Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/05/2011

Nucléaire : le patronat japonais sans pudeur

LEMONDE.FR avec AFP | 02.05.11 | 20h35 • Mis à jour le 02.05.11 | 21h26

Fukushima : le patronat japonais souhaite que l'Etat indemnise les riverains

Selon M. Hiromasa, "le gouvernement doit continuer à aider Tepco et doit aussi indemniser ces habitants".AFP/ERIC PIERMONT

Se montrant extrêmement critique vis-à-vis de son gouvernement, le chef du patronat japonais, Yonekura Hiromasa, a estimé, lundi 2 mai, qu'il revenait à l'Etat, et non à l'opérateur de Fukushima, d'indemniser les riverains de la centrale nucléaire accidentée lors du séisme et du tsunami du 11 mars.

"Le gouvernement se défausse pour n'assumer aucune responsabilité", a dénoncé le président de la fédération Keidanren dans un entretien accordé à l'AFP, prenant la défense de la société Tokyo Electric Power (Tepco), critiquée pour sa gestion de l'accident nucléaire. "Je critique ouvertement le gouvernement au sujet des indemnisations", a-t-il ajouté.
Selon M. Hiromasa, "le gouvernement doit continuer à aider Tepco et doit aussi indemniser ces habitants". "Ils ont toujours dit que Tepco était responsable de ces indemnisations, mais ce n'est pas vrai au regard de la loi", a-t-il insisté."

Le patronat japonais a le mérite de parler clair, à savoir que les salaires mirobolants et les profits sont pour les patrons et les détenteurs du capital, tandis que les risques, les coûts non prévus doivent être supportés par "le gouvernement", doux euphémisme pour désigner le contribuable, c'est à dire le peuple japonais et les salariés exploités par ces mêmes patrons.

Et dans le même temps les conséquences de Tchernobyl sont aussi assumées dans leurs corps par les peuples ukrainines, russes et bielorusses. Cela n'empêche pas de dormir les experts du Forum Tchernobyl

qui nient toutes conséquences sur la santé de ces populations. 

Et c'est autour d'autres contribuables de payer pour financer le deuxième "sarcophage" qui doit permettre (pour combien de temps ?) de refermer la boite de pandore.

Donc, après la crise financière et maintenant les catastrophes nucléaires,  c'est devenu la règle : le sauvetage des entreprises privées ou publiques ou bien le nettoyage des écuries d'Augias, sont du domaine public et leur coût doit être assuré par le contribuable.

Conseillons à l'Institut Montaigne (le machin de BéBéar, ancien patron d'AXA qui déshonore le nom de Montaigne) d'intégrer cette nouvelle donne dans leur croisade contre l'éolien (et pour le nucléaire), dont l'argument principal est le faible coût du nucléaire par rapport aux énergie renouvelables.

http://www.institutmontaigne.org/eoliennes-2885.html

 

Marx et Keynes, au secours, revenez vite, ils sont devenus fous !

 

05/04/2011

Becquerels, marées noires, coups de grisou et gaz de schiste

 

Pour ou contre le nucléaire ?

Si il y avait aujourd’hui un referendum sur la poursuite ou l’abandon de l'électro nucléaire, quels seraient les arguments décisifs permettent de déterminer son vote ?

Un des points essentiels est évidemment lié aux risques réels, c'est-à-dire la probabilité d’accidents majeurs et l’étendue de leurs conséquences.

 

D'une position pragmatique : faute de mieux, faisons confiance à nos ingénieurs

Personnellement, j’avais une position dite « pragmatique ». Face à la pénurie prévisible des énergies fossiles, face au risque énorme des gaz à effet de serre sur la planète Terre (devenir une nouvelle Venus), je pensais que l'électro nucléaire était un mal nécessaire. Je pensais que les ingénieurs étaient capables de faire des réacteurs de plus en plus sûrs et de limiter les conséquences des accidents éventuels.

Et puis le nombre de morts liés à l’extraction du charbon, les guerres plus ou moins liées au contrôle du pétrole, les dégâts écologiques liés à l’extraction des bitûmes et des gaz de schistes, la pollution liée au charbon, …

Le renouvelable bien sûr, mais l’hydraulique est quasiment mis en œuvre à 100 %, le solaire et l’éolien resteront marginaux encore longtemps, le géothermique est aussi très polluant par sa consommation d’eau, et sauf à mettre en œuvre une décroissance drastique, il faudra des dizaines d’années pour bénéficier des économies d’énergie, notamment dans l’habitat. Et puis les pays émergents ont un besoin explosif d'énergie.

 

A l'évidence d'accidents majeurs Tchernobyl et Fukushima ...

Puis, il y a 25 ans, le 26 avril 1986, le réacteur de Tchernobyl explosait, générant une catastrophe nucléaire de niveau 7, c'est-à-dire la plus grave qui soit à ce jour. C’est la plus grave en termes de pollution radioactive sur l’échelle INES , sauf évidemment si il y avait une explosion nucléaire.

Les conséquences immédiates de la catastrophe : 600 000 « liquidateurs » mobilisés dans des conditions de protection plus que précaires, 360 000 personnes déplacées et 5 000 000 de personnes vivant dans des territoires contaminés, un nuage radioactif parcourant la moitié de l’Europe.

La période de mobilisation antinucléaire qui a suivi a été plutôt courte … Et c’est dans l’indifférence quasi générale que le « Forum Tchernobyl[1] » a rendu des conclusions très lénifiantes, le 5 septembre 2005, 20 ans après l’accident :
- 4000 morts parmi les liquidateurs

-4000 cas de cancers de la thyroïde chez les enfants ayant consommé des produits contaminés, (mais 99 % de guérison).

Rassuré par cet enterrement officiel, l’électro nucléaire pouvait redémarrer, dopé par les craintes vis-à-vis e l’émission des gaz à effet de serre.

 

Aujourd’hui où en est-on ?

L’accident de Fukushima a brisé l’omerta et a mis en évidence un certain nombre de réalités :

1. Les risques naturels ne sont pas pris en compte, car trop coûteux. Les gouvernements et les exploitants du nucléaire nous ont embarqués dans un jeu de poker menteur dont personne ne sait qui sera le gagnant, mais dont on peut sans difficulté identifier les perdants

2. Les risques humains ne sont toujours pas pris en compte. Au contraire, avec la banalisation du nucléaire, la loi de la rentabilité à tout prix, la sous-traitance qui se généralise, le vieillissement des équipements, ces risques ont tendance à exploser

3. Les conséquences des risques, les chèques en blanc sur l’avenir, les coûts de démantèlement des centrales, sont renvoyés vers le public, les états, les populations.

4. Enfin force est de constater que les ingénieurs nous ont  menti. La vulnérabilité des équipements nucléaires est apparue dans toute l’horreur de ses conséquences :

- panne de refroidissement : malgré tous les systèmes de sécurité la fusion du réacteur se produit en quelques jours et ensuite, il n’y a rien à faire pour l’arrêter, un corium d’uranium, voire de plutonium radioactif  se forme et se maintient entre 2000° et 3000°, il ne reste qu’à prier le bon dieu que la cuve de confinement tienne le coup.

- piscine de stockage : les ingénieurs nous ont vanté la sécurité des réacteurs, mais ne s’intéressent apparemment beaucoup moins aux simples piscines de stockage.  Pourtant, non refroidies, elles peuvent être la source de contaminations majeures. Et qu’en est-il des risques liés aux transport de matière radioactive

 

 

Quelle est la probabilité d’un accident majeur dans les 10 ans à venir ?

 Calculer la probabilité d’un accident nucléaire n’est pas chose facile. Les seules sources d’information exploitables s’avèrent être, la plupart du temps, les articles de Wikipedia, mais dans une forme difficilement exploitable. Ex :

 Liste des réacteurs : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_r%C3%A9acteurs_nucl...

On trouve aussi un document de l'AIEA mais qui date de 2006 : 
http://www-pub.iaea.org/MTCD/publications/PDF/RDS2-26_web...


Liste des accidents : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_accidents_nucl%C3%...

Débat sur le Nucléaire : http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9bat_sur_l'%C3%A9nergi...

 

 

Essayez par exemple de chercher la liste des réacteurs nucléaires, ainsi que leurs principales caractéristiques …

 

Mon objectif était de trouver si possible dans un tableur, une liste des réacteurs actuellement en activité avec leurs principales caractéristiques et les risques associés. Nada, cela n’existe pas.

J'ai finalement trouvé un tableau sur le site

 http://futura24.voila.net/nucle/reacteur_monde_liste.htm , que j'ai pu mettre sous Excel

 Liste des réacteurs :listrngen.xls

  

Quelle est donc la probabilité d’un accident nucléaire majeur sur les 10 ans à venir, à partir des risques techniques, humains et naturels par réacteur, et le nombre de réacteurs en service.


·         R = risque d’accident majeur durant une année

·         Ptech = probabilité d’accident d’origine technique sur une année pour un réacteur

·         Phum = probabilité d’accident d’origine humaine sur une année pour un réacteur

·         Pnat = probabilité d’accident d’origine catastrophe naturelle sur une année pour un réacteur

·         n = nombre de réacteurs

·         a = nombre d’années

R(n, a) = 1 - [(1 – Ptech)(1 – Phum)(1 – Pnat)]na

(pour la justification de cette formule voir http://seulsdanslecosmos.hautetfort.com/archive/2011/04/0...)

n = 430 réacteurs[2]

a = 10 (on cherche le risque sur 10 ans)

Ptech = 5.10-5 Pour un réacteur nucléaire à eau pressurisée, tels ceux exploités en Europe de l’Ouest, le risque de fusion du cœur est estimé à 5.10-5 par centrale et par an. Cf : wikipedia

Phum = 10-4 1 catastrophe naturelle sur 1000 réacteurs pendant 10 ans (évaluation un peu pifométrique sur la base d’accidents survenus jusqu’ à ce jour)

Pnat = 10-4 (idem)

 

R(430, 10) = 1 - (1 – 5. 10-5)4300. (1 – 10-4)4300. (1 – 10-4)4300 = 65,9%

 

Ce qui veut dire qu’il y a 2 « chances » sur 3 qu’il y ait un accident majeur dans les 10 ans qui viennent.

 

Bien sûr, il est  extrêmement hasardeux de faire des évaluations sur les risques humains et sur les risques naturels, mais même si  on divise ces risques par 10, on aboutit à un Risque global d’accident majeur de 26 %, c'est-à-dire 1 « chance » sur 4 sur les 10 ans à venir.

Ces chiffres m’ont personnellement fait réfléchir et c’est pourquoi j’ai changé d’opinion sur le nucléaire. Je pense maintenant qu’il faut fermer les vieux réacteurs dès que possible et investir massivement sur la sortie du Nucléaire.

 

Informer et décider démocratiquement

Ce qui ne va pas aujourd'hui c'est que ce ne sont pas les mêmes qui décident des risques et ceux qui les subissent.


 

Y a-t-il des solutions miracle ?

Alors, quelle est la solution ? Economies d'énergie, combustibles fossiles propres, énergie renouvelables, décroissance ... Ce sera l'objet d'un prochain article

 

 



[1] Le Forum était composé d’une centaine de scientifiques et d’experts de huit institutions spécialisées du système des Nations Unies, à savoir l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) de l’ONU, le Comité scientifique des Nations Unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR) et la Banque mondiale, ainsi que des gouvernements du Bélarus, de la Russie et de l'Ukraine.

[2] Nombre approximatif mais minorant. Un réacteur peut rester dangereux pendant un certain nombre d’années tant qu’il n’a pas été démantelé.