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05/11/2012

De l’influence de la pleine lune sur les accouchements

L’autre jour en sortant du café philo de Cucuron, nous sommes allés terminer la soirée au resto.

Je ne me souviens plus pourquoi, mais la conversation est partie sur la divination, puis sur l’influence de la pleine lune sur les accouchements ...

 

Et le scénario habituel s’est reproduit : je me suis trouvé désarmé face à des amis que j’estime, mais qui affirmaient de façon véhémente, des faits incontestables pour eux :

-          la capacité d’une femme d’origine hindoue de prédire l’avenir

-          l’influence réelle des astres sur notre vie quotidienne et notamment l’influence de la pleine lune sur le déclenchement des accouchements (« tu ne peux pas le nier, en période de pleine lune,  les maternités sont pleines ! »)

 

Le scénario habituel, disais-je, s’est reproduit. Il s’est déjà déroulé de nombreuses fois, à propos de sujets aussi divers que les sourciers, les ovnis, les devins, les magnétiseurs, les marabouts, l’homéopathie et autres médecines parallèles.

 

 

Croyant et incroyant

Ce scénario fait intervenir deux personnages, le croyant et l’incroyant et  se déroule à peu près de la façon suivante :

Le croyant : « j’ai été le témoin d’une expérience incroyable, je n’y croyais d’ailleurs pas au début, mais j’ai été obligé d’admettre la réalité. Et d’ailleurs tout le monde reconnaît que c’est vrai, et même de grands scientifiques ... »

L’incroyant : « Tout cela est du domaine de l’irrationnel, du non rationnel. Il n’y a aucune preuve que cela marche ou que cela soit vrai. Ce sont des croyances populaires .Tout cela n’a aucune base scientifique. Et d’ailleurs regarde sur Internet, toutes les expériences en « double aveugle » ont montré que[1] ...  Je n’y crois pas et je crois même que c’est faux. »

En général, chacun reste sur sa position et la conversation devient un peu tendue, voire s’envenime. Cela peut se terminer sur des échanges du type :

« Tu nies l’évidence, la science ne peut tout expliquer. Il y a des phénomènes vrais qu’on ne peut expliquer.  Tu ne croies à rien. C’est du nihilisme »

« Bien sûr que je crois à quelque chose, je crois à la démarche scientifique, je crois à la raison. En l’absence de preuve, la seule position raisonnable est le doute. Croire sans preuve est au mieux de la naïveté, au pire de l’obscurantisme, voire de la superstition. »

 

Pour tenter d’éviter de tomber dans ce piège de la conversation bloquée, n’est-il pas utile d’introduire une réflexion sur ce qu’est la croyance et d’admettre que dans les domaines où l’être humain n’a pas de preuve, il ne peut que s’en remettre à son degré de croyance ?

Dans ces domaines, n’est-il pas préférable de jeter un regard conscient sur l’origine de ses opinions et de s’affirmer comme croyant ou incroyant. Avoir le courage de dire « Je crois .. » ou « je ne crois pas ».

A partir du moment où je dis «  je crois en la divination » ou bien « je ne crois pas en la divination », tout est dit, personne ne peut trouver à y redire, c’est du domaine de l’irrationnel, c’est ma croyance ou mon incroyance personnelle, je n’ai à apporter aucune preuve, mais je n’ai pas non plus à tenter d’imposer ma croyance ou mon incroyance aux autres ...

 

 

Croyance et niveau de preuves

On voit bien, dans cette confrontation, apparaître deux dimensions : d’une part le niveau de croyance, d’autre part le niveau de preuve.

 Mais définissons d ‘abord ces termes :

 La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité.

Une preuve est un fait ou un raisonnement propre à établir solidement la vérité.
- Les preuves basées sur la déduction qui ont un caractère absolu ou certain pour autant que l'on respecte leurs  hypothèses de départ.
- Les preuves basées sur l'induction qui ne sont vraies qu'avec une certaine probabilité dont l'estimation dépend des connaissances disponibles

La vérité,  c'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel.

La réalité désigne le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif.

 

Ainsi on pourra sans doute clarifier les positions en introduisant le schéma suivant :

 

croyance,preuve,vérité,réalité,dénialisme,pseudosciences,vérités révélées,religions,idéologies,négationnisme,créationnisme

 

Vous pouvez cliquer sur le schéma pour l'agrandir

Schéma qu’on peut détailler en tentant de positionner sur ce quadrant les divers courants de la pensée humaine : sciences exactes, sciences expérimentales, sciences humaines, religions, idéologies, pseudosciences,  ...

 

croyance,preuve,vérité,réalité,dénialisme,pseudosciences,vérités révélées,religions,idéologies,négationnisme,créationnisme

 


Vous pouvez cliquer sur le schéma pour l'agrandir

Evidemment, ce classement peut paraître arbitraire. Sans doute, mais se poser la question du placement de tel ou tel courant de pensée dans ces quadrants introduit un débat qui ne manque pas d’intérêt.

 

Quadrant 1 (en haut à droite)

C’est le quadrant de la raison, de la méthode, de la science.

 

Quadrant 2 (en haut à gauche)

Le « dénialisme » - est le domaine du déni du savoir scientifique, de la négation des théories ou des faits établis. C’est le domaine des négationnismes, du refus de la théorie de l’évolution,  des multiples révisionnismes mais aussi de l’Index Librorum Prohibitorum (liste des livres interdits par l’église catholique depuis l’inquisition). C’est aussi celui la censure et des autodafés.

 

Quadrant 3 (en bas à gauche)

C’est le domaine du doute, du scepticisme, de l’agnosticisme et de la pensée critique.

On peut résumer cette position par la maxime : Plutôt douter que de se tromper !

 

Quadrant 4 (en bas à droite)

C’est celui des vérités révélées, des mythes, des croyances intuitives ou  « populaires », c’est aussi le domaine sans fin de la cosmogonie, de la métaphysique et du surnaturel, mais aussi des pseudosciences et des idéologies.

 

Quelques questions et réflexions sur ce schéma :

Science et croyance ne sont-ils pas antinomiques ?

La science vise notamment à produire des connaissances à partir d'une démarche méthodique et détachée des dogmes. Les connaissances scientifiques se différencient donc fondamentalement des croyances par leur mode de production. La science est une production collective bâtie sur l'expérimentation, l'épistémologie, et constitue une unité, grâce à une liaison et à une confrontation permanentes avec la « réalité » empirique. La science se doit de remettre régulièrement en doute son contenu et entretient un réseau cohérent de connaissances, par la publication des travaux de recherche. L'adhésion aux théories scientifiques, par les scientifiques compétents, est basée sur la possession de moyens de vérification et de réfutation fournis par les publications. Il s'agit donc d'un mécanisme totalement différent de celui de l'adhésion aux croyances, dans la mesure où la position, certes idéale, du scientifique, n'est pas de croire en sa théorie mais au contraire de l'admettre en recherchant en permanence ses possibilités de fausseté. 

Cependant, pour le commun des mortels, l’adhésion aux théories et aux faits scientifiques relève bien de la croyance car les preuves sont hors de portée de la plupart. Cette adhésion se fait sur la base d’un consensus qui relève de la croyance. J’accepte la théorie de l’atome parce qu’elle est enseignée dans les programmes scolaires, qu’elle semble admise par tout le monde et que les preuves théoriques et pratiques sont disponibles, même si je ne les consulte pas ou n’ai pas le niveau scientifique pour les comprendre.

En ce qui concerne les scientifiques eux-mêmes, il suffit de les placer devant des négationnistes pour constater qu’ils croient réellement en leur théories et quelquefois jusqu’au bûcher (Giordano Bruno) ...  Galilée, condamné, n’aurait-il pas dit : « Et pourtant, elle tourne ! »

 

Où placer l’athéisme ?

S'il paraît évident que "ne pas croire en Dieu" n'est pas une croyance, le problème peut se poser si l'on reformule la question en "croire que Dieu n'existe pas [...]".

Il est important de noter où on place la négation ... Ce n’est pas la même chose de dire

« Je ne crois pas en l’existence de Dieu »
et
« Je crois que Dieu n’existe pas »

 

Il ne faut pas confondre incroyant et athée ! L’athée est un croyant si il fait de l’affirmation de la non existence de Dieu une cause à défendre.

Mais il s'agirait d'une croyance un peu particulière, la croyance en la non existence de quelque chose ! Or, pour le dictionnaire Larousse "croire", c'est tenir pour certain l'existence de quelqu'un, de quelque chose. Derrière croire, il ne peut y avoir qu'une formulation positive. L'expression "croire en la non existence de quelque chose" n'aurait donc pas de sens, ce serait même absurde. Au mieux, elle serait équivalente à "ne pas croire en Dieu", qui n'est pas une croyance. Etre athée, ne peut donc être, au sens propre, une croyance, ou même une foi. Ce serait une adhésion, une confiance une loyauté envers la non existence de quelque chose.

 

Dénialisme et idéologies

Le dénialisme est la plupart du temps promu par idéologie, par l’impossibilité d’accepter les évidences contraires à ses croyances. 

Le négationnisme de la théorie de l'évolution vient en soutien du créationnisme.

Les révisionnismes ont été produits par les idéologies totalitaires.

L’index a été mis en place pour lutter contre les hérésies et pensées contraires aux dogmes et aux vérités révélées du christianisme.

 

Les axes de pensée complémentaires

Il est intéressant de noter les deux grands axes de pensée complémentaires.

Axe 1-3 :  Le scepticisme est complémentaire de la démarche méthodique. Ne pas affirmer sans preuve conduit à douter en l’absence de preuve.

Axe 2-4 : Au contraire, le dénialisme s’appuie sur la pensée non rationnelle,  sur l’acceptation de vérités révélées et vient en soutien des idéologies, des religions, et des pseudosciences.

 

Les quadrants adjacents  s’opposent :

  • Science <--> Dénialisme
  • Science <--> Vérités révélées ou intuitives
  • Scepticisme <--> Dénialisme
  • Scepticisme <--> Vérités révélées ou intuitives

 

 

Concluons par un exemple : l’âge de la Terre et son mouvement

Hubert Krivine, physicien, ancien enseignant-chercheur au laboratoire de Physique nucléaire et des hautes énergie vient de publier un livre qui illustre bien les propos du présent post :

« La Terre du mythe au savoir »

Extraits de la 4eme de couverture :

 "Cet ouvrage relève de la philosophie des sciences, mais son thème a des résonances actuelles puisqu'il aborde la résurgence des fondamentalismes religieux.

A notre époque, le rejet de la vérité scientifique a deux sources. L'une est la lecture littéraliste des textes sacrés, l'autre est un relativisme en vogue chez certains spécialistes des sciences humaines, pour qui « la science est un mythe au même titre que les autres ».

Le philosophe Jacques Bouveresse résume ainsi le propos de l'ouvrage :

Un des objectifs principaux de ce travail était, par conséquent, de « réhabiliter la notion réputée naïve de vérité scientifique contre l'idée que la science ne serait qu'une opinion socialement construite ». Sur l'exemple qui y est traité avec une maîtrise et une autorité impressionnantes, le lecteur qui aurait pu en douter se convaincra, je l'espère, qu'il peut y avoir et qu'il y a eu réellement, dans certains cas, un passage progressif du mythe au savoir, ou de la croyance mythique à la connaissance scientifique, qui a entraîné l'éviction de la première par la seconde, pour des raisons qui n'ont rien d'arbitraire et ne relèvent pas simplement de la compétition pour le pouvoir et l'influence entre des conceptions qui, intrinsèquement, ne sont ni plus ni moins vraies les unes que les autres.

Hubert Krivine veut donc expliquer sur un exemple précis : la datation de l'origine de la Terre, et la compréhension de son mouvement, comment, à la différence des vérités révélées, s'est construite une vérité scientifique.

Ce livre a comme public privilégié les enseignants du primaire au supérieur, que des pressions venant de divers côtés amènent parfois à douter de la validité et de l'intérêt du savoir qu'ils dispensent. Des notions élémentaires d'astronomie et de physique sont expliquées pour le lecteur sans formation scientifique".

Huber Krivine parle de sa démarche dans l’émission Continent Sciences du 24 octobre 2011 :

http://www.franceculture.fr/emission-continent-sciences-c...

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4331891

 

 



[1] Pour ceux que l’influence de la pleine lune sur les accouchements intéresse particulièrement, cliquer sur le lien suivant : Recherche Google

Science et réalité : sortir de la caverne

« L'allégorie de la caverne est une allégorie renommée, exposée par Platon dans le Livre VII de La République. Elle met en scène des hommes enchaînés et immobilisés dans une demeure souterraine qui tournent le dos à l'entrée et ne voient que leurs ombres et celles projetées d'objets au loin derrière eux. Elle expose en termes imagés l'accession des hommes à la connaissance de la réalité, ainsi que la non moins difficile transmission de cette connaissance. »

Source : Article Allégorie de la caverne de Wikipédia en français (auteurs)

 


Connaissance et réalité

Comme on l’a vu dans un post précédent « Science et réalité : objet et sujet », la réalité est une catégorie ontologique, qui concerne l'être. Le premier débat sur la réalité a  donc  porté sur l’existence des objets de cette réalité et des sujets qui les observent, ainsi que sur  la nature des relations entre ces objets et ces sujets.

 

C’est l’Ontologie qui permet de traiter la question de l’existence des objets du réel.
La Métaphysique traite des causes premières et de « l’être en tant qu’être ».
La Cosmologie traite, quant à elle, de la question : « Qu’est-ce que le monde, d’où vient-il ? »

 

Dans ce présent post, nous allons nous intéresser à la question de la connaissance et des sciences.

 L’ Epistémologie traite de la question : « Que pouvons-nous connaître ? par quels moyens ? ». La Philosophie et la Science permettent, quant à elles,  d’aborder la question de l’organisation des connaissances.

 La Philosophie permet d’organiser les concepts, elle n’a pas d’objet privilégié, pas de conclusion définitive. La Philosophie travaille sur les Concepts, qui sont des classes, ou abstraction d’objets, définis par extension ou par compréhension. Aborder un problème philosophique est une activité réflexive et critique, avec une multiplicité de réponses, et qui comprend une composante historique -un problème philosophique n’échappe pas à son passé -

 Les Sciences ont pour but d’expliquer les faits, les relations entre les objets, avec des champs bien définis. Un problème scientifique n’admet qu’une seule réponse, une seule solution , qui, une fois démontrée, est considérée comme acquise. Acquise au moins jusqu’à ce qu’elle soit réfutée.

  

 

1.     Qu’est-ce que la connaissance ?

Vieille question puisque Platon y avait déjà répondu dans le Théétète, où  la connaissance est définie comme une "Opinion droite pourvue de raison", c’est-à-dire si on utilise le langage d’aujourd’hui une

« Croyance vraie justifiée ».

« Justified True Belief » JLT, comme disent les anglophones, cette théorie a fait couler beaucoup d’encre. En effet elle repose sur les concepts de Croyance, de Vérité et de Justification qu’il s’agit d’expliciter.

 

 

2.     Croyance

« Croyance vraie justifiée »

 

Analysons donc le premier terme de l’expression.

La croyance est le fait de tenir quelque chose pour vrai, et ceci indépendamment des preuves éventuelles de son existence, réalité, ou possibilité.

La croyance, la Doxa pour les grecs, c’est toutes les opinions ce que nous avons dans la tête, c’est notre vue sur le monde, c’est la représentation que nous avons du monde. Mais qu’est-ce que « le monde » ? Sur quoi porte la croyance ? La croyance est-elle objective ou bien subjective ?

Le monde, d’après le Tractatus logico-philosophicus de Ludwig Wittgenstein, n’est pas constitué d’objets, mais de faits, c’est à dire de relations entre objets.

 Est objectif ce qui se rapporte à l'objet de la connaissance. Un jugement est objectif s'il est conforme à son objet. (Accord de la pensée avec le réel).
Est objectif ce qui ne dépend pas de moi et est valable pour tous.  Un jugement est objectif s'il est universel. (Accord des esprits entre eux)

Est subjectif ce qui se rapporte au sujet de la connaissance. Un jugement est subjectif s'il appartient à la conscience.
Est subjectif ce qui dépend de moi ou d'un point de vue particulier.  Un jugement est subjectif s'il reflète les passions, les préjugés et les choix personnels d'un sujet. Synonyme de partialité. »

En ce sens, on peut dire que la croyance est largement subjective, car elle est profondément personnelle. Elle dépend plus de celui qui croit, que de l’objet de la croyance. Elle est du domaine de l’intuition, elle n’est pas le résultat d’un accord de la pensée avec le réel ou bien d’un accord des esprits entre eux.

 

 

3.     Croyance, connaissance et science

La croyance est une simple opinion, la doxa. La connaissance est un savoir vrai.

C'est le point de vue de Platon et Aristote par exemple. Chez Descartes, la croyance est un assentiment envers une proposition plus ou moins fondée en raison, alors que la connaissance est une représentation indubitable (dont on ne peut douter). Ils s'opposent. Mais avec Hume, la situation est inversée. La connaissance n'est plus qu'une sorte particulière de croyance: croyance dans les vérités mathématiques ou dans les vérités de l'expérience.

À côté de ces formes de croyances rationnellement justifiées, on trouve aussi les propositions du sens commun, qui, sans être pleinement justifiées, ont pour elles le sens pratique et les succès de l'action. Puis toutes ces autres croyances douteuses, comme les propositions métaphysiques ou religieuses. La croyance devient affaire d'habitudes et de traditions culturelles. La croyance se différencie donc par degrés de certitude, alors que le doute est toujours présent. Il réhabilite donc une forme modérée de scepticisme.

Kant pour sa part distingue la simple croyance de la conviction: la simple croyance est subjective (je crois qu'un jugement est vrai), alors que la conviction est objective. Plus précisément, Kant distingue trois degrés de la croyance:

1.  l'opinion est une croyance insuffisante

2.  la foi est une croyance satisfaite d'elle-même, mais objectivement insuffisante

3.  la science est une croyance vraie. La science comporte deux aspects: la conviction (pour l'individu) et la certitude (pour tous). Mais loin de régler le problème, ces distinctions introduisent une autre difficulté: celle de savoir quand je peux être justifié d'avoir la conviction. Par exemple, dans le domaine de la morale, Kant n'ira pas plus loin que la foi rationnellement justifiée. Pour la raison pure, il établira des limites au delà desquelles elle ne saurait être tout à fait crédible. À l'inverse, il réaffirmera les privilèges critiques de la raison contre la foi.

 

 

4.     Vérité

« Croyance vraie justifiée »

Analysons donc le deuxième terme de l’expression.

Vraie renvoie à vérité ; qu’est-ce donc que la vérité ? Il existe de nombreuses théories de la vérité :

La vérité est une catégorie logique et gnoséologique (qui concerne le langage et la connaissance). Les choses sont réelles ou non; ce que l'on en dit est vrai ou faux.

Le lien entre la réalité et la vérité est que ce que l’on dit de la réalité est vrai ou faux en fonction de ce qui existe ou n’existe pas. Autrement dit, la réalité est un critère de vérité. On tiendra pour vraie la pensée ou la proposition dans laquelle les choses et leurs relations sont représentées telles qu'elles sont dans la réalité.


Est vrai ce qui est conforme à la réalité = Théorie de la vérité-correspondance.

La vérité,  c'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel. Ce critère est important pour les sciences expérimentales (physique, chimie, biologie...).

D'où la définition de Saint Thomas d'Aquin: "veritas est adæquatio intellectus et rei", la vérité est l'adéquation de la pensée et des choses . C'est ce que l'on appelle la théorie de la vérité-correspondance.

Mais que faut-il entendre par "correspondance"?  Une proposition qui représente la réalité doit, pour être vraie, en être la représentation fidèle. Mais comment en juger? La réalité ne nous étant accessible que par l'intermédiaire des représentations que nous nous en faisons, pouvons-nous comparer nos représentations à autre chose que d'autres représentations?

 

Est vrai ce qui est la conclusion d'une inférence valide = Théorie de la vérité-cohérence

Critère de la vérité = la non contradiction (vérité formelle). Cette conception de la vérité réduit la vérité d’une proposition à la validité du raisonnement qui y conduit. C’est le critère des sciences formelles (logique, mathématiques). Mais cela peut conduire à des fictions.

 

Est vrai ce qui est efficace = Théorie pragmatiste de la vérité. Une théorie est vraie si elle est féconde sur le plan pratique. Ainsi, la preuve que la physique quantique est exacte, c'est que l'on a pu construire des lasers ou des ordinateurs, même si les lois de la physique quantique nous paraissent étranges (paradoxe du chat de Schrödinger).

 

 Est vrai ce qui est évident = Théorie rationaliste de la vérité

Critère de vérité = évidence intellectuelle, c’est le critère de Descartes : le "bon sens" ou Raison reconnaît immédiatement la vérité des idées claires et distinctes.

 

 Est vrai ce que tout le monde croit = Théorie conformiste de la vérité

Critère de vérité = unanimité ou majorité

Le réalisme critique considère que la réalité n'est pas donnée: vérité et réalité se construisent dialectiquement. Mais alors, ce qui est tenu pour réel à un moment donné du temps dépend en partie des croyances collectives du moment:

 


5.     Croyance justifiée : le problème de la preuve

« Croyance vraie justifiée »

Comment justifier une croyance ? Par des preuves, par suffisamment de preuves. Une preuve est un fait ou un raisonnement propre à établir solidement la vraisemblance, ou si possible la vérité d’une proposition
- Les preuves basées sur la déduction ont un caractère absolu ou certain pour autant que l'on respecte leurs hypothèses de départ.
- Les preuves basées sur l'induction ne sont vraies qu'avec une certaine probabilité dont l'estimation dépend des connaissances disponibles.

 

Le problème de l’induction

La démarche méthodique d’un raisonnement inductif est la suivante :

1-Point de départ : collection, par l’observation, de tous les faits
2-ensuite, généralisation des faits observés, obtenue par induction

Exemple : On chauffe à de multiples reprises du métal, et on constate qu’à chaque fois, il se dilate ; on en conclut que le métal chauffé se dilate.


Le passage des prémisses à la conclusion est rendu légitime par trois conditions :

1- le nombre de constatations formant la base de la généralisation doit être élevé (les faits doivent être collectés en grand nombre).

2- les observations doivent être répétées dans une grande variété de conditions. Il faut, pour que la généralisation soit légitime, que les conditions de l’observation soient différentes. Il faut chauffer des métaux différents, des barres de fer longues ou courtes, etc., à haute et basse pression, haute et basse température. La généralisation ne sera légitime que si le métal se dilate dans toutes ces conditions

3- aucun énoncé d’observation ne doit entrer en conflit avec la loi universelle qui en est tirée

 

Mais l’induction en tant que méthode de raisonnement pose problème :

La généralisation ne permet pas d’atteindre la certitude : l'observation est toujours insuffisante pour déduire la théorie. La théorie fondée sur la généralisation affirme toujours plus que ce que la simple observation montre. On dit que la théorie est sous-déterminée par l'observation.

Par exemple, nous avons observé que le soleil, jusqu'ici, se lève le matin. Mais rien ne semble justifier notre croyance au fait qu'il se lèvera encore demain. Ce problème avait été jugé insoluble par Hume, pour lequel notre croyance relevait de l'habitude consistant à voir telle cause susciter tel effet, ce qui ne présume pas que ce soit le cas dans la réalité. Cette position non réaliste fut critiquée par Kant et Popper pensant possible d'atteindre une certaine objectivité dans les théories empiriques.

Ces problèmes ont fait le jeu des sceptiques et des relativistes

Les sceptiques, avec David Hume affirment que les inférences inductives sont indispensables, mais injustifiables.

Le scepticisme de Hume repose sur l'idée suivante : puisque
- l'induction est non valide du point de vue rationnel
- et que dans les faits nous fions pour nos actions (et donc pour nos croyances) à l'existence d'une certaine réalité qui n'est pas complètement chaotique, il en découle
- que cette confiance est totalement irrationnelle
- et que donc la nature humaine est par essence irrationnelle.

 

Le relativisme affirme qu’il n’y a pas de vérité, les faits ne sont que le produit de notre langage. « L’avantage de cette nouvelle notion de fait, c’est qu’on n’a jamais tort » : la vérité n’est plus qu’affaire de croyance qui n’a pas à chercher à se confronter au réel.

Le subjectivisme rejoint le relativisme pour affirmer qu’il n'y a pas d'objectivité possible. "A chacun sa vérité". Le subjectivisme débouche sur le relativisme universel de Protagoras:
"L'homme est la mesure de toute chose. Telles les choses m'apparaissent, telles elles sont. Telles les choses t'apparaissent, telles elles sont."

 

Mais alors, comment sauver le rationalisme et les sciences ?

Nombres de philosophes s’y sont essayés :

Dans sa quête de la certitude, Descartes a tenté d’élaborer un modèle mathématique de la connaissance avec une visée rationaliste, fondationaliste, infaillibiliste. Mais l’entreprise s’est soldée par un échec.

D’une part les Sciences formelles, fondées sur l’intuition et la déduction répondent bien aux critères de certitude mais sans rapport au réel. D’autre part, les sciences physiques fondées sur l’expérience, l’induction, l’abduction, l’analogie n’offrent aucun degré de certitude.

Descartes a fini par le reconnaitre. La quête de la certitude, dès lors que l’on veut élaborer une connaissance portant sur le réel semble bien du domaine de l’utopie.


La position de Kant
Hume a eu une grande influence sur Kant et est à l’origine de « sa révolution copernicienne »

Kant pense que les inférences inductives sont indispensables et qu’elles sont justifiables grâce aux structures a priori de la pensée. La solution de l’apriorisme kantien consiste à placer le sujet au centre du processus de connaissance : les structure a priori de son esprit transforment les matériaux empiriques en monde organisé à partir des fameux principes a priori de Kant : ceux-ci correspondent aux principes que l’on retrouve dans la mécanique newtonienne : conservation de la matière, déterminisme physique, etc. … qui deviennent chez Kant les principes de permanence de la substance, de causalité, de simultanéité.

Mais l’évolution de la physique du 20eme siècle, relativisant le cadre de référence newtonien a remis en cause le cadre kantien des structures a priori qui ne peuvent plus être considérées comme un cadre universel de la pensée connaissante.

 

La position probabiliste
Le courant empiriste du 20e siècle (cercle de Vienne) reconnait le caractère faillible de toute proposition se rapportant à des faits. On se contente d’une probabilité extrêmement élevée.

 

La position de Popper
Popper rejette fermement l’induction. Il veut tester les hypothèses théoriques, en éliminant celles qui ne résistent pas à l’épreuve des faits : c’est le réfutationisme. Une théorie n’est jamais vraie, elle peut seulement être corroborée.  

Pour Popper,
– Les théories ne sont pas tirées de l'expérience
– Les théories sont inventées indépendamment de l'expérience (inspirées par l'expérience, ou par des convictions métaphysiques: par l’intuition ou par le hasard, ...)

Une fois la théorie formulée, elle est confirmée si:
– 1) elle est falsifiable
– 2) elle n'est pas falsifiée (infirmée).

 


6.     Connaissance et objectivité

Le problème philosophique de l'objectivité est de déterminer les critères et le fondement de l'objectivité de la connaissance.

Pour la philosophie antique, l'objet de la connaissance est la réalité elle-même, telle qu'elle existe indépendamment du sujet. La connaissance est pour eux la contemplation de la vérité qui se confond avec l'être lui-même : la réalité.

Kant critique la théorie de la vérité "correspondance à la réalité" et pose de façon moderne le paradoxe de l'objectivité: nous ne sortons jamais de nous-mêmes, nous n'avons jamais affaire qu'à nos propres représentations. Comment, dans ces conditions, prétendre connaître des vérités nécessaires et universelles ? 
La solution kantienne s'appuie sur la distinction entre les noumènes (chose en soi) indépendants de nous mais inconnaissables et les phénomènes (choses pour nous) dépendants de nous mais connaissables.

La question moderne de l'objectivité est liée au développement de la mécanique newtonienne. L'objet de la science moderne est bien une réalité indépendante du sujet individuel, mais c'est une réalité saisie au travers de représentations construites par l'activité scientifique elle-même, et en particulier grâce aux outils mathématiques utilisés pour les modéliser. Ainsi, on ne sort jamais du monde des représentations, et pourtant certaines de ces représentations peuvent êtres dites objectives alors que les autres sont simplement subjectives. Comment alors faire la part de l'objectif et du subjectif?

Pour atteindre l'objectivité, le sujet doit être neutralisé sans être supprimé. La conformité à l'objet, donc l'objectivité, dépend de la démarche : c'est la méthode qui garantit l'objectivité. La réflexion sur l'objectivité passe donc par l'étude de l'activité scientifique. Les conditions de l'objectivité ne sont pas données une fois pour toute de toute éternité. Chaque science déterminerait au cours de son histoire ses objets et la forme d'objectivité qui lui est propre.

 


Conclusion

Au terme de périple, avons-nous progressé vers la sortie de la caverne ?  Nous avons établi une définition plus précise de la connaissance :

  Connaissance = Croyance, réfutable mais non réfutée, justifiée par suffisamment de preuves.

 Nous avons aussi compris que la science n’est pas infaillible, que la science ne conduit pas à la vérité mais à la vraisemblance. Mais aussi que la science est la discipline qui décrit le mieux la réalité du monde car elle repose sur la méthode et la raison.

 

La méthode scientifique
Les sciences se distinguent des autres disciplines -- comme les études littéraires ou la philosophie -- et des pseudosciences -- comme l'astrologie ou l'homéopathie -- par la manière dont elles établissent la vraisemblance de leurs théories, c'est-à-dire par leur méthode. C'est justement en raison de cette méthode que les résultats scientifiques sont aussi impressionnants et que la science a un tel prestige. Non que les résultats scientifiques soient infaillibles, ils ne le sont pas, mais parce qu'ils sont aussi fiables que possibles. Quels sont les principaux éléments de cette méthode?

1- La science est systématique.
Les observations ne sont jamais faites au hasard, mais suivant un protocole précis. Tous les faits disponibles doivent être considérés. Toutes les hypothèses doivent être envisagées.

2- La science cherche à être objective.
L'observateur tente de corriger les biais dont il pourrait faire preuve: il prend toute une série de précautions pour que ses résultats ne soient pas influencés par ses désirs. Par exemple, il applique le principe du double-aveugle. Il fait vérifier ses données par des chercheurs indépendants. Il soumet son travail à la critique de ses pairs.

3- Les termes et les observations sont établis de manière rigoureuse.
Les termes scientifiques sont des concepts débarrassés de toute ambiguïté. Ces concepts s'emboîtent ou se distinguent d'une manière précise. Les observations sont obtenues à l'aide d'instruments éprouvés: elles doivent être systématiques et diversifiées.

4- La science fonctionne avec des hypothèses qui doivent être testables et testées par des chercheurs indépendants les uns des autres.
La science ne considère jamais une idée ou une théorie comme définitivement vraie. Elle formule les idées de manière à ce qu'elles soient testables, puis elle les teste de multiples fois avant de la considérer comme vérifiée, et cela jusqu'à ce qu'on la prenne en défaut. Une théorie scientifique est considérée comme établie lorsqu'elle est l'explication la plus simple et la plus probable des faits observés.

5- Les théories scientifiques doivent être cohérentes entre elles.
À moins qu'il s'agisse d'une théorie révolutionnaire qui remette une précédente théorie en question, une nouvelle théorie scientifique doit généralement être en accord avec les autres théories considérées comme vraies. De la même façon, les sciences entre elles se complètent plutôt qu'elles ne se contredisent, et forment ensemble une vaste encyclopédie ouverte de nos connaissances objectives.


 

 Sources :

Raphaël VIDECOQ : Epistémologie
http://philog.over-blog.com/article-2365893.html

Site Philosophie Grenoble
http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/

Encéphi - Syllabus - Montréal
http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/ARTICLES/CROYANCE.HTM

Popper et la connaissance objective
denis.collin.pagesperso-orange.fr/popper.htm

La raison et le Réel
Catherine ALLAMEL-RAFFIN, Jean-Luc GANGLOFF, Ellipse

Science et réalité : Objet et Sujet

 

Le réel, c’est ce qui m’entoure, ce que je perçois, c’est le monde tel que je le connais et tel que je m’attends à ce qu’il fonctionne.

Le matin, le soleil se lève, cela me parait normal, quand je prends ma voiture, elle démarre, cela me parait normal aussi, c’est quand elle ne démarre pas que cela me parait anormal. Il y a une réalité instinctive, naïve, c’est celle que je perçois, c’est le monde de tous les jours, le monde dans lequel je vis ici et maintenant.

Mais les choses se compliquent un peu lorsque je me pose certaines questions  relatives à des aspects plus ou moins bizarres de la réalité : objets non observables, objets du passé ou du futur, objets prédits par la science, objets très distants, objets très petits, objets abstraits, objets très complexes.

Ce qui conduit à des questions du type :

-          Qu’est-ce qu’un objet naturel ?

-      Les objets non observables existent-ils ? (Par exemple Namaka,  satellite naturel de la planète naine (136108) Haumea, découvert en 2005, à l'aide du télescope à optique adaptative de l'observatoire Keck)

-          Les objets prédits par la science existent-ils ? Par exemple les trous noirs existent-ils ?

-          Qu’est-ce qu’un électron : Est-ce une particule, une onde, un vecteur d'état dans un espace de Hilbert ?

-          Comment mesure-t-on la vitesse d’un neutrino ?

-          Quel est l’âge de la terre : 6000 ans ou 4 milliards d’année ?

-          Que penser des théories négationnistes ? (qui nient la shoah)

-          Peut-on dire du climat qu’il est réel ?

-          La science est-elle la source exclusive des connaissances ?

 

Le problème de la réalité pose d’emblée la question du rapport de l’observateur et du monde observé, du sujet et de l’objet.

Définir la réalité est une tâche loin d’être facile. La réalité est un concept philosophique porteur de multiples sens et  qui a, depuis au moins vingt-cinq siècles, été au centre de multiples débats autant  philosophiques que scientifiques. Débats autour de la nature de la réalité, mais aussi des notions de croyance, de connaissance et de vérité.

 

 

1.    Un débat d’abord métaphysique

La réalité est une catégorie ontologique, c’est à dire qu’elle concerne l’existence des objets du monde et des sujets qui les observent ainsi que la nature des rapports entre ces objets et ces sujets.

Le débat a d’abord porté sur la nature du monde vis à vis de l’observateur  et a opposé deux grands courants : les réalistes et les anti-réalistes

 

1.1 Le réalisme

Pour les réalistes (Héraclite, Aristote), le monde est une réalité objective qui existe indépendamment de la pensée humaine. C'est un monde d'objets, de propriétés et de faits que l'on doit découvrir au moyen de recherches empiriques (au moyen de l’expérience) et théoriques.  Le réalisme métaphysique n'est pas une thèse sur la nature de ce qui est. C'est une thèse sur le rapport de ce qui est à notre connaissance.

Le réalisme à propos de X affirme que :

-           X existe

-          X  a les propriétés qu'il a, indépendamment de la connaissance que nous avons de lui.

 

Le réalisme scientifique est plus restreint: il applique cette thèse aux objets qui apparaissent dans les théories scientifiques.  Le réalisme scientifique est venu sur le devant de la scène historique et philosophique avec la révolution scientifique initiée par Copernic et Galilée.

 

1.2 L’anti-réalisme

Pour les anti-réalistes, un monde qui existe indépendamment du sujet n’a pas de sens. Pas d’objet si il n’y a pas de sujet pour le penser.

Les anti-réalistes comportent beaucoup de courants dont les Idéalistes, les Nominalistes, et à l’extrême les Solipsistes.

Pour les Idéalistes (Platon), la raison est au dessus des sens et de l’expérience. La nature ultime de la réalité repose sur l'esprit, sur des formes abstraites ou sur des représentations mentales dont les sens n’ont qu’une vision partielle et non pérenne.

La caricature des anti-réalistes est représentée par les Solipsistes (Pyrrhon, Berkeley), pour qui le monde n’existe que dans notre esprit :

« Donc, le monde n’existe pas en soi, mais en moi. Donc, la vie n’est que mon rêve. Donc, je suis à moi seul toute la réalité. Si je dis en effet : chacun est seul au monde et l'origine de tout, je nous divise et je me contredis. Mais si je dis : je suis moi seul le monde et l'origine de tout, non seulement je suis d'accord avec moi-même, mais encore toute personne qui répétera ma proposition pourra bien en convenir pour elle.»

Extraits de "La secte des égoïstes", Eric-Emmanuel Schmitt

 

 

1.3 L'opposition entre le réalisme et l'idéalisme

« L'idéalisme et le réalisme sont des points de vue opposés et irréconciliables. Mais ils sont aussi indémontrables l'un que l'autre. En effet, ces points de vue sont à la base de toute démonstration: on ne peut donc pas les démontrer eux-mêmes, ce sont des positions métaphysiques. Généralement les philosophes peuvent être classés en deux camps, idéalistes ou réalistes, selon qu'ils manifestent une plus ou moins grande propension à privilégier les idées ou les faits, les idéaux ou les observations, le monde invisible ou le monde visible. Bien sûr, il y a des degrés divers dans chacune de ces positions et certains, comme Kant, ont tenté de se situer au milieu, à mi-chemin entre réalisme et idéalisme, bien que Kant se soit avéré être finalement plus idéaliste que réaliste.

Sauf exception, les idéalistes et les réalistes admettent tous deux l'existence des faits matériels et des idées. Ils admettent, par exemple, que l'être humain comporte une dimension purement physique et une dimension intérieure, une âme ou un esprit. La différence entre les deux n'est pas dans la négation d'une de ces dimensions, mais dans la définition de chacune d'elles. Pour les idéalistes, le monde des idées et l'âme humaine sont d'une nature spirituelle et existent dans une sphère différente du monde matériel. Pour les réalistes, au contraire, les idées sont une partie du monde matériel, elles sont intimement liées à lui et, parallèlement, l'âme (ou plutôt l'esprit) ne peut pas être vraiment distingué du corps, car l'un et l'autre sont les deux faces d'une même pièce.

Objections réciproques

Les idéalistes reprochent au réalisme son manque de vision. Ne constate-on pas tous les jours que nos perceptions sont des idées et non de simples sensations sans aucune signification: le chaud, le froid, le dur, le mou, etc.? D'ailleurs, le monde de l'observation est multiple, comment la similitude et la reproduction de caractères formels identiques seraient-elles possibles sans l'existence d'idées abstraites indépendantes de ces observations?

Par contre, les réalistes reprochent à l'idéalisme son caractère arbitraire. Rien ne prouve l'existence de ce monde d'idées parfaites indépendant de notre monde matériel. Au contraire, notre seule source d'information est le monde de nos perceptions et nul autre. Les objets en soi n'existent tout simplement pas, tout ce qui existe est particulier. D'ailleurs, bien des créations humaines ne reposent sur aucun modèle idéel qui lui préexisterait. »

Extraits de Réalisme et idéalisme par Raymond-Robert Tremblaydu cégep du Vieux Montréal

http://www.cvm.qc.ca/encephi/CONTENU/ARTICLES/realidea.htm

 

 

1.4 La position de Kant

« L'idéalisme consiste à affirmer qu'il n'y a pas d'autres êtres que des êtres pensants ; le reste des choses que nous croyons percevoir dans l'intuition ne seraient que des représentations dans les êtres pensants, auxquelles ne correspondrait en fait aucun objet situé à l'extérieur. Je dis au contraire : il nous est donné des choses, en tant qu'objets de nos sens, situés hors de nous, mais de ce qu'elles peuvent bien être en soi, nous ne savons rien, nous ne connaissons que leurs phénomènes, c'est-à-dire les représentations qu'elles produisent en nous en affectant nos sens. Par conséquent je conviens sans doute qu'il y a des corps hors de nous, c'est-à-dire des choses qui, tout en nous demeurant totalement inconnues quant à ce qu'elles peuvent être en soi, sont connues de nous par les représentations que nous procure leur influence sur notre sensibilité, et auxquelles nous donnons le nom de corps, mot qui désigne ainsi simplement le phénomène de cet objet inconnu de nous, mais qui n'en est pas moins effectif. Peut-on appeler cela de l'idéalisme ? Mais c'en est exactement le contraire. »

KANT Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science " 

Autrement dit, la théorie kantienne de la connaissance est " exactement le contraire " de l'idéalisme. Bien que nous ne connaissions de la chose que son phénomène, son existence en dehors de nous, indépendamment de notre conscience est la présupposition fondamentale de toute connaissance. Il y a des " corps " et ils sont ce qui est effectif. Le " réalisme " de Kant ne peut pas être plus clairement affirmé. Et par la même occasion l'incompatibilité de Kant avec toutes les formes modernes d'anti-réalisme en matière de connaissance scientifique.

Cela conduit Kant vers ce qu’on pourrait appeler un réalisme critique. La réalité n'est pas donnée: vérité et réalité se construisent dialectiquement.  Mais alors, ce qui est tenu pour réel  à un moment donné du temps dépend en partie des croyances collectives du moment.

« On trouve chez Kant un certain héritage du réalisme, notamment à travers la distinction des concepts de matière et de forme ou d'entendement et de sensibilité. L'idéalisme kantien laisse de fait une place au réalisme dans une opposition dualiste classique du sujet et de l'objet : la pensée et l'être sont deux choses bien distinctes. Toutefois Kant se montre aussi largement critique d'un certain point de vue dogmatique qu'il qualifie lui-même de réalisme transcendental : l'espace et le temps, ainsi que toutes choses ou phénomènes perçus seraient des choses en soi. Or Kant s'y oppose fermement à travers sa propre définition d'un réalisme empirique, ou réalisme critique. La chose en soi, qu'il qualifie ici de noumène est le réel tel qu'il se présente hors de toute faculté de percevoir, et l'espace et le temps qui ne sont que les conditions subjectives qui nous sont nécessaires pour structurer au sein de l'entendement les phénomènes (littéralement « ce qui apparaît », et qui devient ici l'objet d'expérience possible). La réalité nue, prise comme noumène nous serait donc impossible, car toute perception prise sous le rapport d'espace et de temps n'est perception que de phénomènes. Ceux-ci ne sont toutefois pas réduit à l'état de simples apparences, car ce qui détermine les formes a priori de la connaissance (l'espace et le temps) constitue pour Kant le « pays de la vérité ». 

Extraits de Wikiedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9alisme_(philosophie)

 

1.5 La position de Popper

Popper juge évident qu’il existe une réalité que nous n’avons pas nous-même créée, et dont nous sommes une partie. C’est une position non démontrable, c’est celle du réalisme métaphysique.

Popper combat L’Idéalisme sous deux formes, il combat l’affirmation que le monde n’est qu’un rêve, tout comme l’affirmation que la science ne vise pas à connaitre la réalité.

Avec constance, Popper défend une position réaliste stricte, une position qui affirme que notre connaissance vise l'existence d'une réalité extérieure à la conscience, une connaissance objective et épistémologie indépendante du sujet. Popper soutient que la connaissance est objective : c’est du monde réel que parle la science, la connaissance est distincte du sujet, elle a une réalité objective, parmi les autres réalités de l’univers.

 

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Ainsi Kant et Popper nous permettent de sortir de l’opposition irréconciliable entre réalistes et anti-réalistes entre le réalisme et l’idéalisme, entre le sujet et l’objet.

Comment ? En créant un troisième élément, un médiateur entre le sujet et l’objet. Le phénomène chez Kant, la connaissance objective chez Popper.

Dans cette relation triangulaire,  l’objet existe indépendamment du sujet, mais un rapport dialectique s’établit entre les deux. En effet le sujet et l’objet ont des interactions : l’objet émet des signes, l’expression de ses caractères, que le sujet peut percevoir. Le sujet peut aussi tester l’objet par une action en retour. Le sujet peut ainsi construire une représentation de l’objet, qui lui est propre. Et de proche en proche, le sujet construit sa représentation du monde.

A quoi ressemble cette représentation du monde qu’établit le sujet ? A un immense réseau sémantique, c’est-à-dire à une collection d’objets ayant chacun ses attributs, ses caractères. Ces objets sont réliés par des relations porteuses de sens, des relations sémantiques.

L’apprentissage pour le sujet est la construction de ce réseau sémantique, la construction d’un isomorphisme entre ce réseau sémantique et les objets du monde.  Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que le langage suppose une représentation du monde. En efffet, c'est à travers les langages que les sujets peuvent tenter aussi de mettre en phase, en isomorphie, leurs propres réseaux sémantiques.

Lacan disait que l’inconscient est structuré comme un langage, mais on pourrait étendre cette proposition : l’inconscient, comme le conscient sont stucturés comme le réseau sémantique sur lequel est bâti notre langage.

Chaque être humain a son réseau sémantique. La communication entre sujets n’est possible que si leurs réseaux sont isomorphes au moins pour l’essentiel .

Qu’est-ce la connaissance, qu’est-ce que la science dans ce schéma ? C’est la construction d’un réseau sémantique commun à plusieurs sujets à travers des langages (langues naturelles parlées ou écrites, mais aussi langages formels logiques et mathématiques). Un réseau sémantique vrai, c’est-à-dire conforme aux interactions que chaque sujet peut avoir avec le monde.  Un réseau sémantique vérifié, ou plutôt vérifiable par chacun des sujets.

Mais ceci nous amène au deuxième débat sur le concept philosophique de réalité, celui de nos modes d’accès à la réalité, débat sur ce qu’est la connaissance, sur les sciences et les notions de vérité et de preuve.

 

Mais ce sera l’objet d’un prochain post ….