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02/07/2011

Animalité - Humanité

 

Mise à jour du 2/7/2011

 

 

Nous avons à Cucuron un Café Philo qui se réunit tous les mois.

Notre thème de janvier 2010 était : "Animal - Etre humain : continuité ou rupture ?"


En guise d'introduction

Quelle meilleure introduction que le fameux livre de Vercors : « Les animaux dénaturés » ?

"En Nouvelle-Guinée, une équipe de savants auxquels s'est joint le journaliste Douglas Templemore cherche le fameux " chaînon manquant ", l’ancêtre commun au singe et à l'homme. En fait de fossile, ils trouvent une colonie, bien vivante, de quadrumanes, donc de singes, qu'ils nomment "Tropis". Mais a-t-on jamais vu des singes troglodytes et enterrant leurs morts ? Tandis que les hommes de science s'interrogent sur la nature de leurs " Tropis ", un homme d'affaires voit en eux une potentielle main-d'oeuvre à bon marché. La seule parade à ses noirs desseins est de prouver l'humanité des Tropis. Pour obtenir la preuve nécessaire, Doug risquera sa tête pour notre plus vif divertissement et notre édification. Sous le rire de cette satire allègre se pose la grave question de ce que nous sommes, nous les " personnes humaines ", animaux dénaturés.

Ni les anthropologues, ni les psychologues ni les autorités juridiques et religieuses ne parviennent à définir les critères qui permettraient de différencier de façon claire l'homme de l'animal."

La proposition de Vercors.

"Pour interroger, il faut être deux : celui qui interroge, celui qu'on interroge. Confondu avec la nature, l'animal ne peut interroger. (...) L'animal fait un avec la nature. L'homme fait deux. Pour passer de l'inconscience passive à la conscience interrogative, il a fallu ce schisme, ce divorce. N'est-ce pas la frontière, précisément? Animal avant l'arrachement, homme après lui? Des animaux dénaturés, voilà ce que nous sommes."
Or, une des conséquences de cette dénature, mise en évidence par Vercors, est la création de la surnature, son obsédante présence et ses manifestations : "L'animal n'a pas besoin de fables, ni d'amulettes : il ignore sa propre ignorance. Tandis que l'esprit de l'homme, arraché, isolé de la nature, comment ne serait-il pas à l'instant plongé dans la nuit et dans l'épouvante? (...) Comment n'inventerait-il pas aussitôt des mythes : des dieux ou des esprits en réponse à cette ignorance, des fétiches et des gris-gris en réponse à cette impuissance?"


Quelques questions

Qu’est-ce qui différencie l’humain de l’animal ? Le langage, la conscience, l’intelligence, l’âme, l’essence divine, la culture ?

Les animaux sont ils des machines, des objets à la disposition des hommes ?

Ou bien des êtres vivants sensibles, sujets à la souffrance ? Voire même conscients de leur souffrance?

Les animaux ont-ils une âme?

S’ils sont sensibles à ce qui leur fait du bien ou du mal, jusqu’où va leur capacité à remonter jusqu'aux idées de bien et de mal ?

Quelles sont les places respectives de l’humain et de l’animal dans le cosmos ? Quels sont leurs droits ? Sont-ils objets ou bien sujets de droit ? Quels sont leurs rapports avec la nature ?

Jusqu’où peut aller la domination de l’humain sur l’animal ?




Définitions, Etymologie

Animal :

Par opposition aux règnes végétal et minéral : Être vivant, organisé, élémentaire ou complexe, doué de sensibilité et de mobilité : l'homme est un animal.

Du lat. animal, animalis « être vivant »

Etym : « Le terme âme apparaît d'abord au Xe siècle, dérivé du latin anima qui définit la part immatérielle d'un individu, son principe spirituel de vie, son âme. Puis, deux siècles plus tard, se construit animal, celui qui est animé par ce souffle, cette âme. L'homme est un être animé, et il partage cette particularité lexicale avec tous les animaux."

Animisme : toute doctrine ou religion qui attribue aux choses une âme.


Ëtre humain : Le plus complexes des êtres vivants, appartenant à la famille des homini­dés et à l'espèce Homo sapiens (« homme sage »). Traditionnellement défini comme « animal doué de raison ».

Du lat. class. homĭnem, acc. de hŏmo « être humain »



Les religions et les philosophies

Le Boudhisme

Il faut respecter les animaux car se sont des êtres sensibles soumis aux mêmes lois que les humains. Le bouddhisme recommande d'être végétarien, mais sans en faire une obligation.

L’Hindouisme

Dans le védisme, la forme la plus ancienne de la religion hindoue, on sacrifiait parfois des animaux, mais ils passaient auparavant par un processus de divinisation et on considérait que leur âtman ("leur âme") rejoignait directement l'Absolu ou Brahman. Cela rejoint certains sacrifices pratiqués dans les religions animistes.

L'Hindouisme recommande la non-violence et le respect pour toute vie, humaine et animale, et même végétale.

D'après certaines estimations, 85 % de la population hindou suit un régime végétarien

La croyance en la métempsychose (réincarnation dans un autre corps, humain, aniamal ou végétal) est fondamentale dans le bouddhisme le jaïnisme et dans l'hindouisme : nous avons été, nous sommes et nous serons (peut-être) tous des animaux au cours de nos innombrables vies.


La Bible

Dieu dit : « faisons un adam à notre image comme notre ressemblance, pour commander au poisson de la mer, à l’oiseau du ciel, aux bêtes et à toute la terre, à toutes les petites bêtes ras du sol. »


Dieu dit à Noé et ses fils : « A vous d’être féconds et multiples, de remplir la terre. Vous êtes la peur, vous êtes l’épouvante, de tous les animaux de la terre, de tout ce qui vole dans le ciel, et de tout être animé sur le sol, de tous les poissons de la mer. Tout est entre vos mains.  La moindre petite bête vivante, comme le vert végétal, vous appartient pour vous nourrir. Je vous donne tout. »

Ainsi la Bible à la fois reflète et instaure ladomination de l’humain sur l’animal.


Aristote

« L’homme est le seul des animaux à se tenir droit car sa nature et son essence sont divines ».

L'homme est selon Aristote, un « animal politique ». Ce serait en effet pour qu'il puisse s'entendre avec ses semblables sur le bon, l'utile et le juste que la nature l'aurait pourvu du langage.

La conception d’Aristote, mais aussi des Stoïciens, a sa racine dans une conception de l’homme comme d’une âme unie à un corps ; l’âme étant supérieure, le corps lui doit obéissance. L’animal obéit à l’homme tout comme la partie animale de l’homme (ses instincts) doivent obéissance à sa partie rationnelle, l’intellect et l’âme. Puisque les animaux sont dépourvus de raison, c’est à la raison de l’homme qu’ils obéiront, qui supplante la raison qui leur manque.

La soumission de l’animal à l’homme est donc à la fois divine et naturelle, à la fois classique et judéo-chrétiene.


Les Cyniques

Le modèle du cynisme est l'animal. La société est perçue comme corruptrice et changeante, là où la nature est vertueuse et universelle.

Le terme « cynisme » provient du grec ancien κύων / kuôn, qui signifie « chien », en référence à l'attitude d'Antisthène, l'inspirateur du cynisme, puis de celle de Diogène de Sinope, qu'on peut considérer comme étant le premier véritable cynique et qui souhaitait être enterré « comme un chien »


Plutarque

Dans la tradition pythagoricienne, Plutarque prônait le végétarisme. Il a écrit quatre traités sur les animaux. Son oeuvre eut une influence considérable, de Montaigne (végétarien) à Rousseau (végétarien) et à la Révolution Française.

Plutarque reconnaît implicitement que les animaux sont dotés de raison. La différence entre l'homme et l'animal est seulement de degré, à savoir de quantité et non pas de qualité. La souffrance animale doit susciter des sentiments de bienveillance de notre part.

"Qui donc a le premier transformé en viande un animal, un être animé, vivant, et en a honteusement rajouté jusqu'à convertir son sang en jus, voire en sauce ?"


Les Epicuriens

Les animaux privés de la parole et les bêtes sauvages
Par des cris différents et variés signifient
La crainte ou la douleur ou le plaisir.

[Lucrèce, V, 1058-1060]


Montaigne

MONTAIGNE - Essais - Livre II, Chapitre XII, Apologie de Raimond Sebond

« C’est par la vanité de cette pensée que l’homme s’égale à Dieu, qu’il s’attribue des qualités divines, qu’il se considère lui-même comme distinct de la foule des autres créatures, et découpe les parts qui reviennent à ses confrères et compagnons, les animaux, leur attribuant comme bon lui semble telle portion de facultés ou de forces. Comment peut-il connaître, par le moyen de son intelligence, les mouvements intérieurs et secrets des animaux ? Par quelle comparaison entre eux et nous conclut-il à la stupidité qu’il leur attribue ? ».

« Ce défaut qui empêche la communication entre les animaux et nous, pourquoi ne viendrait-il pas aussi bien de nous que d’eux ? Reste à deviner à qui revient la faute de ne pas pouvoir nous comprendre : car nous ne les comprenons pas plus qu’ils ne nous comprennent. Et c’est pourquoi ils peuvent nous estimer bêtes, comme nous le faisons pour eux. »


Descartes

Il a créé la théorie de l'animal-machine : théorie réduisant l'être animé à un mécanisme matériel ; pour DESCARTES, le corps humain, comme celui des bêtes, est une machine, mais l'homme possède en outre une âme.

Privés d’âme, les animaux sont incapables de souffrance, de plaisir ou d’aucune pensée que ce soit.


Rousseau

« La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L'homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d'acquiescer, ou de résister; et c'est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme. »

Second discours


La Fontaine

L'animal est doué d'une forme d'âme, qui certes ne lui permet pas le raisonnement abstrait, l'argumentation, réservée à l'homme doté du langage ; mais il pourrait sentir, juger, dans une certaine mesure, inventer. Cette âme "animale" serait commune à tous les vivants, hommes et animaux. L'autre âme, immortelle celle-là et réservée aux hommes, n'apparaîtrait que par l'éducation.


Kant

Pour Kant, si la Nature prend soin de l’animal, elle laisse l’homme prendre soin de lui-même. Il n’y a pas de dualité réelle entre nature et culture. Le développement de la culture poursuit et achève celui de la Nature


Nietzsche

Les hommes, selon Nietzsche, sont d’abord des animaux et, comme tous les animaux, ils se distinguent entre eux entre forts et faibles, dominants et dominés, c’est là une loi de la vie et de la nature (sélection naturelle).

« L'homme, écrit Nietzsche dans la Deuxième considération intempestive, dit "Je me souviens" et il envie l'animal qui oublie aussitôt et voit chaque instant mourir véritablement, retomber dans la brume et dans la nuit, et s'éteindre à jamais. »

Nietzsche appelait l'âme la«bête divine»: « (l'homme moderne) a anéanti et perdu son instinct, il ne peut plus lâcher la bride à la «bête divine» avec confiance, quand sa raison vacille et que son chemin le mène à travers les déserts.»


Darwin

Darwin pense que l'homme n'est pas tant éloigné des animaux, et que la différence est surtout due à des différences d'avancées culturelles entre civilisations plutôt qu'à des différences d’espèces.

Darwin publie son dernier travail important, L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, consacré à l'évolution de la psychologie humaine et sa proximité avec le comportement des animaux. Il développe ses idées selon lesquelles chez l'homme l'esprit et les cultures sont élaborés par la sélection naturelle et sexuelle, conception qui a connu une nouvelle jeunesse au cours des trois dernières décennies avec l'émergence de la psychologie évolutionniste. Comme il conclue dans La Filiation de l'Homme, Darwin estime qu'en dépit de toutes les « qualités nobles » de l'humanité, et des « pouvoirs qu'elle avait développés », « L'homme porte toujours dans sa constitution physique le sceau ineffaçable de son humble origine »


L’utilitarisme

Ainsi, à partir du 18 eme siècle, l’éthique du monde occidental a évolué sous l’influence des théories de Darwin, mais aussi des philosophes utilitaristes.

L’ enseignement du juriste anglais Bentham et de son disciple John Stuart Mill stipule que tout être capable de souffrance et de plaisir a des intérêts et que la morale consiste à défendre ces intérêts de manière à toujours maximiser les plaisirs et minimiser la souffrance et cela de tous les êtres susceptibles d’en bénéficier. Autrement dit, une action est bonne quand elle tend à la plus grande somme de bonheur pour le plus grand nombre possible de personnes concernées par cette action.

Cette position a été reprise et développée par le philosophe australien Peter Singer à la défense des animaux. Un animal est capable d’expériences positives, il joue, il se baigne, il veut courir par-ci, par-là, faire son nid, avoir ses petits. Tout comme l’homme l’animal veut persévérer dans son être, se reproduire, éviter les dangers, trouver où se reposer. Autrement dit, il y a continuité entre l’expérience animale et l’expérience humaine, les deux cherchent –consciemment ou non – à maximiser les plaisirs et à minimiser les douleurs.


L’anti spécisme

Les différences spécifiques invoquées par Descartes, Aristote et toute une tradition de pensée judéo chrétienne pour valoriser l’humain au détriment de l’animal (raison, langage, conscience, ...) ne sont pas pertinentes.

En effet, d’un côté nous considérons comme moralement scandaleux de maltraiter un être humain auquel manquent justement ces facultés : le nourrisson, le vieillard sénile, la personne mentalement handicapée, et nous nous assurons que lois et institutions les protègent. De l’autre côté nous nous excluons les animaux de cette même protection sous prétexte que ces facultés leur manquent. Or si nous protégeons les humains démunis, n’est-ce pas précisément pour leur épargner la souffrance ? Singer appelle cette attitude le spécisme qui est défini comme une forme de discrimination concernant l'espèce.

Le mouvement anti-spéciste affirme que le critère de l'espèce à laquelle appartient un être n'est pas, en soi, moralement pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter, du respect qu'on lui doit, des droits qu'on doit lui accorder, etc. Il s'ensuit en pratique que l'antispécisme s'oppose à toute forme d'exploitation et de maltraitance des individus d'autres espèces animales de la part des humains.


Freud

Freud s’inscrit dans la pensée évolutionniste. Au cours de son évolution culturelle, l'homme s'érigea en maître de ses co-créatures animales. Mais non content de cette hégémonie, il se mit à creuser un fossé entre leur essence et la sienne. Il leur dénia la raison et s'attribua une âme immortelle, allégua une origine divine élevée, qui permit de rompre le lien de communauté avec le monde animal. Il est remarquable que cette outrecuidance soit encore étrangère au petit enfant de même qu'à l'homme primitif et préhistorique. Elle est le résultat d'une évolution ultérieure prétentieuse. Au stade du totémisme, le primitif ne trouvait pas choquant de faire descendre sa lignée d'un ancêtre animal. Le mythe, qui renferme la cristallisation de cet antique mode de pensée, fait endosser aux dieux la forme d'animaux, et l'art des premiers temps façonne les dieux avec des têtes d'animaux.


Le droit

La Déclaration Universelle des Droits de l'Animal a été proclamée solennellement à Paris, le 15 octobre 1978, à la Maison de l'Unesco. Son texte révisé par la Ligue Internationale des Droits de l'Animal en 1989, a été rendu public en 1990.

Ainsi notre attitude et approche aux animaux ont considérablement évolué en ce dernier quart de siècle et ce progrès n’a pas cessé. On pourrait parler de deux Occidents, un Occident traditionnel toujours sous l’influence de Descartes et des textes chrétiens ; un autre occident inspiré par le mouvement de la libération animale.


La détention d’animaux sauvages en captivité est régie par le code de l’environnement.

Toute personne détenant un animal d’espèce non domestique à titre individuel ou professionnel doit être en conformité avec la réglementation en vigueur.

Cette réglementation poursuit 4 objectifs  :

- préserver la biodiversité et prévenir les risques écologiques pour la faune et la flore,
- rendre compatible la détention d’animaux sauvages avec la sécurité et la santé des personnes,
- mener des actions de protection animale,
- promouvoir la qualité des établissements et la technicité des éleveurs.


Actualité de la question Animal - Humain

Ce sujet fait l’objet de nombreux colloques et séminaires. Le dossier de Philosophie Magazine de Décembre-Janvier 2010 y était consacré.

Suite aux découvertes de Lucy, Ardi, Orrorin et Toumaï, Paléontologues, Ethologues, Philosophes prennent en compte une nouvelle complication de l’Humain : l’Homme n’est plus cet être exceptionnel qui s’arrache à l’animalité en se dressant debout.

L’ancêtre commun des Grands Singes (Paninés) et des Homos (Homininés) serait beaucoup plus anciens (7MA) qu’on ne le pensait et il serait déjà bipède.

La bipédie reste une compétence décisive, car en se redressant les hominidés auraient vu se délier leur mains (outil), leur langue (langage) et grossir la taille de leur cerveau.

Pour les paléoanthropologues et les préhistoriens les frontières entre animalité et humanité sont plus floues que jamais et ils font appel au philosophe pour éclairer la question.


Les bouleversements récents :

1. Homo n’est pas une espèce mais un genre : une dizaine d’espèces lui ont appartenu.

2. La culture (Outils) n’est pas seulement un propre de l’espèce Sapiens, mais un propre de la famille Homo (2MA), voire d’espèces antérieurs (début d'une fabrication d'outils chez les australopithèques)

3. La parfaite bipédie d’un mammifère à deux mains n’entraîne pas nécessairement l’hominisation, c'est-à-dire la culture.

4. Non seulement la parfaite bipédie peut ne pas conduire vers l’apparition de la culture, mais elle pourrait être à l’origine d’une forme de quadrumanie.


arbre-hominidés.jpg

Animalité, Humanité

Revenons aux définitions : le terme « animal » s’emploie en un sens large, où il désigne tout ce qui dans l’ensemble du vivant s’oppose au règne végétal, et en un sens restreint, où il désigne tout ce qui appartient au règne animal à l’exception de l’espèce humaine.

Ce double sens est révélateur de l’ambiguïté qui caractérise les rapports de l’homme et de l’animal : l’homme peut être compris comme une sous-classe de la classe plus large « animal », ou comme un ensemble opposé à un autre ensemble constitué par les animaux.

« Rupture » peut donc signifier opposer l’humanité à l’animalité, et « Continuité » accorder à l’homme une place particulière au sein du monde animal.

De la manière dont on conçoit ce rapport dépend alors la conception et la définition de l’humanité. Qu’est ce qui peut rendre légitime que l’espèce humaine se définisse contre son appartenance au règne animal, que cette définition repose sur ce qui est le propre de l’homme à l’exclusion de toute autre espèce ? Cette démarche n’est-elle pas le fruit d’une prétention qui coupe l’homme de son origine et de son appartenance biologiques ?



 

Bibliographie

Vercors : « Les animaux dénaturés », Editeur : Le Livre de Poche, Publication : 1/5/1975

L. Ferry, Le nouvel ordre écologique (Le Livre de Poche) Présentation critique des mouvements de libération animale, et de l'écologie profonde

Georges Chapouthier et Jean-Claude Nouët, Les droits de l'animal aujourd'hui, Panoramiques Arléa-Corlet) Recueil de textes

Georges Chapouthier, Les droits de l'animal (Que sais-je ? n° 2670)

Peter Singer, La libération animale (Grasset, 1993) Ouvrage fondateur

Florence Burgat, La protection de l'animal (Que sais-je?)

Elisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes, la philosophie à l'épreuve de l'animalité (Fayard 1999) La perception de l'animalité au cours des âges en Europe continentale (pose la question du statut ontologique de l'animal)

Alberto Bondolfi, L'homme et l'animal, Dimensions éthiques de leur relation (Ed. Universitaires de Fribourg, 1995) Recueil de textes consacré à l'animal en philosophie. Les documents présentés vont des grands penseurs historiques aux contributions les plus récentes (Aristote, Descartes, Kant, Bentham, Schopenhaueur, Singer, Regan, Frankena...)

Descartes, Discours de la méthode

Descartes, Lettre à Newcastle : pourquoi les animaux ne parlent pas

Montaigne, Les Essais, II, xii : les animaux ont un langage

 

09/03/2010

"Le Nouvel Ordre écologique", Luc Ferry

Le Nouvel Ordre écologique : L'arbre, l'animal et l'homme », Luc Ferry, Biblio essais, 2002


lnoe.jpgJe ne suis pas un fan de Luc Ferry, mais il présente dans ce livre une autre vision de l'écologie.


Il y aurait trois types d’écologies :

- Une écologie humaniste ou anthropocentriste (centrée sur l’homme) qui vise à protéger l’environnement au bénéfice de l’humain.
- Une écologie « utilitariste » centrée sur le règne animal
- Une écologie centrée sur le cosmos qui prend en compte les droits de la nature y compris dans le règne végétal.


Luc Ferry distingue ainsi la shallow ecology (écologie réformiste) de la deep ecology (écologie profonde) qui prête à la nature une "intelligence" de l'équilibre, supérieure à l'intelligence humaine, lui conférant des droits : la nature, dont le projet serait d'assurer le triomphe du vivant, poursuivrait un but moral. Ainsi, la notion de "crimes contre l'environnement" a pu voir le jour et être reprise, par exemple, dans un rapport de la Commission de réforme des lois du Canada.

Régression sans précédent dans l'Histoire, cette écologie qui élève la nature au rang de sujet juridique porte atteinte, selon Ferry, à l'idéal humaniste hérité des Lumières.

Selon Luc Ferry, les écologies utilitaristes mais surtout profondes prennent racine dans des idéologies d'extrême droite et d'extrême gauche. Les écologies radicales dénoncent l'anthropocentrisme et revendiquent les valeurs du sang et du sol, le retour à une vie authentique et aux origines. Certains des thèmes revendiqués ont une résonance avec l'écologie nazie.


Luc Ferry choisit sans hésiter la défense de l'Humanisme, c'est à dire l'écologie au bénéfice de l'Homme.

Et on ne sera pas étonné de voir qu'il est vivement soutenu par Claude Allègre.