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17/04/2015

Pour une spiritualité agnostique ?

Spiritualité laïque, spiritualité athée, spiritualité sans Dieu, spiritualité agnostique, … la multiplicité des approches montre bien qu’il n’est pas simple d’aborder cette question.

 

Spiritualité laïque :

Approche de Luc Ferry, réfutée par Catherine Kinztler : contresens,la laïcité n’est pas un courant de pensée comparable à une religion, à un corps de doctrine, c’est avant tout un mode d’organisation sociale et politique.

 

Spiritualité athée ou sans Dieu

Approche de Comte Sponville, mais l’athéisme est une croyance, une croyance négative, mais une croyance quand même, ainsi que l’explique E. Carrère au début de son livre le Royaume :

« À un moment de ma vie, j’ai été chrétien. Cela a duré trois ans. C’est passé. » 

« Je suis devenu celui que j’avais si peur de devenir. Un sceptique. Un agnostique – même pas assez croyant pour être athée. Un homme qui pense que le contraire de la vérité n’est pas le mensonge mais la certitude.  Et le pire, du point de vue de celui que j’ai été, c’est que je m’en porte plutôt bien.»

 

Donc pourquoi pas une Spiritualité sans référence à Dieu, Une Spiritualité agnostique ?

 

  

1. Qu’est-ce que la spiritualité ?

 

Spiritualité (Wikipedia )

« La notion de spiritualité (du latin ecclésiastique spiritualitas) comporte aujourd'hui des acceptions différentes selon le contexte de son usage. Elle se rattache conventionnellement, en Occident, à la religion dans la perspective de l'être humain en relation avec des êtres supérieurs  et  le salut de l'âme. Elle se rapporte, d'un point de vue philosophique, à l'opposition de la matière et de l'esprit ou encore de l'intériorité et de l'extériorité.

 

Elle désigne également la quête de sens, d'espoir ou de libération et les démarches qui s'y rattachent (initiationsrituelsdéveloppement personnelNouvel-Âge5. Elle peut également, et plus récemment, se comprendre comme dissociée de la religion ou de la foi en un Dieu, jusqu'à évoquer une « spiritualité sans religion » ou une « spiritualité sans dieu » »

 

Spiritualité et développement personnel

« La spiritualité n'est pas un système religieux ou une philosophie culturelle. Elle est une fonction naturelle vivante de l'être humain. Elle est indépendante de toute croyance, religion ou dogme. Elle consiste à reconnaitre l'existence de notre Moi véritable, de notre ESSENCE, et à apprendre à nous laisser guider par elle. C'est donc la découverte d'une autre dimension de nous-même, une partie lumineuse, puissante et grandiose, qui ne demande qu'à être développée par l'expérience. »

 

Spiritualité en philosophie (Wikipedia)

« La philosophie est une approche qui repose, en principe, sur la raison. La spiritualité est fondée sur la notion plus évasive et aléatoire de l'« expérience intérieure » ou de la croyance. Pour le philosophe, le discours devrait toujours faire référence à une expérience possible (Kant) et ne jamais spéculer sur du vide. Bien que pour Spinoza, il existe cependant quelque chose de l'ordre de l'intuition, donc pas seulement de l'expérience empirique, et conduisant à la vérité, pour le philosophe, en général, la spiritualité est une notion valide, aussi longtemps qu'elle ne fait pas « référence à des croyances, religieuses ou autres » et qu'elle se définit comme « l’incidence de la vérité (comme telle) sur le sujet (comme tel) » »

 

La spiritualité (philo pour tous)

« La notion de spiritualité désigne à la fois le « caractère des choses de l'esprit » et « la vie selon l'esprit » (définition du Robert). On peut distinguer trois formes de spiritualité : spiritualité de l'amour dans l'union à un dieu personnel ; spiritualité de la connaissance où le sujet connaissant dépasse la dualité sujet-objet ; spiritualité « poétique » où le sujet qui contemple s'absorbe dans la nature qu'il contemple. » 

 

Unisson, "Pour une Spiritualité Laïque et Universelle"

La spiritualité est premièrement une attitude, un état d'esprit, une ouverture permanente sur les autres et le monde. Un état d'être qui se ne repose pas sur des idées préconçues, des dogmes sclérosants mais qui tend toujours vers la découverte de l'inconnu, découverte de soi, des autres et de l'univers.

La spiritualité c'est aussi la profonde connaissance de soi, celle du mystique et du philosophe, mais aussi celle du scientifique ou plus simplement de vous et moi qui tentons de donner un sens à nos vies.

 

Spiritualités orientales

« Elles mettent l'accent sur l'unité de l'univers et l'interdépendance de tous les phénomènes. L'illumination consiste à devenir conscients de cette unité et de la corrélation de toutes choses.

Dans la conception orientale, la division de la nature en objets distincts est une illusion. Tout a un caractère perpétuellement changeant et fluide. La vision orientale est intrinsèquement dynamique. Le cosmos apparait comme une réalité indivisible, éternellement mouvante, vivante, organique, spirituelle et matérielle à la fois. »

 

Satish KUMAR, hindouiste, disciple de Gandhi

La spiritualité, c’est la connexion avec le cosmos.

Ma vision du monde est  fondée sur une interdépendance universelle plutôt que sur la philosophie dualiste et séparatiste dont René Descartes fut, à mon sens, le premier promoteur.  Cogito, ergo sum – « Je pense, donc je suis ».

Pour ma part, je suis favorable à une autre vision du monde, encore émergente à l’Ouest, que résume parfaitement le proverbe sanskrit So Hum, bien connu en Inde. So Hum, que je traduis par « Vous êtes, donc je suis » – Estis, ergo sum –, est devenu mon mantra, le mantra d’un mode de relations non dualiste et non fragmenté.

 

 

2. L’esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu
André Comte-Sponville

 

Selon Luc Ferry, Comte Sponville serait proche du bouddhismeMichel Onfray le définit comme « un chrétien athée ». Lui-même se définit comme « athée fidèle ». Il se positionne plus précisément comme « athée non dogmatique fidèle» : « athée » car il ne croit en aucun dieu, « non dogmatique » car il intègre le fait que l'athéisme est une croyance et non pas un savoir, « fidèle » car restant attaché à un certain nombre de valeurs morales, culturelles et spirituelles, tronc commun de l'humanité, transmises historiquement par les grandes religions.

 

Il dit avoir perdu la foi à 18 ans, mais il reste de cette foi, chez lui, une morale helléno-chrétienne et une spiritualité laïque, qui débouche sur une mystique de l’immanence : « Nous sommes déjà dans le Royaume ; l’éternité, c’est maintenant . »

 

Plusieurs constats, selon l’auteur :

« Le retour de la religion a pris, ces dernières années, une dimension spectaculaire, parfois inquiétante. On pense d’abord aux pays musulmans. Mais tout indique que l’Occident, dans des formes certes différentes, n’est pas à l’abri du phénomène. »

 

  « Retour de la spiritualité ? On ne pourrait que s’en féliciter. Retour de la foi ? Ce ne serait pas un problème. Mais le dogmatisme revient avec, trop souvent, et l’obscurantisme, et l’intégrisme, et le fanatisme parfois. On aurait tort de leur abandonner le terrain. Le combat pour les Lumières continue, il a rarement été aussi urgent, et c’est un combat pour la liberté. » 

 

André Comte-Sponville ne part pas en guerre contre la religion, mais « pour la tolérance, pour la laïcité, pour la liberté de croyance et d’incroyance. L’esprit n’appartient à personne. La liberté non plus. » Du christianisme dans lequel il a été élevé, et dont il ne garde ni rancoeur ni honte, il considère avoir conservé un héritage de valeurs et de sensibilité, c’est son histoire dont il ne renie rien.

 

Un peu plus loin, il affirme : « La spiritualité est une chose trop importante pour qu’on l’abandonne aux fondamentalistes. 

 

L’auteur pose plusieurs questions, qui structurent son ouvrage :

Peut-on se passer de religion ?

Dieu existe-t-il ?

Quelle spiritualité pour les athées ?

 

2.1 - Peut-on se passer de religion ?

« Dieu, s’il existe, est transcendant. Les religions font partie de l’histoire, de la société, du monde (elles sont immanentes). Dieu est réputé parfait. Aucune religion ne saurait l’être. »

 

Là, précise André Comte-Sponville, tout dépend de la définition et de l’étymologie du mot.

 

Si la religion est ce qui relie (du latin Religare), une société peut s’en passer, mais non de lien ou de « communion » (dont Régis Debray fait grand cas).

 

 Si l’origine du terme est-elle Relegere, recueillir ou relire, il s’agit alors davantage de fidélité que de religion. Quelle fidélité ? Celle dévolue à l’héritage gréco-judéo-chrétien, et s’en passer amènerait au nihilisme ou au fanatisme.

 

« Le nihilisme fait le jeu des barbares. Mais il y a deux types de barbarie, qu’il importe de ne pas confondre : l’une, irréligieuse, n’est qu’un nihilisme généralisé ou triomphant ; l’autre, fanatisée, prétend imposer sa foi par la force. Le nihilisme mène à la première, et laisse le champ libre à la seconde. »  « Le contraire de la barbarie, c’est la civilisation. »

 

Cette référence aux valeurs gréco-judéo-chrétiennes me est gênante. D’une part parce que nous en connaissons toutes les tares notamment en matière de droits humains, et comme source avérée de fanatisme.

D’autre part, pourquoi s’en tenir aux seules sociétés occidentales, pour une question aussi universelle ?

 

Selon lui une société peut se passer de religion, mais aucune société ne peut se passer de communion, de fidélité, d’amour

 

 

2. 2 - Dieu existe-il ?

« Professeur, croyez-vous en Dieu ? » À cette question, que lui posait un journaliste, Einstein répondit simplement : « Dites-moi d’abord ce que vous entendez par Dieu ; je vous dirai ensuite si j’y crois. »

 

J’entends par « Dieu » un être éternel, spirituel et transcendant (à la fois extérieur et supérieur à la nature), qui aurait consciemment et volontairement créé l’univers. Il est supposé parfait et bienheureux, omniscient et omnipotent. C'est l’Être suprême, créateur et incréé (il est cause de soi), infiniment bon et juste, dont tout dépend et qui ne dépend de rien. C'est l’absolu en acte et en personne

 

« Un Dieu ? Pourquoi faire ? L’univers suffit. Une Eglise ? Inutile. Le monde suffit. Une foi ? A quoi bon ? L’expérience suffit. »

 

L’auteur envisage divers arguments, donnant des raisons de ne pas croire en Dieu et de penser que Dieu n’existe pas. Dans cette partie sont abondamment cités Pascal, pour lequel André Comte-Sponville semble avoir une grande sympathie, Spinoza, Nietzsche. Le lecteur ne trouvera rien qui ne soit déjà bien connu, cette question ayant été débattue des plus anciens philosophes jusqu’aux contemporains.

Ne pourrait-on se contenter de rappeler que cette question est par nature « indécidable ».

 

 

2. 3. Quelle spiritualité pour les athées ?

Là se trouve sans doute la partie la plus originale mais aussi la plus ambiguë de ce livre.

 

Dans le paragraphe « Une spiritualité sans Dieu ? » l’auteur avance en philosophe averti :

« Qu’est-ce que la spiritualité ? C’est la vie de l’esprit. Mais qu’est-ce que l’esprit ? "Une chose qui pense" , répondait Descartes, " c’est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. "

 

Évidemment, dans cette acception du terme, on voit mal comment les croyants pourraient raisonnablement dénier aux athées une spiritualité. Oui, les athées pensent eux aussi…

 

Peu après, l’auteur présente l’esprit comme « la plus haute partie de l’homme, ou plutôt sa plus haute fonction, qui fait de nous autre chose que des bêtes, plus et mieux que les animaux que nous sommes aussi. »

Et de citer Schopenhauer : « L’homme est un animal métaphysique ». Un peu plus loin : « L’esprit n’est pas une substance, c’est une fonction, c’est une puissance, c’est un acte… ».

 

Plus loin encore, affirmant que toute spiritualité n’est pas forcément religieuse :

« Que vous croyez ou non en Dieu, au surnaturel ou au sacré, vous n’en serez pas moins confronté à l’infini, à l’éternité, à l’absolu – et à vous-même. La nature y suffit. La vérité y suffit. […] Etre athée, ce n’est pas nier l’existence de l’absolu ; c’est nier sa transcendance, sa spiritualité, sa personnalité – c’est nier que l’absolu soit Dieu. Mais n’être pas Dieu, ce n’est pas n’être rien ! 

 

« Sinon, que serions-nous, et que serait le monde ? Si l’on entend par « absolu », c’est le sens ordinaire du mot, ce qui existe indépendamment de toute condition, de toute relation ou de tout point de vue – par exemple l’ensemble de toutes les conditions (la nature), de toutes les relations (l’univers), qui englobe aussi tous les points de vue possibles ou réels (la vérité) – on ne voit guère comment on pourrait en nier l’existence : l’ensemble de toutes les conditions est nécessairement inconditionné,

l’ensemble de toutes les relations est nécessairement absolu, l’ensemble de tous les points de vue n’en est pas un. »

 

« Toujours est-il que cette Nature, Spinoza l'appelle Dieu. De son temps, ce qui choquait, c'était plutôt ce que l'on appelait son athéisme. C'est ce que lui reprochait Leibniz : si la nature est Dieu, Deus sive Natura, cela veut dire qu'il n'y a plus de Dieu. C'est pourquoi je me sens très à l'aise dans le panthéisme spinoziste. En fait, c'est un naturalisme. Il n'en reste pas moins vrai que cette Nature, selon Spinoza, pense. Et là, je me sépare de lui, car je suis convaincu que la nature ne pense pas. C'est en quoi je suis athée, et non panthéiste. »

 

« C’est ce qu’on peut appeler le naturalisme, l’immanentisme ou le matérialisme. Ces trois positions métaphysiques, convergent, concernant le sujet qui nous occupe et au moins négativement, sur l’essentiel : elles récusent tout surnaturel, toute transcendance, tout esprit immatériel (donc aussi tout Dieu créateur). Je les fais miennes toutes trois. La nature est pour moi le tout du réel (le surnaturel n’existe pas), et elle existe indépendamment de l’esprit (qu’elle produit, qui ne la produit pas).

 

Le mot « absolu » vous gêne ? Je vous comprends : je l’ai évité moi-même bien longtemps. Rien, d’ailleurs, ne vous interdit d’en préférer un autre. « L’être » ? « La nature » ? « Le devenir » ? Avec ou sans majuscule ? Chacun est maître de son vocabulaire, et je n’en connais pas qui soit sans défauts. Il reste que le Tout, par définition, est sans autre. De quoi pourrait-il dépendre ? À quoi pourrait-il être relatif ? D’où pourrait-il être vu ?

 

Aller plus loin : la mystique

Si je prends maintenant le mot « spiritualité » en son sens strict, il faut aller plus loin, ou plus haut : la vie spirituelle, en sa pointe extrême, touche à la mystique.

 

Dans mystique, certes, il y a mystère. Mystère de quoi ? Mystère de l’être : mystère de tout !

 C’est toujours la question de l’être (« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? »), sauf que ce n’est plus une question. Une réponse ? Non plus. Mais une expérience, mais une sensation, mais un silence.

 

L'expérience mystique, en sa pointe extrême, rejoint ici l'expérience de sagesse la plus traditionnelle, où il s'agit de vivre au présent. J'ai mis vingt ans à comprendre que l'éthique du vivre au présent rejoint celle dont parle Spinoza dans le cinquième Livre de l'Éthique : “Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels.” J'ai mis vingt ans à réaliser de l'intérieur que le présent dans lequel il s'agit de vivre, vieux thème de la sagesse stoïcienne, et l'éternité dont nous parle Spinoza, sont en vérité une seule et même chose.

 

« Le mystique se reconnaît à un certain type d’expérience, fait d’évidence, de plénitude, de simplicité, d’éternité… Cela ne laisse guère de place aux croyances.

Il voit. Qu’a-t-il besoin de dogmes ?
Tout est là. Qu’a-t-il besoin d’espérer ?

Il habite l’éternité. Qu’a-t-il besoin de l’attendre ?

Il est déjà sauvé. Qu’a-t-il besoin d’une religion ?

 

Le mystique, croyant ou non, c’est celui à qui Dieu même a cessé de manquer. Mais un Dieu qui ne manque pas, est-ce encore un Dieu ? »

 

3. Limite de cette approche

La grande peur de Comte Sponville, dans sa démarche athée, c’est de tomber dans le nihilisme et dans le relativisme.

C’est de là probablement que vient sa quête d’absolu et de mysticisme. Il n’arrive pas à se dégager des idées, des structures d’un monde façonné par 20 siècle de monothéisme. Il parle de Dieu à toute les pages.

- église à communion, Dieu à le Tout et l’absolu, L’expérience intérieure à mysticisme

 

Il ignore la question de l’humanisme, qu’il réduit à une morale et qu’il pose comme refus du nihilisme.

Il ne fait qu’effleurer  la question de la finalité de l’existence, du déterminisme, de la place de l’homme dans le cosmos.

 

Pour sortir d’un système qui s’est construit sur plus de 20 siècle, ne faut-il pas passer par le doute, par une bonne cure de scepticisme, à l’image des philosophies de la déconstruction. Ne faut-il pas aussi chercher dans notre héritage la face cachée des philosophes agnostiques, immanents, humanistes que Comte Sponville  cite mais dont il ignore les modèles. Ne faut-il pas enfin sortir du modèle occidental ?

 

C’est un peu la démarche du film  « En quête de sens »de Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière , ce documentaire, ce « road movie » qui nous invite à  à reconsidérer notre rapport à la nature, au bonheur et au sens de la vie, par la rencontre de personnages comme :  Vandanah Shiva, Pierre Rabhi, Frédéric Lenoir, Satish KUMAR, ou Trinh Xuan Thuan

 

« Nos interlocuteurs travaillent différentes matières, la science, la biologie, l’écologie, l’activisme, la philosophie. Mais elles amènent toutes une pièce d’un même puzzle et éclairent les choses différemment .   Pour nos interviewés, notre civilisation occidentale s’est construite depuis 200 ans sur une vision matérialiste et mécaniste du monde. Cette vision a séparé l’homme de la nature, le corps de l’esprit, et nié la dimension intérieure et le mystère de la vie. Elle a érigé la compétition comme une loi naturelle, l’avidité comme une qualité bénéfique à l’économie , l’accumulation de biens matériels comme finalité de l’existence…»

 

 

4.Comprendre où nous en sommes avec Luc Ferry

Dans, L’homme dieu ou le sens de la vie et surtout dans La révolution de l'amour : pour une spiritualité laïque, Luc Ferry  analyse cet irrépressible besoin de sens . Il estime nécessaire de dresser un panégyrique de l’histoire de la philosophie pour tenter de comprendre où nous en sommes.

 

Luc Ferry commence son histoire par les sagesses antiques reposant sur un cosmos ordonné et où le but de chacun est de trouver sa place dans ce cosmos en développant ses vertus naturelles.

Ce programme de sagesse est remis en cause par le christianisme qui offre à chacun un espoir immense à savoir la résurrection des corps. La sagesse antique ne peut lutter contre un tel programme et s’efface.

Le Christianisme va lui-même être remis en cause par le mouvement des sciences en particulier à partir du XVIIème siècle. L’objectif des philosophes est alors de maintenir les valeurs chrétiennes mais en les fondant sur la raison et non plus sur la foi. Kant est le plus grand représentant de ce mouvement. Les lumières viennent parachever ce programme en mettant l’homme au centre du système et le progrès et le bonheur comme objectifs et valeurs suprêmes. Nul besoin de Dieu pour fonder ces valeurs.

Ce mouvement va lui-même s’épuiser avec l’arrivée des philosophes du soupçon : Nietzche, Marx, Freud, Heidegger. Leur objectif est de faire tomber la raison de son socle et aussi toutes les valeurs issues des lumières. C’est le processus de déconstruction très bien décrit par Luc Ferry : les valeurs chrétiennes/bourgeoises sont remises en cause, l’inconscient vient obscurcir le royaume de la raison, le progrès fait place à un « procès sans sujet » (l’histoire n’a pas de sens et ne va nulle part), le monde de la technique nous domine loin de l’être.

L’homme n’est plus au centre du monde, il est déterminé de toute part, par sa classe sociale (marxisme), son histoire familiale (freudisme) voir ses déterminants biologiques (neurosciences).

Après l'effondrement des idéologies de substitution (communisme...), il devient évident que l'homme se trouve devant un vide qu'il peut se cacher un certain temps, mais qui l'oblige, tôt ou tard, à inventer une nouvelle sagesse. Cette sagesse, certains sont tentés aujourd'hui de la chercher dans les traditions orientales. Si le bouddhisme exerce un attrait si fort sur certains, c'est qu'il prétend offrir une réponse à la question lancinante du sens, à laquelle la modernité n'a pas su répondre.

 

 Pour résister au vertige du non-sens, les sagesses de l'Orient engagent dans la stratégie de sa négation. Puisque tout dépend d'une illusion première, le «soi», déclare le Dalaï-Lama, l'antidote qui éliminera les illusions est la sagesse réalisant l'absence de «soi» (p. 28). On coupe ainsi la question à sa source. André Comte-Sponville conseille une stratégie semblable: «Le sujet n'est pas ce qu'il s'agit de sauver, mais ce dont il faut se sauver » (p. 30)5 . Mais, rétorque Luc Ferry, il y a une contradiction dans le bouddhisme quand il assigne comme objectif au soi de se défaire de soi.

 

Luc Ferry souhaite offrir une alternative à cette situation en proposant un nouvel humanisme fondé sur des valeurs comme l’amour, la place de la famille, le souci d’autrui pouvant aller jusqu’au sacrifice.

 

«Le sacrifice de soi, et l'essentiel est là, n'est plus aujourd'hui imposé du dehors, mais librement consenti et ressenti comme une nécessité intérieure». Il faut insister sur cet exemple du sacrifice, qui témoigne justement, aux yeux de Luc Ferry, de la persistance des valeurs. Certes, le motif qui l'inspire n'est plus la Gloire de Dieu, la Patrie, ou la Révolution, mais tout simplement le souci de l'autre, «parce qu'il est un homme».

Tout cela pèche sans doute par excès d’optimisme, mais Luc ferry suggère aussi une autre piste plus profonde, celle de l’existentialisme, qui propose de nouvelles bases métaphysiques pour reconstruire l’humanisme.

 

 

5. Tentative de reconstruire un humanisme sans référence à Dieu

En octobre 1945, Sartre tient une conférence , « l’existentialisme est un humanisme », sorte de condensé des thèses présentées dans L'Etre et le néant, pour répondre aux critiques que l'on adressait à la philosophie existentialiste. Les uns disaient  qu'elle plongeait les hommes dans le désespoir car elle enlevait tout sens au monde et à l'existence individuelle. Les autres disaient qu'en niant Dieu et les valeurs supérieures, elle conduisait à l'immoralité et à l'anarchie.

 

Sartre lui, montre qu'il n'en est rien. L'existentialisme met avant tout l'accent sur la liberté humaine. Il ne dit pas que la vie n'a pas de sens, mais que l'individu seul peut lui en donner un. Ainsi, l'homme n'est plus soumis à des normes qui viennent de l'extérieur. Il peut s'inventer librement, en laissant les choix que la vie lui propose à chaque instant.

 

[L'existence précède l'essence]

C’est le socle, c’est la proposition de base de l’existentialisme.

Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu'il se définit après. Ainsi, il n'y a pas de nature humaine, puisqu'il n'y a pas de Dieu pour la concevoir.

 

[L'homme est ce qu'il se fait][L'homme est pleinement responsable]

L'homme est non seulement tel qu'il se conçoit, mais tel qu'il se veut, et comme il se conçoit après l'existence, comme il se veut après cet élan vers l'existence, l'homme n'est rien d'autre que ce qu'il se fait.

Et, quand nous disons que l'homme est responsable de lui-même, nous ne voulons pas dire que l'homme est responsable de sa stricte individualité, mais qu'il est responsable de tous les hommes.

 

[L'angoisse] L'existentialiste déclare volontiers que l'homme est angoisse. Cela signifie ceci: l'homme qui s'engage et qui se rend compte qu'il est non seulement celui qu'il choisit d'être, mais encore un législateur choisissant en même temps que soi l'humanité entière, ne saurait échapper au sentiment de sa totale et profonde responsabilité.

Tout se passe comme si, pour tout homme, toute l'humanité avait les yeux fixés sur ce qu'il fait et se réglait sur ce qu'il fait.

 

 [La morale laïque] L'existentialiste est très opposé à un certain type de morale laïque qui voudrait supprimer Dieu avec le moins de frais possible. [Selon cette morale laïque], Dieu serait une hypothèse inutile et coûteuse, nous la supprimerions, mais il serait nécessaire cependant, pour qu'il y ait une morale, une société, un monde policé, que certaines valeurs fussent prises au sérieux et considérées comme existant a priori;

 

L'existentialiste, au contraire, pense qu'il est très gênant que Dieu n'existe pas, car avec lui disparaît toute possibilité de trouver des valeurs dans un ciel intelligible; il ne peut plus y avoir de bien a priori, puisqu'il n'y a pas de conscience infinie et parfaite pour le penser; il n'est écrit nulle part que le bien existe, qu'il faut être honnête, qu'il ne faut pas mentir, puisque précisément nous sommes sur un plan où il y a seulement des hommes.

Dostoïevsky avait écrit: «Si Dieu n'existait pas, tout serait permis.»

 

[L'homme est liberté] Si, en effet, l'existence précède l'essence, on ne pourra jamais l’expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée; autrement dit, il n'y a pas de déterminisme, l'homme est libre, l'homme est liberté.

Nous sommes seuls, sans excuses. C'est ce que j'exprimerai en disant que l'homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu'il ne s'est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu'une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu'il fait.

 

 [L'homme est ce qu'il fait] [L'homme n'est rien d'autre que sa vie]

Or, en réalité, pour l'existentialiste, il n'y a pas d'amour autre que celui qui se construit, il n'y a pas de possibilité d'amour autre que celle qui se manifeste dans un amour; il n'y a pas de génie autre que celui qui s'exprime dans des œuvres d'art: le génie de Proust c'est la totalité des œuvres de Proust.

 Un homme s'engage dans sa vie, dessine sa figure, et en dehors de cette figure il n'y a rien.

 

[La condition humaine] En outre, s'il est impossible de trouver en chaque homme une essence universelle qui serait la nature humaine, il existe pourtant une universalité humaine de condition.

 

[Universalité de l'homme] En ce sens nous pouvons dire qu'il y a une universalité de l'homme; mais elle n'est pas donnée, elle est perpétuellement construite. Je construis l'universel en me choisissant; je le construis en comprenant le projet de tout autre homme, de quelque époque qu'il soit. Cet absolu du choix ne supprime pas la relativité de chaque époque. 

 

[L'humanisme existentialiste] Mais il y a un autre sens de l'humanisme,  qui signifie au fond ceci: l'homme est constamment hors de lui-même, c'est en se projetant et en se perdant hors de lui qu'il fait exister l'homme et, d'autre part, c'est en poursuivant des buts transcendants qu'il peut exister; l'homme étant ce dépassement et ne saisissant les objets que par rapport à ce dépassement, est au cœur, au centre de ce dépassement. Il n'y a pas d'autre univers qu'un univers humain, l'univers de la subjectivité humaine. 

 

[La transcendance] Cette liaison de la transcendance, comme constitutive de l'homme - non pas au sens où Dieu est transcendant, mais au sens de dépassement -, et de la subjectivité, au sens où l'homme n'est pas enfermé en lui-même mais présent toujours dans un univers humain, c'est ce que nous appelons l'humanisme existentialiste. 

 

[Conclusions] L'existentialisme n'est pas tellement un athéisme au sens où il s'épuiserait à démontrer que Dieu n'existe pas. Il déclare plutôt: même si Dieu existait, ça ne changerait rien; voilà notre point de vue. Non pas que nous croyions que Dieu existe, mais nous pensons que le problème n'est pas celui de son existence; il faut que l'homme se retrouve lui-même et se persuade que rien ne peut le sauver de lui-même, fût-ce une preuve valable de l'existence de Dieu. En ce sens, l'existentialisme est un optimisme, une doctrine d'action, et c'est seulement par mauvaise foi que, confondant leur propre désespoir avec le nôtre, les chrétiens peuvent nous appeler désespérés.

 

 

 

Martin Videcoq

05/11/2012

De l’influence de la pleine lune sur les accouchements

L’autre jour en sortant du café philo de Cucuron, nous sommes allés terminer la soirée au resto.

Je ne me souviens plus pourquoi, mais la conversation est partie sur la divination, puis sur l’influence de la pleine lune sur les accouchements ...

 

Et le scénario habituel s’est reproduit : je me suis trouvé désarmé face à des amis que j’estime, mais qui affirmaient de façon véhémente, des faits incontestables pour eux :

-          la capacité d’une femme d’origine hindoue de prédire l’avenir

-          l’influence réelle des astres sur notre vie quotidienne et notamment l’influence de la pleine lune sur le déclenchement des accouchements (« tu ne peux pas le nier, en période de pleine lune,  les maternités sont pleines ! »)

 

Le scénario habituel, disais-je, s’est reproduit. Il s’est déjà déroulé de nombreuses fois, à propos de sujets aussi divers que les sourciers, les ovnis, les devins, les magnétiseurs, les marabouts, l’homéopathie et autres médecines parallèles.

 

 

Croyant et incroyant

Ce scénario fait intervenir deux personnages, le croyant et l’incroyant et  se déroule à peu près de la façon suivante :

Le croyant : « j’ai été le témoin d’une expérience incroyable, je n’y croyais d’ailleurs pas au début, mais j’ai été obligé d’admettre la réalité. Et d’ailleurs tout le monde reconnaît que c’est vrai, et même de grands scientifiques ... »

L’incroyant : « Tout cela est du domaine de l’irrationnel, du non rationnel. Il n’y a aucune preuve que cela marche ou que cela soit vrai. Ce sont des croyances populaires .Tout cela n’a aucune base scientifique. Et d’ailleurs regarde sur Internet, toutes les expériences en « double aveugle » ont montré que[1] ...  Je n’y crois pas et je crois même que c’est faux. »

En général, chacun reste sur sa position et la conversation devient un peu tendue, voire s’envenime. Cela peut se terminer sur des échanges du type :

« Tu nies l’évidence, la science ne peut tout expliquer. Il y a des phénomènes vrais qu’on ne peut expliquer.  Tu ne croies à rien. C’est du nihilisme »

« Bien sûr que je crois à quelque chose, je crois à la démarche scientifique, je crois à la raison. En l’absence de preuve, la seule position raisonnable est le doute. Croire sans preuve est au mieux de la naïveté, au pire de l’obscurantisme, voire de la superstition. »

 

Pour tenter d’éviter de tomber dans ce piège de la conversation bloquée, n’est-il pas utile d’introduire une réflexion sur ce qu’est la croyance et d’admettre que dans les domaines où l’être humain n’a pas de preuve, il ne peut que s’en remettre à son degré de croyance ?

Dans ces domaines, n’est-il pas préférable de jeter un regard conscient sur l’origine de ses opinions et de s’affirmer comme croyant ou incroyant. Avoir le courage de dire « Je crois .. » ou « je ne crois pas ».

A partir du moment où je dis «  je crois en la divination » ou bien « je ne crois pas en la divination », tout est dit, personne ne peut trouver à y redire, c’est du domaine de l’irrationnel, c’est ma croyance ou mon incroyance personnelle, je n’ai à apporter aucune preuve, mais je n’ai pas non plus à tenter d’imposer ma croyance ou mon incroyance aux autres ...

 

 

Croyance et niveau de preuves

On voit bien, dans cette confrontation, apparaître deux dimensions : d’une part le niveau de croyance, d’autre part le niveau de preuve.

 Mais définissons d ‘abord ces termes :

 La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité.

Une preuve est un fait ou un raisonnement propre à établir solidement la vérité.
- Les preuves basées sur la déduction qui ont un caractère absolu ou certain pour autant que l'on respecte leurs  hypothèses de départ.
- Les preuves basées sur l'induction qui ne sont vraies qu'avec une certaine probabilité dont l'estimation dépend des connaissances disponibles

La vérité,  c'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel.

La réalité désigne le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif.

 

Ainsi on pourra sans doute clarifier les positions en introduisant le schéma suivant :

 

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Vous pouvez cliquer sur le schéma pour l'agrandir

Schéma qu’on peut détailler en tentant de positionner sur ce quadrant les divers courants de la pensée humaine : sciences exactes, sciences expérimentales, sciences humaines, religions, idéologies, pseudosciences,  ...

 

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Vous pouvez cliquer sur le schéma pour l'agrandir

Evidemment, ce classement peut paraître arbitraire. Sans doute, mais se poser la question du placement de tel ou tel courant de pensée dans ces quadrants introduit un débat qui ne manque pas d’intérêt.

 

Quadrant 1 (en haut à droite)

C’est le quadrant de la raison, de la méthode, de la science.

 

Quadrant 2 (en haut à gauche)

Le « dénialisme » - est le domaine du déni du savoir scientifique, de la négation des théories ou des faits établis. C’est le domaine des négationnismes, du refus de la théorie de l’évolution,  des multiples révisionnismes mais aussi de l’Index Librorum Prohibitorum (liste des livres interdits par l’église catholique depuis l’inquisition). C’est aussi celui la censure et des autodafés.

 

Quadrant 3 (en bas à gauche)

C’est le domaine du doute, du scepticisme, de l’agnosticisme et de la pensée critique.

On peut résumer cette position par la maxime : Plutôt douter que de se tromper !

 

Quadrant 4 (en bas à droite)

C’est celui des vérités révélées, des mythes, des croyances intuitives ou  « populaires », c’est aussi le domaine sans fin de la cosmogonie, de la métaphysique et du surnaturel, mais aussi des pseudosciences et des idéologies.

 

Quelques questions et réflexions sur ce schéma :

Science et croyance ne sont-ils pas antinomiques ?

La science vise notamment à produire des connaissances à partir d'une démarche méthodique et détachée des dogmes. Les connaissances scientifiques se différencient donc fondamentalement des croyances par leur mode de production. La science est une production collective bâtie sur l'expérimentation, l'épistémologie, et constitue une unité, grâce à une liaison et à une confrontation permanentes avec la « réalité » empirique. La science se doit de remettre régulièrement en doute son contenu et entretient un réseau cohérent de connaissances, par la publication des travaux de recherche. L'adhésion aux théories scientifiques, par les scientifiques compétents, est basée sur la possession de moyens de vérification et de réfutation fournis par les publications. Il s'agit donc d'un mécanisme totalement différent de celui de l'adhésion aux croyances, dans la mesure où la position, certes idéale, du scientifique, n'est pas de croire en sa théorie mais au contraire de l'admettre en recherchant en permanence ses possibilités de fausseté. 

Cependant, pour le commun des mortels, l’adhésion aux théories et aux faits scientifiques relève bien de la croyance car les preuves sont hors de portée de la plupart. Cette adhésion se fait sur la base d’un consensus qui relève de la croyance. J’accepte la théorie de l’atome parce qu’elle est enseignée dans les programmes scolaires, qu’elle semble admise par tout le monde et que les preuves théoriques et pratiques sont disponibles, même si je ne les consulte pas ou n’ai pas le niveau scientifique pour les comprendre.

En ce qui concerne les scientifiques eux-mêmes, il suffit de les placer devant des négationnistes pour constater qu’ils croient réellement en leur théories et quelquefois jusqu’au bûcher (Giordano Bruno) ...  Galilée, condamné, n’aurait-il pas dit : « Et pourtant, elle tourne ! »

 

Où placer l’athéisme ?

S'il paraît évident que "ne pas croire en Dieu" n'est pas une croyance, le problème peut se poser si l'on reformule la question en "croire que Dieu n'existe pas [...]".

Il est important de noter où on place la négation ... Ce n’est pas la même chose de dire

« Je ne crois pas en l’existence de Dieu »
et
« Je crois que Dieu n’existe pas »

 

Il ne faut pas confondre incroyant et athée ! L’athée est un croyant si il fait de l’affirmation de la non existence de Dieu une cause à défendre.

Mais il s'agirait d'une croyance un peu particulière, la croyance en la non existence de quelque chose ! Or, pour le dictionnaire Larousse "croire", c'est tenir pour certain l'existence de quelqu'un, de quelque chose. Derrière croire, il ne peut y avoir qu'une formulation positive. L'expression "croire en la non existence de quelque chose" n'aurait donc pas de sens, ce serait même absurde. Au mieux, elle serait équivalente à "ne pas croire en Dieu", qui n'est pas une croyance. Etre athée, ne peut donc être, au sens propre, une croyance, ou même une foi. Ce serait une adhésion, une confiance une loyauté envers la non existence de quelque chose.

 

Dénialisme et idéologies

Le dénialisme est la plupart du temps promu par idéologie, par l’impossibilité d’accepter les évidences contraires à ses croyances. 

Le négationnisme de la théorie de l'évolution vient en soutien du créationnisme.

Les révisionnismes ont été produits par les idéologies totalitaires.

L’index a été mis en place pour lutter contre les hérésies et pensées contraires aux dogmes et aux vérités révélées du christianisme.

 

Les axes de pensée complémentaires

Il est intéressant de noter les deux grands axes de pensée complémentaires.

Axe 1-3 :  Le scepticisme est complémentaire de la démarche méthodique. Ne pas affirmer sans preuve conduit à douter en l’absence de preuve.

Axe 2-4 : Au contraire, le dénialisme s’appuie sur la pensée non rationnelle,  sur l’acceptation de vérités révélées et vient en soutien des idéologies, des religions, et des pseudosciences.

 

Les quadrants adjacents  s’opposent :

  • Science <--> Dénialisme
  • Science <--> Vérités révélées ou intuitives
  • Scepticisme <--> Dénialisme
  • Scepticisme <--> Vérités révélées ou intuitives

 

 

Concluons par un exemple : l’âge de la Terre et son mouvement

Hubert Krivine, physicien, ancien enseignant-chercheur au laboratoire de Physique nucléaire et des hautes énergie vient de publier un livre qui illustre bien les propos du présent post :

« La Terre du mythe au savoir »

Extraits de la 4eme de couverture :

 "Cet ouvrage relève de la philosophie des sciences, mais son thème a des résonances actuelles puisqu'il aborde la résurgence des fondamentalismes religieux.

A notre époque, le rejet de la vérité scientifique a deux sources. L'une est la lecture littéraliste des textes sacrés, l'autre est un relativisme en vogue chez certains spécialistes des sciences humaines, pour qui « la science est un mythe au même titre que les autres ».

Le philosophe Jacques Bouveresse résume ainsi le propos de l'ouvrage :

Un des objectifs principaux de ce travail était, par conséquent, de « réhabiliter la notion réputée naïve de vérité scientifique contre l'idée que la science ne serait qu'une opinion socialement construite ». Sur l'exemple qui y est traité avec une maîtrise et une autorité impressionnantes, le lecteur qui aurait pu en douter se convaincra, je l'espère, qu'il peut y avoir et qu'il y a eu réellement, dans certains cas, un passage progressif du mythe au savoir, ou de la croyance mythique à la connaissance scientifique, qui a entraîné l'éviction de la première par la seconde, pour des raisons qui n'ont rien d'arbitraire et ne relèvent pas simplement de la compétition pour le pouvoir et l'influence entre des conceptions qui, intrinsèquement, ne sont ni plus ni moins vraies les unes que les autres.

Hubert Krivine veut donc expliquer sur un exemple précis : la datation de l'origine de la Terre, et la compréhension de son mouvement, comment, à la différence des vérités révélées, s'est construite une vérité scientifique.

Ce livre a comme public privilégié les enseignants du primaire au supérieur, que des pressions venant de divers côtés amènent parfois à douter de la validité et de l'intérêt du savoir qu'ils dispensent. Des notions élémentaires d'astronomie et de physique sont expliquées pour le lecteur sans formation scientifique".

Huber Krivine parle de sa démarche dans l’émission Continent Sciences du 24 octobre 2011 :

http://www.franceculture.fr/emission-continent-sciences-c...

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4331891

 

 



[1] Pour ceux que l’influence de la pleine lune sur les accouchements intéresse particulièrement, cliquer sur le lien suivant : Recherche Google

08/10/2010

Metaphysique, croyances et religions

 

 

Dans cette note j'ai rassemblé les définitions des catégories permettant de décrypter les principales approches en matière de métaphysique, de croyances et de religions, notamment monothéistes.

 

Ces définitions sont extraites, pour l’essentiel de Wikipedia et du Dictionnaire des religions et des mouvements philosophiques associés.
http://atheisme.free.fr/Religion/Definition_ar_az.htm#ath...

 

Annonçons la couleur, ce dictionnaire est publié sur un site dédié à l’athéisme (Athéisme, l’homme debout), ce qui ne veut pas dire que ces définitions soient partiales (vous en jugerez). En exergue de ce dictionnaire, il est mentionné :

« Précision : Bien qu’il soit sur un site défendant l’athéisme, ce dictionnaire essaie, en quelques phrases, d'être le plus objectif et le plus factuel possible. Si un lecteur pense qu'un aspect essentiel d’une religion ou d'une philosophie a été omis ou, inversement, que trop d’importance a été accordée à un point de détail, qu’il veuille bien le signaler. »

 

Dans la suite, j’indiquerai l’origine des définitions utilisées, par les abréviations suivantes :
DRMP : Dictionnaire des religions et des mouvements philosophiques associés.

Wiki : Wikipedia

 

Les deux catégories primordiales pour introduire le sujet sont à mon avis les dualités Monisme/Dualisme et Transcendance/Immanence et donc je commencerai par elles.

 

Monisme

(DRMP) « Le monisme est une doctrine philosophique selon laquelle l'univers n'est composé que d'une seule substance. Il s'oppose au dualisme qui affirme l'existence de deux substances distinctes, la matière et l'esprit. On différencie le monisme matérialiste (Epicure, Marx) du monisme spiritualiste ou idéaliste de Leibniz et de Hegel, ainsi que le monisme neutre (W. James, B. Russel) selon lequel la matière et l'esprit constituent deux registres de phénomènes d'une substance sur laquelle on n'a pas à se prononcer. Le monisme supprime donc la distance qui nous paraît exister entre le monde réel et la conscience »

(Wiki) « Monisme métaphysique – Définition : Le monisme pose une seule réalité, donc une seule substance. On y distingue plusieurs variantes apparentes selon la nature donnée à cette substance unique. Essentiellement, deux grandes écoles monistes apparaissent, l'une matérialiste, l'autre spiritualiste (comme l'immatérialisme, l'ipséisme ou le solipsisme dont Berkeley a dépeint certains aspects) selon que la substance universelle est la matière ou l'esprit. Mais ces distinctions ne tiennent pas longtemps à l'analyse philosophique car s'il n'y a qu'une substance, peu importe le nom ou les attributs qu'on lui donne puisque, par définition, il n'existe qu'elle et elle possède donc tous les noms et tous les attributs existant. Par essence, au plan Métaphysique, le monisme s'oppose d'abord radicalement à tous les Dualismes (comme le platonisme ou les monothéismes) qui, tous, supposent l'existence d'un monde idéel ou idéal face à un monde matériel, ces deux mondes étant de natures différentes et dissociées. »

 

Dualisme

(DRMP) « Le dualisme est la doctrine religieuse selon laquelle la réalité, la matière et l'esprit, le corps et l'âme sont constitués de deux principes antagonistes, le Bien et le Mal, en lutte perpétuelle l'un contre l'autre, le bien finissant par l'emporter. Le zoroastrisme repose sur le dualisme.
En philosophie, le dualisme correspond à la description, pour un domaine donné, de deux entités, deux principes inséparables, nécessaire et irréductibles l'un à l'autre et qui coexistent depuis l'origine (ex: esprit et matière). »

(Encyclopédie de l’Agora) « Qu'est-ce que le dualisme? Les philosophes que l'on peut qualifier de dualistes méritent tous le reproche qu'Aristote adressait à Platon: «ils séparent.» Ils séparent tantôt la lumière et l'obscurité comme Zoroastre, tantôt l'âme et le le corps comme Platon, tantôt l'esprit et la matière comme les gnostiques, tantôt la pensée et l'étendue comme Descartes. Il y a autant de dualismes que d'expériences vraiment, personnelles de la rupture. On peut toutefois dégager quatre grandes formes de dualisme :


a) Un dualisme transcendantal qui consiste à repousser le monde dans sa totalité hors du lieu divin (par exemple, le plérôme et le monde d'en-bas chez les gnostiques).


b) Un dualisme métaphysique qui admet deux principes premiers et irréductibles des choses (par exemple, l'Idée ou le Bien et la Matière chez Platon, la Lumière et les Ténèbres, chez Mani).


c) Un dualisme moral qui consiste à séparer la nature et la grâce comme l'ont fait saint Augustin et Pascal, ou la liberté et les passions, comme l'a fait Descartes.


d) Un dualisme psychologique qui consiste à séparer la volonté de l'entendement, comme l'a fait Schopenhauer, ou l'intuition de l'intelligence, comme l'a fait Bergson. »

 

Immanence et Transcendance

(Wiki) « En métaphysique, le transcendant est ce qui est au-delà, ce qui dépasse, surpasse, en étant d'un tout autre ordre. Par exemple, l'esprit transcende la matière.

Le terme est particulièrement utilisé pour discuter la relation de Dieu au monde. La conception d'un Dieu transcendant ne signifie pas qu'il est totalement en dehors et au-delà du monde, ces notions d'en dehors et d'au-delà étant, elles, de ce monde mais bien que sa nature n'est pas limitée à l'en dedans ou l'en deçà et qu'elle les incluent et les dépassent, que Dieu se manifeste ou non. Elle naît de la conception aristotélicienne de Dieu.

À l'inverse, les philosophies de l'immanence, comme le stoïcisme ou le panthéisme de Spinoza maintiennent que Dieu se manifeste dans le monde, et est présent dans celui-ci et dans les choses qui le composent. »

 

 

 

Et voici ensuite une liste de catégories autour desquelles s'est organisé le débat métaphysique dans le monde des religions monothéistes.

Agnosticisme / agnostique

(DRMP) « Le terme agnosticisme a été créé en 1869 par Thomas Huxley, naturaliste anglais (1825-1895) qui s'est inspiré des idées de David Hume et d'Emmanuel Kant. L'agnosticisme est une philosophie qui déclare l'absolu, le divin, la métaphysique, et plus généralement ce qui ne peut être appréhendé par l'expérience, inaccessible à l'esprit humain et à la perception. En conséquence, l'existence de Dieu ne peut être prouvée. L'agnosticisme professe une complète ignorance touchant la nature intime, l'origine et la destinée des choses. C'est une forme de scepticisme appliqué à la métaphysique et à la théologie.
Déjà présent dans la Grèce Antique, l'agnosticisme s'est beaucoup développé aux XVIIIe et XIXe siècles en raison des progrès de la science qui ont fourni des résultats expérimentaux contredisant les dogmes religieux et les textes "sacrés" comme la Bible.
Dieu étant inconnaissable, l'agnostique ne peut se prononcer sur son existence et considère donc qu'il est inutile de lui rendre un culte ou de se soumettre à une morale révélée qu'il aurait dictée aux hommes.
Le bouddhisme et le jaïnisme sont des religions agnostiques. Emmanuel Kant, Auguste Comte (et sa doctrine philosophique le positivisme), William James, Herbert Spencer, les frères Goncourt, Félix Le Dantec, Albert Einstein étaient agnostiques. »

Athéisme / athée

(DRMP) « L'athéisme est une attitude qui consiste à ne pas croire en l'existence de Dieu ou de toute autre divinité.
L'athéisme ne se contente cependant pas de rejeter purement et simplement l'idée de Dieu. Il essaie de comprendre l’origine et l'universalité du phénomène religieux et d’expliquer autrement ce que les religions prétendent éclairer. Les domaines à explorer touchent à de nombreuses sciences humaines : sociologie, psychologie, neurologie, économie, politique...
Dans l'Antiquité, l'athéisme tel qu'on l'entend actuellement était peu connu. Nier l'intervention des dieux dans les affaires humaines pouvait être assimilé à de l'athéisme.
Bien plus tard, la remise en question des croyances en vigueur pouvait être qualifiée également d'athéisme. Pierre Bayle (écrivain français 1646-1707), le premier, défendit que l'athéisme n'était pas pire que l'idolâtrie.
L'athéisme fut souvent confondu par les théologiens avec le déisme, le scepticisme, la libre pensée ou la critique des superstitions. »

 

Déisme / déiste

(DRMP) « Du latin deus, dieu.
Le déisme est la croyance en un dieu unique, suprême, immanent, ordonnateur ou créateur de l'univers, mais qui, contrairement au théisme, n'interagit pas avec le monde et n'intervient pas dans la destinée des hommes. C'est une philosophie sans dogme, ni religion qui rejette toute Révélation divine. Le déiste ressent Dieu de manière intuitive et ne cherche pas à se le représenter. Pour lui, la religion est souvent ramenée à la morale.
Le terme "déiste" est plutôt utilisé dans le langage théologique pour désigner de manière péjorative ou avec mépris ceux qui se disent croyants mais ignorent les prescriptions religieuses et ne pratiquent pas de culte. 
Le déisme s'est développé chez les philosophes des XVIIe et XVIIIe siècles en Angleterre (Herbert von Cherbury, John Toland, Tindall, Thomas Woolston, Anthony Collins) et en France (Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Hugo et même Robespierre avec le culte de l'Etre Suprême).
Pour Emmanuel Kant (1724-1804), le déisme est une théologie rationnelle transcendantale dans laquelle on pense "Dieu d'après des concepts purs et vides d'intuition, comme être premier et cause du monde". »

 

Théisme / théiste

(DRMP) « Le théisme désigne la croyance en un Dieu unique (monothéisme), créateur de l'Univers, dont il est extérieur, mais qui agit sur lui et se manifeste en permanence. Il est généralement décrit de manière humaine, comme une personne animée d'une volonté propre, qui aime, récompense, punit.
La religion chrétienne s'exprime de manière théiste : Dieu y est présenté comme un Etre céleste, qui apprécie les louanges, écoute les confessions, révèle sa volonté et appelle à une vie spirituelle en communion avec lui. »

(Wiki) « Le théisme (du grec theos, dieu) est un terme qui désigne toute croyance ou doctrine qui affirme l'existence d'un Dieu (ou de dieux) et son influence dans l'univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. Selon le théisme religieux, la relation de l'homme avec Dieu passe par des intermédiaires (la religion). Selon le théisme philosophique, Dieu régit l'univers directement. Le théisme est opposé à l'athéisme. Parmi les formes de théisme, on peut citer le panthéisme, le monothéisme et le polythéisme. »

 

Monothéisme / monothéiste

(Wiki) : « Un monothéisme (du grec μονός [monos], « seul, unique » et θεός [theos], « dieu ») est une doctrine religieuse ou philosophique qui affirme l'existence d'un seul Dieu[1] et la transcendance de ce Dieu, distinct du monde[2]. »

 

Mazdéisme, zoroastrisme

Le mazdéisme est une religion de l'ancienne Perse, appelée aussi zoroastrisme. Attestée depuis le 2ème millénaire avant notre ère, elle est l'une des plus anciennes religions.
Les tribus d'une région septentrionale de l'Asie (Aryens) dont elle est issue, se seraient séparées pour s'installer, l'une en Inde qui est à l'origine du védisme en accentuant le polythéisme, l'autre en Iran qui conduisit à l'Avesta, canon des Ecritures mazdéennes après les Révélations du Dieu Mazda au prophète Zarathoustra (Zoroastre).
Le mazdéisme se compose d'un univers hiérarchisé (animaux, hommes divinités), soumis à un souverain unique Ahura Mazda (Ormuzd, le Seigneur sage). Son évolution vers le monothéisme eu pour conséquence l'apparition d'un adversaire au dieu Mazda, Spenta Manyu (Esprit Cruel) aussi puissant que lui, en fit une religion dualiste où les bons vont au ciel et les mauvais en enfer. Ce dualisme ainsi que les prédications de Mani conduisirent le manichéisme, avant un retour au monothéisme où Spenta Manyu (Ahriman) fut subordonné à Mazda.
Quelques communautés d'Iran (Guèbres, plus de 10 000) et d'Inde, notamment à Bombay (Parsis, près de 200 000) pratiquent encore le mazdéisme.


Judaïsme

(DRMP) « Le judaïsme est une religion monothéiste fondée, selon la Bible, par Abraham et devenue celle de l'ancien Israël dont Dieu (Yahvé) aurait fait la Terre Promise. La Loi du judaïsme aurait été révélée à Moïse sur le Sinaï par Dieu qui aurait conclu avec le peuple juif une "alliance" engageant sa loyauté.
Les Israélites croient en l'immortalité de l'âme, au "Jugement Dernier" (où Dieu statue sur le sort de tous les hommes) et attendent la venue du Messie pour instaurer un royaume de paix, d'amour et de droit. Leur relation à Dieu est directe et personnelle. Les principales fêtes religieuses du judaïsme sont le Sabbat (repos sacré le dernier jour de la semaine), la Pâque (en mémoire de la sortie d'Egypte), le Yom Kippour, Rosh Haschana (nouvel an juif)...
Le judaïsme, dont la source est la Bible et en particulier la Torah (le Pentateuque), a été pratiqué sans interruption par les Juifs, en dépit de leur dispersion à travers le monde (Diaspora). Il fut le point de départ du christianisme, dont il se distingue par l'absence de hiérarchie cléricale, ainsi que de l'islam. Les rabbins sont les interprètes des textes et accomplissent les cérémonies religieuses, mais ils n'ont pas de fonction sacrée. Les Juifs sont aujourd'hui une quinzaine de millions dans le monde, essentiellement en Israël, aux Etats-Unis et en Europe. »

 

Christianisme / chrétien

(DRMP) « Le christianisme est une religion missionnaire à vocation universelle s'appuyant sur la reconnaissance dans Jésus de Nazareth, du Christ, c'est-à-dire du Messie annoncé par les prophètes de l'Ancien Testament. Issue du judaïsme, sa doctrine est basée sur l'immortalité de l'âme, la résurrection du corps, l'amour du prochain et le salut rendu possible par la crucifixion de Jésus. Le christianisme s'inspire de la Bible et surtout du Nouveau Testament relatant les enseignements de Jésus. Du 1er au IVe siècle, il se développe sur le pourtour méditerranéen avant de s'étendre à toute l'Europe après la conversion de l'empereur romain Constantin qui lui donne le statut de religion d'état.
Le schisme de 1054 voit la séparation définitive de l'Eglise orthodoxe de celle de Rome. La volonté de l'Eglise catholique d'aller libérer les Lieux saints engendra huit croisades entre 1096 à 1270.
Au XVIe siècle, la Réforme, conduit à un nouveau morcellement du christianisme. En réaction à la corruption et aux abus (Inquisition) de l'Eglise romaine, Martin Luther et Jean Calvin proposèrent une alternative plus proche de la Bible et de sa pratique donnant ainsi naissance à différentes Eglises dites réformées ou protestantes, dont les plus importantes sont la luthérienne et la calviniste. »

 

Islam

(DRMP) « L'Islam est la religion fondée par Mahomet (début du VIIe siècle). L'islam se veut à la fois religion, mode et système de gouvernement et règle de la vie quotidienne. Son fondement est le Coran, livre saint et parole de Dieu révélée à Mahomet, et la Sunna, enseignement et vie du prophète, qui contiennent des éléments de la tradition judéo-chrétienne.

Les cinq piliers de l'Islam sont :
1 - La profession de foi : croyance en Allah, dieu unique et créateur et en Mahomet, son prophète.
2 - La prière canonique, cinq fois par jour et à heure fixe.
3 - Le jeûne de 29 jours pour commémorer le mois du Ramadan au cours duquel fut révélé le Coran.
4 - L'aumône, devenu une «dîme» légale au profit des pauvres.
5 - Le pèlerinage à la Mecque (Hajj ou Hadj), au moins une fois dans sa vie.

Le croyant doit se référer au Coran, adhérer sincèrement à l'Islam, avoir une confiance absolue en Dieu, s'abandonner intégralement à lui et rechercher inlassablement la perfection de son comportement. La loi canonique de l'islam est contenu dans la charia.

L'islam ne se considère pas comme une religion nouvelle. En effet, elle rétablit la Révélation que Dieu avait jadis faite aux prophètes, notamment, le retour de Jésus (reconnu comme prophète) à la fin des temps et son rôle de sauveur au côté de Mohammed.
Il n'y a pas de prêtres, mais des oulémas jurisconsultes, et des imams qui dirigent la prière.

Certains des principes fondamentaux sur lesquels l'Etat islamique doit se référer, sont définis dans le Coran et la Sunna (la Djihad, "guerre sainte" en fait partie), mais sans qu'ils ne prescrivent une forme spéciale de gouvernement.

Les conquêtes arabes ont permis à l'islam de se répandre dans le monde entier. Aujourd'hui, un cinquième des musulmans est de langue arabe; la majorité réside en Indonésie, Pakistan, Inde, Bangladesh, Turquie, Iran, Egypte et Nigeria. Ils se répartissent en deux grands courants : le sunnisme (90%) et le chiisme (10%). »

 

Polythéisme / polythéiste

(DRMP) « Une religion polythéiste est une religion vénérant plusieurs dieux, réunis dans un panthéon, qui dirigent divers aspects du monde et de la vie. Les cultes égyptiens, grecs et romains sont les plus connus. »

 

Panthéisme / panthéiste

(DRMP) « Du grec pan, tous et theos dieux.
Le panthéisme est une doctrine philosophique et métaphysique qui identifie Dieu au monde, à l'univers, selon laquelle il existe dans tout, dans la nature même des choses et des êtres vivants. On dit alors que Dieu est immanent (contenu dans la nature d'un être) par opposition au Dieu transcendant (extérieur au monde) et personnel des grandes religions monothéistes.
On utilise couramment le terme "panthéisme" pour désigner un comportement ou un état d'esprit visant à diviniser la nature. Cette doctrine prend des formes religieuses en Inde et plus philosophiques en Occident avec les stoïciens et Plotin. Spinoza en a construit une théorie logique conduisant à un Dieu impersonnel : "Dieu, c'est-à-dire la nature".
Fichte, Schelling, Haeckel... étaient panthéistes. »

 

Laïcité

(DRMP) « Du grec laikos : peuple.
Dans le langage chrétien, un laïc était au Moyen Age un "baptisé" qui n’appartenait pas au clergé ; de nos jours, c’est une personne chargée de fonctions qui étaient autrefois dévolues au clergé, dans une institution catholique.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous la IIIe République, la laïcité est devenue une conception de l’organisation de la société visant à la neutralité réciproque des pouvoirs spirituels et religieux par rapport aux pouvoirs politiques, civils, administratifs. Le but était de lutter contre le cléricalisme, c’est-à-dire l’influence des clergés et des mouvements ou partis religieux sur les affaires publiques. La laïcité est aussi une éthique basée sur la liberté de conscience visant à l’épanouissement de l’homme en tant qu’individu et citoyen.
Concrètement, la laïcité est fondée sur le principe de séparation juridique des Eglises et de l’Etat (loi de 1905 en France), en particulier en matière d’enseignement.

Cette séparation a pour conséquence :

la garantie apportée par l’Etat de la liberté de conscience et du droit de d’exprimer ses convictions (droit de croire ou de ne pas croire, de changer de religion, d’assister ou pas aux cérémonies religieuses).

la neutralité de l’État en matière religieuse. Aucune religion n’est privilégiée; il n'y a pas de hiérarchie entre les croyances ou entre croyance et non-croyance.

La laïcité, en France, s’est mise progressivement en place pendant plus d’un siècle :

1789 : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen institue la liberté religieuse "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses" (article X)

1791 : la Constitution établit la liberté des cultes et accorde des droits identiques aux religions présentes alors en France : catholique, judaïque et protestante.

1881-1882 : les Lois de Jules Ferry instituent l'école publique gratuite, laïque et obligatoire.

1905 : la Loi de séparation des Églises et de l'Etat : "La République ne reconnaît, ne finance ni ne subventionne aucun culte" (article 2). L’Alsace Moselle, du fait de son rattachement à l’Allemagne lors du vote de cette loi, bénéficie d’un statut dérogatoire, fondé sur le Concordat de 1801 signé par le Consul Napoléon Bonaparte.

1946 : le principe de laïcité est inscrit dans le Préambule de la Constitution.

1959 : la Loi Debré accorde des subventions aux écoles privées qui sont sous contrat avec l’Etat.

1989 : la Loi Jospin de 1989 précise, dans son article 10, que "dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression". Cette loi va provoquer l’apparition des foulards islamiques dans les établissements scolaires.

2004 : une loi réglementant le port des signes religieux à l’Ecole est mise en place pour résoudre les conflits liés au port du voile islamique. »