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05/11/2012

Science et réalité : Objet et Sujet

 

Le réel, c’est ce qui m’entoure, ce que je perçois, c’est le monde tel que je le connais et tel que je m’attends à ce qu’il fonctionne.

Le matin, le soleil se lève, cela me parait normal, quand je prends ma voiture, elle démarre, cela me parait normal aussi, c’est quand elle ne démarre pas que cela me parait anormal. Il y a une réalité instinctive, naïve, c’est celle que je perçois, c’est le monde de tous les jours, le monde dans lequel je vis ici et maintenant.

Mais les choses se compliquent un peu lorsque je me pose certaines questions  relatives à des aspects plus ou moins bizarres de la réalité : objets non observables, objets du passé ou du futur, objets prédits par la science, objets très distants, objets très petits, objets abstraits, objets très complexes.

Ce qui conduit à des questions du type :

-          Qu’est-ce qu’un objet naturel ?

-      Les objets non observables existent-ils ? (Par exemple Namaka,  satellite naturel de la planète naine (136108) Haumea, découvert en 2005, à l'aide du télescope à optique adaptative de l'observatoire Keck)

-          Les objets prédits par la science existent-ils ? Par exemple les trous noirs existent-ils ?

-          Qu’est-ce qu’un électron : Est-ce une particule, une onde, un vecteur d'état dans un espace de Hilbert ?

-          Comment mesure-t-on la vitesse d’un neutrino ?

-          Quel est l’âge de la terre : 6000 ans ou 4 milliards d’année ?

-          Que penser des théories négationnistes ? (qui nient la shoah)

-          Peut-on dire du climat qu’il est réel ?

-          La science est-elle la source exclusive des connaissances ?

 

Le problème de la réalité pose d’emblée la question du rapport de l’observateur et du monde observé, du sujet et de l’objet.

Définir la réalité est une tâche loin d’être facile. La réalité est un concept philosophique porteur de multiples sens et  qui a, depuis au moins vingt-cinq siècles, été au centre de multiples débats autant  philosophiques que scientifiques. Débats autour de la nature de la réalité, mais aussi des notions de croyance, de connaissance et de vérité.

 

 

1.    Un débat d’abord métaphysique

La réalité est une catégorie ontologique, c’est à dire qu’elle concerne l’existence des objets du monde et des sujets qui les observent ainsi que la nature des rapports entre ces objets et ces sujets.

Le débat a d’abord porté sur la nature du monde vis à vis de l’observateur  et a opposé deux grands courants : les réalistes et les anti-réalistes

 

1.1 Le réalisme

Pour les réalistes (Héraclite, Aristote), le monde est une réalité objective qui existe indépendamment de la pensée humaine. C'est un monde d'objets, de propriétés et de faits que l'on doit découvrir au moyen de recherches empiriques (au moyen de l’expérience) et théoriques.  Le réalisme métaphysique n'est pas une thèse sur la nature de ce qui est. C'est une thèse sur le rapport de ce qui est à notre connaissance.

Le réalisme à propos de X affirme que :

-           X existe

-          X  a les propriétés qu'il a, indépendamment de la connaissance que nous avons de lui.

 

Le réalisme scientifique est plus restreint: il applique cette thèse aux objets qui apparaissent dans les théories scientifiques.  Le réalisme scientifique est venu sur le devant de la scène historique et philosophique avec la révolution scientifique initiée par Copernic et Galilée.

 

1.2 L’anti-réalisme

Pour les anti-réalistes, un monde qui existe indépendamment du sujet n’a pas de sens. Pas d’objet si il n’y a pas de sujet pour le penser.

Les anti-réalistes comportent beaucoup de courants dont les Idéalistes, les Nominalistes, et à l’extrême les Solipsistes.

Pour les Idéalistes (Platon), la raison est au dessus des sens et de l’expérience. La nature ultime de la réalité repose sur l'esprit, sur des formes abstraites ou sur des représentations mentales dont les sens n’ont qu’une vision partielle et non pérenne.

La caricature des anti-réalistes est représentée par les Solipsistes (Pyrrhon, Berkeley), pour qui le monde n’existe que dans notre esprit :

« Donc, le monde n’existe pas en soi, mais en moi. Donc, la vie n’est que mon rêve. Donc, je suis à moi seul toute la réalité. Si je dis en effet : chacun est seul au monde et l'origine de tout, je nous divise et je me contredis. Mais si je dis : je suis moi seul le monde et l'origine de tout, non seulement je suis d'accord avec moi-même, mais encore toute personne qui répétera ma proposition pourra bien en convenir pour elle.»

Extraits de "La secte des égoïstes", Eric-Emmanuel Schmitt

 

 

1.3 L'opposition entre le réalisme et l'idéalisme

« L'idéalisme et le réalisme sont des points de vue opposés et irréconciliables. Mais ils sont aussi indémontrables l'un que l'autre. En effet, ces points de vue sont à la base de toute démonstration: on ne peut donc pas les démontrer eux-mêmes, ce sont des positions métaphysiques. Généralement les philosophes peuvent être classés en deux camps, idéalistes ou réalistes, selon qu'ils manifestent une plus ou moins grande propension à privilégier les idées ou les faits, les idéaux ou les observations, le monde invisible ou le monde visible. Bien sûr, il y a des degrés divers dans chacune de ces positions et certains, comme Kant, ont tenté de se situer au milieu, à mi-chemin entre réalisme et idéalisme, bien que Kant se soit avéré être finalement plus idéaliste que réaliste.

Sauf exception, les idéalistes et les réalistes admettent tous deux l'existence des faits matériels et des idées. Ils admettent, par exemple, que l'être humain comporte une dimension purement physique et une dimension intérieure, une âme ou un esprit. La différence entre les deux n'est pas dans la négation d'une de ces dimensions, mais dans la définition de chacune d'elles. Pour les idéalistes, le monde des idées et l'âme humaine sont d'une nature spirituelle et existent dans une sphère différente du monde matériel. Pour les réalistes, au contraire, les idées sont une partie du monde matériel, elles sont intimement liées à lui et, parallèlement, l'âme (ou plutôt l'esprit) ne peut pas être vraiment distingué du corps, car l'un et l'autre sont les deux faces d'une même pièce.

Objections réciproques

Les idéalistes reprochent au réalisme son manque de vision. Ne constate-on pas tous les jours que nos perceptions sont des idées et non de simples sensations sans aucune signification: le chaud, le froid, le dur, le mou, etc.? D'ailleurs, le monde de l'observation est multiple, comment la similitude et la reproduction de caractères formels identiques seraient-elles possibles sans l'existence d'idées abstraites indépendantes de ces observations?

Par contre, les réalistes reprochent à l'idéalisme son caractère arbitraire. Rien ne prouve l'existence de ce monde d'idées parfaites indépendant de notre monde matériel. Au contraire, notre seule source d'information est le monde de nos perceptions et nul autre. Les objets en soi n'existent tout simplement pas, tout ce qui existe est particulier. D'ailleurs, bien des créations humaines ne reposent sur aucun modèle idéel qui lui préexisterait. »

Extraits de Réalisme et idéalisme par Raymond-Robert Tremblaydu cégep du Vieux Montréal

http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/ARTICLES/realidea.htm

 

 

1.4 La position de Kant

« L'idéalisme consiste à affirmer qu'il n'y a pas d'autres êtres que des êtres pensants ; le reste des choses que nous croyons percevoir dans l'intuition ne seraient que des représentations dans les êtres pensants, auxquelles ne correspondrait en fait aucun objet situé à l'extérieur. Je dis au contraire : il nous est donné des choses, en tant qu'objets de nos sens, situés hors de nous, mais de ce qu'elles peuvent bien être en soi, nous ne savons rien, nous ne connaissons que leurs phénomènes, c'est-à-dire les représentations qu'elles produisent en nous en affectant nos sens. Par conséquent je conviens sans doute qu'il y a des corps hors de nous, c'est-à-dire des choses qui, tout en nous demeurant totalement inconnues quant à ce qu'elles peuvent être en soi, sont connues de nous par les représentations que nous procure leur influence sur notre sensibilité, et auxquelles nous donnons le nom de corps, mot qui désigne ainsi simplement le phénomène de cet objet inconnu de nous, mais qui n'en est pas moins effectif. Peut-on appeler cela de l'idéalisme ? Mais c'en est exactement le contraire. »

KANT Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science " 

Autrement dit, la théorie kantienne de la connaissance est " exactement le contraire " de l'idéalisme. Bien que nous ne connaissions de la chose que son phénomène, son existence en dehors de nous, indépendamment de notre conscience est la présupposition fondamentale de toute connaissance. Il y a des " corps " et ils sont ce qui est effectif. Le " réalisme " de Kant ne peut pas être plus clairement affirmé. Et par la même occasion l'incompatibilité de Kant avec toutes les formes modernes d'anti-réalisme en matière de connaissance scientifique.

Cela conduit Kant vers ce qu’on pourrait appeler un réalisme critique. La réalité n'est pas donnée: vérité et réalité se construisent dialectiquement.  Mais alors, ce qui est tenu pour réel  à un moment donné du temps dépend en partie des croyances collectives du moment.

« On trouve chez Kant un certain héritage du réalisme, notamment à travers la distinction des concepts de matière et de forme ou d'entendement et de sensibilité. L'idéalisme kantien laisse de fait une place au réalisme dans une opposition dualiste classique du sujet et de l'objet : la pensée et l'être sont deux choses bien distinctes. Toutefois Kant se montre aussi largement critique d'un certain point de vue dogmatique qu'il qualifie lui-même de réalisme transcendental : l'espace et le temps, ainsi que toutes choses ou phénomènes perçus seraient des choses en soi. Or Kant s'y oppose fermement à travers sa propre définition d'un réalisme empirique, ou réalisme critique. La chose en soi, qu'il qualifie ici de noumène est le réel tel qu'il se présente hors de toute faculté de percevoir, et l'espace et le temps qui ne sont que les conditions subjectives qui nous sont nécessaires pour structurer au sein de l'entendement les phénomènes (littéralement « ce qui apparaît », et qui devient ici l'objet d'expérience possible). La réalité nue, prise comme noumène nous serait donc impossible, car toute perception prise sous le rapport d'espace et de temps n'est perception que de phénomènes. Ceux-ci ne sont toutefois pas réduit à l'état de simples apparences, car ce qui détermine les formes a priori de la connaissance (l'espace et le temps) constitue pour Kant le « pays de la vérité ». 

Extraits de Wikiedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alisme_(philosophie)

 

1.5 La position de Popper

Popper juge évident qu’il existe une réalité que nous n’avons pas nous-même créée, et dont nous sommes une partie. C’est une position non démontrable, c’est celle du réalisme métaphysique.

Popper combat L’Idéalisme sous deux formes, il combat l’affirmation que le monde n’est qu’un rêve, tout comme l’affirmation que la science ne vise pas à connaitre la réalité.

Avec constance, Popper défend une position réaliste stricte, une position qui affirme que notre connaissance vise l'existence d'une réalité extérieure à la conscience, une connaissance objective et épistémologie indépendante du sujet. Popper soutient que la connaissance est objective : c’est du monde réel que parle la science, la connaissance est distincte du sujet, elle a une réalité objective, parmi les autres réalités de l’univers.

 

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Ainsi Kant et Popper nous permettent de sortir de l’opposition irréconciliable entre réalistes et anti-réalistes entre le réalisme et l’idéalisme, entre le sujet et l’objet.

Comment ? En créant un troisième élément, un médiateur entre le sujet et l’objet. Le phénomène chez Kant, la connaissance objective chez Popper.

Dans cette relation triangulaire,  l’objet existe indépendamment du sujet, mais un rapport dialectique s’établit entre les deux. En effet le sujet et l’objet ont des interactions : l’objet émet des signes, l’expression de ses caractères, que le sujet peut percevoir. Le sujet peut aussi tester l’objet par une action en retour. Le sujet peut ainsi construire une représentation de l’objet, qui lui est propre. Et de proche en proche, le sujet construit sa représentation du monde.

A quoi ressemble cette représentation du monde qu’établit le sujet ? A un immense réseau sémantique, c’est-à-dire à une collection d’objets ayant chacun ses attributs, ses caractères. Ces objets sont réliés par des relations porteuses de sens, des relations sémantiques.

L’apprentissage pour le sujet est la construction de ce réseau sémantique, la construction d’un isomorphisme entre ce réseau sémantique et les objets du monde.  Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que le langage suppose une représentation du monde. En efffet, c'est à travers les langages que les sujets peuvent tenter aussi de mettre en phase, en isomorphie, leurs propres réseaux sémantiques.

Lacan disait que l’inconscient est structuré comme un langage, mais on pourrait étendre cette proposition : l’inconscient, comme le conscient sont stucturés comme le réseau sémantique sur lequel est bâti notre langage.

Chaque être humain a son réseau sémantique. La communication entre sujets n’est possible que si leurs réseaux sont isomorphes au moins pour l’essentiel .

Qu’est-ce la connaissance, qu’est-ce que la science dans ce schéma ? C’est la construction d’un réseau sémantique commun à plusieurs sujets à travers des langages (langues naturelles parlées ou écrites, mais aussi langages formels logiques et mathématiques). Un réseau sémantique vrai, c’est-à-dire conforme aux interactions que chaque sujet peut avoir avec le monde.  Un réseau sémantique vérifié, ou plutôt vérifiable par chacun des sujets.

Mais ceci nous amène au deuxième débat sur le concept philosophique de réalité, celui de nos modes d’accès à la réalité, débat sur ce qu’est la connaissance, sur les sciences et les notions de vérité et de preuve.

 

Mais ce sera l’objet d’un prochain post ….