorie qui remet en cause le dogme d’un monde créé par Dieu.

« Je ne puis me dissimuler, dit à ce propos M. Darwin, que les conclusions de mon livre seront dénoncées par certaines gens comme profondément irréligieuses. Que celui qui les dénoncera ainsi prouve donc qu’il est plus irréligieux d’expliquer l’origine de l’espèce humaine en la faisant descendre par variation progressive de quelque forme inférieure que d’expliquer la naissance de l’individu par les lois de la reproduction ordinaire. La naissance de l’individu et celle de l’espèce sont au même titre des anneaux de cette chaîne d’événemens que l’esprit se refuse à considérer comme le résultat d’un aveugle hasard. La raison se révolte contre une telle conclusion, qu’il nous soit possible ou non de croire que la moindre variation de structure, l’union de chaque couple d’êtres animés, la production de chaque germe, aient été ordonnées en vue d’un but spécial. »

En simplifiant le message de Darwin, l’affirmation « l’homme descend du singe » est alors proposée par les évolutionnistes pour faire passer le discours darwinien. Si l’on a fini par accepter que l’homme avait des origines animales, c’est en partie parce que le discours darwinien, tel qu’il était vulgarisé par certains évolutionnistes, portait en lui une notion de complexification, menant des formes les plus simples aux plus abouties - l’homme étant au sommet.

Ainsi on est passé d’un « homme créé par Dieu à son image » à un homme placé par l’évolution au sommet du processus de complexification. Et cette place privilégiée a aussi permis la récupération de la théorie de l'évolution par les tenants du créationnisme sous la forme de la fameuse thèse de « L’Intelligent Design », selon laquelle l’homme est au sommet d’une évolution dont le dessein est guidé par Dieu.



3. Les théocentriques : Le singe descend de l’homme !

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Donnons donc la parole au créationniste, heureusement peu connu, Jean-François Péroteau, qui a publié en 1995 un livre dont le titre est justement : LE SINGE DESCEND DE L’HOMME, OU LA CRÉATION PROGRESSIVE ET L’ÉVOLUTION REGRESSIVE

L’auteur déclare dans son introduction :

« Bien sûr, ce livre n’a pas la prétention de prouver scientifiquement la descendance d’anthropoïdes à partir d’un homme parfait mais représente une invitation à travailler différemment, à chercher dans une autre direction, celle de la perfection originelle et de l’évolution régressive qui lui fait suite. Tout ce que Dieu crée est parfait, donc toutes les imperfections constatées dans le cosmos et la biosphère n’ont pu apparaître qu’après l’œuvre des six jours. Les imperfections physiques et biologiques ne sont pas les accidents fatals d’un processus tâtonnant vers un état plus perfectionné, car cela ne ressemble pas à Dieu dont les œuvres sont d’emblée parfaites, mais les étapes successives d’une dégénérescence universelle, d’une évolution régressive généralisée »

La thèse « Le singe descend de l’homme » est donc pain béni pour les créationnistes de tous poils et ceci a été souligné par Philosophie magazine dans son fameux dossier du n° de décembre.



4. Pourquoi cette controverse aujourd’hui ?

Dès les années 1920 la communauté scientifique a commencé, même à propos de l’homme, à concevoir que l’arbre de l’évolution est buissonnant, plein de branches qui se ramifient et poussent en parallèle. L’homme et les différents singes sont des ramures qui ont divergé à partir d’un ancêtre commun. Et nous partageons avec nos plus proches parents, les chimpanzés, des traits communs hérités de l’ancêtre à partir duquel nous avons divergé en Afrique, il y a 6 ou 7 millions d’années. Peut importe à quoi ressemblait cet ancêtre commun, qui était probablement aussi différent de l’homme que des Grands Singes actuels.

Depuis les années 1990, suite aux découvertes de Lucy, Ardi, Orrorin et Toumaï, paléontologues, éthologues, préhistoriens et philosophes ont pris en compte une nouvelle complication de l’humain : l’homme n’est plus cet être exceptionnel qui s’arrache à l’animalité en se dressant debout.

L’ancêtre commun des Grands Singes (Paninés) et des Homo (Homininés) serait beaucoup plus ancien (7MA) qu’on ne le pensait et il serait déjà bipède. La bipédie reste une compétence décisive, car en se redressant les hominidés auraient vu se délier leur mains (outil), leur langue (langage) et grossir la taille de leur cerveau.

Pour les paléoanthropologues et les préhistoriens les frontières entre animalité et humanité sont plus floues que jamais et ils font appel au philosophe pour éclairer la question.

 

 

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5. Que peut-on en conclure ?


Cette controverse doit nous incite à repenser la place de l’homme dans le monde du vivant. L’homme n’est pas la référence et il n’est au centre de rien. Cela est vrai pour sa place dans l’espace, mais aussi pour sa place dans l’évolution. Il n’a aucune place privilégiée dans l’univers.

Et c'est l'occasion de relire ce qu'a écrit Jacques Monod en conclusion de son essai « Le Hasard et la Nécessité. Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne [3]» paru en 1970.

« L'ancienne alliance est rompue ; l'Homme sait enfin qu'il est seul dans l'immensité indifférente de l'Univers d'où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n'est écrit nulle part. À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. »



[1] Sur l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle, ou la Préservation des Races les meilleures dans la Lutte pour la Vie, Londres, John Murray, 1859

[2] The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex, Londres, John Murray, 2 volumes, 1871.

[3] Essai dont le titre est tiré d’une citation attribuée à Démocrite, philosophe grec né en 460 av. J.-C

« Tout ce qui existe dans l'Univers est le fruit du hasard et de la nécessité »

 

08/03/2010

"Agora" de Alejandro Amenábar

agora.jpgIntéressant, ce peplum philosophique, par les deux personnages principaux qu'il met en scène à Alexandrie au 4eme siècle après JC.

D'un côté Hypathie, femme philosophe et astronome, tente de préserver les richesses de la bibliothèque. Elle est belle (très belle interprétation de Rachel Weisz!), païenne, c'est à dire non monothéiste et anime un petit cercle de fidèles auxquels elle dispense son enseigenement dans la tradition platonicienne. Elle tient sous influence le pâle Oreste, préfet romain qui, sans elle, aurait disparu dans les poubelles de l'histoire.

De l'autre côté Cyrille, évèque d'Alexandrie qui va lâcher ses hordes de chrétiens fanatiques pour faire la chasse aux hérésies,  anéantir les juifs de la cité et lapider cette pauvre Hypathie.

Vénéré comme saint aussi bien en Orient qu'en Occident, saint Cyrille fut proclamé docteur de l'Eglise en 1882 par le Pape Léon XIII, et a fait l'objet d'un vibrant hommage par le pape Benoît XVI dans une audience du 3 octobre 2007, pour son importante contribution au culte marial.

 

Malgré ses côtés grand spectacle, ce film permet une saine réflexion sur le fondamentalisme et le fanatisme religieux !