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05/02/2012

Nasa : la bactérie shootée à l'arsenic a du plomb dans l'aile !

Rappelez-vous, le 2 décembre 2010 tombait sur Internet un communiqué de la Nasa :

"Une découverte en astrobiologie qui aura un impact sur la recherche de preuve d'une vie extraterrestre. ne conférence de presse doit suivre."
http://www.nasa.gov/topics/universe/features/astrobiology...

 

La blogosphère s'enflammait, les Ufologues et autres fanas des ovnis exultaient ..., le Nouvel Obs titrait : "La Nasa découvre une nouvelle forme de vie extra-terrestre ".

 

Une certaine Felisa Wolfe-Simon, chercheuse en "astro-biologie", recrutée en 2010 par la NASA et pressée de se faire un nom avait en effet découvert en 2009 une souche de bactérie bizarre dans le lac Mono (Californie), quelle avait prénommée GFAJ. GFAJ, oui bien sûr comme " Get Felisa a Job ".

 

mono_lake01-09.jpg

 

Felisa avait ensuite eu l'idée de shooter cette bactérie à l’arsenic, pour voir comment elle réagissait. Et Felisa prétendait constater que le poison s'intégrait sans dommage au coeur même de la machinerie microbienne, y compris dans l'ADN et dans le carburant cellulaire, l'ATP. D’où le communiqué du 2 décembre 2010.

Après ce premier coup médiatique réussi, Felisa et son équipe réussisaient à faire publier un article dans la revue Science du mois de juin 2011 :

"Science 3 June 2011, Vol. 332 no. 6034 pp. 1163-1166
RESEARCH ARTICLE : A Bacterium That Can Grow by Using Arsenic Instead of Phosphorus

AUTHORS : Felisa Wolfe-Simon, Jodi Switzer Blum, Thomas R. Kulp, Gwyneth W. Gordon, Shelley E. Hoeft,Jennifer Pett-Ridge, John F. Stolz, Samuel M. Webb, Peter K. Weber, Paul C. W. Davies, Ariel D. Anbar, and Ronald S. Oremland

ABSTRACT : Life is mostly composed of the elements carbon, hydrogen, nitrogen, oxygen, sulfur, and phosphorus. Although these six elements make up nucleic acids, proteins, and lipids and thus the bulk of living matter, it is theoretically possible that some other elements in the periodic table could serve the same functions. Here, we describe a bacterium, strain GFAJ-1 of the Halomonadaceae, isolated from Mono Lake, California, that is able to substitute arsenic for phosphorus to sustain its growth. Our data show evidence for arsenate in macromolecules that normally contain phosphate, most notably nucleic acids and proteins. Exchange of one of the major bio-elements may have profound evolutionary and geochemical importance."

 

Où en sommes-nous un peu plus d'un an après ?

Comme pour l'affaire des "neutrinos qui vont plus vite que la lumière", le soufflé est retombé, au point que la quasi totalité de la presse, y compris scientifique n'en fait plus mention. Pourtant, très vite après le communiqué de la NASA, les spécialistes du domaine avaient pointé des insuffisances méthodologiques dans la démonstration de Felisa Wolfe-Simon et de son équipe.

"Rosie Redfield, microbiologiste à l'université de Colombie-Britannique, a vite pris la tête de la contestation. Sur son blog, elle a reproché à Science de n'avoir pas exigé ces vérifications avant de publier des résultats aussi spectaculaires. Comme d'autres sceptiques, elle a adressé à la revue un "commentaire" critique, qui a donné lieu comme il se doit à une réponse de l'équipe de Felisa Wolfe-Simon : celle-ci maintenait ses conclusions initiales.

La suite logique consistait donc à tenter de reproduire ses résultats, de façon indépendante. C'est une démarche en principe classique : elle permet de vérifier que les observations sont solides. Mais ce n'est pas toujours fait, car le temps passé risque de n'être guère productif, en termes de publications : les revues scientifiques veulent de l'inédit, pas la copie conforme de résultats publiés auparavant.

S'il existe une chance que le résultat initial soit invalidé, le risque mérite cependant d'être couru. Rosie Redfield a donc demandé des échantillons de GFAJ à Felisa Wolfe-Simon et s'est lancée dans la réplication de l'expérience. Mais elle l'a fait sous une forme inédite : elle a utilisé son blog pour faire partager au public et à la communauté des microbiologistes toutes les étapes de ce "remake".

Rosie Redfield est en effet une adepte de la "science ouverte", un mouvement qui souhaite, dans la lignée de l'open source en informatique, faire partager au plus grand nombre le processus de la production scientifique. Dans cette mouvance, certains vont jusqu'à mettre en ligne leur cahier de laboratoire, avec toutes les données brutes. Ce n'est pas le cas de Rosie Redfield, mais la lecture de son blog a offert pendant des mois un aperçu fascinant de la science en train de se faire.
http://rrresearch.fieldofscience.com/

Où en est-on ? Les ultimes vérifications menées par un étudiant de Princeton, en collaboration avec la chercheuse canadienne, ne montrent aucune trace d'arsenic dans l'ADN de GFAJ. La messe est-elle dite ? Interrogée par Nature, la rivale de Science, Felisa a répondu qu'elle "ne (comprenait) pas entièrement les résultats et les conditions d'expérience du site Web", et a dit espérer que ceux-ci seront publiés dans une revue à comité de lecture, "car c'est ainsi que la science progresse le mieux". Rosie a donc soumis, le 30 janvier, un manuscrit à Science. Celle-ci relèvera-t-elle le gant ?"

"La bactérie "Give Felisa a Job" sur le gril d'un blog", LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 03.02.12 |  

 

"La critique la plus brillante, extrêmement bien documentée et solide a été de Dr Rosie Redfield, microbiologiste à l’Université de British Columbia. Elle a dressé une longue liste de problèmes dans le papier et l’a qualifié de « beaucoup de charlataneries, mais très peu d’informations fiables ». Parmi les problèmes cités, remarquons  le phosphore présent dans des concentrations très élevées dans le milieu de culture des bactéries ainsi que le manque total de vérification que les bactéries ne l’absorbent pas, et une analyse incorrecte de l’ADN censé être composé d’arsenic.

Le même jour, Alex Bradley, un géochimiste et microbiologiste à l’Université de Harvard,soulevait une autre préoccupation, à savoir l’instabilité dans l’eau des composés contenant de l’arsenic. Il a également mentionné la mauvaise analyse de l’ADN et a rappelé que la spectrométrie de masse aurait dû être utilisée afin de clore le débat étant donné que cette technique est une façon très précise de déterminer quels sont les éléments contenus dans une molécule."

http://owni.fr/2011/01/12/intoxication-mediatique-a-larse...

 

La connaissance : "une croyance vraie justifiée par suffisamment de preuves"

Toute cette affaire pose le problème de la validité et de l'intégrité des publications scientifiques. Comme dans les domaines de la santé ou du climat, les enjeux financiers et le poids des lobbies sont tellement forts qu'ils aboutissent au non respect des principes de l'éthique scientifique en matière de publication.

Ces règles, après un débat approfondi au sein de la communauté scientifique ont fait l'objet d'une publication : La Déclaration de Singapour sur l'Intégrité en recherche

La Déclaration de Singapour résulte des travaux de la seconde conférence mondiale sur l'intégrité en recherche. Cette déclaration, qui énonce 4 principes et 14 responsabilités que les chercheurs du monde entier devraient suivre, concerne particulièrement les institutions de recherche alors que le public attend de plus en plus une conduite responsable des activités de recherche.

 

De Lyssenko à Jacques Benveniste, en passant par Fleischmann et Pons, la liste des promoteurs de pseudo-sciences est trop longue pour rester indifférent.

Il faut saluer les initiatives comme celle d'Alan Sokal en 1997 (Publication avec Jean Bricmont, du livre Impostures intellectuellesOdile Jacob(ISBN 2-253-94276-6)) et l'ouverture de blogs comme celui de Rosie Redfield aujourd'hui.

 

29/01/2012

Espèce humaine, espèce nuisible ?

De l'Homo sapiens à l' Homo faber

En philosophie, la notion d'Homo faber fait référence à l'homme en tant qu'être susceptible de fabriquer des outils.

Ces outils, signe de l’intelligence d’Homo Sapiens, associés à sa capacité de langage ont permis à l’Homo faber de prendre le contrôle de l’ensemble des activités terrestres et de dominer toutes les autres espèces.

Evidemment l’espèce Homo a été confortée dans cette prise de pouvoir par un soutien moral de poids : celui de Dieu, du moins celui de la Bible !

Lisons en effet la Genèse : par deux fois Dieu a donné à Homo Sapiens la totale disposition de la création terrestre : 

A l’intention des premiers hommes, Dieu dit : « faisons un adam à notre image comme notre ressemblance, pour commander au poisson de la mer, à l’oiseau du ciel, aux bêtes et à toute la terre, à toutes les petites bêtes ras du sol. » Genèse 1, 26-31

Plus tard, après l’épisode du déluge, « Dieu bénit Noé et ses fils, et leur dit : Soyez féconds, multipliez, et remplissez la terre. Vous serez un sujet de crainte et d'effroi pour tout animal de la terre, pour tout oiseau du ciel, pour tout ce qui se meut sur la terre, et pour tous les poissons de la mer: ils sont livrés entre vos mains. Tout ce qui se meut et qui a vie vous servira de nourriture: je vous donne tout cela comme l'herbe verte. »Genèse 9,1-10,32

 

Evidemment, il fallait bien un coup de main pour repeupler la Terre, car toute l’humanité, à l’exception de Noé et sa famille venait d’être anéantie par L’Eternel :

« L'Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur coeur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. L'Éternel se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre, et il fut affligé en son coeur. Et l'Éternel dit : J'exterminerai de la face de la terre l'homme que j'ai créé, depuis l'homme jusqu'au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel ; car je me repens de les avoir faits. Mais Noé trouva grâce aux yeux de l'Éternel. " Genèse 6:5-8:22

 

 

De l'Homo faber à l'Homo nocibilis

L'espèce humaine a donc prospéré, a établi son emprise sur tout l'écosystème terrestre et ses outils sont devenus de plus en plus puissants, au point de pouvoir porter gravement atteinte à l'équilibre de la planète elle-même et donc à la vie qui s'y est développée, grâce à une période de stabilité de quelque 4 milliards d'années.

L'espèce humaine serait-elle devenue une espèce nuisible ?

Après Homo faber et Homo economicus, faudrait-il dénoncer l’advenue d’Homo nocibilis ?

 

 

Mais qu’est-ce qu’une espèce nuisible ?

Un organisme nuisible est un organisme dont l'activité est considérée comme négative pour l'homme ou ses activités. Il peut s'agir de plantes, d'animaux, de virus, de bactéries, de mycoplasmes ou autres agents pathogènes.

Plus généralement, une espèce devient nuisible lorsqu'elle est susceptible de causer des dégâts importants à la flore et la faune, aux activités agricoles, forestières, d'élevages et aquacoles ou pouvant porter atteinte à la santé ou à la sécurité publique.

Le problème de ces définitions est qu'elles n'envisagent le caractère nuisible que par rapport à l'espèce humaine. Après avoir cru qu'il était le centre du monde, Homo sapiens croit toujours qu'il est le centre de la terre.

D'ailleurs la notion d'animal nuisible n'est pas utilisée en écologie, tous les êtres vivants jouant un rôle dans leur écosystème. Le problème ne se poserait que pour les animaux introduits artificiellement ou ceux dont le milieu a été modifié par l'homme (par l'élimination de prédateurs par exemple).

Homo sapiens reste un animal, mais il est plus qu'un animal.

Par l'advenue de sa conscience, par son langage, par ses outils, il est sorti du règne animal. Il est sorti du cadre de l'évolution décrite par Darwin. Homo sapiens sait maitriser sa reproduction, sait modifier le génome des espèces vivantes ; Homo sapiens peut transformer, a commencé à transformer son environnement en un gigantesque artefact.

Dans ce sens on peut retenir pour Homo faber, la notion d'espèce nuisible, ou dangereuse car il a la capacité de modifier artificiellement et de façon massive son environnement ainsi que celui des autres espèces.

 

 

Et une espèce nuisible pour qui ?

Intéressante question qui délimite d'ailleurs trois types d’écologie :

- face au danger pour l'espèce humaine elle-même, s'est développée une écologie humaniste ou anthropocentriste (centrée sur l’homme) qui vise à protéger l’environnement au bénéfice de l’espèce humaine.
- face au danger pour les autres espèces, s'est développé une écologie « utilitariste » centrée sur protection du règne animal
- face au danger pour la planète en général, s'est développé une écologie plus radicale qui voudrait prendre en compte les droits de la "nature" y compris du règne végétal, voire minéral.

Mais bien sur, toutes ces entreprises écologiques sont le fait de l'espèce humaine !

 

 

Homo faber : les mythes

Mais revenons à Homo faber : il a fait l’objet de nombreux mythes, aussi bien chez les grecs que chez les judéo-chrétiens : 

Extraits de Wikipedia : Prométhée

« En philosophie, le mythe de Prométhée est admis comme métaphore de l'apport de la  connaissance aux hommes. C'est un des mythes récurrents dans le monde proto indo-européen (mais on le retrouve également chez d'autres peuples):

§  Il rapporte comment ce messager divin ose se rebeller, pour voler -contre l'avis des dieux- le Feu sacré de l'Olympe (invention divine symbole de la connaissance) afin de l'offrir aux humains et leur permettre de s'instruire .

§  Il est aussi évocateur de l’hybris -la force démesurée-, la folle tentation de l'homme de se mesurer aux dieux et ainsi de s'élever au-dessus de sa condition.

 

Selon certaines versions grecques ou latines, Prométhée fut puni de son audace et enchaîné sur un rocher (ou crucifié selon d'autres). Ce mythe peut également être mis en parallèle avec le récit biblique d'Adam et Ève, chassés du Paradis pour avoir goûté le fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal.

On le trouve la trace de ce mythe chez de nombreux auteurs qui en font des extrapolations diverses:

§  Chez Platon : le sophiste Protagoras en fait le récit dans son dialogue avec  Socrate pour défendre l'idée que la vertu peut s'enseigner.

§  Sous le nom de « complexe de Prométhée »,  Gaston Bachelard définit « toutes les tendances qui nous poussent à savoir autant que nos pères, plus que nos pères, autant que nos maîtres, plus que nos maîtres. » Selon ses termes, « le complexe de Prométhée est le complexe d'Œdipe de la vie intellectuelle7. »

§  Le philosophe de la technique, Günther Anders, forge le concept de "honte prométhéenne" exprimant ainsi la honte qu'a l'homme vis-à-vis de sa finitude au regard de la perfection des machines.

§  le philosophe Hans Jonas le reprend dans le Principe responsabilité (1979), pour faire allusion aux risques inconsidérés liés aux conséquences de certains comportements humains et de certains choix techniques, par rapport à l'équilibre écologique, social, et économique de la planète.

Certains voient dans le mythe prométhéen, une partie des fondements de ce qui devient ensuite le christianisme. Selon cette optique, Lucifer ( en latin : le porteur de lumière ), descend du Ciel pour sauver l'Humanité. Au départ ange favori de Dieu, le fait d'apporter aux hommes «lumière et instruction» explique que Lucifer, personnification du « Mauvais » reçoive en retour une éternelle rancune céleste. Par la suite, le Christ aurait été le « Bon Lucifer », le « Bon porteur de lumière », le porteur du véritable message divin aux hommes et aurait remplacé l'ange déchu. »

 

 

Dans son article, « Énergie : réenchaîner Prométhée ? Une approche conceptuelle », Fabrice Flipo constate la polarisation du débat contemporain sur la technique autour du mythe de Prométhée. Il y a d’une part ceux qui veulent laisser Prométhée agir librement, de manière à ce que les Hommes disposent de pouvoirs aussi grands que possible pour agir sur la nature, et d’autre part ceux qui voudraient plutôt " ré enchaîner " Prométhée, jugeant que ces pouvoirs sont devenus trop grands.  

Mais il fait remarquer que l'essentiel du mythe est dans sa seconde partie souvent oubliée : le désordre provoqué par le trop grand pouvoir des Hommes sur la nature, conduisit Zeus à envoyer Hermès pour remettre Dikè, la justice, entre leurs mains, ce qui permit de ramener la paix.

La question n’est donc pas de savoir s'il faut libérer ou enchaîner Prométhée mais de tirer parti des leçons de ce mythe pour analyser la géopolitique de l'énergie contemporaine. A la suite des analyses d'Ivan Illich, Fabrice Flipo entend montrer que la sobriété, ou juste mesure, par opposition à l'hybris, l'illimité, est l'une des conditions nécessaires de tout projet global ayant la paix pour objectif. Ce qui est mis en jeu avec le débat sur l'énergie n'est autre que la question de la répartition du pouvoir.  


« Il y a trois leçons à retenir de ce mythe, à notre sens.

La première est que l'être humain peut être si fasciné par le pouvoir immédiat des techniques qu’il en vient à oublier les conséquences de ses actions. Et cela n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui : nous parvenons à modifier la planète à des échelles sans précédent, mais nous ne maîtrisons pas les conséquences de l’usage de ce pouvoir.

La seconde leçon à retenir est que le pouvoir n'est pas le pouvoir de tous au seul motif que les quelques-uns qui le détiennent affirment le mettre au service de tous, ou promettent de le faire dans un proche avenir. Ainsi, affirmer que l’homme pourrait un jour coloniser l’espace oublie de dire qu’en l’état actuel des lois élémentaires de la physique et des ressources naturelles, cela ne pourra jamais concerner qu’une extrême minorité de l’humanité, puisque nous ne sommes même pas certains qu’il y ait assez de place dans la biosphère pour que tout le monde ait ne serait-ce qu’une mobylette. 

L’absence de participation aux décisions collectives qui déterminent l’espace quotidien des personnes est très exactement ce qu’on appelle l’exclusion, qu’elle soit énergétique, numérique ou autre. L’exclusion génère de la division et de l’affrontement.

La troisième leçon est que, contrairement à ce que Hans Jonas affirme (Jonas, 1979), ce n'est pas seulement d'éthique dont la civilisation technologique a besoin mais d'une justice, parce qu'il ne s'agit pas d'un problème soluble à l'échelle personnelle. Une éthique s’adresse seulement au comportement individuel, alors qu’une justice suppose de considérer l’ordre social dans son entier. La justice demande que l’on respecte ce qui est dû à chacun, actuel ou à venir, au Nord ou au Sud. L’approche économique orthodoxe fait très largement l’impasse sur ces questions. Elle n’a pas de vision de l’avenir au-delà d’une décennie, sinon sous la forme d’une promesse d’abondance qu’elle ne se presse pas d’étayer, alors que pourtant les signes de rareté et de croissance des inégalités, y compris au sein des pays industrialisés, se multiplient.

L’hybris, la démesure, la course sans fin au pouvoir, était un danger bien connu des Grecs. C’est pour cette raison qu’ils faisaient de l’arêtê, la juste mesure, l’équilibre, la vertu suprême du politique. Le système actuel est basé sur un raisonnement inverse : au lieu de faire de la juste mesure une question centrale, il postule qu’un supplément de pouvoir, un supplément d’appropriation, permettra d’éviter de poser le débat proprement politique de la répartition du pouvoir. Nous assistons donc à une fuite en avant généralisée

La théorie de la croissance infinie ne repose donc pas sur un projet conscient, scientifique ou rationnel, mais sur une conception de la nature, et en particulier de la nature humaine. Elle repose sur un ensemble de croyances non démontrables sur la nature ultime du monde, et ces croyances sont tenues pour vraies. Elles affirment que l’homme est homo faber et que son milieu est analogue à un entrepôt inerte et inépuisable de matériaux mis à sa disposition. Les ressources et les environnements sont inépuisables, soit qu’ils puissent être remplacés les uns après les autres, soit qu’ils soient effectivement inépuisables. Si l’homme continue à suivre les normes mises en évidence par l’économie, la nature sera « remise à l’endroit » et nous connaîtront l’abondance et la fin de l’histoire.

L’espace écologique (Flipo, 2002) global n’est pas plus infini que l’espace sur une chaussée : il faut choisir, et les choix qui sont faits actuellement sont lourds de sens. D’aucuns craignent un apartheid global, un néo-colonialisme écologique (Agarwal et al. , 1999) : une minorité industrialisée continuant à utiliser les ressources en empêchant le reste du monde de consommer afin de ne pas remettre en cause son mode de vie. 

Fabrice Flipo, Extraits de Énergie : réenchaîner Prométhée ? Une approche conceptuelle 

 

 

Contingence, relativité et subjectivité d’Homo Sapiens

 Protagoras, Nietzsche, Jacques Monod nous rappellent, chacun à sa manière, la contingence, la relativité et la subjectivité de l’intelligence humaine :


 Protagoras, Veme siècle avant JC, extrait de Traité des Dieux

« De toutes les choses, la mesure est l’Homme : de celles qui sont, du fait qu’elles sont ; de celles qui ne sont pas du fait qu’elles ne sont pas. »

 

Nietzsche, 1873, extrait de Vérité et mensonge au sens extra-moral,

« Dans un recoin éloigné de l’univers répandu en un scintillement d’innombrables systèmes solaires, il y eut une fois un astre où des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fût la minute la plus arrogante et la plus mensongère de l’« histoire du monde » : mais une seule minute. La nature frémit encore de quelques respirations puis l’astre se figea et ce fut la mort de ces animaux intelligents. – Telle est la fable que quelqu’un pourrait inventer mais qui ne pourrait néanmoins suffisamment illustrer la façon misérable, fantomatique et éphémère, insensée et fortuite, dont se comporte l’intellect humain au sein de la nature ; il y a eu des éternités où il ne fut pas ; quand il aura de nouveau disparu, il ne se sera rien passé. Car, pour ce fameux intellect, il n’existe pas de mission allant au-delà de la vie humaine. Il n’est qu’humain, et seul celui qui le possède et l’engendre le considère avec pathos, comme s’il contenait l’axe sur lequel tourne le monde. Mais si nous pouvions comprendre le moustique, nous saurions que lui aussi volette dans les airs avec le même pathos, se sentant porteur du centre volant de ce monde ».

 

J. Monod, 1970, extrait de Le hasard et la nécessité

« Nous nous voulons nécessaires, inévitables, ordonnés de tout temps. Toutes les religions, presque toutes les philosophies, une partie même de la science, témoignent de l'inlassable, héroïque effort de l'humanité niant désespérément sa propre contingence ».

 

Depuis Darwin, l’Homme n’est plus un être supranaturel. L’espèce Homo Sapiens n’est plus le centre du Monde, ni même le centre de la Terre. Elle est une émanation de la nature, tout comme le sont les végétaux et les animaux. Son intelligence est le fruit d’une évolution et non d’un souffle divin. Dieu est mort, son supposé rôle dans la création humaine n’a plus cours.

Le jeune Nietzsche se passionne pour ce nouveau paradigme mais ne s’arrête pas là. Il s’interroge sur les conséquences de ce nouveau rapport défini avec le réel que la science attribue à l’homme. Celui-ci a-t-il gagné à se représenter seul face à lui-même ? La connaissance, dont la révélation est désormais exclue, peut-elle prétendre atteindre une vérité objective ? Autrement dit, l’homme n’est-il pas définitivement enfermé dans la subjectivité ?

Mais surtout, ces trois auteurs insistent sur l’absolue contingence de l’Homme. Non seulement l’espèce humaine n'a pas décidé de venir au monde, mais elle aurait très bien pu ne pas émerger. L’espèce humaine n’est le résultat d’aucun dessein, elle est le résultat du hasard.

La contingence est l'absence de nécessité, c'est-à-dire le fait qu'une chose, qu’une espèce puisse ne pas être. Homo Sapiens est, mais sa présence sur Terre n'est rendue nécessaire par aucune essence préalable. Son existence n'a pas de raison absolue d'être, et son émergence n’étant pas de son fait, ni de celui d'un dieu qui aurait auparavant déterminé son essence – aurait pu ne pas avoir eu lieu.




15/12/2011

Mallarmé, les dés et le hasard

Le hasard, la contingence, pourquoi ne pas lire ou relire le fameux poème de Stéphane Mallarmé, 

"Un coup de dés jamais n’abolira le hasard" ?

Evidemment, comme c'est une poésie grahique, il vaut mieux la lire dans sa mise en page de 1914, par exemple sur le lien suivant : 
http://writing.upenn.edu/library/Mallarme-Stephen_Coup_19..., ou bien
http://coupdedes.com/images/coupdedes.pdf

 

Dernière oeuvre de Mallarmé, écrit en 1897, c'est sans doute la première poésie visuelle ou graphique, typographique, annonciatrice du mouvement dada et des surréalistes.

Mallarmé a intéressé pas mal de philosophes. Il y a eu le Mallarmé d’Albert Thibaudet, celui de Sartre. Puis le Mallarmé de Rancière, celui de Jean-Claude Milner et de bien d’autres encore : il y aura dorénavant le Mallarmé de Quentin Meillassoux.

 "Quentin Meillassoux, enseignant à l'École normale supérieure né en 1967, n'avait jusqu'ici publié qu'un seul et bref essai, en 2006, "Après la finitude". Mais c'est un livre si ambitieux qu'il a suscité en Grande-Bretagne la naissance d'une nouvelle école philosophique : le « réalisme spéculatif ». Car Meillassoux ne s'intéresse pas à « ce qui est mais à ce qui peut possiblement être ». Cet admirateur de Descartes et disciple de Badiou, relance ainsi une philosophie de l'absolu. La seule nécessité, dit-il, c'est qu'il n'y a aucune nécessité, aucune loi qui ne puisse s'effondrer. L'absolu serait donc la contingence même. Il s'agit d'assumer le chaos radical, mais avec une rigueur rationnelle sans pareille. Afin de reconquérir un « grand dehors » que la philosophie depuis Kant (pour qui il est impossible de connaître les choses en soi) a perdu.

Son nouveau livre pourrait défrayer la chronique : "Le Nombre et la Sirène" livre un scoop décisif concernant la pensée de Mallarmé. De quoi s'agit-il ? Meillassoux a découvert que le grand poème testamentaire de Mallarmé, "Jamais un coup de dés n'abolira le hasard", est en fait codé. Et que le code n'est autre que 707. Le philosophe démontre que ce nombre est présent dans ce poème si difficile sous la forme d'une charade : les deux « comme si », étant à entendre comme la septième note de la gamme, encadrent le « proche tourbillon » que représente idéalement le « 0 ». Le code est également présent dans le compte même des mots : le poème déployant 707 mots jusqu'au verbe « sacre », est complété par une morale de sept mots :« Toute pensée est un coup de dés. »

Extrait d'un ARTICLE PARU DANS PHILOSOPHIE MAG N°53, Le 01 Octobre 2011

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A écouter aussi l'émission du 30/09/2011 des Nouveaux chemins de la connaissance sur le même sujet :

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins...

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"Toute pensée émet un coup de dé", "Un coup de dé jamais n'abolira le hasard", n'est-ce pas l'intuition de la contingence de l'homme, mais aussi du monde ?

Cela rejoint Monod : « Nous nous voulons nécessaires, inévitables, ordonnés de tout temps. Toutes les religions, presque toutes les philosophies, une partie même de la science, témoignent de l'inlassable, héroïque effort de l'humanité niant désespérément sa propre contingence » J. Monod, Le hasard et la nécessité

Les partisans du principe anthropique feraient bien de relire ce poème.


UN COUP DE DÉS

JAMAIS

QUAND BIEN MÊME LANCÉ DANS DES CIRCONSTANCES ÉTERNELLES

DU FOND D’UN NAUFRAGE

SOIT que

l’Abîme

blanchi
étale
furieux
sous une inclinaison
plane désespérément

d’aile

la sienne

par

avance retombée d’un mal à dresser le vol
et couvrant les jaillissements
coupant au ras les bonds

très à l’intérieur résume

l’ombre enfouie dans la profondeur par cette voile alternative

jusqu’adapter
à l’envergure

sa béante profondeur en tant que la coque

d’un bâtiment

penché de l’un ou l’autre bord

LE MAÎTRE
hors d’anciens calculs
où la manoeuvre avec l’âge oubliée
surgi
inférant
jadis il empoignait la barre
de cette conflagration
à ses pieds
de l’horizon unanime

que se
prépare
s’agite et mêle
au poing qui l’étreindrait
comme on menace
un destin et les vents
l’unique Nombre qui ne peut pas
être un autre

Esprit
pour le jeter
dans la tempête
en reployer la division et passer fier

hésite
cadavre par le bras
écarté du secret qu’il détient
plutôt
que de jouer
en maniaque chenu
la partie
au nom des flots
un
envahit le chef
coule en barbe soumise
naufrage cela
direct de l’homme

sans nef
n’importe
où vaine

ancestralement à n’ouvrir pas la main
crispée
par delà l’inutile tête

legs en la disparition

à quelqu’un
ambigu

l’ultérieur démon immémorial

ayant
de contrées nulles
induit
le vieillard vers cette conjonction suprême avec la probabilité

celui
son ombre puérile
caressée et polie et rendue et lavée
assouplie par la vague et soustraite
aux durs os perdus entre les ais


d’un ébat
la mer par l’aieul tentant ou l’aieul contre la mer
une chance oiseuse

Fiançailles
dont
le voile d’illusion rejailli leur hantise
ainsi que le fantôme d’un geste

chancellera
s’affalera

folie

N’ABOLIRA

COMME SI

Une insinuation
simple
au silence
enroulée avec ironie
ou
le mystère
précipité
hurlé

dans quelque proche
tourbillon d’hilarité et d’horreur

voltige
autour du gouffre
sans de joncher
ni fuir

et en berce le vierge indice

COMME SI

plume solitaire éperdue

sauf

que la rencontre ou l’effleure une toque de minuit
et immobilise
au velours chiffonné par un esclaffement sombre

cette blancheur rigide

dérisoire
en opposition au ciel
trop
pour ne pas marquer
exigûment
quiconque

prince amer de l’écueil

s’en coiffe comme de l’héroique
irrésistible mais contenu
par sa petite raison virile
en foudre

soucieux
expiatoire et pubère
muet
rire
que

SI

La lucide et seigneuriale aigrette
de vertige
au front invisible
scintille
puis ombrage
une stature mignonne ténébreuse
debout
en sa torsion de sirène
le temps
de souffleter
par d’impatientes squames ultimes
bifurquées
un roc

faux manoir
tout de suite
évaporé en brumes

qui imposa
une borne à l’infini

C’ÉTAIT
LE NOMBRE

issu stellaire

EXISTAT-IL
autrement qu’hallucination éparse d’agonie

COMMENÇAT-IL ET CESSAT-IL
sourdant que nié et clos quand apparu
enfin
par quelque profusion répandue en rareté
SE CHIFFRAT-IL

évidence de la somme pour peu qu’une
ILLUMINAT-IL

CE SERAIT
pire
non
davantage ni moins
indifféremment mais autant
LE HASARD

Choit
la plume
rythmique suspens du sinistre
s’ensevelir
aux écumes originelles
naguères d’où sursauta son délire jusqu’à une cime
flétrie
par la neutralité identique du gouffre

RIEN

de la mémorable crise
ou se fût
l’événement
accompli en vue de tout résultat nul
humain
N’AURA EU LIEU
une élévation ordinaire verse l’absence

QUE LE LIEU
inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l’acte vide
abruptement qui sinon
par son mensonge
eût fondé
la perdition

dans ces parages
du vague
en quoi toute réalité se dissout

EXCEPTÉ
à l’altitude
PEUT-ÊTRE
aussi loin qu’un endroit
fusionne avec au delà
hors l’intérêt
quant à lui signalé
en général
selon telle obliquité par telle déclivité
de feux

vers
ce doit être
le Septentrion aussi Nord

UNE CONSTELLATION

froide d’oublie et de désuétude
pas tant
qu’elle n’énumère
sur quelque surface vacante et supérieure
le heurt successif
sidéralement
d’un compte total en formation

veillant
doutant
roulant
brillant et méditant

avant de s’arrêter
à quelque point dernier qui le sacre

Toute Pensée émet un Coup de Dés

 

17/11/2011

Les chocards du Parmelan

Parmelan, Massif de Glières, La Blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ah le Parmelan,  c'est mon Solutré. C'est magnifique, c'est grandiose. 

Mais cela se mérite. il faut aller le chercher.

Lorsque l'on parcourt la route d'Annecy à Thones, on voit apparaitre sur la gauche une impressionnante Balme, la Balme de Thuy. C'est le contrefort du massif des Glières, haut lieu de la résistance à l'occupant nazi.

Perdu au bout de la vallée de Dingy-St-Clair, on l'aperçoit peu à peu surgir et grandir jusqu'au point de départ, au fond de la combe de la Blonière.

Parmelan, Massif des Glières, La Blonière

Parmelan, Massif de Glières, La Blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

La vallée vers les dents de Lanfon est encore dans les nuages, mais ici, l'atmosphère est légère.

  

parmelan,massif des glières,la blonière

J'y accède de préférence par le Grand Montoir, un peu aérien, mais bien équipé

 

              parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

Parmelan, Massif des Glières, La Blonière

Parmelan, Massif des Glières, La Blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

On arrive bientôt en haut du Grand Montoir et là c'est l'émerveillement

parmelan,massif des glières,la blonière

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

Un panorama à 360° : Les Alpes (et bien sur le Mont Blanc), le massif des Bornes, 2 petits bouts du lac d'Annecy

parmelan,massif des glières,la blonière

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une vue magnifique sur le plateau des Glières

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parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

et les chocards !

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les chocards à bec jaune [Pyrrhocorax graculus] de la tête du Parmelan.

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parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

Ils sont toujours là ; ils s'élancent, se laissent tomber le long de de la falaise ou bien viennent quasiment manger les miettes de pain dans votre main.

parmelan,massif des glières,la blonière

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On peut rester des heures, on ne se lasse pas d'observer leur vol acrobatique, symbole d'une liberté exceptionnelle.

Le Parmelan, je vous conseille de le parcourir au moins une fois par an. Cela remet les idées en place !

 

Pour en savoir plus : 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Chocard_%C3%A0_bec_jaune

http://fr.wikipedia.org/wiki/Plateau_des_Gli%C3%A8res

 

 

16/11/2011

Les bricolages de Docteur Solex

C'est un scoop ! J'ai découvert qui est Docteur Solex et je l'ai vu en pleine action.

 

En effet Docteur Solex est en train de fabriquer une remorque pour son solex de voyage.

Pour les plans voir : http://drsolex.over-blog.com/article-projet-de-remorque-s...

 

Mais, vu la façon dont il s'y prend, on peut douter du résultat. Jugez en vous-même :

 

Dr Solex veut percer un trou dans une pièce en acier

 

DSCN0224.JPG

 

Il prend une perceuse/visseuse sans fil

 

 

 

DSCN0225.JPG

 

 

Il prend une mèche à béton, vous avez bien lu une mèche à béton de longueur 70 cm !

 

 

 

 

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DSCN0230.JPGIl bourrine comme un malade

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Et voilà le travail. Docteur Solex est content de lui !

22/10/2011

Le cinéma, le temps, Bergson et Deleuze

Le 30 septembre, notre café-philo d’Apt avait pour thème : « Comment filmer le temps au cinéma ? ». Nous nous sommes retrouvés dans un coin perdu du Luberon, à l’auberge des Seguins, lieu propice à ce type de débat.

Comment filmer le temps ?  Sujet difficile, mais le parti pris de Philippe Mengue, notre Socrate de service, fût de nous laisser patauger joyeusement.

Et après l’ouverture par Diane Bertrand qui a témoigné de ses rapport au temps dans ses créations en tant que réalisatrice, ce fût une suite d’interventions sans véritable débat, comme le constate d'ailleurs Philippe dans son compte-rendu :

 

« Le café philo présenté par Diane Bertrand, qui répondait au titre ; « Comment filmer le temps au cinéma ? » fut à la foi riche et difficile.

Très riche de par les apports de Diane sur son travail de metteur en scène, sur la fabrication d’un film (les rapports entre cadrage, plan séquence, montage) sur la diversité des rythmes de temporalité selon les auteurs, et aussi par les apports de l’assistance.

Très difficile pour le philosophe. Je vais insister sur ce point. La philosophie est l’art des questions, des problèmes, leurs inventions, etc. Or, bien plus qu’au début de nos cafés, il nous est de plus en plus difficile d’accéder à des questions, de dégager des problèmes. On assiste à des monologues qui se succèdent sans entrer en débat ou discussion avec les autres interventions, des interventions qui ne font pas problème avec elle-même, ni, surtout, qui ne se rapportent que lointainement à la question du jour. Celle-ci semble aller de soi.

La description, la narration, le compte rendu du travail cinématographique sont absolument nécessaires, mais ils ne pouvaient être suffisants si l’on avait pas auparavant pris la mesure du problème philosophique. Qu’est-ce qui manquait et qui sur le plan philosophique nous laissait sur notre faim ? De définir le problème. Le problème surgit quand on tient compte de l’impossibilité de filmer le temps lui-même. On filme des mouvements, pas le temps. Il est indirectement exprimé par des signes et il est construit par le montage qui se rapporte au Tout (ouvert) du film, soit au temps total qu’est le film. Pas de cinéma sans image en mouvement. C’est sa matière. Si donc le temps est réductible au mouvement (ou à sa mesure, Aristote), il n’y a pas de problème. La question est d’emblée résolue : « comment filmer le temps ? », — « eh, bien ! faites des images-mouvements, n’importe lesquelles, c’est à dire du cinéma ». Soit mais c’est plus la peine de faire un café philo ! 

(Le compte-rendu complet est disponible sur : http://www.cafe-philo.fr/?p=547)

 

Filmer le temps, débat difficile en effet.

Car il est difficile de parler du temps, de le définir, de parler du présent qui nous fuit et que nous ne pouvons saisir...

 

Le temps

De quel temps parle-ton au juste ?

Le temps physique, ou le temps de la physique qui pourrait se définir comme la mesure de la transformation de l’unvivers.

Le temps psychologique ou subjectif, qui est le temps de la perception, qui est peut-être celui qu’on filme le plus.

Le temps biologique, qui est intimement lié aux phénomènes de la vie de la mort, du vieillisement.

Le temps historique, mesure des activités humaines.

 


Le cinéma

Quant au cinéma, nous sommes pour la plupart des spectateurs peu capables de nous détacher de l’emprise de l’image, de la bande son et de l’état d’hypnose dans lequel nous sommes plongés  dans les salles obscures peu capables d’analyser les diverses techniques de représentation du temps dans le cinéma.



Prendre la mesure du problème philosophique

« Prendre la mesure du problème philosophique », « Créer le problème », pas si simple !

N’aurait-il pas été utile de définir le concept «Temps » et d’éclaicir le terme « Filmer », donc de parler du cinéma ? A cette occasion puisque ce débat renvoyait à l’évidence aux travaux de Deleuze et plus loin à ceux de Bergson, n’aurait-il pas été intéressant de présenter les théses de « l’image-mouvement », de « l’image-temps », du « cristal de temps » et du « trop-tard » termes qui ont été évoqués lors du débat, mais sans qu’une explication plus détaillée ne permette d’apporter des repères pour le débat ?

Enfin la filiation Bergson Deleuze n’ imposait elle pas de plus de dire quelques mots de des deux ouvrages sur l’image et le mouvement : « Matière et mémoire » et  « L’évolution créatrice » ?

Vaste programme donc pour le philosophe : il fallait en effet « créer le problème » de la représentation du temps au cinéma et cela avec un groupe ne possédant pas, pour la plupart d'entre nous, les outils d’analyse adéquats. Mais n'est-ce pas la gageure mais aussi l'intérêt des café-philos.

En ce qui me concerne, je suis resté sur ma faim et les quelques références citées par Philippe, ne m’ont pas permis de comprendre le problème, de passer du temps de la physique au temps de la philosophie et de faire l'articulation entre image - mouvement - et temps ...

J’ai depuis pris le temps de creuser un peu les concepts de base qui auraient sans doute permis au débat d'avoir lieu. J’aimerais vous les faire partager.

 


Deleuze va au cinéma

le temps,le cinéma,deleuze,bergson,l'image-temps,l'image-mouvement,matière et mémoire,l'évolution créatrice,le trop-tard,le cristal tempsCommençons par cette émission sur « Deleuze va au cinéma », la première de cinq émissions consacrées à Deleuze par Raphaêl Enthoven dans les « Nouveaux chemins de la connaissance » en juin 2011.

Raphaël Enthoven reçoit Pierre Montebello auteur de deux études sur Deleuze  (Deleuze : la passion de la pensée, Deleuze, philosophie et cinéma). Et ils évoquent Bergson, Deleuze, le temps et le cinéma ...

Pour les écouter, il suffit de cliquer sur :

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4267351


Pour écouter les autres émissions de cette semaine sur Deleuze :http://www.franceculture.com/tags/gilles-deleuze




Cinéma 1, L’image-mouvement

Cette étude n'est pas une histoire du cinéma, mais un essai de classification des images et des signes tels qu'ils apparaissent au cinéma. On considère ici un premier type d'image, l'image-mouvement, avec ses variétés principales, image-perception, image-affection, image-action, et les signes (non linguistiques) qui les caractérisent. Tantôt la lumière entre en lutte avec les ténèbres, tantôt elle développe son rapport avec le blanc. Les qualités et les puissances tantôt s'expriment sur des visages, tantôt s'exposent dans des « espaces quelconques », tantôt révèlent des mondes originaires, tantôt s'actualisent dans des milieux supposés réels. Les grands auteurs de cinéma inventent et composent des images et des signes, chacun à sa manière. Ils ne sont pas seulement confrontables à des peintres, des architectes, des musiciens mais à des penseurs. Il ne suffit pas de se plaindre ou de se féliciter de l'invasion de la pensée par l'audio-visuel ; il faut montrer comment la pensée opère avec les signes optiques et sonores de l'image-mouvement, et aussi d'une image-temps plus profonde, pour produire parfois de grandes oeuvres

-4ème de couverture-

 

Cinéma 2, L’image-temps

Comment l'image-temps surgit-elle ? Sans doute avec la mutation du cinéma, après la guerre, quand les situations sensori-motrices font place à des situations optiques et sonores pures (néo-réalisme). Mais la mutation était préparée depuis longtemps, sous des modes très divers (Ozu, mais aussi Mankiewicz, ou même la comédie musicale).

L'image-temps ne supprime pas l'image-mouvement, elle renverse le rapport de subordination. Au lieu que le temps soit le nombre ou la mesure du mouvement, c'est-à-dire une représentation indirecte, le mouvement n'est plus que la conséquence d'une présentation directe du temps : par là même un faux mouvement, un faux raccord. Le faux raccord est un exemple de «coupure irrationnelle». Et, tandis que le cinéma du mouvement opère des enchaînements d'images par coupures rationnelles, le cinéma du temps procède à des ré-enchaînements sur coupure irrationnelle (notamment entre l'image sonore et l'image visuelle).

C'est une erreur de dire que l'image cinématographique est forcément au présent. L'image-temps directe n'est pas au présent, pas plus qu'elle n'est souvenir. Elle rompt avec la succession empirique, et avec la mémoire psychologique, pour s'élever à un ordre ou à une série du temps (Welles, Resnais, Godard...). Ces signes de temps sont inséparables de signes de pensée, et de signes de parole. Mais comment la pensée se présente-t-elle au cinéma, et quels sont les actes de parole spécifiquement cinématographiques ?

-4ème de couverture-

 

 

Et voici enfin quelques extraits de wikipedia à propos des principaux concepts deleuziens :


Action, réaction

L'analyse que Deleuze fait du Cinéma est largement fondée sur l'œuvre d'Henri Bergson, Matière et mémoire. D'un point de vue physiologique et de manière très simplifiée (mais suffisante dans le cadre présent), la perception humaine suit le schème sensori-moteur suivant :

des capteurs (œil, oreille...) reçoivent de l'information dans notre environnement. Ils captent l'action de l'environnement sur nous.

Cette information est envoyée, via des nerfs sensoriels vers le cerveau. Ce cerveau est capable de prendre une décision de réaction à l'environnement. Le signal de réaction est transmis via des nerfs moteurs vers des muscles. Ces muscles réalisent effectivement la réaction.

 


Cinéma 1 : Image-mouvement, Cinéma 2 :  image-temps

De la même manière que le cerveau fonctionne entre deux types extrêmes, on retrouve au cinéma deux grandes images correspondantes. D'un côté l'image-mouvement, qui repose sur le schème sensori-moteur (l’action donne lieu à une réaction). De l'autre l'image-temps, reposant sur la réflexion pure.

 

 Dans la première image, l'action décide du temps. Un personnage sort de la pièce - cut - le même personnage est vu en extérieur sortant de chez lui et empruntant la rue. Le plan a été coupé parce que le personnage n'avait plus rien à y faire. C'est l'action (la sortie du personnage) qui arrête le plan et décide de sa durée. Le plan suivant constitue la réaction. Le temps dépend de l’action. : « L’image-mouvement […] nous présente un personnage dans une situation donnée, qui réagit à cette situation et la modifie… Situation sensori-motrice8. »

 

 L’image-mouvement constitue une grosse majorité des images que nous voyons, et pas seulement des films d’actions. Un simple dispositif d’entrevue avec un journaliste et une personnalité, champ sur le journaliste qui pose sa question, contre-champ sur l’interviewé qui y répond, relève de l’image-mouvement pure et simple.

 

Mais prenons maintenant le plan suivant : Un père part pêcher avec son fils qu’il n’a pas vu depuis longtemps. Ils s’installent sur les berges. Le contact est difficile, ils ne disent rien, ils regardent à l’horizon. Cela dure un certain temps, nettement plus long que le temps nécessaire au spectateur pour comprendre simplement qu’ils pêchent. Cut. Le plan suivant n’a rien à voir. Par exemple, la mère emmène le fils en voiture à la ville. Il n’y a pas de lien de cause à effet entre les deux plans. On ne saurait pas dire si cela se passe avant ou deux heures plus tard ou le mois suivant. Le fait d’aller pêcher n’a donné lieu à aucune réaction, et si le plan avait duré plus longtemps il ne se serait rien passé de nouveau. La durée du plan n'est plus décidée par l'action, le temps est indépendant de l'action. On ne connaît pas le résultat de la pêche et ça n’a aucune importance. Ce plan fait partie de ce que Gilles Deleuze appelle : « une situation optique et sonore pure ». Ce qu’on retrouve dans le « film ballade ». On peut penser à Minuit dans le jardin du bien et du mal de Clint Eastwood, Dead Man de Jim Jarmush par exemple.

 

Historiquement, le cinéma a commencé par utiliser essentiellement l'image-mouvement. Elle est associée à la logique, à la rationalité. Lors d’un champ-contrechamp entre deux personnages qui se parlent, on n’a pas le choix du moment des coupes : elles suivent les interventions des personnages. À toute question, on attend une réponse cohérente. « On attend », c’est-à-dire que l’on se retrouve dans le cadre de l’habitude, on anticipe non pas forcément le contenu de la réponse, mais au moins qu’une réponse va être donnée et on sait par avance qu’elle surviendra à la fin de la question.

 

Gilles Deleuze situe l’arrivée de l’image-temps après la Seconde Guerre mondiale : on ne croit plus à ce principe d’action-réaction. La guerre est une action complexe qui nous dépasse, il n’est pas possible de réagir, de modifier la situation, de la rendre claire. D’où l’apparition de l’image-temps avec le Néo-réalisme italien, puis la Nouvelle Vague française, et la remise en cause du cinéma hollywoodien auxÉtats-Unis. Les Héros de Federico Fellini (La Dolce Vita) ou de Luchino Visconti (Mort à Venise) sont désenchantés, ils refusent d’agir, de choisir. Et c'est déjà beaucoup dire qu'ils refusent d'agir. Le schème sensori-moteur se rompt parce que le personnage a vu quelque chose de trop grand pour lui. Deleuze revient constamment sur une image de Europe 51 de Rossellini : la femme passe devant une usine, s'arrête. « J'ai cru voir des condamnés ». La souffrance est trop forte pour qu'elle continue sa route « comme d'habitude ».

 

L'image-temps vient rompre avec l'Habitude et fait entrer le personnage dans la dimension du temps : « un morceau de temps à l'état pur ». Et c'est cela qui intéresse Deleuze pour son propre compte dans le cinéma, à savoir la manière dont l'image cinématographique peut exprimer un temps qui soit premier par rapport au mouvement. Ce concept de temps est construit par rapport au concept bergsonien de temps et se développe selon deux modalités.

 


Le trop tard

Le temps, c'est d'abord le temps présent, ici et maintenant.  Mais, selon une seconde modalité, le temps ne cesse pas de se déployer dans deux directions, passées et futures. C'est pourquoi Deleuze insiste dans son analyse de Visconti sur le « trop tard ». Dans Mort à Venise, l'artiste comprend trop tard ce qui a manqué à son œuvre. Alors qu'il est ici et maintenant en train de pourrir, de se décomposer au présent, le personnage comprend en même temps, mais comme dans une autre dimension, dans la lumière aveuglante du soleil sur Tadzio, que la sensualité lui a toujours échappée, que la chair et la terre ont manqué à son œuvre.

 

Cette conception de l'image-temps amène Deleuze à poser l'assertion suivante : « l'image de cinéma n'est pas au présent ». En effet, si le temps ne cesse pas d'insister, de revenir sur lui-même, et de constituer une mémoire en même temps qu'il passe, alors ce que nous montrent les films, ce sont des zones de la mémoire, des « nappes de passé », qui occasionnellement se concentrent et convergent dans des « pointes de présent ».

 

A cet égard, Orson Welles est bien un des plus grands réalisateurs modernes en tant qu'il a saisi cette dimension mnésique de l'image. Citizen Kane est un film construit en mémoire, où chaque section, chaque zone apparaît comme une couche stratifiée qui vient converger ou diverger avec d'autres zones. Chaque « nappe de mémoire » apparaît grâce à l'utilisation de la profondeur de champ faite par Welles : celle-ci, à l'image du temps lui-même, permet d'agencer, dans la même image différents mouvements, différents événements qui forment comme un monde à soi, à l'image du souvenir proustien, duquel Deleuze tire l'expression propre de l'image-temps : « un petit morceau de temps à l'état pur ».

 


Cristal de temps

 Dans L’Image-temps, Deleuze décrit le fonctionnement de ce qu’il appelle "l’image-cristal". Il s’agit de la prolifération d’images virtuelles au sein du plan, comme en un circuit qui unirait images actuelles et images souvenirs. Image-cristal dont les éclats projettent les scintillements du possible. Dans un geste bergsonien, Deleuze congédie le temps comme successivité afin de le présenter comme interpénétration continuelle : "Le passé ne succède pas au présent qu’il n’est plus, il coexiste avec le présent qu’il a été" .

L’image-cristal est donc le lieu d’un dédoublement, d’un déploiement des temporalités et des virtualités contenues dans l’image. Deleuze (avec Bergson) et Lanzmann (avec Leibniz) en viennent à décrire une sorte de vérité du temps. Le cristal, écrit Deleuze, révèle le fondement caché du temps, sa différenciation en deux jets. Le temps fait passer le présent tout en conservant les passés . Ici réside précisément la puissance de Shoa. Les bras du temps s’y empoignent en une étreinte inouïe.


Et on peut aussi écouter directement les cours donnés par Gilles de Deleuze  à Paris 8, notamment sur le cinéma :

http://www2.univ-paris8.fr/deleuze/article.php3?id_articl...

Qule trésors ne trouve-t-on pas sur Internet !

 

15/10/2011

La pomme, Steve JOBS et Alan TURING

steve jobs,apple,alan turing

La pomme à demi croquée, tout le monde connait, les pubs déjantées d'Apple, ... Symbole de jeunesse, de vitalité, créativité, musique, dance, mais au delà de cette image d'où vient donc cette pomme ? Quel en est le symbole et la signification ?

De quoi la pomme est elle le nom ?

 

 

 

 

steve jobs,apple,alan turing

 

 

 

 


 

 

 

  

Steve Jobs, bien sûr, qui vient de nous tirer sa révérence, très élégamment, après avoir, le plus tard possible passé les rênes d’Apple. Steve Jobs à l’origine de la création d’Apple avec Steve Woniak et acteur de sa re-création.

  

Apple II, années 1980

J’ai une dette envers Steve Jobs, pour avoir construit aux débuts des années 1980 deux Apple II, dont les plans et le logiciel avaient été piratés ...

L’écran avait 40 colonnes, (j’ai dû acheter fort cher à l’époque une carte 80 colonnes), il y avait 48 K de RAM, pas de disque dur, un seul lecteur de disquette 5’’ ¼ (les grandes disquettes souples) et bien sûr pas de souris. Langage de commande et programmation en basic, Snakebyte, ... Premier programme développé : simulation des probabilté de gagner au Loto ...

Mais ce fut le support de la découverte de « l’informatique » par mes deux fils Thomas et Sébastien, qui sont devenus des cracks de la programmation, exercée sans relâche sur Apple II puis sur Atari et maintenant chez sur Catia (Dassault Systèmes).

 

steve jobs,apple,alan turingAtari ST, fin des années 1980

Mais, bien vite, en 1985, nous avons abandonné l’Apple pour l’Atari, plus ouvert grâce à son interface MIDI et plus orienté vers les jeux. A noter aussi le fameux Basic GFA avec son éditeur intégré et son compilateur ...

 

 

 

 

 

 

Mais j’ai un autre attachement vis à vis de Steve Jobs, c’est mon utilisation quotidienne de la chaîne Podcast/Itunes/Ipod qui me permet de m’abonner et d’écouter en toute tranquillité des Podcast gratuits, nombreux et variés (Ciel et espace, mes émissions préférées de France culture, politique, sciences, philosophie, cinéma, littérature).

Apple II, MacIntosh, puis dans la 2eme période iMac, iPod, iTunes, iPhone, iPad, et encore bien d’autres produits qui ont marqué leur époque ! Le modèle Apple, c’est celui de l’innovation continue dans des produits complets qui arrivent en avance sur tous les concurrents et qui crèe un nouveau marché. C’est aussi la qualité, le design, l’esthétique et une vraie valeur offerte aux utilisateurs.

Mais le prix à payer, c’est celui de la fermeture, de la non compatibilité.

Apple livre le Hardware et l’OS et les applications. Tout cela est très bien intégré, mais ne laisse que peu de place à des partenaires. Il faut « vivre Apple ».

Atari c’était le monde du jeu, de la musique, du graphique, des ados et des crackers, mais des bourses peu solvables qui n’achetaient que le minimum de hard et qui crackait un maximum de logiciel.

Windows et les PCs, c’est un autre modèle, « ouvert à sa manière». ce n'est pas bien sûr Posix ou l'OSF mais un OS portable sur tous les matériels au standard PC. Et un OS ouvert à tous les développeurs d’applications. Bill Gates, un autre génie du marketing, avait compris tout le potentiel stratégique de ce modèle qui fit de lui bientôt l’homme le plus riche du monde.

 

Les déboires de Steve Jobs

Steve Jobs n’était pas un technicien, mais un homme de marketing, comme Bill Gates. Mais il avait aussi le génie de la découverte des innovations capable de trouver un public, voire de créer un public. (Les vrais inventeurs étaient par exemple Steve Wosniak pour l’Apple II, les développeurs de Xerox Park pour Lisa et le macintosh).

Ce modèle a cependant trouvé ses limites au milieu des années 1980, face à une concurrence croissante sur le marché des entreprises, notamment de la part des PCs/Windows, qui en 1986,  représenteront déjà plus de la moitié des ordinateurs personnels vendus dans le monde

Le succès de l’Apple II ne faiblit pas mais cette machine se voit cantonnée au marché des particuliers et de l’éductaion.

Steve Jobs subit un premier échec personnel sur l’Apple III (1980-1984)  pour des raisons de mauvaise conception  technique puis un second avec Lisa (1983-1985), qui apporte pourtant souris et interface graphique mais qui est trop cher. C’est enfin la sortie du Macintosh, mais les ventes tardent à décoller alors que cellse d’Apple II se maintiennent à un niveau élevé.

Confronté à ces difficultés et pour gagner le marché des entreprises, Stece Jobs avait appelé à la rescousse, en 1983, John Sculley, ancien patron de Pepsi-Cola. Comme si les pommes se gérait comme des bulles ... Et ce fût ensuite la triste dégringolade : marginalisation de Steve Jobs causant son départ d’Apple en 1985, ventes en chute libre jusqu’au départ du même John Sculley en 1993.

Steve Jobs, lui, a fondé une nouvelle entreprise NeXt avec l'objectif de concevoir des ordinateurs pour les établissements scolaires et universitaires. Mais les ventes restent confidentielles et la fabrication du matériel est bientôt arrêtée, en 1993. Mais  l’OS NeXTstep et l’environnement Open step intéressent de nombreuses entreprises, Canon, Ross Perrot, mais aussi ... Apple.

 

Steve Jobs, le retour

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NeXT est finalement rachetée en 1996 pour 429 millions de dollars par Apple qui recherchait un nouveau système d’exploitation pour ses ordinateurs Macintosh, marquant le retour de Steve Jobs à la tête d’Apple.

En parallèle avec la création de NeXT, c’est dans un autre domaine, la création de films d’animation que Stev Jobs manifeste son génie de découvreur et d’accoucheur de nouvelles technologies. Il achète en effet Pixar en 1986,en devient le PDG et la repositionne[1] dans l’animation, pour la revendre à Walt Disney en 2006 à Disney avec de substantiels bénéfices.

Redevenu Patron d’Apple (pour un salaire de 1 dollar par an[2]), Steve Jobs y règne sans partage, en autocrate, impose l’équipe de NeXT aux postes clé et redresse rapidement l’entreprise. C’est le retour de l’innovation, le règne des designers, et la renaissance fulgurante d’Apple. Steve Jobs ne se pose plus trop de questions sue le marché qu'il vise : c'est le grand public, ce sont les jeunes, autour de produits qui favorisent le graphique, la facilité d'emploi, l'accès à la musique, au ludique. Le design  est plus que jamais soigné, la commercialisation se fait autour de communautés rassemblées dans les Applestores. Tout été dit sur cette saga et sur le caractère très controversé de Steve Jobs, donc je ne m’y attarderai pas. 

 

 Alan Turing

Mais la pomme ce n’est pas seulement Stev Jobs, c’est aussi Alan Turing.

Qui se souvient encore d'Alain Turing ?

steve jobs,apple,alan turing« Alan Mathison Turing, (23 juin 1912 - 7 juin 1954) est un mathématicien britannique, auteur de l'article fondateur de la science informatique1[3] qui allait donner le coup d'envoi à la création des calculateurs universels programmables (ordinateurs). Il y présente sa machine de Turing et les concepts modernes de programmation et de programme[4].

Il est également à l'origine de la formalisation des concepts d'algorithme et de calculabilité qui ont profondément marqué cette discipline. Son modèle a contribué à établir définitivement la thèse Church-Turing qui donne une définition mathématique au concept intuitif de fonction calculable.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il a dirigé les recherches sur les codes secrets générés par la machine Enigma utilisée par les nazis.

Après la guerre, il a travaillé sur un des tout premiers ordinateurs, puis a contribué de manière provocatrice au débat déjà houleux à cette période sur la capacité des machines à penser en établissant le test de Turing4[5].

Vers la fin de sa vie, il s'est intéressé à des modèles de morphogenèse du vivant conduisant aux « structures de Turing ».

Il a été persécuté pour son homosexualité. Pour éviter la prison, il est condamné à la castration chimique par prise d'œstrogènes, ce qui a pour effet secondaire de développer sa poitrine. Il meurt le 7 juin 1954 d'un empoisonnement au cyanure, un suicide selon l'enquête qui s'ensuivit, quoique sa mère ait défendu la thèse d'un empoisonnement accidentel.

L'homosexualité de Turing lui valut d'être persécuté et brisa sa carrière. En 1952, son compagnon aide un complice à cambrioler la maison de Turing, qui porte plainte auprès de la police. L'enquête de police finit par l'accuser d'« indécence manifeste et de perversion sexuelle » (d'après la loi britannique sur la sodomie). Il décide d'assumer son orientation et ne présente pas de défense, ce qui le fait inculper.

S'ensuit un procès très médiatisé, où lui est donné le choix entre l'incarcération et une castration chimique, réduisant sa libido. Il choisit ce dernier, d'une durée d'un an, avec des effets secondaires comme le grossissement de ses seins. Alors qu'il avait été consacré, en 1951, en devenant membre de la Royal Society, à partir de 1952, il sera écarté des plus grands projets scientifiques.

En 1954, il meurt d'un empoisonnement au cyanure. L'enquête qui s'ensuivit conclut au suicide, même si sa mère tenta d'écarter cette thèse pour soutenir celle de l'accident : elle affirma vigoureusement que l'ingestion du poison était accidentelle en raison de la propension de son fils à entreposer des produits chimiques de laboratoire sans aucune précaution. Il est vrai que le moyen d'ingestion du poison aurait été une pomme partiellement mangée retrouvée près du corps de Turing et qui aurait été imbibée de cyanure (même s'il n'existe pas de certitude à cet égard, la pomme n'ayant pas été analysée). Le biographe de Turing, Andrew Hodges, a émis l'hypothèse que Turing ait pu choisir ce mode d'ingestion précisément pour laisser à sa mère la possibilité de croire à un accident. Nombreux sont ceux qui ont souligné le lien entre sa méthode de suicide et le film Blanche-Neige et les Sept Nains, duquel il avait particulièrement apprécié la scène où la sorcière crée la pomme empoisonnée, au point de régulièrement chantonner les vers prononcés par la sorcière : « Plongeons la pomme dans le chaudron, pour qu'elle s'imprègne de poison »

Selon wikipedia

 

Certaines rumeurs disent qu’Apple aurait choisi son logo en souvenir d’Alan Turing. C’est probablement faux, mais rien ne nous interdit d’y croire pour célébrer la mémoire de cet autre génie, autrement plus humain, que fût Alan Turing.



[1] Pixar était à l’origine un fabricant de matériel informatique haut de gamme « Pixar Image computer », très peu vendu.

[2] Rassurez-vous Steve Jobs n’est pas à la rue : « Depuis 1997, date de son retour à la tête de la marque à la pomme, Steve Jobs se verse à titre de salaire un dollar symbolique. A côté d'autres dirigeants, comme Bill Gates, Steve Jobs fait bonne figure. Le fondateur de Microsoft a touché près d'un million de dollars de rémunération pour l'exercice 2005. Pour autant, Steve Jobs ne travaille pas gratuitement. Sa principale source de revenu provient des 120 000 stock options, attribuées en tant que directeur de la société. Le PDG d'Apple mène également un grand train de vie au frais de la société. Pour l'exercice 2006, il a été remboursé de ses déplacements d'affaires qu'il effectue avec son avion personnel, à hauteur de 202 000 dollars. Sa fortune estimée à 5,7 milliards de dollars d'après le magazine Forbes, ferait de lui le 132ème homme le plus riche au monde. Ce salaire d'un dollar s'apparente donc plus à une opération de communication en faveur d'Apple. » Selon un papier du Figaro du 15 oct 2007

 

[4]John C. Mitchell ,Concepts in programming languages, Cambridge University Press, 2003, p.14 [archive] «The fact that all standard programming languages express precisely the class of partial recursive functions is often summarized by the statement that all programming languages are Turing complete.»

Bruce J.MacLennan, Principles of Programming Languages, Introduction : What is a programming language?, Oxford University Press, 1999. «A programming language is a language that is intended for the expression of computer programs and that is capable of expressing any computer program. This is not a vague notion. There is a precice theorical way of determining whether a computer language can be used to express any program, namely, by showing that is equivalent to a universal Turing machine.»

[5] Ces questions sont discutées dans l'article « philosophie de la technique ».

01/10/2011

Compte-rendu du Café philo d'Apt du vendredi 30 septembre

Avec l'autorisation de Philippe MENGUE

 

Le café philo présenté par Diane Bertrand, qui répondait au titre :

“Comment filmer le temps au cinéma ?” fut à la foi riche et difficile.

Très riche de par les apports de Diane sur son travail de metteur en scène, sur la fabrication d’un film (les rapports entre cadrage, plan séquence, montage) sur la diversité des rythmes de temporalité selon les auteurs, et aussi par les apports de l’assistance.

Très difficile pour le philosophe. Je vais insister sur ce point.

La philosophie est l’art des questions, des problèmes, leurs inventions, etc. Or, bien plus qu’au début de nos cafés, il nous est de plus en plus difficile d’accéder à des questions, de dégager des problèmes. On assiste à des monologues qui se succèdent sans entrer en débat ou discussion avec les autres interventions, des interventions qui ne font pas problème avec elle-même, ni, surtout, qui ne se rapportent que lointainement à la question du jour. Celle-ci semble aller de soi.

La description, la narration, le compte rendu du travail cinématographique sont absolument nécessaires, mais ils ne pouvaient être suffisants si l’on avait pas auparavant pris la mesure du problème philosophique.

Qu’est-ce qui manquait et qui sur le plan philosophique nous laissait sur notre faim ?

De définir le problème. Le problème surgit quand on tient compte de l’impossibilité de filmer le temps lui-même. On filme des mouvements, pas le temps. Il est indirectement exprimé par des signes et il est construit par le montage qui se rapporte au Tout (ouvert) du film, soit au temps total qu’est le film. Pas de cinéma sans image en mouvement. C’est sa matière. Si donc le temps est réductible au mouvement (ou à sa mesure, Aristote), il n’y a pas de problème. La question est d’emblée résolue : « comment filmer le temps ? », — « eh, bien ! faites des images-mouvements, n’importe lesquelles, c’est à dire du cinéma ». Soit mais c’est plus la peine de faire un café philo !

On a, certains ont bien senti que la question visée était autrement plus difficile que la réponse donnée implicitement (faute d’avoir envisagé le problème), qu’elle était moins décevante et moins banale. Pourquoi ? Parce que le temps est en lui-même invisible. Toutes choses sont vues dans le temps, mais le temps lui-même ne se voit pas (nous, les philosophes modernes, sommes dans une problématique kantienne). Si le temps n’est pas visible, alors on ne peut le filmer. On filme seulement des mouvements. Il n’y a donc pas de présentation directe du temps.

Après une trop grande facilité et banalité qui font disparaître toute question, on est maintenant confronté à un impossible !

Cette question, et cette impossibilité, un seul philosophe les ont pris en compte. C’est pas de ma faute, c’est Deleuze.

J’ai tenté d’en dire deux mots en rattachant de façon concrète ses concepts (dont le très poétique “cristal de temps”) au film de Diane, “L’Annulaire”, puis en évoquant le “trop tard” de Visconti dans le “Guépard” (top tard pour le Prince, trop tard pour la Sicile) comme dimension hétérogène du temps vis à vis des présents qui passent (la révolution, Garibaldi, etc.). Dans cette disjonction, bifurcation des deux temps, Deleuze nous invite à voir le jaillissement du temps lui-même.

La science est très importante et d’un grand poids. Mais les scientifiques n’ont pas le monopole du temps. Ceci en introduction pour resituer une partie du débat de hier soir (et aussi passé et sans doute à venir). La science n’a pas le monopole de la pensée et ses conceptions ne font pas loi dans d’autres domaine de la pensée dont l’art et la philosophie. Il peut y avoir échange, emprunts mutuels féconds (comme on l’a évoqué), mais la science n’a aucune souveraineté (sinon la philosophie n’existe plus, comme dans le positivisme). La philosophie reste libre d’élaborer ses concepts d’être, de temps, de réalité… Einstein a inventé le « temps » comme quatrième dimension (pour les besoins de ses problèmes de physique). Très bien. Kant invente un temps « out of join » (hors de ses gonds, Shakespeare), affranchi du temps aristotélicien. Très bien. Deleuze invente le “cristal de temps”.

Pourquoi les créations philosophiques auraient-elles à se soumettre à la science, à moins qu’on n’ait déjà posé en sous-main que La Science est seule détentrice de vérité ? De même le rapport du temps de la relativité avec ses paradoxes a été souvent utilisé au cinéma, de façon plus ou moins intéressante. Très bien. Mais il n’y a là nulle obligation pour le cinéaste de s’en tenir à cette approche scientifique. Le cinéaste, comme tout artiste, invente des blocs de perceptions et de sentiments (comme le « trop tard ») qui sont autant de temps ou de possibilités de présenter directement le temps que, de son côté, le philosophe (Kant, Bergson, Deleuze, pour les modernes) a à construire des concepts nouveaux de temps.

Philippe Mengue, le 1er octobre 2011