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10/05/2011

«L’équilibre du monde (A Fine Balance) » de Rohinton Mistry

 

 

Qui est Rohinton Mistry ?


mistry.jpgC’est un écrivain canadien, d’origine indienne, qui écrit en anglais et vit à Toronto.

En fait, s’il est né en 1952 à Mumbay (anciennement Bombay), il n’est pas d’origine hindou. Il est d’une famille parsi de religion zoroastrienne. Il a émigré au Canada en 1975 et y a mené des études de mathématiques et d’économie. Il y a travaillé pendant un temps dans une banque.

Mistry est donc doublement émigré : ses ancêtres parsi fuirent au VIIIe siècle une Perse conquise par les Arabes et s'installèrent en Inde, d’abord au Gujarat, puis dans le Maharashtra, où ils contribuèrent au développement de Mumbai [1].

Lui-même a quitté l’Inde à 23 ans, l’année de l’instauration de l’état d’urgence par Indira Gandhi, période noire marquée par l’arrestation massive des opposants et une campagne de stérilisations forcées (7 millions de vasectomies[2]).

Pour maintenir ses liens avec l’Inde, Mistry passe par la littérature. Ses romans nous plongent dans l’Inde contemporaine, avec d’un côté un univers désespérant de misère et de corruption, un système religieux, social et politique dont les acteurs sont pleins de cruauté et de mépris pour leurs concitoyens, mais de l'autre, une acceptation sereine, un optimisme obstiné fondé sur l'humour, la joie de vivre et le désir de goûter les plus petits bonheurs de la vie. L’homme se relève toujours tant qu’il est vivant.


Les beaux jours de Firozsha Baag (Tales from Firozsha Baag, 1987) est un recueil de 11 nouvelles sur une communauté parsi vivant dans un quartier de Mumbay

 

Un si long voyage (Such a Long Journey, 1991), c’est le récit des tourmentes de la vie d'un père de famille parsi, vivant à Mumbay à la veille de la guerre de la guerre entre les deux Pakistan.

 

41WBWVR0G7L._SL500_AA300_.jpgL'équilibre du monde, (A Fine Balance, 1995), c’est le portrait au vitriol de l'Inde d'Indira Gandhi. C’est la lente descente aux enfers de Ishvar et Omprakash, tailleurs, issus de la caste des tanneurs Chamaars, donc impurs, dalits, intouchables. Ils sont victimes de la cruauté indicible de la haute caste des brahmanes. Mistry décrit ici le fragile équilibre entre d'une part la dureté du système des traditions hindouistes couplée à l'immobilisme d'une administration minée par la corruption et d'autre part la souplesse du peuple indien qui puise dans sa diversité et sa philosophie de vie la force de survivre.

 

 

 

 

Une simple affaire de famille (Family Matters, 2002), on retrouve le portrait pittoresque de la petite bourgeoisie parsie de Mumbay confrontée à la question du traditionalisme rigide et du fanatisme religieux.

 



L’Inde de Rohinton Mistry

L’Inde de Mistry remet en cause beaucoup de cartes postales et de clichés qui nous sont souvent projetés par les amoureux de l’Inde . Dans les romans de Mistry, on est loin de l’ahimsa[3] ou encore de l’Inde rêvée par Gandhi et Nehru et encore plus loin de l’Inde des Ashrams et de Sœur Emmanuelle.

Inde non violente, du respect de la vie et de la compassion ?  Description de la violence quotidienne, faite aux pauvres, aux basses castes, aux femmes. Violence inter ethnique (notamment vis-à-vis des musulmans). Mumbay est proche de l’état du Gujarat où eurent lieu en 2004 des massacres inter ethniques d’une cruauté et d'une ampleur sans précédent.

Inde démocratique et émancipatrice ? Etat d’urgence, stérilisation forcée, corruption généralisée, répression sanglante contre les étudiants, brahmane recyclés dans le parti du congrès.

Inde moderne ? Le poids de l'hindouisme pèse sur la société, le  poids des traditions, des mariages forcés, de la dot  pèse sur les jeunes filles et sur les femmes, les veuves, le poids des castes pèse sur les métiers dans les villages, le poids de la corruption pèse sur la ville où mendiants et habitants sans logis sont exploités pire qu’à l’usine.

 

Rohinton ne conclut pas sur le fragile équilibre de l’Inde, cependant ses romans ne se terminent jamais par une « happy end ». C’est sans doute pour nous rappeler que nous ne pouvons pas rester  indifférents face aux violences quotidiennes faites aux enfants, aux femmes, aux basses castes et aux minorités ethniques et religieuses dans l’Inde d’aujourd’hui.



[1] La population parsi décroît, elle est passée de 114 000 en 1941 à 76 000 en 1991, du fait de l’endogamie. La majeure partie d'entre eux, soit 56 000, vit dans la ville de Mumbai.

[3] Ahi est un terme sanskrit qui signifie non-violence ou respect de la vie. C'est aussi un concept de la philosophie indienne qui a rapport à la bienveillance

10/06/2010

« Aucun Dieu en vue » d'Altaf TYREWALA

aucun dieu en vue.jpgNé en 1977 à Mumbay (Bombay), où il a toujours vécu et étudié, Altaf Tyrewala a passé plusieurs années aux Etats-Unis pour des études de marketing et publicité. Il habite aujourd’hui dans sa ville natale où il se consacre à l’écriture. Altaf Tyrewala a exercé toutes sortes de métier pour vivre, caissier, vendeur par téléphone, employé de bureau et auteurs de livres éducatifs.

« Aucun dieu en vue » est son premier roman, écrit en anglais.

Kaléidoscope, fondu enchainé de personnages qui témoignent à la première personne des petites ou grandes misères de leur vie dans un quartier musulman de Mumbay (Bombay).

Quarante-sept éclats de vie qui dessinent le portrait d’une Inde qui en entrant dans la modernité à tourné le dos à Dieu et à la spiritualité.

Chacun d’entre eux porte en lui une blessure, une frustration, une vocation manquée, chacun d’eux, du mendiant au riche homme d’affaires, de l’avorteur au tueur de poulets, de la mère de famille à la jeune épouse, souffre du même mal : « l’angoisse de sa propre insignifiance ».

C’est un monde urbain, entre l’occident et les traditions de l’Inde profonde qui témoigne de la perte de sens, du trouble profond de l’Inde qui délaissant ses dieux anciens se retrouve sans « Aucun Dieu en vue ».

Mais laissons le mot de la fin à Altaf Tyrewala :

"Let readers -- atheists, nihilists, Hindus, Muslims, Christians, Buddhists -- make what they will of the novel."