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21/05/2012

Identité, Appartenance et Exclusion (2)

Mise à jour de ma précédente note, en vue d'un débat au café-philo d'Apt, le 25 mai 2012

 

1. Intro : Texte de Michel Serres

Ce texte fort de Michel Serres, dans Libération du 19/11/2009.

Michel Serres est un auteur atypique, ancien élève de l'école navale, officier de la Marine française, agrégé de philosophie, docteur es Lettres, membre de l'académie française et professeur à Standford.

  "Serres est marqué sur ma carte d’identité. Voilà un nom de montagne, comme Sierra en espagnol ou Serra en portugais ; mille personnes s’appellent ainsi, au moins dans trois pays.Quant à Michel, une population plus nombreuse porte ce prénom. Je connais pas mal de Michel Serres : j’appartiens à ce groupe, comme à celui des gens qui sont nés en Lot-et-Garonne. 

Bref, sur ma carte d’identité, rien ne dit mon identité, mais plusieurs appartenances. Deux autres y figurent : les gens qui mesurent 1,80 m, et ceux de la nation française. Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique, réglée par les mathématiciens. Ou vous dites a est a, je suis je, et voilà l’identité ; ou vous dites a appartient à telle collection, et voilà l’appartenance. 

Cette erreur expose à dire n’importe quoi. Mais elle se double d’un crime politique : le racisme. Dire, en effet, de tel ou tel qu’il est noir ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité. 

Je ne suis pas français ou gascon, mais j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan. Réduire quelqu’un à une seule de ses appartenances peut le condamner à la persécution. Or cette erreur, or cette injure nous les commettons quand nous disons : identité religieuse, culturelle, nationale… Non, il s’agit d’appartenances. 

Qui suis-je, alors ? Je suis je, voilà tout ; je suis aussi la somme de mes appartenances que je ne connaîtrai qu’à ma mort, car tout progrès consiste à entrer dans un nouveau groupe : ceux qui parlent turc, si j’apprends cette langue, ceux qui savent réparer une mobylette ou cuire les oeufs durs, etc.  Identité nationale : erreur et délit."

 

 

2. Concept d’identité et éléments de langage

Nommer au lieu de qualifier

 " Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde ", Albert Camus, 1944, "Sur une philosophie de l’expression".  "La logique du révolté est […] de s'efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel." "L'homme révolté"

Le racisme, la xénophobie se manifestent par des attitudes, des actions, voire des violences, mais avant tout à travers le langage. La terminologie raciste et xénophobe opère tout d’abord par déplacement : elle remplace un mot par un autre, tout en soulignant cette substitution.

Parlons des figures de style, qui supportent ce déplacement de sens :

Métonymie : elle remplace un terme par un autre qui a un rapport logique mais qui n'a aucun élément matériel commun. Elle peut substituer le contenant au contenu, le symbole à la chose, l'objet à l'utilisateur, l'auteur à son œuvre, l'effet à la cause ...

Synecdoque : c'est une variété de métonymie, parfois confondue avec elle ; elle est fondée sur le principe de l'inclusion. Elle permet d'exprimer la partie pour le tout ou la matière pour l'objet

Le langage, support de nos représentations

N’est-il pas important d’identifier ces figures de style ? Le langage n’est-il pas le support des représentations, souvent non conscientes ? ("l'inconscient est structuré comme un langage" Lacan).

Donnons quelques exemples dans le domaine des nationalités.

Quand on utilise le terme "américains" pour désigner les "Etats-Uniens", on confond partie : Etats-Unis et le tout : les Amériques. Les confusions à l'origine même du terme "Ameriques" sont pleines d'enseignements, ainsi que les termes "Indiens, Amérindiens".

A quelle représentation renvoie le mot "rebeu", résultat d'un double verlan : arabe -->beur --> rebeu, pour désigner les descendants d’immigrants maghrébins dans la France des banlieues ?

De nouveau dans l'utilisation du mot "arabe", on confond le tout et la partie (le tout : "culture arabe" et la partie "un maghrébin",  de langue arabe, de religion musulmane... il y a aussi des berbères chrétiens.

Berbère : barbares, mot utilisé par les anciens Grecs pour désigner d’autres peuples n’appartenant pas à leur civilisation, dont ils ne parvenaient pas à comprendre la langue

Un franco-musulman : confusion nationalité/religion

Un juif : conformément aux conventions typographiques de la langue française, qui imposent une majuscule aux noms de peuples et une minuscule aux noms de croyances, « Juif » s'écrit avec une initiale majuscule quand il désigne les Juifs en tant que membres du peuple juif (et signale ainsi leur judéité), mais il s'orthographie avec une initiale minuscule lorsqu'il désigne les juifs en tant que croyants qui pratiquent le judaïsme (et insiste en ce cas sur leur judaïté).

Identité

Etymologie : du latin idem, le même. 

1. Ce qui fait qu'une chose est la même qu'une autre. Caractère de deux ou plusieurs êtres identiques 
2. Qualité d'une chose qui demeure toujours la même. Caractère de ce qui, sous des dénominations ou des aspects divers, ne fait qu'un ou ne représente qu'une seule et même réalité.
3. Conscience de sois, permanence de la conscience de soi
4. Fait qu'une personne est bien celle en cause.  Ensemble des traits ou caractéristiques qui, au regard de l'état civil, permettent de reconnaître une personne et d'établir son individualité au regard de la loi.
5. L'identité est ce qui permet de différencier,de discriminer,  sans confusion possible, une personne, un animal ou une chose des autres. Lorsque l’on passe des objets aux être vivants, l’identité prend plus de corps. Elle est le support de la notion d’individu. Et lorsque l’on passe aux êtres humains, s’y ajoute la notion de conscience de son identité, la notion d’ipséïté. L’identité n’est plus construite de l’extérieur mais aussi de l’intérieur.


Appartenance

1. Faire partie d'un groupe, d'un ensemble, d'une classe, en être un élément. L’appartenance peut être volontaire ou subie (par ex dans les castes et dans les communautés).
2. Sentiment d’appartenance : Capacité de se considérer et de se sentir comme faisant partie intégrante d'un groupe, d'une famille ou d'un ensemble.
3. En logique, relation de l'individu à l’ensemble ou la classe dont il fait partie.
En théorie de l'information, les langages Objet ont été créés pour mieux représenter le monde ; on peut créer des objets qui héritent des propriétés des classes auxquelles on les fait appartenir. L’appartenance entraine l’héritage d’attributs .

Civilisation

1. Une civilisation est l'ensemble des caractéristiques spécifiques à une société, une région, un peuple, une nation, dans tous les domaines : sociaux, religieux, moraux, politiques, artistiques, intellectuels, scientifiques, techniques... Les composantes de la civilisation sont transmises de génération en génération par l'éducation.
Dans cette approche de l'histoire de l'humanité, il n'est pas porté de jugements de valeurs. Le sens est alors proche de "culture". Exemples : civilisations sumérienne, égyptienne, babylonienne, maya, khmer, grecque, romaine, viking, arabe, occidentale...

2. La civilisation désigne l'état d'avancement des conditions de vie, des savoirs et des normes de comportements ou moeurs (dits civilisés) d'une société. La civilisation est la situation atteinte par une société considérée, ou qui se considère, comme "évoluée". La civilisation s'oppose à la barbarie, à la sauvagerie.
Le XXe siècle ayant montré que la "civilisation occidentale" (au sens n°1) pouvait produire les formes les plus cruelles de barbarie, il est indispensable de faire preuve de la plus grande modestie quant au degré de civilisation (sens n°2) atteint par une société.

Barbare

Dans la peur des Barbares, Todorov  commence par nous donner la définition du barbare au sens grec du terme. Celui-ci se caractérise par cinq caractères, un relatif et quatre absolus, définis par le géographe Strabon : 

- la différence de langue avec les Grecs (élément relatif) ;
- la tolérance de l'inceste et du parricide ;
- l'irrespect de l'autre et le recours systématique à la violence ;
- le manque de pudeur ;
- la méconnaissance d'un quelconque ordre social.

En bref, le barbare est celui qui nie l'humanité de l'autre, ne le respecte pas et écrase ses valeurs. Cette vision des choses, la vision absolue, est la seule qui restera avec l'avènement du christianisme, religion universelle par excellence qui ne pouvait tolérer le critère relatif : " Si donc je ne connais pas le sens de la langue, je serais un barbare pour celui qui parle, et celui qui parle sera un barbare pour moi" (Saint-Paul, épitre aux Corinthiens, XIV, 10-11). Seule reste ainsi le sens absolu, appliqué en l'occurrence dans l'Empire Romain nouvellement christianisé aux tribus lointaines. Ce dernier sens sera également le seul que Tzvetan Todorov utilisera dans son livre : l'idée de négation de l'humanité de l'autre.

Par conséquent, le civilisé est donc décrit comme celui qui reconnaît cette humanité, et se caractérise par trois éléments : 

- l'acceptation de la différence ;
- la vie en société et non en groupes fermés ;
- l'idée d'égalité répandue ; ainsi, la science, qui met tout le monde sur un même pied, est plus civilisée que la magie, qui repose sur le secret.


Culture

La culture est l'ensemble des connaissances, des savoir-faire, des traditions, des coutumes, propres à un groupe humain, à une civilisation. Elle se transmet socialement, de génération en génération et conditionne en grande partie les comportements individuels.

La culture englobe de très larges aspects de la vie en société : techniques utilisées, mœurs, morale, mode de vie, système de valeurs, croyances, rites religieux, organisation de la famille et des communautés villageoises, habillement…

En philosophie, le mot culture désigne ce qui est différent de la nature, c'est-à-dire ce qui est de l'ordre de l'acquis et non de l'inné.

En sociologie, la culture est définie comme "ce qui est commun à un groupe d'individus" et comme "ce qui le soude" :

 - une mémoire commune (langue, histoire, tradition)
- des règles de vie communes (codes).

 Tournée vers le passé et le futur, la culture est propre à l'homme. Le fait de nier l'appartenance de quelqu'un à une culture tient du comportement barbare. Nier une culture équivaut à nier l'humanité.

 Au sein des cultures, deux extrêmes peuvent pour Todorov être identifiés, se définissant du point de vue du rapport à l'autre :

 - le blocage face à l'étranger, le refus de toute remise en question ;
- la remise en question par l'observation de l'autre ; cet extrême correspond au degré de civilisation le plus élevé, celui d'une culture pouvant et osant se juger elle-même.

 

Communautarisme

Le communautarisme est un mouvement de pensée qui fait de la communauté (ethnique, religieuse, culturelle, sociale, politique, mystique, sportive…) une valeur aussi importante, sinon plus, que les valeurs universelles de liberté, d'égalité, souvent en réaction au libéralisme et à l'individualisme.

Pour ses défenseurs, aucune perspective n'existe en dehors de la communauté et il est impossible de se détacher de son histoire et de sa culture. La communauté précède alors l'individu et rend la recherche de l'idéal partagé plus importante que la défense de la liberté individuelle. Pour les communautaristes, l'Etat - ou l'autorité, ne peut être neutre ou laïc en matière de choix culturels, religieux ou de morale. Les valeurs qui servent de référence sont essentiellement traditionnelles, construites sur un passé mythique ou idéalisé.

Le communautarisme cronstruit des fontières fortes ce qui conduit à une logique du Dedans/Dehors.

Multiculturalisme

Le multiculturalisme désigne la coexistence de plusieurs cultures (ethniques, religieuses…) dans une mêmesociété, dans un même pays. Le multiculturalisme est aussi une doctrine ou un mouvement qui met en avant la diversité culturelle comme source d'enrichissement de la société. Il peut se manifester par des politiques volontaristes :
-
de lutte contre la discrimination,

- identitaires, favorisant l'expression de particularités culturelles, communautaristes, visant à la reconnaissance de statuts légaux ou administratifs propres aux membres de certaines communautés.

 

 Exclusion

1. Exclusion : l’exclusion n’a pas de définition unique et surtout elle a évolué au cours de ces deux derniers siècles. D’abord liée au XIX° siècle au paupérisme, elle est actuellement associée aux notions de précarité, d’inégalité et de justice.

Les exclus sont à la marge de la société, ne formant pas une classe au sens propre du mot. Ils sont privés de cette forme de structuration et de représentation qui caractérise la classe sociale, facilite les rapports entre les individus par l’échange de paroles et d’expressions adaptées.

2. L'exclusion sociale est la marginalisation, la mise à l'écart d'une personne ou d'un groupe en raison d'un trop grand éloignement avec le mode de vie dominant dans la société. L'exclusion sociale est souvent consécutive à une perte d'emploi, au surendettement, à la perte d'un logement et se traduit par une grande pauvreté, par une rupture plus ou moins brutale avec les réseaux sociaux, avec la vie sociale en général. Elle est vécue comme une perte d'identité.

3. Ségrégation : Situation vécue par une personne ou un groupe qui est volontairement mis à l'écart par les autres et isolée de son réseau social habituel sur la base de discrimination, c’est-à-dire de restriction de droits, ou de traitements défavorables, fondés sur des critères comme l'origine ethnique, la couleur de la peau (voir ci-dessous), l'âge, le sexe, le niveau de fortune, les moeurs, la religion.

 

3. La construction de l’identité

Identité personnelle

 Qu’est-ce que le « je » ? Le moi, le ça le surmoi ?  Comment se construit le je ?

 « Je pense donc je suis »  a écrit Descartes dans la seconde méditation

Jouons un peu avec le je :

J’appartiens, donc je suis
Je suis beau, donc je suis
Je suis connu et (re)connu, donc je suis
Je suis sur Facebook, donc je suis
Je suis riche, donc  je suis
Je consomme, donc je suis
Je suis différent, donc je suis
Je suis autre, donc je suis
Je te hais donc je suis

 

Soi et Autrui, identité et différence. D'une part, être conscient de soi, se saisir comme un Je, un sujet, privilège exclusivement humain. D'autre part, autrui, le différent, ce qui m'est étranger, un moi qui n'est pas moi et qui se prétend toutefois mon semblable, mon alter ego, un autre soi en même temps qu'un autre que soi : « Comment peut-on être persan ? » demandait Montesquieu.

Quelle que soit la façon dont on le pense, comme un ennemi ou comme l'incarnation d'une humanité partagée, autrui apparaît inséparable de ma propre subjectivité

« Je pense donc je suis » a écrit Descartes dans la seconde méditation,  je suis un sujet libre et responsable.

 A l’opposé, se situent Arthur Rimbaud et Nietzsche :
« Je est un autre » A. Rimbaud, Lettre à Georges Izambard (13 mai 1871)

« Rien n'est plus illusoire que ce "monde interne" que nous observons à l'aide de ce fameux "sens interne". »  Nietzsche, La Volonté de Puissance, Livre I, $95, 1888
L'unité est chimère, le moi un leurre, et c'est ainsi que Nietzsche s'attaque à l'ego cogito, pilier des philosophies du sujet. Nietzche critique l'attribution de la pensée au sujet.

"Je" suis un corps. Il y a en l’homme autant de consciences qu’il y a de forces plurielles (Freud dira de pulsions)  qui constituent et qui animent ce corps….  « On a considéré l’homme comme un sujet libre à seule fin qu’il puisse être jugé et condamné comme coupable ».

 Ce fut ensuite au tour des sciences humaines, de Freud à Lacan, Althusser, Foucault, en s'appuyant souvent sur les travaux de Heidegger puis Derrida, de contester la stabilité et la vérité de la coïncidence de soi qu'aurait mise au jour le cogito cartésien, de déconstruire le « for intérieur ».

Il appartenait également à la modernité, en dépassant la métaphysique du Même et de l'Autre, d'élaborer une critique de l'humanisme en substituant à l'idée d'une subjectivité monadique celle d'une défense de l'homme, de l'autre que moi, fût-il, pour Heidegger, l'Être dont l'homme serait le berger, l'alter ego chez Husserl, le pour autrui sartrien, l'un-pour-l'autre lévinassien, le Soi en tant qu'Autre de Paul Ricœur.

 

identité ou « ipséité » ?

Identité (être-un) : d'une façon générale, posséder une identité, c'est d'abord savoir que l'on existe en tant qu'un. Il y a deux vérité immédiates et incontournables que tout être humain sais de lui-même : "Je suis" (être) et "je suis moi !" (être-un). L'identité du moi comprend 2 ou 3 caractères principaux :

Mêmeté (individualité) : répond alors à la question du "quoi", "que suis-je?" objectivement, pour les autres. Un individu, un "soi" plutôt qu''un "moi". C'est ce que résume la notion de «caractère», entendu comme «l'ensemble des dispositions durables à quoi on reconnaît une personne» (Ricoeur). La mêmeté apparaît comme la part objective de l'identité personnelle.

Ipséité (subjectivité) : se rattache à la question du "qui, "qui suis-je ?" subjectivement, pour moi-même. L'ipséité constitue la part subjective de l'identité personnelle. Elle définit le "quant-à-soi', la subjectivité, le sentiment intime d'avoir un "moi" propre. « Je suis moi », je ne suis pas toi, et je ne le serai jamais ! Voilà un aspect assurément essentiel de la conscience. Quant à savoir précisément qui je suis, quant à faire de cet individualité une personne, cela suppose un certain parcours qui sépare justement le fait d’avoir un moi (identité immédiate quasi-instinctive) et le fait d’être un sujet (personnalité consciente et mature).

Unicité" (singularité et solitude) : c'est une conséquence des deux propriéts précédentes, s'y rapportant de deux manière différentes. Objectivement, l'unicité du soi, l'identité n'est rien d'autre qu'une singularité (sociologique). On a beau se noyer dans la masse, on demeure toujours reconnaissable ! Subjectivement, l'unicité du moi, l'identité n'est rien d'autre qu'une forme particulièrement radicale et vertigineuse de solitude (psychologique, voire métaphysique). Au fondement de toute question humaine, on retrouve celle-ci, initiale, inévitable et pourtant quasi-informulable : “pourquoi moi ?”, “pourquoi suis-je moi ?”. Pourquoi suis-je enfermé dans la coquille de ce moi ridicule, étroite fenêtre par laquelle j’entrevois le monde. La vérité c'est que le moi n’est pas une « chose » de ce monde mais seulement un point de vue sur le monde et les choses, juste un moi parmi d’autres mois qui ne sont jamais que d’autres points de vue…


Identité collective

L’identité collective est constituée de liens d’appartenance, de ressemblance ; de représentations ou de valeurs communes. Ces liens, qui ne sont pas de nature affective, s’ancrent plutôt dans une mémoire commune, des valeurs et des projets partagés.

En constante mutation, l’identité est un concept doublement dialectique qui s’élabore à la fois dans un mouvement de va-et-vient entre le même et l’autre, et dans un rapport paradoxal de conformation/différenciation sociale.

L’identité ouvrière, souvent et à juste titre  présentée comme un archétype d’identité collective, en possède en effet les principales caractéristiques, en particulier une mémoire commune, des valeurs et une culture partagées. Cette forme d’identité se désagrège lorsque son objet central disparaît, comme ce fut le cas pour les mineurs du Nord de la France.

L’église, la famille ou les grandes centrales syndicales étaient alors productrices de liens sociaux forts et durables. De même, le territoire : le pays et la commune de naissance en particulier, était le lieu où se constituaient identités collectives et lien sociaux stables.

Nous parlons aujourd’hui du  religieux plutôt que de la religion, des relations intergénérationnelles  plutôt que de la famille, de citoyenneté plus que de militantisme. Les contours de ces différents champs de la vie sociale des individus sont moins nettement déterminés. Plus flous, ces termes  témoignent des changements profonds intervenus ces dernières années dans les modes d’appartenance et d’identification collective.

La construction de l’identité procède de ce même rapport, paradoxal, conformation/différenciation : le groupe a besoin de se reconnaître comme un tout homogène tout autant que de se distinguer par rapport à ce qui lui extérieur, ce qui permet l’affirmation d’une autonomie collective.

Des valeurs communes, des projets communs, une mémoire partagée et le territoire sont autant de facteurs d’identité collective.

 

 

4. La crise identitaire

Pourquoi parle-t-on d’identité aujourd’hui ?

L’identité collective est liée au contexte dans lequel évolue le groupe. Dans une société qui se transforme, les marqueurs peuvent s’avérer décalés, vide de sens, d’une époque révolue. La détérioration des structures autrefois porteuses d’identité comme l’église, le syndicat, les partis populaires entraînent des transformations des liens  sociaux que l’on évoque sous le vocable de crise identitaire.  Max Weber interprète la modernité comme le passage des relations à dominante communautaire à des relations de type sociétaire.  C'est-à-dire que la modernité à l’œuvre dans les sociétés industrielles est un mouvement qui fait primer l’identité des « je » sur l’identité des « nous », les formes individualisantes sur les formes collectives généralisantes.

Ceci se confirme, lorsqu’on aborde un des éléments structurant de l’identité qui est le lieu, le territoire, mis à mal, dans la société post-moderne, par l’émergence d’une nouvelle donnée : « la société en réseau », qui remet en question les processus de construction identitaire articulés autour d’un rapport individu/société dans un même espace temps.

L’inscription dans le temps est un élément constitutif de l’identité collective. Tout groupe est, en effet, confronté à la question de la pérennité de son identité. Pour cela, les notions d’histoire et de mémoire sont mobilisées. 

 

La fin de l’histoire et le chocs des civilisations

Dans « La Peur des barbares », l'introduction nous présente l'évolution du monde depuis la Guerre Froide. Aux trois parties qu'étaient le bloc communiste, le bloc occidental et le tiers monde, succède à présent une planète se partageant en quatre types de pays :

 - Les pays de l'appétit, puissances montantes (BRIC) ;
-  Les pays du ressentiment, anciennement colonisés, humiliés et dominés
-  Les pays de la peur, grande puissances craignant de perdre leur hégémonie
-  Les pays de l'indécision, ne sachant trop où se placer, et fournissant des migrants aux trois autres catégories.

 

Les pertes identitaires

I.- Affaiblissement des identités nationales par les vecteurs de la mondialisation et de la construction d’entités régionales (ex :Europe)

Le constat que l’on fait dans la société actuelle est celui de la détérioration croissante des identités nationales à travers la mondialisation culturelle. Ce phénomène au 21e siècle influe considérablement sur les valeurs culturelles de l’État nation et s’impose comme une dynamique d’homogénéisation. Cette situation se traduit dans les faits par la diffusion d’un modèle culturel global : le modèle occidental et notamment « étasunien ». Cette domination culturelle est aussi appréhendée sous le vocable d’occidentalisation ou d’américanisation de la culture.

Les identités culturelles nationales sont-elles effectivement engagées dans un processus d’anéantissement dans la mondialisation culturelle ? Tend-on inéluctablement vers une uniformisation, une homogénéisation de la culture à l’échelle globale ? 

Au sein de l’Union européenne, le constat de crise simultanée de l’Etat dans les trois sphères marque d’une certaine manière la fin du caractère immuable – pour autant qu’ils l’aient jamais été – de ses fonctions économiques, de sécurité et de cohésion sociale.

L’acteur étatique est ainsi atteint dans ses fonctions mais aussi dans les moyens dont il dispose pour les remplir. De la sorte, c’est le modèle d’Etat weberien qui est touché, l’Etat défini par ses moyens que Weber considérait stables. L ’Etat  ne bénéficie plus de cette combinaison particulière d’un espace – désormais éclaté – et d’un temps de plus en plus raccourci par l’accélération des évolutions notamment technologiques et de l’histoire.

Devant de telles remises en cause, de quelle stabilité peut-on encore parler ?

Outre les manifestations sporadiques ou plus durables de poussées d’extrême droite, il apparaît manifestement une tension ou un découplage entre Etat et nation. A l’heure de l’érosion ou de l’abolition des frontières intérieures de l’Union européenne, comment des identités collectives peuvent encore trouver des territoires de références suffisamment précis?

 L’accumulation des facteurs de crise provoque une remise en cause sans précédent de la légitimité de l’Etat et, au-delà de l’Etat lui-même, du modèle démocratique de gouvernement sur lequel il repose au sein de l’Union européenne. Plusieurs fondements de la démocratie sont atteints.

 

II.- Résistances à la mondialisation à l’homogénéisation culturelle 
La mondialisation malgré sa forte diffusion à l’échelle planétaire suscite de nombreuses réticences, qu’elles soient d’ordres culturelle, sociale, politique ou environnementale. Certains groupes culturels remettent en cause les modèles transnationaux et refusent de se laisser entrainer dans une homogénéisation culturelle généralisée : cette attitude s’explique par la peur d’une disparition des spécificités culturelles locales (langue, tradition, système de valeurs, mœurs etc.) face à l’émergence d’un « village planétaire » à la culture standardisée. La crainte d’une négation des cultures autres qu’occidentales et notamment américaine crée des frustrations, voire un sentiment d’humiliation des populations concernées. Ainsi, dans une grande majorité des pays du monde arabe, la croyance à l’Islam favorise ouvertement un rejet des valeurs liées à la mondialisation. Les pratiques et les valeurs occidentales n’y ont le plus souvent pas bonne presse (émancipation de la femme, égalité homme- femme au sein de la société etc.). On assiste à un repli religieux où Coran et autres concepts islamiques demeurent les seuls fondements culturels et moraux chez les individus. 

Exorciser les peurs

Tzvetan Todorov voudrait que les Français, les Européens, les Occidentaux cessent d'alimenter ce fameux «choc des civilisations» qu'ils prétendent récuser, s'en libèrent, et voient au-delà. Il met tout son talent à exorciser cette «peur» des «Barbares» qui a envahi les États-Unis, et de là l'Occident tout entier à cause, ou sous le prétexte, du 11 Septembre. Elle a conduit au manichéisme et aux amalgames simplistes de la «guerre contre la terreur», à ne voir les musulmans qu'à travers l'islam, à réduire l'islam à l'islamisme, et l'islamisme au terrorisme, à n'envisager que des réponses en force, à s'interdire toute analyse et riposte politique.

Todorov a beau jeu, auprès de tout lecteur de bonne foi, de démonter l'usage historiquement fantasmatique du mot «barbares» - on est toujours le barbare de quelqu'un - d'expliquer que les «identités collectives» ont certes un cœur, mais qu'elles ont toujours été mobiles et n'ont jamais cessé d'échanger et de s'enrichir mutuellement ; que la guerre des mondes, qui paraît fatale, peut être évitée, surtout si l'on sait, s'agissant de la relation incandescente Islam/Occident, «naviguer entre les écueils»

Pour lui, l'idée européenne - qu'il évoque avec des accents inspirés proches de Jorge Semprun, de Bronislaw Geremek jusqu'à sa mort, et d'Elie Barnavi encore récemment - contient l'antidote à toutes ces dichotomies dangereuses. Elle est fondée sur l'acceptation de la pluralité, non comme un héritage historique handicapant qu'on se résigne à assumer, mais comme un principe politique d'avenir et un atout.

 

 

L’identité, une fable philosophique

Spécialiste de philosophie arabe (Averroès, Al Fârâbî) et de philosophie de la logique (Frege, Russell), Ali Benmakhlouf a mis ses deux casquettes pour aborder dans ce petit livre, un problème à la fois individuel et culturel : qu’est-ce qui constitue l’identité, s’il y en a une, d’un individu et d’une culture ?

La réponse sera double. Il s’agit premièrement de montrer que l’idée même d’identité, en tant qu’essence fixe dont une description exhaustive et close pourrait être donnée est une illusion ou plus précisément une fable, l’objet d’un récit constitué par le récit lui-même. Deuxièmement, l’idée que l’identité d’un individu puisse être isolée de son contexte (culture, rencontres), et celle d’une culture de son histoire introuvable (fables épiques) et de ses rencontres (mélanges culturels), est une illusion supplémentaire. Car à supposer qu’on puisse décrire, partiellement, l’identité de quelqu’un, nul n’est intégralement défini par une essence, qu’il tirerait de sa famille, de son milieu ou même de sa culture. Chacun hérite d’un ensemble multiple de facteurs identitaires qui contribuent à le définir mais la définition de ce que ou de qui je suis reste soumise à variation, géographique, temporelle, contextuelle.

L’identité d’un être comme substance permanente n’est pour l’auteur qu’un postulat, logique, culturel et social. Parce que la question de l’identité est métaphysiquement indéterminée, ce postulat (ou fiction) doit être maintenu pour peu qu’il soit nécessaire, notamment par le biais de conventions linguistiques, mais concevoir l’identité comme l’essence d’une substance isolée (de façon atomiste) empêche aussi bien de comprendre le rapport d’un individu à sa culture que des cultures entre elles et à la civilisation en général.

Toutes uniques et incomparables, les cultures ont chacune une valeur propre. Mais pour éviter l’écueil du relativisme des "différences pures", d’un particularisme auto-réfutant interdisant toute critique, l’auteur préconise une "méthode comparative" (voyages, migrations, emprunts) et une "méthode historique". Révélant un particulier ouvert à l’universel, elles permettent d’apercevoir l’ouverture des cultures, leur évolution à travers le temps et leur pluralité intrinsèque, contre la tentation de fixer leur identité en l’amarrant à un passé immuable imaginaire (par exemple, l’hostilité supposée indéfectible de l’Islam à la Raison).

Car, certes commodes, les identités peuvent aussi être dangereuses, quand on oublie qu’elles sont des fictions et qu’elles n’interdisent pas le changement : d’où les "crispations identitaires" ou, pour reprendre Amîn Maalouf que cite l’auteur, des "identités meurtrières". Si l’identité d’une culture se définit par ce qu’elle est capable d’incorporer, alors il n’y a pas d’antinomie entre l’Occident, qui se prétend héritier de la civilisation grecque et l’Islam, dont le premier oublie que celui-ci a contribué à lui transmettre celle-là et qu’il est lui-même parvenu à l’intégrer en la traduisant selon ses propres termes. C’est dans le croisement de cultures philosophiques savamment opéré par Ali Benmakhlouf que réside la force principale de ce livre dans sa réflexion sur l’identité.

Construire une identité partagée dans la reconnaissance des cultures

Il apparaît bien en fin de compte que le transfert de la notion d’identité personnelle au champ social et culturel peut rendre ce concept équivoque. Cette question appelle une double réponse. La première se risque à proposer un infléchissement de vocabulaire que Paul Ricoeur n’a pas lui-même adopté, mais qui semble légitime. Il s’est souvent interrogé de façon critique, et avec de fortes réserves, sur l’idée d’une «mémoire collective », et il a fini par se résoudre à parler, de préférence, de « mémoire partagée ». Ne pourrions- nous nous risquer à penser qu’il en est de même pour la notion d’identité, et qu’il vaudrait mieux parler non d’identité collective mais plutôt d’ «identité partagée » ?

La seconde réponse consiste à rappeler la prudence épistémologique à laquelle Ricoeur nous convie : il n’existe pas un lieu qui transcenderait les cultures ou les identités, c’est toujours de l’intérieur d’une identité culturelle que l’on peut s’ouvrir à une autre. Que je puis, comme Ricoeur le dit à propos de la traduction(-trahison) d’une langue étrangère dans la sienne, sinon pratiquer, à l’égard des autres cultures, des autres identités, une hospitalité ?

 C’est pourquoi, nous souvenant de l’avertissement hégélien que la reconnaissance est toujours l’enjeu d’une lutte, il est une exigence concrète qui, toujours et partout, s’impose dans l’établissement d’une reconnaissance mutuelle des identités, ce processus où chaque pas, chaque avancée de l’un est conditionnée par, assujettie à un pas de l’autre : celle de refuser la violence, qui est toujours un déni de reconnaissance. L’exigence de mener, en dépit de tout, une lutte non violente. 

28/02/2012

Identité, Appartenance et Exclusion

Café philo de Cucuron, 1er avril 2011
Quelques pistes pour un débat sur Identité, Appartenance et Exclusion.

 

1. En guise d'introduction

Ce texte fort de Michel Serres, dans Libération du 19/11/2009.

Michel Serres est un auteur atypique, ancien élève de l'école navale, officier de la Marine française, agrégé de philosophie, docteur es Lettres, membre de l'académie française et professeur à Standford.

  "Serres est marqué sur ma carte d’identité. Voilà un nom de montagne, comme Sierra en espagnol ou Serra en portugais ; mille personnes s’appellent ainsi, au moins dans trois pays.

Quant à Michel, une population plus nombreuse porte ce prénom. Je connais pas mal de Michel Serres : j’appartiens à ce groupe, comme à celui des gens qui sont nés en Lot-et-Garonne. 
Bref, sur ma carte d’identité, rien ne dit mon identité, mais plusieurs appartenances. Deux autres y figurent : les gens qui mesurent 1,80 m, et ceux de la nation française. 

Confondre l’identité et l’appartenance est une faute de logique, réglée par les mathématiciens. Ou vous dites a est a, je suis je, et voilà l’identité ; ou vous dites a appartient à telle collection, et voilà l’appartenance. 

Cette erreur expose à dire n’importe quoi. Mais elle se double d’un crime politique : le racisme. Dire, en effet, de tel ou tel qu’il est noir ou juif ou femme est une phrase raciste parce qu’elle confond l’appartenance et l’identité. 

Je ne suis pas français ou gascon, mais j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan. 

Réduire quelqu’un à une seule de ses appartenances peut le condamner à la persécution. Or cette erreur, or cette injure nous les commettons quand nous disons : identité religieuse, culturelle, nationale… Non, il s’agit d’appartenances. 

Qui suis-je, alors ? Je suis je, voilà tout ; je suis aussi la somme de mes appartenances que je ne connaîtrai qu’à ma mort, car tout progrès consiste à entrer dans un nouveau groupe : ceux qui parlent turc, si j’apprends cette langue, ceux qui savent réparer une mobylette ou cuire les oeufs durs, etc.  Identité nationale : erreur et délit." 

 

2. Définitions

 

Identité

Etymologie : du latin idem, le même. 

1. Ce qui fait qu'une chose est la même qu'une autre. Caractère de deux ou plusieurs êtres identiques 

2. Qualité d'une chose qui demeure toujours la même. Caractère de ce qui, sous des dénominations ou des aspects divers, ne fait qu'un ou ne représente qu'une seule et même réalité.

3. Permanence de la conscience de soi. PSYCHOL. ,Conscience de la persistance du moi

4. Fait qu'une personne est bien celle en cause.  Ensemble des traits ou caractéristiques qui, au regard de l'état civil, permettent de reconnaître une personne et d'établir son individualité au regard de la loi.

5. L'identité est ce qui permet de différencier,de discriminer,  sans confusion possible, une personne, un animal ou une chose des autres.

L'identité des objets immobilisé dans une entreprsie est l'objet d'un inventaire annuel. Les objets sont tracés à l'aide de numéro (code bare). 

Lorsque l’on passe des objets aux être vivants, l’identité prend plus de corps. Elle est le support de la notion d’individu. Et lorsque l’on passe aux êtres humains, s’y ajoute la notion de conscience de son identité. L’identité n’est plus construite de l’extérieur mais aussi de l’intérieur

 

Appartenance

1. Faire partie d'un groupe, d'un ensemble, d'une classe, en être un élément. L’appartenance peut être volontaire ou subie.

2. Sentiment d’appartenance : Capacité de se considérer et de se sentir comme faisant partie intégrante d'un groupe, d'une famille ou d'un ensemble.

3. En logique, relation de l'individu à l’ensemble ou la classe dont il fait partie.
En théorie de l'information, les langages Objet ont été créés pour mieux représenter le monde ; on peut créer des objets qui héritent des propriétés des classes auxquelles on les fait appartenir. Les classes sont définies par un certains de nombre de propriétés.

 

Exclusion

1. Etymologie : du latin exclusio, exclusion, issu de excludere, ne pas laisser entrer, ne pas admettre, mettre dehors, exclure. 

2. L'exclusion sociale est la marginalisation, la mise à l'écart d'une personne ou d'un groupe en raison d'un trop grand éloignement avec le mode de vie dominant dans la société. Ce processus peut être volontaire ou subi.

L'exclusion sociale est souvent consécutive à une perte d'emploi, au surendettement, à la perte d'un logement… et se traduit par une grande pauvreté, par une rupture plus ou moins brutale avec les réseaux sociaux, avec la vie sociale en général. Elle est vécue comme une perte d'identité. 

Bien que l'exclusion sociale soit un phénomène très ancien et commun à de nombreuses sociétés, l'expression exclusion sociale est apparue dans les années 1980 pour rendre compte de ce phénomène dans les sociétés post-industrielles.  

3. Fracture sociale. L'expression a été créée en 1985 par le philosophe et sociologue Marcel Gauchet, dans "Le désenchantement du monde" (Gallimard) pour exprimer l'idée du mur qui se dresse "entre les élites et les populations" 


4. Ségrégation : du latin segregatio, de se, à part, et gregis, troupeau. La ségrégation est l'action de séparer des éléments d'un tout, d'un ensemble, de les mettre à part. Appliquée l'être humain, la ségrégation désigne la situation vécue par une personne qui est volontairement mise à l'écart par les autres et isolée de son réseau social habituel.

Appliquée à un groupe, la ségrégation consiste à lui faire subir des discriminations fondées sur des critères comme l'origine ethnique, la couleur de la peau (voir ci-dessous), l'âge, le sexe, le niveau de fortune, les moeurs, la religion, etc

5. Discrimination : du latin discriminare, de crimen, point de séparation. Dans le domaine social, la discrimination est la distinction, l'isolement, la ségrégation de personnes ou d'un groupe de personnes par rapport à un ensemble plus large. Elle consiste à restreindre les droits de certains en leur appliquant un traitement spécifique défavorable sans relation objective avec ce qui permet de déterminer l'ensemble plus large.

Qu'elle soit volontaire ou inconsciente, la discrimination porte atteinte, à l'égalité des droits, à l'égalité des chances, mais aussi à l'égalité des devoirs de chacun. 

6. Stigmatisation
Marquer avec un fer rouge (ou une étoile jaune).
Infliger à quelqu'un un blâme sévère et public.
Jeter le blâme sur.


Communautarisme

Le communautarisme est un mouvement de pensée qui fait de la communauté (ethnique, religieuse, culturelle, sociale, politique, mystique, sportive…) une valeur aussi importante, sinon plus, que les valeurs universelles de liberté, d'égalité, souvent en réaction au libéralisme et à l'individualisme.

Pour ses défenseurs, aucune perspective n'existe en dehors de la communauté et il est impossible de se détacher de son histoire et de sa culture. La communauté précède alors l'individu et rend la recherche de l'idéal partagé plus importante que la défense de la liberté individuelle. Pour les communautaristes, l'Etat - ou l'autorité, ne peut être neutre ou laïc en matière de choix culturels, religieux ou de morale. Les valeurs qui servent de référence sont essentiellement traditionnelles, construites sur un passé mythique ou idéalisé.

Le communautarisme cronstruit des fontières fortes ce qui conduit à une logique Dedans/Dehors.

 

Multiculturalisme

Du latin multus, nombreux, abondant, en grande quantité et cultura, culture, agriculture.

Le multiculturalisme désigne la coexistence de plusieurs cultures (ethniques, religieuses…) dans une mêmesociété, dans un même pays. Le multiculturalisme est aussi une doctrine ou un mouvement qui met en avant la diversité culturelle comme source d'enrichissement de la société. Il peut se manifester par des politiques volontaristes :

  • de lutte contre la discrimination,
  • identitaires, favorisant l'expression de particularités culturelles,
  • communautaristes, visant à la reconnaissance de statuts légaux ou administratifs propres aux membres de certaines communautés.

 

 

 3. Le langage, opérateur d'exclusion?

 

Nommer au lieu de qualifier

 " Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde ", Albert Camus, 1944, "Sur une philosophie de l’expression"

 "La logique du révolté est […] de s'efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel." "L'homme révolté"

 

Déplacer le sens, renvoyer à des stéréotypes

Le racisme, la xénophobie se manifestent par des attitudes, des actions, voire des violences, mais avant tout à travers le langage. La terminologie raciste et xénophobe opère tout d’abord par déplacement : elle remplace un mot par un autre, tout en soulignant cette substitution.

Parlons des figures de style, qui supportent ce déplacement de sens :

Métonymie : elle remplace un terme par un autre qui a un rapport logique mais qui n'a aucun élément matériel commun. Elle peut substituer le contenant au contenu, le symbole à la chose, l'objet à l'utilisateur, l'auteur à son œuvre, l'effet à la cause ...

Synecdoque : c'est une variété de métonymie, parfois confondue avec elle ; elle est fondée sur le principe de l'inclusion. Elle permet d'exprimer la partie pour le tout ou la matière pour l'objet

 

Le langage, support de nos représentations

N’est-il pas important d’identifier ces figures de style ? Le langage n’est-il pas le support des représentations, souvent non conscientes ? ("l'inconscient est structuré comme un langage" Lacan).

Donnons quelques exemples dans le domaine des nationalités.

Quand on utilise le terme "américains" pour désigner les "Etats-Uniens", on confond partie : Etats-Unis et le tout : les Amériques. Les confusions à l'origine même du terme "Ameriques" sont pleines d'enseignements : (cf: http://fr.wikipedia.org/wiki/Am%C3%A9rique), ainsi bien sûr que les termes "Indiens, Amérindiens".

A quelle représentation renvoie le mot "rebeu", résultat d'un double verlan : arabe -->beur --> rebeu, pour désigner les descendants d’immigrants maghrébins dans la France des banlieues ?

De nouveau dans l'utilisation du mot "arabe", on confond le tout et la partie (le tout : "culture arabe" et la partie "un maghrébin",  de langue arabe, de religion musulmane... il y a aussi des berbères chrétiens.

Berbère : barbares, mot utilisé par les anciens Grecs pour désigner d’autres peuples n’appartenant pas à leur civilisation, dont ils ne parvenaient pas à comprendre la langue

Un franco-musulman : confusion nationalité/religion

Un juif : conformément aux conventions typographiques de la langue française, qui imposent une majuscule aux noms de peuples et une minuscule aux noms de croyances, « Juif » s'écrit avec une initiale majuscule quand il désigne les Juifs en tant que membres du peuple juif (et signale ainsi leur judéité), mais il s'orthographie avec une initiale minuscule lorsqu'il désigne les juifs en tant que croyants qui pratiquent le judaïsme (et insiste en ce cas sur leur judaïté).

 

 

4. Construction de l’identité

 

Qui suis-je?

 Qu’est-ce que le « je » ? Le moi, le ça le surmoi ?  Comment se construit le je ?

 « Je pense donc je suis »  a écrit Descartes dans la seconde méditation

Jouons un peu avec le je :
J’appartiens, donc je suis
Je suis beau, donc je suis
Je suis connu et (re)connu, donc je suis
Je suis sur Facebook, donc je suis
Je suis riche, donc  je suis
Je consomme, donc je suis
Je te hais donc je suis

 

L'identité personnelle

L'identité – Laurent Mucchielli - Puf, 1986. Sociologue, spécialisé dans l’étude des questions de délinquance et de violence autour des populations immigrées.

 "L’identité est un ensemble de critères, de définitions d’un sujet et un sentiment interne. Ce sentiment d’identité est composé de différents sentiments : sentiment d’unité, de cohérence, d’appartenance, de valeur, d’autonomie et de confiance organisés autour d’une volonté d’existence". Les dimensions de l'identité sont intimement mêlées : individuelle (sentiment d'être unique), groupale (sentiment d'appartenir à un groupe) et culturelle (sentiment d'avoir une culture d'appartenance).

 La conscience de notre propre identité est une donnée première de notre rapport à l'existence et au monde. Elle résulte d'un processus complexe qui lie étroitement la relation à soi et la relation à autrui, l'individuel et le social. C'est aussi un phénomène dynamique qui évolue tout au long de l'existence, marqué par des ruptures et des crises.

 "L'identité personnelle renvoie au sentiment d'individualité ("je suis moi"), au sentiment de singularité ("je suis différent des autres et j'ai telles ou telles caractéristiques") et d'une continuité dans l'espace et le temps ("je suis toujours la même personne").

 

La construction du « Je » : le sujet

« Je pense donc je suis » a écrit Descartes dans la seconde méditation,  je suis un sujet libre et responsable.

 A l’opposé, se situent Arthur Rimbaud et Nietzsche 

« Je est un autre » A. Rimbaud, Lettre à Georges Izambard (13 mai 1871)

Rien n'est plus illusoire que ce "monde interne" que nous observons à l'aide de ce fameux "sens interne".  Nietzsche, La Volonté de Puissance, Livre I, $95, 1888

L'unité est chimère, le moi un leurre, et c'est ainsi que Nietzsche s'attaque à l'ego cogito, pilier des philosophies du sujet. Nietzche critique l'attribution de la pensée au sujet

"Je" suis un corps. Il y a en l’homme autant de consciences qu’il y a de forces plurielles (Freud dira de pulsions)  qui constituent et qui animent ce corps.

 « On a considéré l’homme comme un sujet libre à seule fin qu’il puisse être jugé et condamné comme coupable ».

 

Le sentiment d’appartenance à un groupe

Comme l'a expliqué Michel Serres, la notion d'identité collective est un contre-sens pour désigner le sentiment d'appartenance à un groupe.

Comment se déterminent ou se construisent les sentiments d’appartenance ?

Pas si simple : 

En France les fameux débats sur « l’Identité nationale », puis celui sur la « Laïcité » ne montrent-ils pas toute la difficulté de progresser vers une meilleure  compréhension des principes d’universalisme sur lesquels est fondé le modèle d’intégration à la française.

 En Allemagne, mi octobre, Angela Merkel, déclarait que le modèle d'une Allemagne multiculturelle, où cohabiteraient harmonieusement différentes cultures, avait "totalement échoué".

 En Grande Bretagne, début février, David Cameron déclarait « En vertu de la doctrine du multiculturalisme, nous avons encouragé différentes cultures à vivre séparées, séparées les uns des autres et séparées de la culture dominante. Nous avons échoué à produire une vision de la société à laquelle elles puissent avoir envie d’adhérer. Nous avons même toléré que ces communautés séparées adoptent des conduites complètement contraires à nos valeurs. »

 Si Merkel et Cameron visaient plus ou moins directement l’immigration de culture musulmane, l’exemple de l’Italie ne montre-t-il pas que la construction d’un sentiment national est un projet beaucoup plus général.

L'Italie encore en quête d'une histoire partagée, Editorial du Monde, 18 mars 2011

" Il y a 150 ans, le 17 mars 1861, la naissance du royaume d'Italie était proclamée à Turin. Après de vives polémiques, c'est cette date qui a été choisie pour commémorer l'unité de la Péninsule et tenter d'engager les Italiens dans une histoire commune. Un siècle et demi, c'est bien peu pour construire une nation. Il a fallu une dizaine de siècles à la France - des carolingiens aux révolutionnaires de 1789 - pour y parvenir et imposer des mythes, des figures, des repères qui ne sont plus, ou presque plus, objets de controverse.

 Pour l'heure, cet anniversaire aura permis aux Transalpins de mesurer davantage ce qui continue de les séparer que ce qui les rapproche. Si la langue a été unifiée, si l'identité italienne (attachement à la famille et au territoire) s'est construite des Alpes à la Sicile, si la démocratie s'est imposée malgré le " Ventennio " fasciste (de 1925 à 1945) et les violences terroristes des " années de plomb ", l'Italie reste à bien des égards, selon le mot de l'historien Manlio Graziano, un Etat sans nation. .../...

 Le fossé économique entre le Nord, riche et prospère, et le Sud, pauvre et assisté ; les plaies encore ouvertes entre fascistes et communistes, entre partisans et adversaires du Risorgimento (la période d'unification du pays, 1848-1870) ; la modeste qualité de la classe politique, éclaboussée de scandales permanents : tout entrave la construction d'une mythologie partagée, propice à la création d'un sentiment national. Cent cinquante ans après sa naissance, l'Italie apparaît encore comme un pays inachevé où la culture du débat et de la controverse alimente un doute permanent sur ce qui le fonde : le Risorgimento, la Résistance, la République. .../...

 A la merci des uns et des autres, de leurs caprices et surenchères, le président du conseil, Silvio Berlusconi, s'est bien gardé de trancher ce débat. Indifférence ? Calcul politique à court terme ? Empêtré dans ses scandales sexuels, otage de sa majorité, obsédé par les procès qui le guettent, il a manqué l'occasion de se montrer à la hauteur du rôle qui devrait être le sien en invitant les Italiens - ne serait-ce que pour 24 heures - à être tout simplement ensemble."

 

 5. Appartenances déterminées ou construites?

Les appartenances sont déterminées ou construites en fonction de référents matériels et physiques, référents historiques,  référents psychoculturels, référents psychosociaux, notamment :

Le langage
Le territoire
Les patronymes
La religion et les croyances
La culture, l'histoire
Apparences physiques
L’âge, le style de vie, le sexe
Formation, patrimoine, revenus
Le lieu de résidence
Caste, ordre, classe sociale
Club, parti 

L'appartenance à un groupe fonde-t-elle ou altère-t-elle l'identité individuelle ?

Lorsque l’on essaie de définir sa propre identité, l’identité de son groupe d’appartenance ou l’identité d’un autre individu ou groupe, on choisit quelques éléments de définition dans cet ensemble de catégories. Rares sont les définitions identitaires complètes qui utiliseraient tous les déterminants ci-dessus. Ceci est dû au fait que nous disposons rarement de l’ensemble des informations nécessaires. Mais, plus certainement, la définition d’une identité se fait à partir de quelques-uns de ces critères parce que la structure schématique ainsi tracée suffit pour identifier différentiellement le groupe ou l’individu à un autre groupe ou individu. Dans l’identification on retient en effet, d’une part les caractéristiques essentielles et, d’autre part, les caractéristiques marquant la dissemblance.

 On remarquera bien sûr que certains éléments spécifiques de référence de l’identité  exemple la possession d’une voiture de telle marque —renvoient à plusieurs catégories de ces classifications, somme toute, arbitraires. La voiture, en effet, est une possession (avoir-objet), elle est un signe extérieur renvoyant à une place dans la hiérarchie sociale; elle est un outil qui montre un certain nombre de potentialités de déplacement; sa marque renvoie à un stéréotype de ses utilisateurs qui retentît sur l’idée des caractéristiques psychologiques de son propriétaire. 

 

La plupart de nos appartenances (ce qu'on désigne généralement par nos racines ou nos origines) sont déterminées par notre filiation, par notre éducation, et par la culture qui nous a été transmise.

Et cela renvoie de nouveau à Nietzsche :

"Je" suis un corps.  Chacun de nous est un destin.

 

Mais, reprenant la maxime de Pindare, Nietzsche ouvre aussi la possibilité d'un projet pour l'homme :

«   Deviens ce que tu es » « Sois  confiant dans ta singularité ; actualise tous tes possibles sans concession pour la « morale du troupeau »; restaure en toi la pleine force de tes instincts créateurs, n’accepte pas de caricature de ce que tu es. Deviens ce que tu es. Conçois ta vie comme une œuvre d’art… »

 

Sur cette question de l'appartenance subie, voir aussi mon article sur les castes.

 http://seulsdanslecosmos.hautetfort.com/archive/2011/04/0...